Depuis mon retour de vacances, j'étais titillé par l'envie d'exposer ici mon point de vue sur ce qui se passe actuellement à Gaza – ne serait-ce que pour me démarquer aussi complètement que possible de l'hystérie pro-palestinienne qui se vomit presque chaque jour dans les capitales européennes. Finalement, ce ne sera pas nécessaire. J'ai trouvé ailleurs exposées les quelques idées que je puis avoir sur le sujet, bien plus complètement et intelligemment que je n'aurais sans doute su le faire. C'est par ici...jeudi 8 janvier 2009
Soutien entier et inconditionnel à Israël
Depuis mon retour de vacances, j'étais titillé par l'envie d'exposer ici mon point de vue sur ce qui se passe actuellement à Gaza – ne serait-ce que pour me démarquer aussi complètement que possible de l'hystérie pro-palestinienne qui se vomit presque chaque jour dans les capitales européennes. Finalement, ce ne sera pas nécessaire. J'ai trouvé ailleurs exposées les quelques idées que je puis avoir sur le sujet, bien plus complètement et intelligemment que je n'aurais sans doute su le faire. C'est par ici...Salle d'attente
« Ce qu'Ulysse sauve du lotus, des drogues de Circé, du chant des Sirènes, n'est pas seulement le passé ou le futur. La mémoire ne compte vraiment – pour les individus, la collectivité, la civilisation – que si elle garde tout ensemble l'empreinte du passé et le projet du futur, si elle permet de faire sans oublier ce qu'on voulait faire, de devenir sans cesser d'être, d'être sans cesser de devenir. »Italo Calvino, Corriere della Sera, 10 août 1975.
mercredi 7 janvier 2009
Interlude à 38°2
Bon, la suite des aventures de GI Joe sera pour plus tard, vu que son immortel créateur est rentré du travail avec deux heures d'avance et grelottant plus ou moins de fièvre derrière son volant. Je compte beaucoup sur le bouillon de poulet aux vermicelles de l'Irremplaçable, celui dont je viens d'engloutir deux assiettes ras bord.
Donc, voilà : douce nuit aux bien-portants, excellente sudation aigre aux autres.
Donc, voilà : douce nuit aux bien-portants, excellente sudation aigre aux autres.
Les merveilleuses vacances de GI Joe - pas d'point, II
Mère Castor vit dans une maison que l'on pourrait qualifier de «coeur de village», au mitan d'une rue haute de murs et tendant à la sinuosité, mais sans se donner les moyens de l'être vraiment. Maison étroite et de trois niveaux, poursuivie en arrière par un jardin un peu désinvolte, qui la ferme et l'illustre de sa nonchalance un peu brouillonne.
Car la maison de la Mère Castor est toute de surprises et d'abandon ; elle ne vous connaît pas, mais fait mine de se donner comme une bonne fille, tout en gardant un quant-à-soi très fleur de province, grâce à ses couloirs indiscernables, ses demi-paliers silencieux, ses bouts d'escalier qui tournent court. Les pièces sont comme des cavernes de roche tendre que le temps et ses sédiments auraient sculptées, façonnées, ennoblies, patinées, en y répandant coquillages vides et algues gorgonales. Il y a là une multitude de petits meubles, de bibelots, d'outils servant aux travaux les plus divers, de tissus et de tableaux ; pourtant, aucune pièce parmi celles-là que l'on pourrait dire rapportée : tout à l'air d'être né ici et apaisé par la certitude de n'en jamais bouger. Il en résulte une maison qui tient du palais et de la chaumière, en même temps sombre et lumineuse, calme et intensément vivante.
Vivante elle-même mais aussi par ceux qui l'habitent, dans les deux sens du verbe. Car, dans la maison de la Mère Castor, on rencontre également un Père Castor, deux filles Castor agrippées à leurs ordinateurs mais très charmantes tout de même et douées pour vous trouver un village du Vaucluse sur Mappy – enfin, il y a un fils Castor, orgueil et gloire de ce feu un peu follet.
Si vous allez chez la Mère Castor, elle vous emmènera sans doute faire une promenade le long du Vidourle, ce fleuve tempêtueux qui arrose son village ; et vous risquerez votre vie sans le savoir, avec naturel, simplicité et grâce. Car deux jours après la photo prise par l'Irremplaçable, ce mignon courant d'eau ressemblait à cela.
Nous nous quittâmes avec le désir de nous revoir, ce qui n'est jamais mauvais signe. Et les pieds au sec, ce qui est également bien agréable.
mardi 6 janvier 2009
Les merveilleuses vacances de GI Joe - pas d'point
Les autres années, au moment des départs en vacances de Noël, l’Irremplaçable et moi sacrifions à l’innocent plaisir de nous poster devant notre téléviseur aux alentours de huit heures du soir, et nous nous gaussons d’abondance face au spectacle réjouissant de milliers d’imbéciles à bonnets et à skis (sur le toit, les skis, hein !) coincés pendant des heures dans leurs voitures, sur les routes menant à leurs stations de merde blanche. Cette année, on a innové, en prenant le chemin du sud en même temps qu’eux, ce samedi matin d’après Noël ; comme ça, pour voir…
On a vu. À la hauteur d’Avallon, on était déjà à touche-touche sur les trois voies de l’autoroute, et notre vitesse oscillait entre quarante à l’heure et rien. J’ai décidé que ça suffisait comme ça, et Catherine nous a derechef bricolé un itinéraire bis de première bourre. Vézelay nous a vu passer au pied de sa colline éternelle, le stade Geoffroy-Guichard itou, ainsi qu’une quantité impressionnante de villes et villages. Bref, on s’est méchamment détournés, afin d’éviter les pièges de Lyon (les fameux « bouchons lyonnais »…). Évidemment, ce faisant (et cette perdrix, sur le siège voisin), nous avons perdu du temps ; et d’autant plus que j’étais tenu d’adopter une conduite de GI Joe - pas d’point. J’ai forgé cette expression à partir de « GI Joe - pas d’pattes », l’un des mini-sketchs les plus réussis des Têtes à claques (celui intitulé "Les Scouts") : ça nous a amusés toute la semaine. L’attitude routière du GI Joe – pas d’point consiste à respecter scrupuleusement les limitations de vitesse, même quand elles semblent absurdes, à bien marquer les « stop », ne pas téléphoner au volant, etc., afin de retenir sur son permis de conduire les trois malheureux points qui s'y trouvent encore et doivent servir deux ans. Le grand réconfort du GI Joe – pas d’point est de constater qu’il a tout plein de petits camarades de régiment sur la route : ceux qui écrasent le frein dès qu’ils croient entr’apercevoir un panneau d’entrée en agglomération.
