Il détestait si fort les nègres, les bicots et les faces-à-napalm qu'il laissait ses baguettes dorées reposer deux à trois jours, pour s'offir ensuite l'intense satisfaction de savourer du pain raciste.
jeudi 25 décembre 2014
mercredi 24 décembre 2014
La Douleur
C'est une expérience curieuse, lorsqu'on se trouve sur un lit d'hôpital, que cette question immanquable, posée à peu près en ces termes : « Vous avez mal ? Dites-moi, de 1 à 5, où se situe votre douleur. » Il est impossible, au gisant entubé, de répondre à cette étrange interrogation. Celui qui est en proie à la douleur, non seulement ne connaît pas l'échelle en question (les médecins non plus, évidemment, et même encore moins), mais est totalement isolé des autres souffrants qui l'entourent sans doute. La douleur isole encore plus l'individu que la vie elle-même, c'est comme ça, il faut se faire à cette raison, même s'il est impossible de s'y préparer. On ne se prépare pas à la douleur, on n'apprend pas ses échelles fictives, on la découvre à chaque fois, on y réagit comme on peut. C'est pourquoi, aussi, il est vain de dire que celui-ci “est dur au mal” ou que cet autre a un “seuil de tolérance très bas” : nul ne peut savoir ce que le voisin endure, et selon quel mode ; pas de règle. Les médecins, dans ce domaine, sont souvent des ignorants présomptueux ; les infirmières les surpassent en savoir, parce qu'elles sont au plus près de la chair qui hurle ; elles plongent dans les yeux du malade, de l'opéré, de l'agonisant, elles posent leurs doigts à l'endroit vif ; et, souvent, elles savent sourire au moment judicieux ou, à l'inverse, ce qui est bien plus difficile, je crois, ne pas sourire ; les médecins, praticiens, chirurgiens, eux, sont le plus souvent à côté de la plaque, dans ce service après vente. Cela tient surtout au fait que les docteurs ne sont jamais là lorsque la nuit vient, ce moment très long où la peur humaine s'ajoute à la souffrance purement animale de la chair dérangée. Aucune personne bien portante ne saura jamais à quel point une nuit peut être longue et menaçante quand le corps se dresse contre soi-même ; ni combien la souffrance rallonge les heures, les rend épaisses et gluantes et interminables et terriblement pareilles. – Mais les silencieuses infirmières, quelque part, veillent.
Gérard de Villiers, pénible seigneur
J'ai plusieurs raisons de chérir la mémoire de Gérard de Villiers, certaines aisément compréhensibles, d'autres probablement moins. Parmi les compréhensibles, il y a bien sûr, au premier chef, le fait qu'il m'ait, durant une vingtaine d'années, fait gagner des sommes qui, pour le fils de pauvre et de petite extrace que je suis, continuent de paraître fabuleuses et qui partirent gentiment en fumée au fil des ans et des tentations diverses ; une autre est, pour les gens qui savent lire, mon admiration pour son talent d'écrivain en bâtiment : chaque premier chapitre de SAS, au moins dans la période glorieuse, est un modèle difficilement accessible au commun des gâcheurs de mots que nous sommes. Parmi les raisons incompréhensibles, du moins le supposé-je, il y a cette désinvolture avec laquelle il traitait les sans-grade à qui il devait de l'argent, et dont j'ai souvent fait partie : il y avait, dans les raisons qu'il donnait pour ne pas vous payer, une sorte d'allant, de bonne santé, qui, in fine, empêchait de lui en vouloir, parce qu'elle touchait à l'innocence (in fine, mais pas sur le moment…). Je me souviens, d'assez nombreuses fois, d'avoir en même temps grincé des dents de son cynisme et applaudi comme à un tour particulièrement réussi – Catherine pourra en témoigner.
