mercredi 16 janvier 2019

2018, l'odyssée de Spacey


Je suis depuis quelques jours occupé à préparer l'édition matérielle de mon journal 2018, afin, comme chaque année, de l'apporter à ma mère, en excellent fils que je suis. L'édition supposait une relecture complète (et c'en avait besoin…) ; c'est au courant de celle-ci que je viens de retomber sur ce que j'écrivais le 9 novembre – jour, comme chacun s'en souvient, de la mort de Charles de Gaulle, mais ce n'est pas notre propos –, soit ceci :

« Hier soir, nous nous sommes, Catherine, moi et le chien, confortablement installés devant l'écran plat pour regarder, sur Netflix, la sixième et dernière saison de House of cards, dont nous ignorions tout. Gros choc : celui provoqué par l'absence de Kevin Spacey, dont le personnage est censé être mort brusquement entre les saisons 5 et 6. Évidemment, j'ai tout de suite subodoré que cette mort était liée à la chasse aux sorcières dont est victime l'acteur depuis qu'il a été accusé de tentative de viol par je ne sais plus quel comédien inconnu (au moins de moi). Passer de la subodoration à la certitude ne m'a pas pris plus de quelques minutes, et j'ai décidé de boycotter cette ultime saison. Par principe, de même que je suis résolu à ne plus jamais regarder le moindre film du répugnant Ridley Scott, lequel n'a pas hésité à effacer Spacey du film qu'il venait de terminer pour le remplacer par un autre acteur. La résolution me fut d'autant plus facile que je me suis mis tout de suite à prendre en grippe Mme Robin Wright – que j'aimais pourtant beaucoup, au moins dans cette série –, dont j'estime qu'elle aurait dû, en ayant sans doute les moyens, se solidariser de son coéquipier disgracié. Par exemple en mettant la propre participation à l'ultime saison dans la balance. Enfin, la décision fut rendue encore plus aisée par le fait que les deux épisodes que nous avons vus tout de même étaient prodigieusement nuls. »

Eh bien, je tiens à dire que ma résolution n'a pas vacillé, qu'elle s'est même renforcée, et qu'il est moins question que jamais que je puisse, un jour ou l'autre, regarder à nouveau un film réalisé par le sinistre personnage sus-évoqué ; même chose pour Mme Wright, ce qui m'est un sacrifice un peu plus grand, persistant à la trouver aussi bonne actrice que séduisante femme. Me roidissant, me radicalisant, m'extrêmisant, j'ai depuis inclus dans cette petite fatwa à usage strictement personnelle le nommé Christopher Plummer, qui a accepté de remplacer Kevin Spacey dans toutes les scènes du film dont l'autre scélérat l'avait proprement et soviétiquement effacé.

D'après la rumeur qui bruit, en apprenant ce boycott de ma part, le micro-Scott aurait éclaté de rire, puis repris une portion de frites pour finir son burger ; ce qui est un peu vexant pour moi, mais tant pis : je tiendrai bon.

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