Finalement, j’ai tout de même refilé le guidon à Catherine qui, en tant que GI Jane - plein d’points, pouvait se permettre les quelques écarts qui me sont désormais interdits. Cela ne nous a pas empêchés d’arriver à Lussan par la nuit noire. Heureusement, on avait du whisky dans la boîte à gants, et le taulier du gîte avait pensé à faire des glaçons.
Le lendemain matin, quand on a ouvert la porte, on a découvert la vue qui sert d’illustration à ce navrant billet. On était dimanche, il faisait un temps superbe, et nous avions rendez-vous, l’après-midi, dans un très charmant village gardois, avec une certaine Mère Castor…
On a vu. À la hauteur d’Avallon, on était déjà à touche-touche sur les trois voies de l’autoroute, et notre vitesse oscillait entre quarante à l’heure et rien. J’ai décidé que ça suffisait comme ça, et Catherine nous a derechef bricolé un itinéraire bis de première bourre. Vézelay nous a vu passer au pied de sa colline éternelle, le stade Geoffroy-Guichard itou, ainsi qu’une quantité impressionnante de villes et villages. Bref, on s’est méchamment détournés, afin d’éviter les pièges de Lyon (les fameux « bouchons lyonnais »…). Évidemment, ce faisant (et cette perdrix, sur le siège voisin), nous avons perdu du temps ; et d’autant plus que j’étais tenu d’adopter une conduite de GI Joe - pas d’point. J’ai forgé cette expression à partir de « GI Joe - pas d’pattes », l’un des mini-sketchs les plus réussis des Têtes à claques (celui intitulé "Les Scouts") : ça nous a amusés toute la semaine. L’attitude routière du GI Joe – pas d’point consiste à respecter scrupuleusement les limitations de vitesse, même quand elles semblent absurdes, à bien marquer les « stop », ne pas téléphoner au volant, etc., afin de retenir sur son permis de conduire les trois malheureux points qui s'y trouvent encore et doivent servir deux ans. Le grand réconfort du GI Joe – pas d’point est de constater qu’il a tout plein de petits camarades de régiment sur la route : ceux qui écrasent le frein dès qu’ils croient entr’apercevoir un panneau d’entrée en agglomération.
Finalement, j’ai tout de même refilé le guidon à Catherine qui, en tant que GI Jane - plein d’points, pouvait se permettre les quelques écarts qui me sont désormais interdits. Cela ne nous a pas empêchés d’arriver à Lussan par la nuit noire. Heureusement, on avait du whisky dans la boîte à gants, et le taulier du gîte avait pensé à faire des glaçons.
Le lendemain matin, quand on a ouvert la porte, on a découvert la vue qui sert d’illustration à ce navrant billet. On était dimanche, il faisait un temps superbe, et nous avions rendez-vous, l’après-midi, dans un très charmant village gardois, avec une certaine Mère Castor…
lundi 5 janvier 2009
Ça y est, les gens : on est rentré !
800 km dans les mollets, Catherine malade plus qu'à moitié, tempêtes de neige sur l'autoroute et ultime apéro en vue avant le grand régime sec qui se profile : vous comprendrez que je remette à demain toute autre forme de bavardage circonstancié.
(Tout de même, un "merci" privé à LinaLoca à qui j'écrirai par ailleurs, et des brassées de salutations émues à Emma, Pluton, et Mère Castor...)
(Tout de même, un "merci" privé à LinaLoca à qui j'écrirai par ailleurs, et des brassées de salutations émues à Emma, Pluton, et Mère Castor...)
samedi 27 décembre 2008
Tu reviendras à Lussan (nous, en tout cas, oui)
Ce matin, à l'heure où cette feignasse d'aube ne blanchit même pas encore la campagne, nous sommes partis. Pour notre villégiature habituelle. J'espère que, lisant ce billet, le digne M. Pluton pensera à mettre une bouteille au frais. On ne sait jamais...vendredi 26 décembre 2008
On a mangé des oeufs sur le plat
Que les gens à qui il arrive de manger des oeufs AU plat aient l'extrême obligeance de quitter immédiatement ce blog : ici, on se régale d'oeufs SUR le plat – et les deux factions sont aussi irréconciliables que des Horace et des Curiace, armés de fourchettes et de pain frais jusqu'aux dents.Repas de ce soir, donc. Avec une petite roquette pour faire bandocher les végétariens. Dix minutes avant de passer à table, l'Irremplaçable pose la question cruciale, chaque fois reformulée : « T'en veux combien ?» Ayant surmonté les quelques secondes de dépressurisation mentale suivant immanquablement ce type de question, la sueur au front je réponds bravement : « Trois !». Je crois être tiré d'affaire, je me trompe lourdement, le passé s'apprête à me sauter à la gorge.