Mais ce que j'ai aimé surtout chez cet homme, c'est cette espèce de fierté, de morgue aristocratique, qui l'a conduit à ne jamais renier France Dimanche, où il a passé des années de sa vie, juste avant SAS, et même pendant. Sans faire de gros efforts de mémoire, je pourrais vous citer vingt personnes très connues qui, à un moment de leur vie, soit avant de trouver leur filon personnel, soit plus tard, dans un moment de creux professionnel, ont été fort satisfaits de venir manger (et boire…) à cette gamelle ; spécialement au rewriting, qui offrait le luxe, à l'époque dont je parle, et j'en ai connu la fin, d'un salaire bien matelassé pour deux jours de travail hebdomadaires. Villiers, lui, a toujours revendiqué hautement cette “honte”, jusque dans son autobiographie, Sabre au clair et pied au plancher, publiée par Fayard en 2005. C'est sans doute à cela que l'on reconnaît les seigneurs : ils ne cherchent pas à enjoliver leur biographie.
Du reste, le temps et l'évolution de nos mœurs lui ont finalement donné raison. Il fut une époque où travailler pour France Dimanche était considéré comme infamant, par nos confrères de la presse noble. Outre le fait, j'en témoigne, que les nôtres faisaient aussi consciencieusement et bien leur travail que les leurs, on notera, aujourd'hui, que personne, dans cette presse de caniveau, ne réclame ni n'acclame l'éviction d'un des leurs pour cause d'idées non conformes, cependant qu'au Monde, à Libération, au Nouvel Observateur, et dans d'autres officines de moindre nuisance, on se félicite à grand bruit, et au tintement cristallin des coupes de champagne, de l'éviction d'Éric Zemmour d'une chaîne confidentielle de télévision qu'il contribuait assez largement à faire survivre.
Gérard de Villiers n'aurait pas applaudi. Il aurait sans doute souri et serait passé tout de suite à des sujets beaucoup plus intéressants à ses yeux que la soviétisation progressive de ce pauvre petit pays exsangue qui fut le sien.
Il n'empêche que cet empafé est mort en me devant sept mille euros.
mardi 23 décembre 2014
Laissez-moi sortir de ce souterrain !
La Mort d'Ivan Illitch m'a réconcilié avec Tolstoï ; en revanche, Crime et châtiment
est en train de me fâcher avec Dostoïevski, d'une manière que je crois
irrémédiable. J'ai lu les “grands romans” très jeune : entre 18 et 20 ans,
si je me souviens correctement ; ils m'avaient soulevé d'enthousiasme,
au point que je ne parvenais jamais à m'arrêter lorsque j'entrais dans
un : je me rappelle avoir lu Les Frères Karamazov en deux nuits, à
Rennes (la journée je dormais, si bien que, venu là pour trois jours,
je n'ai absolument rien vu de la ville, n'ayant pas une seule fois mis
le pied dehors, sauf pour venir de la gare et y retourner). J'ai relu ces mêmes grands romans il y a une quinzaine d'années, lorsque sont sorties
les nouvelles traductions d'André Markowicz, achetées à mesure de leurs
parutions ; là encore, peut-être avec un enthousiasme moins
juvénile, j'ai subi l'emprise dostoïevskienne. Mais, cette fois, non. Je
ne supporte plus ces monologues chaotiques, ces embardées incessantes dans les
interminables dialogues, ni surtout ce climat de folie clinique qui
envahit tout et tous. « De la littérature de cabanon ! », aurait
grommelé Léautaud. J'irai au bout du roman parce que je m'y suis plus ou
moins contraint, mais le moins que je puisse dire est que je le lis très
en diagonale. Et je me demande si la jeunesse ne serait pas un état
nécessaire à la lecture de Dostoïevski, parce que cet âge n'est jamais
très éloigné de la folie.
