mercredi 17 avril 2013

Mutant de ta mère, eh, bouffon !


Ça s'appelle Mutants ; c'est un film d'horreur. Un film d'horreur français, ce qui est mettre l'horreur au carré. Dedans il y a Hélène de Fougerolles, comme dans La Revanche des oliviers de l'amour, que vous avez suivi l'été dernier sur TF1. Ayant été embauchée pour une histoire de mutants, Hélène tente de se transformer en actrice ; mais comme elle le dit elle-même à son petit copain à la quarante-deuxième minute : « Je dois être immunisée. » C'est vraisemblable, en effet.

Dans le premier quart d'heure, Hélène, qui est médecin urgentiste, et son copain, qui conduit l'ambulance, tuent une femme militaire qui avait pourtant l'air gentil malgré sa mitraillette. Le réalisateur, qui est très malin, a confié le rôle à une négresse pour nous faire croire qu'on est dans un vrai film d'horreur hollywoodien (FHH) – mais ça ne marche qu'à moitié. 

Durant les trois premiers quarts d'heure, Hélène et l'autre gland sont tout seuls dans une grande bâtisse déserte. Dehors, il y a beaucoup de neige et on entend des grognements (c'est pour faire peur). Tout d'un coup, le gland se retrouve contaminé. Logiquement, il devrait devenir mutant cannibale en moins de deux, mais Hélène lui dit qu'elle l'aime et qu'ils vont s'en sortir, parce que les militaires de la base Noé les ont localisés. En attendant, le gland commence à s'arracher les cheveux par poignées ; après il s'extrait trois ou quatre dents rien qu'avec deux doigts ; après il pleure, parce qu'il comprend que c'est super mauvais signe, mutatis mutandis. Mais Hélène lui redit qu'ils vont s'en sortir, parce que, comme elle est immunisée, les scientifiques militaires de la base Noé vont trouver un antidote. (Il faudra quand même qu'ils fassent fissa parce que, cinq minutes plus tôt, Hélène a tranquillement annoncé au gland qu'elle lui donnait trois jours, “peut-être moins”.)

Ensuite, il y a un moment de flou parce que le spectateur a empoigné l'ordinateur de sa femme pour commencer ce billet, tant il se fait tartir. Quand il relève le nez, il découvre cinq ou six nouveaux arrivants dans la bâtisse, dont deux qui parlent comme des racailles du 9-3 alors qu'on est en pleine forêt de type vosgien. Hélène continue à appeler la base Noé et menace les militaires de leur passer son appel en boucle ; la menace agit, en tout cas sur moi.

Soudain, dans la remise où une des racailles emplit un jerrycan, il y a un mutant qui est là : grognements et bagarre, fin du mutant qui meurt (mais pas l'acteur, que l'on voit très nettement respirer). Il y a d'autres grognements hors champ, ce qui prouve que, malheureusement, le film n'est pas fini. Pendant que la racaille se bat avec un autre mutant cannibale, Hélène répète dans le micro : « Je suis enceinte, j'ai été mordue, je suis immunisée », ce qui est censé attirer les militaires de la base Noé. Le spectateur se demande s'il s'agit d'un message codé. Pendant ce temps, le gland semble avoir disparu.

Ah ! non, le revoilà, mais il est vraiment devenu mutant cannibale, visiblement (forcément : comme il n'est ni enceinte ni mordu, il n'est pas immunisé). Dans le même temps, Hélène se fait méchamment tabasser par le chef des racailles qui veut savoir où est l'essence. Là, le spectateur pige que, tout cannibale et mutant qu'il est devenu, le gland ne va pas aimer qu'on dérouille sa girlfriend et qu'il va sévir – et en effet. Bizarrement, alors qu'on l'a vu tout à l'heure s'arracher quatre ou cinq dents, il semble maintenant en avoir deux fois plus qu'un gland de modèle courant. Il fait également preuve d'une puissance vocale digne d'éloges. Il secoue des grilles en fer, il pète des cadenas, il remonte des couloirs : les racailles ne font pas les fiérotes, je vous prie de le croire. Quant à Hélène, on l'a un peu perdue de vue.

À la soixante-douzième minute, le gland se tortore la blonde qui était avec les racailles, avant de niquer sa race à celui qui retenait Hélène prisonnière. Puis il commence à bouffer l'avant-bras d'Hélène, mais elle s'en fout puisqu'elle est enceinte et immunisée. (Les militaires de la base Noé ne donnent toujours aucun signe de vie.)

Ah ! ben si, justement : pendant que j'écrivais la phrase précédente, la radio se met à graillonner : « Ici base Noé… évacuation prioritaire confirmée… je répète : ici ba… » J'ai l'impression que toutes les racailles ont calanché et qu'il ne reste que le gland qui poursuit Hélène qui essaie de lui échapper : ça peut durer un moment…

Finalement, Hélène parvient à sortir par une espèce de soupirail pour aller courir dans la neige. Hélas le gland la rattrape, c'est l'horreur…

Mais alors, là, miracle de l'amour : il tombe à genoux devant elle et lève ses bons yeux écarlates vers son visage d'ange (un peu maculé de sang et de glaires diverses, tout de même), en pleine extase. Puis son appétit reprend le dessus, mais Hélène l'envoie dinguer dans un gros rouleau de fil de fer barbelé : ça lui fait vachement mal. Hélène a l'air toute désolée, mais elle plante quand même un gros tuyau dans la trachée artère de son fiancé qui l'aime : le gland est mort, l'hélicoptère arrive, Hélène pleure (c'est les nerfs). Les militaires de la base Noé tuent tous les mutants cannibales qui viennent de surgir d'on ne sait où, puis ils posent leur hélico et embarquent Hélène (qui est, rappelons-le, enceinte, mordue et immunisée). Elle sourit, passe la main sur son ventre ; et on entend les battements de cœur de son fœtus.