Une demi-cohorte de secondes plus tard, une voix me parvient de la cuisine toute proche : « Oh ben... comme ils sont tout petits, je crois que je vais en manger trois aussi.» Cet "aussi" (comme l'indiquent le gras et l'italique) me transperce littéralement ; me transporte dans une contrée parallèle que je ne reconnais pas, tout d'abord. Je m'entends asséner, d'une voix étrangement peu mienne : « Dans ce cas, j'en prendrai quatre ! » (Notez une fois de plus le gras et l'italique...)
Pourquoi cet éclat très "maréchal d'Empire" ? Ma faim, suivant la pente de mon gosier en appétence houblonnée, était-elle en train de... Non, pas spécialement. Tenais-je, à ce point, et à ce degré de ridicule, à marquer une sorte de prééminence virile s'incarnant brusquement dans l'oeuf de poule ? Bien entendu, non ; mais d'une certaine manière, oui.
M'est alors revenu le petit combat se livrant chez mes parents, autour de la table de cuisine (de mon enfance de richard et de snob, j'ai conservé un amour immodéré pour les repas pris autour des tables de cuisine – allez comprendre), toutes les années d'enfance durant – donc un siècle –, chaque fois que nous mangions des oeufs. Combat opposant mon frère cadet (de quatre années) et moi ; combat qui était finalement le seul dont j'étais assuré de sortir vainqueur — et sans lutte réelle.
Philippe supportait mal de devoir manger un oeuf de moins que moi ; il protestait, récriminait, pleurnichait volontiers. Or, bien entendu, l'affaire a duré aussi longtemps que notre accession à la déchéance adulte : lorsque j'avais droit à deux oeufs, il n'en avait qu'un, lorsque j'ai été promu à trois, il n'est passé qu'à deux ; et lorsque, enfin, j'ai accédé au nirvânâ de la tétralogie, il n'a pu se hisser qu'à une misérable et très terrienne trinité.
Philippe a vécu le comble de l'humiliation réservée à tous les cadets le jour où ma mère, fatiguée, indulgente et retorse, a accepté de lui servir le même nombre d'oeuf qu'à moi, et qu'il a été incapable de venir à bout de cette assiette surgarnie.
Parfois, je me demande si ce n'est pas pour conformer sa vie à cette scène fondamentale qu'il est ensuite parti vivre en Angleterre de son plein gré, et qu'il a... Mais non, ce serait par trop invraisemblable.
Laissez tomber : l'opacité est parfois bien douce, aux familles déjà anciennes.
jeudi 25 décembre 2008
Le réveillon bafouille
Je sais : c'est très pénible, surtout ce soir. Vous venez de rentrer chez vous, ce qui vous reste de cervelle carillonne tel Big Ben, vous êtes écoeuré de la vie, du monde, de vous – et des enfants, si par malheur il y en a dans votre entourage proche.Une fois de plus, vous vous dites que ce qu'il y a de pire, dans le réveillon de Noël, ce n'est pas le réveillon ; c'est Noël. Ce lendemain de la veille qui tue. Vous avez commencé à digérer l'immonde foie gras de votre beau-père ("C'est un copain qui me l'envoie : reprends-en donc une tranche !") vers six heures du matin ; vers neuf heures, après la cérémonie des cadeaux au pied du sapin (et en ayant été vomir discrètement entre les trois Barbies de Vanessa et la playstation de Brandon), vous avez réussi à avaler et surtout à garder un café sans sucre.
Et voilà que Belle-Maman vous assène une assiette de dinde, moins de dix minutes après votre sortie de la douche. Il est de notoriété publique que, depuis qu'elle a dépassé les 90 kg, Belle-Maman cuisine beaucoup plus légèrement qu'avant. Moyennant quoi, les quelques centaines de grammes de bidoche blanche qu'elle vous colle d'autor sous les mandibules flottent sur une sorte de beurre fondu et brûlé – et c'est sans compter la chair à saucisse dont elle a sodomisé vigoureusement la bête avant de l'enfourner. Les pommes dauphines qui servent de garniture sentent le rayon surgelé de chez Degueule Price, vous vous prenez à rêver de garnitures de freins, juste pour pouvoir manger moins vite. Et la journée poursuit impitoyablement son cours...
Eh bien, nous, non. Il restait des oeufs de caille d'hier, il y avait des fromages sur le plateau, qui avaient encore belle allure, on s'est donc contenté de rejouer le réveillon d'hier, en mode mineur. Il n'y a que pour les bouteilles qu'on n'avait pas prévu trop large : j'ai été obligé de retourner chez le caviste ce matin.
D'un autre côté, un peu d'exercice et d'air frais après un réveillon...
mercredi 24 décembre 2008
Elle est née, Ludivine enfant
Réveillon bouclé ? Réveillon bouclé ! De retour devant cet écran, à neuf heures moins cinq, j'ai une pensée émue et attristée pour tous les ceusses d'entre vous contraints de se taper un interminable repas de famille, absurdement retardé jusqu'à dix ou onze heures du soir, se terminant donc sur les coups de deux heures, convives verdâtres après avoir ingurgité à huit ce qui suffirait à nourrir quinze personnes, cent cinquante dans le tiers-monde – et je me refuse même à évoquer les malheureux cousus d'enfants, qui vont devoir se lever demain aux aurores, l'estomac barbouillé et l'esprit au bord de la tombe, afin d'affronter la cérémonie du déballage de cadeaux et les hurlements hystériques qui vont avec. Bref, chacun sa croix, comme on dit à Noël quand on prévoit l'avenir.Nous, on s'est installé à l'apéro vers six heures et demie : champagne pour l'Irremplaçable, chablis premier cru pour moi, qui déteste le champagne, bien que né au milieu du dit vignoble. J'avais choisi des cantates de Bach, dont je suis total client, ainsi que nul n'ignore. Une heure plus tard, Catherine est allée chercher les oeufs de caille en gelée, préparés par ses soins l'après-midi même et accompagnés d'oeufs de truite : d'habitude, ce sont des oeufs de saumon, bien meilleurs et plus chers. Mais, en période de crise, les commerçants des régions de salauds de pauvres ne proposent même plus d'oeufs de saumon, et les riches souffrent beaucoup – les saumons aussi, mais ils ont la décence de se taire.