Taliban, tête de gland
On nous répète, on nous serine – et toutes les forces progressistes s'y mettent, elles ne sont pas de trop – que les musulmans qui répandent la violence un peu partout, de Joué-lès-Tours à je ne sais plus où en passant par ailleurs, sont des déséquilibrés mentaux, et que le fait qu'ils soient en outre tous musulmans, ne relève que de la coïncidence la plus fortuite. Fort bien, j'en prends bonne note. Mais alors une autre question se pose, sous forme d'alternative : est-ce que l'islam attire les déjà-déséquilibirés, ou bien les fabrique-t-il lui-même à partir d'un matériau sain ? Je sens que ça va carburer sur les blogs de gauche…
lundi 22 décembre 2014
Éric Zemmour, par qui arrive la honte
Que les habituelles officines liberticides, du type SOS Racisme, LICRA, etc., aient réclamé la tête d'Éric Zemmour n'a évidemment rien pour surprendre : la décapitation est à peu près leur seule raison d'être ; la honte, c'est qu'ils l'aient obtenue. Qu'une chaîne, plutôt mal portante, puisse d'elle-même supprimer de sa grille son émission à plus forte audience pour cause de pensée déronronnante, dit assez les tremblements de peur qui secouent désormais les patrons de presse – et pas seulement eux, malheureusement – face aux injonctions de petits fouquier-tinville parfaitement illégitimes et s'engraissant d'argent public. Mais le comble de la honte est évidemment, au moins pour moi, de voir ce maccarthysme s'installer et triompher benoitement sous les applaudissements enthousiastes de mes chers confrères : si les cartes de presse n'étaient désormais plastifiées, j'aurais très volontiers déchiré la mienne il y a quelques jours.
(On lira avec profit la réaction de Michel Onfray, à propos de ce superbe progrès dans le musellement.)
Tiroirs à chaussettes :
Âne gauchiste,
Presse-purée,
Socialos de vaisselle
samedi 20 décembre 2014
Pendant qu'Anna dans les salons fait la lascive…
Tolstoï, dans ses romans, a décidément l'art de gâcher sa marchandise,
ou, en tout cas, de la rendre moins attrayante que ce qu'elle aurait pu
être, eu égard à ses exceptionnelles qualités. Ce sont les tartines historico-philosophiques de Guerre et Paix et les considérations sur les progrès nécessaires de l'agriculture russe dans Anna Karénine.
En outre, dans ce dernier roman, toute la partie huitième et ultime, venant après
le suicide de l'héroïne (60 pages de Pléiade, tout de même), me semble
totalement superflue, le lecteur n'en ayant à peu près rien à faire que
Lévine – auquel il ne s'est déjà pas beaucoup intéressé tout au long du
livre – retrouve le chemin menant à Dieu ou simplement celui qui conduit
à sa maison et à sa fadasse épouse. Je crois que, après une dernière
tentative avec Ivan Illitch, racheté la semaine dernière, on ne me reprendra pas de longtemps à lire Léon. De toute façon, Fédor me réclame.
Honni soit qui Malibu
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| Fatima Allaoui, cris d'indignation vertueuse |
Si les actrices hollywoodiennes en perte de vitesse commencent à se déguiser en Arabes pour venir faire carrière dans notre Front national à nous autres, les castings transatlantiques vont vite tourner au boxon généralisé.
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| Neve Campbell, Scream 1, 2, 3 et 4 |
mercredi 17 décembre 2014
Le Noël des enfants noirs
Vers la fin des années cinquante, probablement un lendemain de biture à la Marie Brizard, Trenet a écrit une chanson qu'il a intitulée Le Noël des enfants noirs. C'était d'une assez grande niaiserie, soyons honnête ; ça commençait comme suit :
Les petits Noirs d'Afrique
Ont le même Bon Dieu que nous
Ils lui chantent les mêmes cantiques
Tout comme nous à genoux
Et vers la fin décembre
Tout comme nous ils regardent le ciel
Jusqu'à ce qu'ils voient descendre
Dans la nuit le Père Noël
Ont le même Bon Dieu que nous
Ils lui chantent les mêmes cantiques
Tout comme nous à genoux
Et vers la fin décembre
Tout comme nous ils regardent le ciel
Jusqu'à ce qu'ils voient descendre
Dans la nuit le Père Noël
Un demi-siècle plus tard, enfin nous est donnée la preuve que les petits noirs d'Afrique ont effectivement le même Bon Dieu que nous. Et qu'il joue volontiers au Père Noël, mais avec une hotte d'emprunt.