Après, c'est fini.

Ah ! une dernière chose : le réalisateur s'appelle David Morley. Si d'aventure il sort un nouveau film, pensez à ne pas aller le voir.

24 commentaires:

  1. vos compte-rendu de films d'horreur sont absolument délicieux, le truc des zombies nazis... vous devriez en faire un recueil type : 100 films d'horreur nuls pour les nuls ou je ne sais quoi, mais vous tenez quelque chose là, de même que votre billet sur les petits mouchoirs était tout à fait hilarant...il ne faut pas en vouloir à David Morley...j'imagine que le qualificatif qui s'applique à l'écrivain en bâtiment peut tout à fait être utilisé pour le réalisateur en bâtiment ...et puis il faut bien faire bouillir la marmite.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'idée serait bonne, si j'étais un peu moins velléitaire et procrastineur… On appellerait le recueil : LA COMÉDIE DES HORREURS.

      Sinon, le sieur n'est nullement un cinéaste en bâtiment car, en plus, il filme assez prétentieusement. On sent bien qu'il se prend pour un vrai cinéaste.

      Supprimer
    2. Et dans cette histoire de gland, Hélène s'appelle en réalité Pressley...

      Supprimer
    3. Je suis d'accord avec Cherea! Vous tenez un chef d'oeuvre! Sortez un recueil!

      Supprimer
  2. Écoutez… Bien sûr que c'est rigolo, bien écrit, enlevé, c'est bien pour ça que je viens ici mais…

    Mais je souffre pour vous, moi ! Qu'est-ce que vous faites devant ça ? Vous ne pouvez pas, je n'sais pas, moi, vous repasser La Femme du Boulanger, La Grande Illusion, Le Corbeau, Quai des Orfèvres ? Si pas pour vous, pour vos lecteurs qui vous aiment bien et ont mal de vous voir vous faire du mal.

    (Mais aussi, pourquoi lis-je les élucubrations d'un masochiste béat ?…)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais je ne me fais aucun mal : j'aime beaucoup ce genre de films ! (Surtout vers une ou deux heures du matin…)

      Supprimer
  3. Suis-je le seul à trouver que "Morley" comme réalisateur de films de mutants cannibales, c'est un nom anormalement bien adapté? Ou est-ce parce que je le prononce mal?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je m'étais fait la même réflexion – mais ça ne prouve rien.

      Supprimer
  4. Un film "français" c'est déjà l'horreur
    Un film d'horreur français c'est la double peine!
    J'avoue cependant que je ferais bien mon quatre heure de la petite Hélène…

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Allez-y en confiance : elle est immunisée (et déjà enceinte…).

      Supprimer
  5. C'est la photo modernoeuse de la Vierge Marie ?

    RépondreSupprimer
  6. David Morley

    Pas la peine, il se les est mordues tout seul.

    RépondreSupprimer
  7. Le Mutant-Bouffon, alias le Muton.

    RépondreSupprimer
  8. Cher Monsieur GOUX, je pense que vous n'avez pas saisi l'horizontalité du film...

    "...la tenue, la franche horizontalité de ce premier film suffisent à le démarquer du reste de la production fantastique hexagonale. Tout n'est peut-être pas perdu." CHRONIC'ART -

    Intégralité de l'article qui vaut le coup d'être lu sans en sauter une ligne : http://www.chronicart.com/Accueil/Bienvenue/Categorie/cinema-1.sls?id=11380#!Article/Entree/Categorie/cinema/Id/mutants-9569.sls

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ach ! merdum ! J'oublie toujours l'horizontalité, sot que je suis !

      Cela dit, si on lit correctement la critique de ce cuistre, il me semble qu'elle dit à peu près comme moi : ce film est une bouse. Sauf que lui ajoute : mais moins la bouseuse que la plupart des films français du même genre.

      Supprimer
  9. Je lis tout ça et je me marre bien!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tant mieux ! je me suis moi-même bien désennuyé du film en l'écrivant.

      Supprimer
  10. Je profite du climat francofilmophile pour faire la pub d'un film de vampires que j'ai trouvé assez bon, avec aussi Hélène de Fougerolles dans un rôle de conne qui lui va comme un gant.
    Je précise aux âmes sensibles qu'elle meurt avant la fin, mais sans avoir trop mal.
    Les dents de la nuit.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est réservé aux inscrits, votre site !

      Supprimer
    2. Toutes mes excuses, j'ignorais.
      Lien de téléchargement
      ou aussi
      et mot de passe de décompression: teo22

      Je vous comprends car je n'aime pas non plus m'inscrire, mais je l'ai fait pour 2 ou 3 sites de films comme downparadise et wawa-mania car il me semble que ça vaut la peine.

      Supprimer
  11. "...mutatis mutandis..."

    Priceless !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avoue qu'une assez sotte vanité d'auteur m'a conduit à en être assez content, de celle-là…

      Supprimer
  12. Vous lire est toujours un plaisir mais sur ce sujet des films Gore, là vous atteignez le divin, si, si !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y en aura probablement d'autres. Comme le vagissait Francis Cabrel : « Et ça continue en gore et en gore… »

      Supprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.