On a enchaîné avec un petit plateau de fromages sur mesure qui comportait :
- Du gruyère (du vrai, suisse et sans trou)
- Du livarot
- Un roquefort à tomber
- Un chaource à ne pas se relever
- Un fromage corse au lait de brebis, rond, orangé, à croûte lavée, très odorant mais un peu décevant en bouche.
Là-dessus, il était neuf heures ou presque, et on a décidé d'un commun accord que le sacrifice aux traditions avait assez duré : Catherine s'est trouvé un film, et j'ai quant à moi décidé de me réfugier entre le boeuf et l'âne, c'est-à-dire entre deux blogueurs – mais je ne citerai aucun nom, j'ai assez de procès comme ça en souffrance.
Allez, tiens, pour finir, comme on est au jour de la plus grande fête chrétienne, une réjouissante nouvelle : les travaux indispensables à la réfection de la cathédrale de Strasbourg, inscrits au budget de 2002, ont été interrompus faute d'argent, et les dégâts causés par la tempête de 1999 n'ont toujours pas été réparés. En revanche, le chantier de la grande mosquée de cette même ville, financée à hauteur de 26 % par des subventions publiques, devrait se terminer en temps et heure.
Bonne dinde, mes frères.
(Et pensez à cliquer sur la photo : elle vaut la peine...)
mardi 23 décembre 2008
Tu reviendras à Félix
« Pas d'affrontements dans mon oeuvreC'est une oeuvre frileuse
Peureuse comme moi (...)
Rangez-moi avec les musiciens
Les outardes
Les innocents
Les contemplatifs
Toute ma vie loin de la foule
Mais aussi toute ma vie
Seule en face d'elle
À défaire des noeuds. »
Récoutez-moi donc ce garçon-là, juste une fois de temps en temps...
Tu ramèneras ta science
« Quand j'entends le mot "culture", je sors mon revolver. » Tout le monde évidemment connaît cette phrase. Dans son journal, François Mauriac l'attribue au maréchal Goering : il a tort ; la plupart des gens pensent que son auteur est Joseph Goebbels : ils ont tort aussi ; les mieux renseignés — dont je fais partie — sont certains qu'elle émane de Baldur von Schirach (on ne rit pas...), le fondateur des jeunesses hitlériennes : ils ont tort comme les autres.
En réalité, cette phrase émane d'un personnage, participant à la pièce Schlageter (1933) de Hans Johst, dramaturge nazi n'ayant laissé que peu de traces dans l'histoire du théâtre mondial. Ce bon Schirach n'a donc fait que reprendre à son compte une réplique destinée, sans lui, à retourner à la poussière dont elle n'aurait jamais dû sortir, et dont la traduction la plus fidèle serait quelque chose comme : « Quand quelqu'un prononce devant moi le mot "culture", j'ai envie de sortir mon revolver. »
Hans Johst aurait-il été un précurseur du monde moderne ? Je ne sais. Néanmoins, répétez-vous sa célèbre phrase, en remplaçant (par exemple) culture par identité, ou race, et le mot revolver par code pénal, et revenez m'en parler, si vous n'avez rien de mieux à faire.
En réalité, cette phrase émane d'un personnage, participant à la pièce Schlageter (1933) de Hans Johst, dramaturge nazi n'ayant laissé que peu de traces dans l'histoire du théâtre mondial. Ce bon Schirach n'a donc fait que reprendre à son compte une réplique destinée, sans lui, à retourner à la poussière dont elle n'aurait jamais dû sortir, et dont la traduction la plus fidèle serait quelque chose comme : « Quand quelqu'un prononce devant moi le mot "culture", j'ai envie de sortir mon revolver. »
Hans Johst aurait-il été un précurseur du monde moderne ? Je ne sais. Néanmoins, répétez-vous sa célèbre phrase, en remplaçant (par exemple) culture par identité, ou race, et le mot revolver par code pénal, et revenez m'en parler, si vous n'avez rien de mieux à faire.
lundi 22 décembre 2008
Petite pièce confinée et malodorante (en trois actes)
— Fais gaffe, elle va te niquer...
— Avec quoi ?
— Déconne pas, elle va te niquer !
— Non...
— Ah ? Et pourquoi ?
— Elle en a trop envie.
— Comprends pas...
— Mais si, voyons ! C'est trop important...
— Important ? Pour qui ?
— Pour personne, eh, con ! Mais pour elle, oui. C'est sa vie, si tu veux...
—Je veux bien, mais je ne comprends pas trop ce que tu racontes.
— Elle non plus.
— Ouais, enfin... n'empêche que t'as ses crocs dans les mollets !
— Non.
— Si !
— Non. Une image de crocs dans les mollets, peut-être, et encore. Cette fille, c'est... pff !... Une image...
— Elle est sage ?
— Malin...
— Ben alors ?
— Je veux dire... Enfin, c'est une... Comment dire ? Une représentation.
— Une... Mais une représentation de quoi ? De cirque ?
— si tu veux, oui. Une représentation d'elle-même. Pour essayer de voir si elle vit dans le monde des autres, si vivante, si 37°2 le matin, si... Elle joue.
— À quoi ?
— On ne sait pas trop. Sans doute à rien... À essayer de faire peur...
— À qui ?
— On ne sait pas trop non plus.
— Putain, t'es chiant ! T'es sûr qu'elle existe, au moins ?
— Non.
— Ben alors ?
— Alors quoi ?
— Alors, c'est tout ! Tu l'as baisée ou pas ?
— Je ne crois pas, non...
— Comment ça, tu ne crois pas ? Merde !
— C'est difficile... À déterminer, je veux dire...