mardi 16 décembre 2014
François H. sous le regard de l'histoire
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| Albert Lebrun et le colonel de Gaulle, en 1939. |
En somme, on pourrait dire de François Hollande ce que Charles de Gaulle écrivait d'Albert Lebrun, président de la République au moment de la débâcle, dans ses Mémoires de guerre :
Au fond, comme chef de l'État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fût un chef ; qu'il eût un État.
dimanche 14 décembre 2014
Émile Zola, dit le Crétin
Hier soir, parce que le film que nous avions choisi m'ennuyait
prodigieusement – une histoire de baseball, avec Brad Pitt, à laquelle
je ne comprenais goutte ni ne m'intéressais –, j'ai lu d'une traite les
130 pages du Je m'accuse… de Léon Bloy, qui est une démolition en règle de Zola (qu'il appelle Le Crétin…), et notamment de son roman Fécondité, que Bloy lit à mesure qu'il paraît en feuilleton dans L'Aurore, ce qui lui provoque des accès de bile aussitôt consignés.
C'est publié, ainsi que d'autres livres de Bloy, par un nouvel éditeur,
Quaestio, dont le fondateur a eu la gentillesse de m'envoyer cet
exemplaire. J'avoue que, malgré mon peu d'appétence pour Bloy, j'ai ri
souvent de sa méchanceté et de ses outrances, en reconnaissant qu'il lui
arrivait régulièrement de taper juste. Car Zola, que j'ai beaucoup
pratiqué et aimé (mais pas Fécondité, tout de même…), a
évidemment des manies, des tics d'écriture, des ridicules, qui font
qu'il est une cible commode, surtout pour un Bloy. Néanmoins, quand je
tombe sur des phrases comme celle-ci : « Quelques furieux de l'été
dernier ont vu s'éteindre leur fureur dans le mépris équitable où se
noyèrent indistinctement tous les mimes de la farce atroce. », je n'ai
plus qu'une envie, celle de refermer le livre pour n'y plus revenir. Heureusement je n'en ai rien fait, et m'en suis fort bien trouvé.
Pour
ce qui est de l'enflure de Zola, poussée jusqu'à l'absurde, Bloy cite
cet extrait d'article, publié au moment de la révision du procès de
Dreyfus, et le lendemain de la grâce accordée au capitaine, dans lequel
Zola s'adresse à l'épouse de Dreyfus (c'est Bloy qui souligne) : « Nous lui élevons un autel dans nos cœurs, n'ayant à lui donner rien de plus pur ni de plus précieux.
C'est au pied de cet autel, et non ailleurs, que se fera “l'acquittement
triomphal, la réparation éclatante”, et que seront vues “toutes les générations À GENOUX,
demandant à la mémoire du supplicié glorieux le pardon du crime de
leurs pères. Ici, Madame, nous arrivons au sommet. il n'est pas de
gloire, il n'est pas d'exaltation plus haute… Cet innocent, le voilà
devenu le symbole de la solidarité humaine, d'un bout à l'autre de la
terre. Lorsque la religion du Christ avait mis quatre siècles à se formuler (?????), à conquérir quelques nations, la religion de l'innocent condamné deux fois a fait, d'un coup, le tour du monde,
réunissant dans une immense unanimité, toutes les nations civilisées.
Je cherche, au cours de l'histoire, un pareil mouvement de fraternité
universelle et je ne le trouve pas. »
Au vu de ce passage, la cause est entendue : si Émile Zola vivait aujourd'hui, il ferait un parfait blogueur d'extrême gauche.
samedi 13 décembre 2014
De l'air, crénom, de l'air !
