vendredi 19 avril 2013

Est-il encore possible de redevenir des Grecs anciens ?


« Certaines civilisations ont un rayonnement que nous ne savons pas expliquer. L'histoire n'a cessé de démentir que ce soit dû à de l'impérialisme culturel ou même à de la supériorité politique et militaire ; les Romains n'ont jamais cherché à romaniser leurs sujets, au contraire : la Grèce conquise par eux “a conquis son farouche vainqueur”, écrit un poète romain ; cinq siècles plus tard, on assistera à la “conquête persane de l'Islam”, vainqueur de la Perse. En dépit de ce qu'on affirme de nos jours, le rayonnement des grandes cultures n'est pas toujours un sous-produit de la puissance politique et militaire ; on a vu au cours des siècles une vraie supériorité s'imposer d'elle-même ; […] »
Paul Veyne, L'Empire gréco-romain, ch. L'Art de Palmyre, Seuil, p. 354.

Avec la prudence qui s'impose, en raison de l'éloignement des siècles, il n'est pas interdit de penser que la première partie de ce paragraphe pourrait fort bien s'appliquer à la situation des États-Unis et à notre rapport d'attirance-répulsion – partagé assez également entre la droite et la gauche, sans doute parce qu'il est tout culturel contrairement à ce qu'on tente de se faire croire – avec ce qui en émane et possède sur nous, Européens ou Barbares, un incroyable pouvoir de séduction. L'attirance vient probablement de ce que cette culture, ces pratiques sont l'expression d'un authentique faste, et non d'une propagande comme le voudraient ceux chez qui la répulsion domine, les deux choses étant fondamentalement différentes : la propagande cherche à convaincre de la puissance de son bénéficiaire, cependant que le faste se contente d'exprimer un prestige déjà là, que tout le monde est censé avoir reconnu et admis.

De la suite de l'extrait, les alarmés du Grand Remplacement pourraient être tentés de tirer une leçon optimiste : notre culture étant indubitablement et incomparablement supérieure à celle des futurs occupants, c'est bien nous qui ferons leur conquête et non l'inverse, comme les Grecs ont finalement fait celle des Romains – avant de leur survivre durant mille ans sous la forme de l'Empire d'Orient centré sur Constantinople. Ces optimistes-là, s'il s'en trouve, ne devraient cependant pas oublier que, durant ces cinq ou six siècles de domination politique romaine, les Grecs n'ont jamais perdu une seconde la certitude de l'absolue supériorité de leur civilisation, qui n'était rien d'autre que LA civilisation, à leurs yeux mêmes. Il s'en faut de beaucoup, je le crains, que nous nous tenions sur la même hautaine ligne de crête.

11 commentaires:

  1. Si je vous ai bien compris, "on a marché sur la Lune en pyjama blanc" ce n'est pas de la propagande.

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  2. J'aurais écrit "fastes" même si, tel que je vous connais, le singulier "faste" est un odieux piège à loups de votre concoction. Cela étant, je trouve ce pluriel "fastes" plus "romain" (sans aller voir chez les Grecs hein !). Bien à vous.

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    1. De même que des gens très bien arrivent à écrire "en grandes pompes", sans qu'on puisse savoir si c'est parce qu'il estiment que ça fait plus "romain".

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    2. Mildred : certes, mais les pompes je les préfère aussi au singulier, surtout si elles sont occultes (ça fait moins mal hein !). Puis à réduire les fastes, on en arrive vite à "fast", un mot anglais quoi ; intolérable pour les lecteurs de notre cher Didier. Et si les fastes too fast seront bénis par les contribuables (sous-citoyens), ils seront honnis par les allocataires et autres subventionnés (super-citoyens majoritaires). Bref, c'est le retour annoncé du panem et circences, un jeu vidéo idiot et dangereux dont je veux absolument écarter notre jeune, tendre et innocent Didier.
      (Non, pas sur la tête !)
      Bien à vous

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  3. "Il s'en faut de beaucoup, je le crains, que nous nous tenions sur la même hautaine ligne de crête."

    Certainement pas les disciples de la pensée unique, j'en conviens, ceux qui ont colonisé les médias audiovisuels, les chambres et antichambres des pouvoirs politiques et économiques vaguement bobos-libéro-socialos-judéo-francs-maçons des clubs du Siècle et similaires...

    Mais je suis beaucoup plus optimiste en ce qui concerne l'attachement des Français exclus de ces clubs fermés et qui peuplent la France, même si leur principal défaut est la naïveté béate et la crédulité sans aucune réserve face à leur écran de télévision.

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  4. Mes grecs étaient de vilains réactionnaires qui n'avaient pas la chance de fréquenter les socialistes et autres représentants de la gauche bien pensante.

    Mettez un Hollande à la tête de l' Athènes de cette époque et hop, plus rien.

    Il aurait même découragé les conquérants romains, "tiendez" regarder la Grèce après quelques années de gouvernance socialiste, elle est dans la mouise jusqu' au cou.

    La supériorité de la culture occidentale et puis quoi encore!

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  5. Robert Marchenoir20 avril 2013 à 21:03

    En parlant de Romains, en voilà qui sont très bien placés pour remporter le titre de l'excuse la plus foireuse jamais fournie par des fonctionnaires pour avoir salopé leur boulot : le service des routes du comté de Kent, en Angleterre, assure que si les chaussées qu'il vient de refaire sont bourrées de nids-de-poule, c'est la faute des Français, qui n'ont pas fourni le bon type d'asphalte... et des Romains, qui ont construit des routes pas assez solides.

    Donc, comme chacun sait, il est tout à fait indispensable d'entretenir des effectifs pléthoriques de fonctionnaires, faute de quoi ce serait l'horreur et les routes tomberaient en morceaux, mais lorsque ces millions de fonctionnaires sont en place et ont les dents bien accrochées dans le fromage, les routes tombent tout de même en morceaux, et ça devient la faute des Romains qui ont merdé il y a deux mille ans.

    (Et des Français, mais c'est normal, puisqu'ils sont tous fonctionnaires.)

    http://www.dailymail.co.uk/news/article-2312031/What-Romans-Council-blames-road-builders-laying-strong-road-foundation-2-000-years-ago.html

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    1. C'est bien connu que les français sont meilleurs en plumes qu'en goudron.

      Duga

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  6. Les Romains étaient des jean-foutres, c'est bien connu...

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    1. Robert Marchenoir22 avril 2013 à 17:04

      Oui. Même pas foutus de construire un aqueduc qui tienne debout deux mille ans plus tard, ou d'inventer le béton 1900 ans avant les Français.

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