— Déterminer, déterminer ! Oh, putain ! Je le crois pas !
— Moi non plus, pas tellement, en fait. Pourtant, il s'est passé un truc...
— T'es sûr ?
— Non.
— Avec ça, tu l'as baisée ?
— C'est pas le problème...
— Ben tiens ! Un peu quand même !
— Non.
— Putain, t'es chiant !
— Chiant pour qui ?
— Merde, t'es vraiment chiant...
[ Ils se taisent un moment. Chacun fait mine d'oublier l'autre, la présence de l'autre ; et aussi le motif de leur conversation. Ils contemplent leurs pieds, avec des yeux vaguement fixes, qui semblent douter de ce qui vient d'être dit. Puis, comme on n'est pas là seulement pour se taire, le dialogue reprend, mais un ton en dessous — le spectateur se demande s'ils n'y croient pas déjà un peu moins.]
— T'as beau dire : je comprends rien à ton histoire de représentation...
— Je sais, moi non plus... C'est une idée en l'air...
— Arrête ! C'est pas une idée en l'air !
— Qu'est-ce que t'en sais ?
— J'en sais... ce que j'en sais : c'est pas une idée en l'air !
— Non, c'est vrai...
— Bon, c'est quoi ?
— Tu fais chier ! Je ne sais pas, moi ! Une représentation, c'est... C'est une idée de femme, tiens !
— N'importe quoi !
— Pas du tout.
— Et c'est quoi, une idée de femme ?
— Attends, faut que j'aille pisser...
— Facile ! Tâche de nous trouver à boire, au moins...
[Il revient peu après, avec deux canettes de Goudale, une bière du Nord. Sa démarche est hésitante, mais l'assise est on ne peut plus franche — avec un soupir pneumatique.]
— C'est de la bière ?
— Non, de l'eau-qui-pique.
— Connard ! Donne...
[Il boit, un peu goulûment il faut bien l'avouer, réprime le premier rot, exprime le second avec une certaine satisfaction ; reboit.]
— Alors, donc : une idée de femme, hein ? Tu me fais marrer, tiens ! Elle devait bien avoir des nichons, une chatte, un cul, ton idée ?
— Oui, c'était une idée assez prenante...
— Merde, t'es trop con !
— C'est le piège de l'idée...
— Bon, d'accord, OK. Elle était comment, ton idée-en-italiques ? T'en donnerais quoi, comme représentation ?
— Tu veux dire quoi ?
— Rien, putain ! J'essaie d'alimenter, là !
— D'alimenter qui ?
— Oh, merde ! Bon, tiens, par exemple : elle était blonde ?
— Tu l'as vue, non ?
— Je te parle pas de ses cheveux ! On s'en branle, de ses cheveux !
— Ah...
— Sois sympa, noie pas le poisson : t'en as été content ?
— De quoi ?
— Vache ! Repasse-moi une bière...
[ Ils se taisent un moment, échangent quelques regards un peu flottants, mais sans excès. Néanmoins, un observateur à jeun sentirait peut-être, entre eux, un début d'animosité — mais rien n'est certain en ce domaine. ]
— Au fond, ce que tu as envie de savoir...
— Rien ! Fous-moi la paix ! Tu veux que je te dise ?
— Wof...
— Tu veux que je te dise ? T'as rêvé ! T'as rien fait avec cette fille ! Si ça se trouve, tu l'as même jamais rencontrée !
— Possible... Et ça change quoi ?
— Ça change quoi à quoi ?
— Là, c'est toi qui devient pénible...
— Pénible ?
— Pénible, yes Sir ! Pour ne pas dire pire...
— Pire que pénible ?
— Pire.
— Donc ?
— Je ne sais pas, tu m'emmerdes ! On est là, dans le froid, on cause d'une radasse à peine existante, même pas moyen de savoir si tu l'as sautée ou non, alors qu'on est censé être potes, et c'est tout juste si on finirait pas par s'engueuler.
— S'engueuler à propos de quoi ?
— Tu te fous de ma gueule ? La radasse, bon sang de bois !
— C'est pas une radasse, juste une représentation. Une idée que j'ai eue, à un moment...
(Rideau.)
— Avec quoi ?
— Déconne pas, elle va te niquer !
— Non...
— Ah ? Et pourquoi ?
— Elle en a trop envie.
— Comprends pas...
— Mais si, voyons ! C'est trop important...
— Important ? Pour qui ?
— Pour personne, eh, con ! Mais pour elle, oui. C'est sa vie, si tu veux...
—Je veux bien, mais je ne comprends pas trop ce que tu racontes.
— Elle non plus.
— Ouais, enfin... n'empêche que t'as ses crocs dans les mollets !
— Non.
— Si !
— Non. Une image de crocs dans les mollets, peut-être, et encore. Cette fille, c'est... pff !... Une image...
— Elle est sage ?
— Malin...
— Ben alors ?
— Je veux dire... Enfin, c'est une... Comment dire ? Une représentation.
— Une... Mais une représentation de quoi ? De cirque ?
— si tu veux, oui. Une représentation d'elle-même. Pour essayer de voir si elle vit dans le monde des autres, si vivante, si 37°2 le matin, si... Elle joue.
— À quoi ?
— On ne sait pas trop. Sans doute à rien... À essayer de faire peur...
— À qui ?
— On ne sait pas trop non plus.
— Putain, t'es chiant ! T'es sûr qu'elle existe, au moins ?
— Non.
— Ben alors ?
— Alors quoi ?
— Alors, c'est tout ! Tu l'as baisée ou pas ?
— Je ne crois pas, non...
— Comment ça, tu ne crois pas ? Merde !
— C'est difficile... À déterminer, je veux dire...
— Déterminer, déterminer ! Oh, putain ! Je le crois pas !
— Moi non plus, pas tellement, en fait. Pourtant, il s'est passé un truc...
— T'es sûr ?
— Non.