Hormis le puéril plaisir de dépenser de l'argent, pourquoi donc s'obstiner à acheter des livres et toujours des livres ? Qu'auront-ils de plus, les volumes que l'on vient seulement de commander, les pas-encore-là, que ne possèderaient pas ceux qui somnolent sur les étagères depuis parfois des années, voire quelques décennies ? Le regard fait lentement le tour de la pièce où ils sont, et l'on se dit qu'à lire les uns, qui ne l'ont jamais été, ou seulement de manière partielle, et à relire les autres, qui méritent de l'être, on aurait bien de quoi remplir ce qui nous reste de vie, et même au-delà. Oui, bien sûr… Mais alors, que ferait-on de l'argent ?
vendredi 12 décembre 2014
Éliette Abécassis, femme miraculeuse
Pour ceux qui me penseraient définitivement basculé dans la démence chaude, je le répète : Mme Abécassis est une femme miraculeuse, en ce sens qu'elle rend possible la production de miracles, et notamment celui, hier soir, de faire paraître Mazarine Pingeot intelligente et profonde. C'était dans l'émission de France 5 modestement intitulée Les Grandes Questions et présentée par l'insupportable et vulgaire Franz-Olivier Giesbert. Ces deux dames sont, si j'ai compris, les chroniqueuses régulières du vieux bouffon exténué. Il était, quand je suis arrivé, question de Sade ; l'invité était bien entendu Michel Onfray. De sa voix traînante d'adolescente mal réglée, Éliette a tenté de persuader à Onfray que si Sade avait passé une grande partie de sa vie en prison, c'est parce que ses écrits étaient trop dérangeants pour son époque, qu'il était le premier à parler de sexe en allant aussi loin et qu'il avait fait scandale en prônant la libération de la femme. La mine assez accablée, Onfray a tout juste pris la peine de lui répondre que les écrits de Sade n'avaient dérangé absolument personne, personne ne les ayant lus, et que si Sade avait passé des années en prison, c'est plutôt parce qu'il était lui-même un délinquant sexuel et un criminel. Éliette a voulu réenfourcher son canasson fourbu, mais Onfray, très visiblement, a cessé de l'écouter, et moi aussi.
Et c'est alors que le miracle s'est produit : quand le clown grisonnant a coupé le micro d'Éliette pour donner la parole à Mazarine, Michel Onfray et moi-même avons eu l'impression d'entendre soudain, par simple comparaison, des paroles intelligentes.
Je n'ai jamais lu la moindre ligne de Mme Abécassis ; je pense que je vais continuer à surseoir.
mercredi 10 décembre 2014
Assassiner une femme en trois mots
Jean-Jacques Rousseau parlant de Mme d'Épinay (Les Confessions, Folio, p. 499) :
Elle était fort maigre, fort blanche, de la gorge comme sur ma main.
Emmanuel Macron et le bonheur des Français
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| « J'ai dit ça, moi ? » |
Voici ce qu'a déclaré ce jeune homme, à propos de je ne sais quelle loi, récente ou à venir, dont il est, supposé-je, l'auteur :
Ce qui me préoccupe, c'est qu'après cette loi, les Françaises et les Français vivent mieux.
On imagine qu'il a eu l'intention de dire : « Ce qui m'importe, c'est qu'avec cette loi, les Français vivent mieux. » Or, ce n'est pas du tout ce qu'il a affirmé ; c'est même le contraire : le fait que les Français pourraient vivre mieux le préoccupe ; c'est peut-être vrai, mais ce n'est pas bien malin de l'avouer.
D'autre part, ce qui le préoccupe n'est pas, bizarrement, que les Français vivent mieux avec sa loi, mais après. On suppose donc qu'il envisage de l'abroger. Oui mais, alors, si les Français vivent mieux après sa loi, pourquoi a-t-il pris la peine de la rédiger et de la soumettre au parlement ? Tout cela est bien nébuleux.
Enfin, mais c'est péché véniel par rapport au salmigondis qui précède, on rappellera au ministre de l'Économie, des Lois transitoires et du Beau-Parler que les Françaises sont, pour ainsi dire, syntactiquement comprises dans les Français, et qu'il était donc inutile d'alourdir une phrase déjà largement imbitable.
mardi 9 décembre 2014
Manuel Valls : le mystère du troisième homme
Dimanche soir, sur France 2, le Premier ministre a, au milieu d'un brouet sans intérêt, laissé échapper une phrase qui aurait dû faire bondir tous les Français, tant ses implications pourraient être lourdes ; pourtant, nul n'a réagi, à ma copnnaissance. Manuel Valls a dit ceci :
Nous discutons beaucoup, avec le président de la République.
Que le président et son Premier commis parlent ensemble, c'est bien la moindre des choses. Mais alors, qui est le troisième homme ? Quel est cet inconnu qui s'est inséré en tiers dans cette conversation au sommet ? Car je ne puis seulement envisager qu'un homme aussi brillant que Manuel Valls parle le français comme un Basque espagnol ou comme un progressiste de la blogoboule. Par conséquent, s'il a enployé cette formule, c'est en connaissance de cause, pour révéler sans en avoir l'air à tout le pays l'existence de ce shadow triumvirat.
Donc, je repose la question : qui est donc le second membre de ce “nous” qui discute avec le président de la République ?
lundi 8 décembre 2014
Le droit du sol ou des biscuits comme les autres
La semaine dernière, la chatte des voisins a eu la curieuse idée de venir mettre ses petits au monde dans notre four, dont la porte était malencontreusement restée ouverte. Ce matin, je les ai disposés sur un grand plat et suis allé sonner en face : « Bonjour, Voisin ! Regardez les superbes biscuits que je vous apporte ! » Il m'a regardé d'un air hébété, puis vaguement inquiet, enfin soupçonneux : « Mais… ce sont des chatons… » J'ai éclaté de rire, tant la remarque était saugrenue : « Mais non, voyons, ils sortent tout juste du four ! Que voulez-vous que ce soit d'autre que des biscuits ? » Il m'a pris le plat des mains, en évitant mon regard, et a refermé sa porte en grommelant quelque chose qui devait être un remerciement, ou peut-être une malédiction. Je suppose que c'est lui qui a alerté les services d'urgence psychiatrique, dont l'ambulance vient de se ranger le long de mon portail. Je ne comprends pas ce qu'ils peuvent bien me vouloir. À moins qu'ils ne soient là pour mon voisin. Il est vrai que, quand on s'imagine que des chatons peuvent naître dans un four sans se transformer aussitôt en biscuits, une petite cure de repos ne doit pas être superflue.
samedi 6 décembre 2014
La citation du samedi midi (moins cinq)
Quand le monarque a le Ciel pour témoin, il a Bossuet pour visiteur du soir ; quand il pense à Vercingétorix, il a Malraux ; quand il pense au taux d'intérêt, il a Jacques Attali.
Régis Debray, L'Erreur de calcul, éditions du Cerf, p. 34.
jeudi 4 décembre 2014
Le mariage pour tous ou la préservation des ruines
L'article que l'on va lire figure en bonne place dans le numéro de décembre de Politique Magazine, mensuel très-respectable qui ne pèche point par un progressisme excessif. On peut bien sûr s'y abonner – c'est d'ailleurs conseillé –, mais aussi le commander au détail, sur son site. Il est animé par une équipe au-dessus de tout éloge, puisque, non content d'avoir, il y a quelques mois, publié une excellente critique d'En territoire ennemi, ils m'ont récemment demandé si cela me dirait de leur écrire une tribune libre. Ça me disait, et la voici :
Le dit mariage pour tous n’en finit pas de revenir flotter à la surface, tel
un bois d’épave. Commençons cependant par le rebaptiser : mariage
guignol. Cette appellation nouvelle a
le mérite de dire d’emblée ce que l’on en pense, et en outre l’avantage d’une
plus grande exactitude que le label officiel. Car, enfin, et que je sache,
“pour tous” il n’est nullement, ce mariage : en sont encore exclus les
enfants au biberon, les labradors noirs et les lampadaires halogènes, pour ne
citer que les cas d’exclusion les plus criants d’injustice – mais trêve
d’ironie bon marché.