— Avec ça, tu l'as baisée ?
— C'est pas le problème...
— Ben tiens ! Un peu quand même !
— Non.
— Putain, t'es chiant !
— Chiant pour qui ?
— Merde, t'es vraiment chiant...
[ Ils se taisent un moment. Chacun fait mine d'oublier l'autre, la présence de l'autre ; et aussi le motif de leur conversation. Ils contemplent leurs pieds, avec des yeux vaguement fixes, qui semblent douter de ce qui vient d'être dit. Puis, comme on n'est pas là seulement pour se taire, le dialogue reprend, mais un ton en dessous — le spectateur se demande s'ils n'y croient pas déjà un peu moins.]
— T'as beau dire : je comprends rien à ton histoire de représentation...
— Je sais, moi non plus... C'est une idée en l'air...
— Arrête ! C'est pas une idée en l'air !
— Qu'est-ce que t'en sais ?
— J'en sais... ce que j'en sais : c'est pas une idée en l'air !
— Non, c'est vrai...
— Bon, c'est quoi ?
— Tu fais chier ! Je ne sais pas, moi ! Une représentation, c'est... C'est une idée de femme, tiens !
— N'importe quoi !
— Pas du tout.
— Et c'est quoi, une idée de femme ?
— Attends, faut que j'aille pisser...
— Facile ! Tâche de nous trouver à boire, au moins...
[Il revient peu après, avec deux canettes de Goudale, une bière du Nord. Sa démarche est hésitante, mais l'assise est on ne peut plus franche — avec un soupir pneumatique.]
— C'est de la bière ?
— Non, de l'eau-qui-pique.
— Connard ! Donne...
[Il boit, un peu goulûment il faut bien l'avouer, réprime le premier rot, exprime le second avec une certaine satisfaction ; reboit.]
— Alors, donc : une idée de femme, hein ? Tu me fais marrer, tiens ! Elle devait bien avoir des nichons, une chatte, un cul, ton idée ?
— Oui, c'était une idée assez prenante...
— Merde, t'es trop con !
— C'est le piège de l'idée...
— Bon, d'accord, OK. Elle était comment, ton idée-en-italiques ? T'en donnerais quoi, comme représentation ?
— Tu veux dire quoi ?
— Rien, putain ! J'essaie d'alimenter, là !
— D'alimenter qui ?
— Oh, merde ! Bon, tiens, par exemple : elle était blonde ?
— Tu l'as vue, non ?
— Je te parle pas de ses cheveux ! On s'en branle, de ses cheveux !
— Ah...
— Sois sympa, noie pas le poisson : t'en as été content ?
— De quoi ?
— Vache ! Repasse-moi une bière...
[ Ils se taisent un moment, échangent quelques regards un peu flottants, mais sans excès. Néanmoins, un observateur à jeun sentirait peut-être, entre eux, un début d'animosité — mais rien n'est certain en ce domaine. ]
— Au fond, ce que tu as envie de savoir...
— Rien ! Fous-moi la paix ! Tu veux que je te dise ?
— Wof...
— Tu veux que je te dise ? T'as rêvé ! T'as rien fait avec cette fille ! Si ça se trouve, tu l'as même jamais rencontrée !
— Possible... Et ça change quoi ?
— Ça change quoi à quoi ?
— Là, c'est toi qui devient pénible...
— Pénible ?
— Pénible, yes Sir ! Pour ne pas dire pire...
— Pire que pénible ?
— Pire.
— Donc ?
— Je ne sais pas, tu m'emmerdes ! On est là, dans le froid, on cause d'une radasse à peine existante, même pas moyen de savoir si tu l'as sautée ou non, alors qu'on est censé être potes, et c'est tout juste si on finirait pas par s'engueuler.
— S'engueuler à propos de quoi ?
— Tu te fous de ma gueule ? La radasse, bon sang de bois !
— C'est pas une radasse, juste une représentation. Une idée que j'ai eue, à un moment...
(Rideau.)
Le fils de la mère, et l'homme par-dessus tout
J'aime beaucoup mes lectrices (pas forcément toutes), mais je crois qu'elles n'ont rien à faire ici, ce jour. Je parle aux hommes, rien qu'à eux. Parce qu'il va être question de leur mère ; or, seuls les hommes ont une mère véritable : les femmes n'ont rien de plus, en ce domaine, qu'une borne un peu encombrante — ou une rivale quand les dents se mettent à dépasser des gencives.
[Avant d'entrer dans le vif du sujet que je vous propose, il convient de noter que je parle des vraies mères, des supportables, celles qui vivent avec ce qu'on appelle encore un père. Les autres, les isolées, les prédatrices, les laissées pour compte, les j'élève-mon-enfant-tout'-seule ne sont que les pourvoyeuses des cabinets de psychanalystes de demain matin : no way.]
Revenons donc à ceux d'entre nous qui ont eu la chance hasardeuse ("hasardeuse" est pour vous, mes jeunes amis) d'avoir une mère, et non seulement une couveuse solitaire ; une femme avec laquelle on a plus ou moins tenté de grandir, et avec laquelle on va immanquablement vieillir — surtout elle, et c'est la question.
Une mère et son fils passent le temps de manière très différente ; il ne s'étire pas de la même manière, c'est à peine si on se sent frétiller dans le même univers. Et plus le temps s'accélère, moins on... N'étant nullement équipé pour la théorie et le raisonnement, je vais vous prendre un exemple.
Mon premier réflexe, lorsque les gentils brutus (ceux qui travaillent) de l'autoroute A 14 m'ont embastillé et sucré mon permis de conduire, a été de dire à Catherine (et à ma soeur) : "Que ma mère n'en sache rien." Elle n'en a rien su, je crois. Pourquoi cette idée ? J'y ai pensé depuis. Deux raisons apparemment contradictoires :
1) l'homme responsable que je suis devenu ne voulait pas que sa mère vieillissante se ronge les sangs pour rien ;
2) le petit garçon que je suis resté ne se sentait qu'à moitié (et encore) capable d'affronter le regard de reproche qu'il devinait par avance.