Je
sais que je risque de froisser mes amis des diverses “manifs pour tous” – et
j’en ai un certain nombre –, mais il faut bien que quelqu’un leur annonce la
noire vérité : leur combat ne pourra être ni gagné, ni même perdu, pour la
raison qu’il est sans objet. Ils prétendent, ces aimables terroristes à
poussettes, ces factieux à talons plats, se battre pour sauver la famille : cela revient à vouloir inscrire aux Monuments
historiques un tas de pierres moussues et chardonneuses qui fut jadis château
médiéval, mais dont aucun vivant n’a conservé le souvenir de sa splendeur. Je
sais bien que, dans le domaine de l’architecture ancienne, la préservation des
ruines n’est pas sans grandeur : Jumièges est là pour en attester ;
mais pour ce qui est des us anthropologiques, c’est se donner beaucoup de mal
pour rien. Or, la famille me semble en bien plus piteux état encore que
l’abbaye que l’on vient d’évoquer.
Se
battre pour elle, il eut fallu le faire en 1975, au moment où M. Giscard
d’Estaing, alors président de la République, décida d’instituer le divorce par
simple consentement mutuel, qui a transformé le mariage en self-service. Ce
combat probablement perdu, mais au moins mené, on serait tout de même remonté
en selle à l’aube du millénaire, quand ont disparu les dernières traces de
distinction entre enfants légitimes et bâtards. Mais à partir du moment où un chacun quelconque peut épouser et démarier la première chacune venue, où les enfants qu’ils feront ensemble puis
sèmeront chacun de son côté seront déclarés rigoureusement semblables en
droits, de quelle famille
voulez-vous encore éviter la disparition ? Que signifie encore ce mot
superbe et précieux de filiation ?
Plus personne ne pourrait le dire, mais cela n’a pas empêché, dernièrement, les
trois prétendants au trône de l’UMP de venir faire la danse des voiles
(nuptiaux) devant le chœur des contempteurs de la loi scélérate. Bruno Le Maire
a dit qu’il faudrait la conserver. « Nom de nom, nous l’abrogerons ! »,
lui a répondu Hervé Mariton. Quant à Nicolas Sarkozy, connaissant sans doute
l’ambiguïté de sa propre situation, apercevant l’enclume et devinant le
marteau, il a déclaré qu’on supprimerait la loi, tout en la gardant, mais en la
déchirant pour en écrire une plus jolie, avec des enluminures qui plairont au
réactionnariat. Vous voilà satisfaits, cher amis pourtoussiens ?
Parlons
un peu brutalement : dans la mesure où le mariage n’était déjà plus qu’une
sorte de singerie des mœurs et des rigueurs du passé, que vous chaut si une
poignée de pédérastes et un bouquet de lesbiennes réclament et obtiennent le
droit de venir eux aussi grimacer devant M. le Maire ? Le dîneur
valétudinaire à qui les médecins ont interdit les œufs, et qui réclame à grands
cris d’en manger tout de même, on peut bien lui en accorder le droit si, depuis
longtemps, il n’arrive plus dans les coquetiers de tout le monde que des écales
vides.
Les
homosexuels ont exigé et obtenu, des socialistes en général et de Mme Taubira
en particulier, le droit de se marier aussi ? Apaisez-vous et rengainez vos lames, chers
garants des traditions, mes bons apôtres rétroactifs : ils n’ont obtenu
que celui de se marier non plus.
mercredi 3 décembre 2014
Libérez les zeks de C dans l'air !
Nous ne pouvons plus nous taire ; c'est pourquoi j'en appelle aujourd'hui à toutes les grandes consciences de la blogoboule, pour une mobilisation rapide, massive et sans faiblesse. Un grand pays comme la France, démocratique, citoyen, bio-responsable, raccommodeur de couche d'ozone et antiraciste à s'en mouiller les braies, ne saurait tolérer plus longtemps en son sein des poches d'oppression caractérisée, où chaque jour, depuis des années, les droits de l'homme sont bafoués à coups de petite cuiller rouillée mal affutée. Le plus terrifiant de ces trous noirs fascistoïdes, à côté de quoi Guantanamo fait figure de centre aéré pour bambins socialistes, porte un nom bien anodin : C dans l'air. Et il est grand temps de sauver du désespoir les pauvres zeks de ce nouveau goulag.
Le camp se présente comme une innocente émission de télévision, dans laquelle des experts viennent chaque soir, par roulement, nous expliquer de quelles horreurs demain sera fait si on ne les écoute pas, et quelles décisions les grands de ce monde devraient prendre pour que ce même demain se mette à chanter à tue-tête. Cela, c'est la façade bonasse du cauchemar concentrationnaire. Car il est temps de révéler au monde ce qui se trame derrière. Les forçats – communément appelés “intervenants” ou encore “participants”, afin de cacher si faire se peut la merde au chat – sont estimés à une quarantaine par les experts en carcérologie. Nul procès n'a jamais sanctionné leur enfermement, et pourtant certains n'ont pas vu le monde extérieur depuis de nombreuses années. Ils vivent parqués dans deux immenses dortoirs non mixtes, cachés derrière le studio, où sont entassés de méchants châlits assortis d'une paillasse malodorante. Le réveil est sonné chaque matin à cinq heures trente, et aucun prisonnier ne pourra se nourrir, ni même se rendre aux toilettes, avant d'avoir épluché toute la presse du jour et produit par écrit quelque commentaire bien senti. Ce n'est qu'ensuite qu'ils se verront servir une écuelle de triste gruau, lequel composera aussi leur second repas de la journée. Ensuite, ils passeront des heures à confectionner des chaussons de lisière, qui seront envoyés dans tous les pays du monde où l'on pratique également cette torture moderne qu'est l'émission de débat politique, afin d'en chausser tous les intervenants emprisonnés.
À quatre heures de l'après-midi, le gardien-chef procède au décompte du travail effectué ; c'est le point culminant de la journée, le plus intense en émotions violentes et contradictoires. Car tous les zeks savent que les quatre d'entre eux qui auront confectionné le plus de chaussons depuis le matin seront sélectionnés pour participer, devant les caméras, au débat du soir, dont le sujet ne leur sera communiqué qu'a moment d'entrer dans le studio, ce afin de stimuler leurs capacités à faire des phrases péremptoires sans y avoir réfléchi au préalable. Les heureux élus seront les seuls zeks à avoir droit à une douche ainsi qu'à des vêtements corrects, qu'on leur reprendra évidemment dès que les projecteurs seront éteints, pour leur rendre leur pyjama réglementaire lie-de-vin, aux coutures infestées de punaises assoiffées. Ils auront également droit à une tranche de jambon avec leur gruau, sauf les rares zeks musulmans, pour qui le jambon sera remplacé par une corne de gazelle confectionnée à l'aspartam.
Mais le principal avantage que confère cette sélection, celui qui fait battre le cœur de tous les zeks intervenants, comble les élus et désespère les rejetés, c'est que ce passage d'une heure à la télé constitue leur seul moyen de faire savoir à leurs familles et proches qu'ils sont toujours en vie ; car, bien entendu, les prisonniers sont interdits de correspondance tant que dure leur peine, dont aucun tribunal n'a jamais fixé la longueur. – Quant aux iPhone, iPad et autres gadgets, c'est même pas en rêve.
Il est donc temps de mettre fin à cette ignominie, que les téléspectateurs français sachent que cette bonne parole dont ils s'abreuvent chaque jour au déclin de l'après-midi leur est prodiguée par des malheureux que l'on bafoue dans leurs droits les plus élémentaires, et dont le ton faussement professoral et les sourires contraints serrent le cœur des plus endurcis, dès lors que l'on sait les conditions de vie qui leur sont faites.
L'heure est venue de la mobilisation et de l'insurrection.
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