Les deux options ne sont pas incompatibles, elles sont même parfaitement complémentaires, et bien articulées l'une à l'autre, je crois. Mais, alors, s'érige la barrière de l'âge. Observez vos mères, mes bons amis. Non, mieux que cela : regardez-les vraiment ; traquez leurs gestes amoindris, leurs yeux plus troubles, leur pas alourdi ; et cette indulgence à votre endroit qui semble devenir moins rieuse, presque un regret — ou alors quelque chose comme un regard s'efforçant de percer le mur du monde, celui ou elles ne seront plus et où vous continuerez à plastronner, au moins à faire semblant.
On ne fait pas tous semblant de la même façon. Je pourrais citer des noms, mais ça n'a guère d'intérêt. L'homme de cinquante ans ne peut avoir la même mère que celui de quarante, mais ils sont proches de se rejoindre ; celui de trente ne peut encore rien comprendre à tout cela — son temps viendra, il est même très proche, mais il n'en sait rien et c'est tant mieux.
Aucun trentagénaire (je viens de l'inventer : je vous l'offre) ne peut deviner la mutation qui l'attend ; comment pourrait-il savoir, petit garçon éternel, qu'il va pourtant devoir, le demeurant, se préparer à devenir l'homme — enfin l'homme, le fort et l'unique — que rien ne l'a préparé à être ? Et comment soutiendra-t-il ce poids de chair et de passé qui continue de le porter — sans même l'idée d'un jugement quelconque ?
[Avant d'entrer dans le vif du sujet que je vous propose, il convient de noter que je parle des vraies mères, des supportables, celles qui vivent avec ce qu'on appelle encore un père. Les autres, les isolées, les prédatrices, les laissées pour compte, les j'élève-mon-enfant-tout'-seule ne sont que les pourvoyeuses des cabinets de psychanalystes de demain matin : no way.]
Revenons donc à ceux d'entre nous qui ont eu la chance hasardeuse ("hasardeuse" est pour vous, mes jeunes amis) d'avoir une mère, et non seulement une couveuse solitaire ; une femme avec laquelle on a plus ou moins tenté de grandir, et avec laquelle on va immanquablement vieillir — surtout elle, et c'est la question.
Une mère et son fils passent le temps de manière très différente ; il ne s'étire pas de la même manière, c'est à peine si on se sent frétiller dans le même univers. Et plus le temps s'accélère, moins on... N'étant nullement équipé pour la théorie et le raisonnement, je vais vous prendre un exemple.
Mon premier réflexe, lorsque les gentils brutus (ceux qui travaillent) de l'autoroute A 14 m'ont embastillé et sucré mon permis de conduire, a été de dire à Catherine (et à ma soeur) : "Que ma mère n'en sache rien." Elle n'en a rien su, je crois. Pourquoi cette idée ? J'y ai pensé depuis. Deux raisons apparemment contradictoires :
1) l'homme responsable que je suis devenu ne voulait pas que sa mère vieillissante se ronge les sangs pour rien ;
2) le petit garçon que je suis resté ne se sentait qu'à moitié (et encore) capable d'affronter le regard de reproche qu'il devinait par avance.
Les deux options ne sont pas incompatibles, elles sont même parfaitement complémentaires, et bien articulées l'une à l'autre, je crois. Mais, alors, s'érige la barrière de l'âge. Observez vos mères, mes bons amis. Non, mieux que cela : regardez-les vraiment ; traquez leurs gestes amoindris, leurs yeux plus troubles, leur pas alourdi ; et cette indulgence à votre endroit qui semble devenir moins rieuse, presque un regret — ou alors quelque chose comme un regard s'efforçant de percer le mur du monde, celui ou elles ne seront plus et où vous continuerez à plastronner, au moins à faire semblant.
On ne fait pas tous semblant de la même façon. Je pourrais citer des noms, mais ça n'a guère d'intérêt. L'homme de cinquante ans ne peut avoir la même mère que celui de quarante, mais ils sont proches de se rejoindre ; celui de trente ne peut encore rien comprendre à tout cela — son temps viendra, il est même très proche, mais il n'en sait rien et c'est tant mieux.
Aucun trentagénaire (je viens de l'inventer : je vous l'offre) ne peut deviner la mutation qui l'attend ; comment pourrait-il savoir, petit garçon éternel, qu'il va pourtant devoir, le demeurant, se préparer à devenir l'homme — enfin l'homme, le fort et l'unique — que rien ne l'a préparé à être ? Et comment soutiendra-t-il ce poids de chair et de passé qui continue de le porter — sans même l'idée d'un jugement quelconque ?
dimanche 21 décembre 2008
Imaginons Maginot
« Certains spectateurs étrangers du conflit actuel se plaignent que l'intérêt languit et se demandent, paraît-il, pourquoi nous faisons une guerre aussi ennuyeuse. »
François Mauriac, Journal, 22 décembre 1939.
François Mauriac, Journal, 22 décembre 1939.
samedi 20 décembre 2008
Tu reviendras sans l'avoir vue
Les piétons vont et viennent le long du trottoir ; pas elle : elle va. Ils marchent dessus ; pas elle : elle le piétine. Elle pense que l'éclat de son sourire et la dureté de ses poings fermés, aux jointures grossies par des années de rage sans objet particulier, la font marcher droit et fier ; il n'est pas certain que, parmi les gens qui la croisent, certains n'aient pas l'oeil dévié par le flottement à peine perceptible de sa démarche, qu'ils ne soient pas vaguement effrayés, le temps du croisement, par la cassure aiguë de ses hanches, cependant qu'elle avance. Deux ou trois, sans doute, comprennent qu'elle n'avance pas ; qu'elle fonce, sans savoir vers quoi. Alors, ils entrent dans le café le plus immédiat, pour avaler n'importe quoi de chaud ou d'alcoolique. Puis, ils l'oublient et repartent.
Mais elle ne s'oublie pas. La dureté résistante du trottoir lui est un défi, presque une insulte ; de même les regards indifférents et les hommes dont les épaules n'expriment aucun désir, la dépassant sans le savoir. Pour faire paraître moins long le trajet, elle élabore des plans de vengeance. Elle est très douée pour la vengeance. Pas pour la haine ni la férocité, mais pour la vengeance, l'attaque en second. Elle se rêve parfois tigresse, elle se découvre hyène, et c'est ce qui accentue son sourire. Elle pense que ses mâchoires sont un râtelier, duquel pendent des armes toutes prêtes ; et elle croit que cela se voit. Elle tue le trottoir, à chaque pas.
Elle tient une laisse à la main ; personne au bout. La rugosité du cuir attiédi suffit à ses mains callées par les caresses machinales, elle serre les phalanges — et tandis que les passants s'écoulent à ses bords, comme l'huile au flanc des poissons morts, elle avance vers la bouche sombre ; s'y plonge, le sourire bien immobile, presque photographique.
Elle écrase chaque marche, assurée qu'aucune, jamais, ne lui résistera ; les degrés restent silencieux, et elle ressent un début d'agacement, une montée de salive, à leur indifférence. Le besoin se fait sentir de chairs à déchirer — mais il faut attendre encore un peu, être patiente ; et ne pas cesser surtout de sourire, même pour personne, surtout dans le vide.
Le vide lui appartient, elle le sait ; comme à tous ceux à qui n'arrivent que des choses fausses. Elle produit un considérable effort des muscles et des nerfs pour ne remarquer personne en étant vue de tous. En réalité, un observateur plus attentif, ou simplement compatissant à la douleur de la solitude, remarquerait que ses yeux ont ce tremblement incertain qui s'appelle une prière. Mais le blasphème transparaît derrière ses rogations, et nul ne lui prête attention ; ses jointures se durcissent encore et le sourire se fait fondant.
Enfin, elle ressort des boyaux de la terre, avec les autres mais sans eux, irrémédiable séparée ; elle marche vers le rectangle lumineux — phalène sursitaire —, derrière lequel ses futurs adorateurs grenouillent comme des proies.
Elle pose ses doigts trémulants sur les petits carrés alignés, blancs ou noirs, et, sourire envolé, tape le code de son paradis — cet éden où elle était seule dès avant sa naissance.
Mais elle ne s'oublie pas. La dureté résistante du trottoir lui est un défi, presque une insulte ; de même les regards indifférents et les hommes dont les épaules n'expriment aucun désir, la dépassant sans le savoir. Pour faire paraître moins long le trajet, elle élabore des plans de vengeance. Elle est très douée pour la vengeance. Pas pour la haine ni la férocité, mais pour la vengeance, l'attaque en second. Elle se rêve parfois tigresse, elle se découvre hyène, et c'est ce qui accentue son sourire. Elle pense que ses mâchoires sont un râtelier, duquel pendent des armes toutes prêtes ; et elle croit que cela se voit. Elle tue le trottoir, à chaque pas.
Elle tient une laisse à la main ; personne au bout. La rugosité du cuir attiédi suffit à ses mains callées par les caresses machinales, elle serre les phalanges — et tandis que les passants s'écoulent à ses bords, comme l'huile au flanc des poissons morts, elle avance vers la bouche sombre ; s'y plonge, le sourire bien immobile, presque photographique.
Elle écrase chaque marche, assurée qu'aucune, jamais, ne lui résistera ; les degrés restent silencieux, et elle ressent un début d'agacement, une montée de salive, à leur indifférence. Le besoin se fait sentir de chairs à déchirer — mais il faut attendre encore un peu, être patiente ; et ne pas cesser surtout de sourire, même pour personne, surtout dans le vide.
Le vide lui appartient, elle le sait ; comme à tous ceux à qui n'arrivent que des choses fausses. Elle produit un considérable effort des muscles et des nerfs pour ne remarquer personne en étant vue de tous. En réalité, un observateur plus attentif, ou simplement compatissant à la douleur de la solitude, remarquerait que ses yeux ont ce tremblement incertain qui s'appelle une prière. Mais le blasphème transparaît derrière ses rogations, et nul ne lui prête attention ; ses jointures se durcissent encore et le sourire se fait fondant.
Enfin, elle ressort des boyaux de la terre, avec les autres mais sans eux, irrémédiable séparée ; elle marche vers le rectangle lumineux — phalène sursitaire —, derrière lequel ses futurs adorateurs grenouillent comme des proies.
Elle pose ses doigts trémulants sur les petits carrés alignés, blancs ou noirs, et, sourire envolé, tape le code de son paradis — cet éden où elle était seule dès avant sa naissance.
vendredi 19 décembre 2008
Le Père Noël est (aussi) en avance rue Doudeauville
Il me semble avoir déjà raconté ici comment, en villégiature dans le Périgord, il y a quelques années, l'Irremplaçable et moi n'avions cessé de buter sur Julian Barnes et ce qui devait bien être son épouse, en tout cas une personne de sexe féminin. Enfin, bon : on l'avait croisé deux fois en dix jours, ce n'est pas Au-delà du réel non plus.Avant-hier, à l'issue d'un fort agréable dîner inter-blogueurs, réunissant des personnes dont je tairai les noms, dans la mesure où qu'il ne fait pas bon être vu en ma compagnie ces derniers temps, je me suis vu offrir Arthur et George, roman de ce même Julian Barnes. Dont je vais aller de ce pas commencer la lecture. D'où la fin abrupte de ce billet. Je sais, c'est nul.
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