jeudi 1 janvier 2015

La malédiction du Premier de l'An


Ceux qui ont lu le billet d'hier se souviennent qu'à partir de 1987, lançant un adieu plein d'allégresse à mes cauchemardesques réveillons de naguère, je décidais de me réfugier, chaque 31 décembre, dans la maison de Sologne où vivaient alors mes parents ; ce qui implique que je m'y trouvais encore le premier janvier. Ce jour-là, aux environs de midi, mon père annonçait qu'était venu le moment de l'apéritif. Ma mère et moi confortablement installés au salon, il allumait la télévision, pour le concert viennois du Nouvel An : c'était la tradition pour eux, ce l'est devenu pour moi à compter de cette année-là, où la philharmonie de Vienne était dirigée par Karajan. Depuis, chaque année ou presque, il m'a été donné de porter la même croix.

Tout se déroule toujours merveilleusement durant la presque totalité du concert, surtout si l'apéritif est richement servi. Le ciel commence de s'assombrir quand retentissent les premières notes du Beau Danube bleu de M. Johann Strauss le fils ; mais ce ne sont encore que de gros nuages, menaçants, certes, mais continents.

L'orage éclate lorsque entre en scène, pour la parade finale, M. Johann Strauss le père avec sa terrifiante Marche de Radetsky. J'ai beau m'efforcer de penser à autre chose : au verre que je vais reprendre, au déjeuner qui mijote, au livre homonyme de Joseph Roth, rien n'y fait ; j'envisage d'opter pour la fuite, mais ne le puis : un sortilège puissant me cloue au fauteuil, mon pied gauche commence à marquer la mesure ; et le rythme diabolique m'entre dans la cervelle comme opinel en motte de beurre : padada padada padada dada… (Ou, en version plus “terroir” : tagada tagada tagada tsoin tsoin…)

C'est fichu, même un exorcisme pratiqué selon le plus rigoureux rite romain n'y pourrait rien : je sais que, durant trois jours au moins, je vais fredonner cette fucking marche du matin au soir ; d'ailleurs j'ai déjà commencé. 

Plaignez-moi, infortunés frères de l'année qui s'ouvre ! Ou, au contraire, maudissez-moi pour ceci :



mercredi 31 décembre 2014

Géhenne, serpentins, cotillons et céphalée


Réveillon de Nouvel An : encore aujourd'hui, cette seule expression suffit à me faire frissonner d'horreur et de dégoût. C'est que j'en ai enduré un certain nombre, dans ma pauvre vie antérieure, où je n'avais même pas la consolation d'habiter sous de vastes portiques que les soleils marins teignaient de mille feux. C'était un cauchemar immuable.

Tout commence par l'ami qui, vous voyant échoué sur la berge festive, vous propose gentiment, et d'une voix gourmande, de vous emmener à la soirée dont il est l'un des invités ; vous dites oui. Vous vous retrouvez dans un appartement ou une maison inconnus de vous, au milieu de gens qui ne le sont pas moins, à l'exception de quatre ou cinq, que vous n'appréciez pas particulièrement mais à qui vous vous accrochez faute de mieux – et vous commencez à boire, ne serait-ce que pour la contenance que vous donne, croyez-vous, le gobelet de plastique que vous tenez négligemment dans la main qui ne manipule pas les cigarettes que vous carbonisez à la chaîne. Vous observez, d'un air que vous jugez souverainement détaché, les filles qui errent en même temps que vous dans l'appartement ; elles, en revanche, ne vous observent nullement, n'ayant, à votre endroit, conservé que le détachement. Vous commencez à vous faire tartir, vous augmentez la fréquence des gobelets de punch.

Vous vous croyez sauvé quand surgit un autre ami – en réalité un pilier de votre bar commun, dont vous seriez infichu de dire le nom de famille –, qui vous informe discrètement qu'il est venu ici pour tuer le temps, car d'ici une heure ou deux, il doit aller à une autre fête, qui, elle, contrairement à celle-ci qui est vraiment nulle, sera d'enfer ; bien entendu, puisqu'il le propose, vous le suivez.

Après avoir traversé pédestrement près de la moitié de Paris, vous vous retrouvez donc dans un autre appartement, tout aussi inconnu que le premier. Comme la soixantaine d'invités est là depuis trois bonnes heures, que les fenêtres sont évidemment fermées, que tout le monde boit, fume et s'agite sur une musique de merde assourdissante, il y règne une chaleur de bête et des odeurs qui ne le sont pas moins. Malgré, tout, un punch en valant un autre, vous marchez vers le buffet, d'où tout alcool raisonnable a depuis longtemps disparu. Vous commencez à vous dire qu'il serait temps, si vous voulez finir l'année en beauté, de vous mettre en quête d'une chaussure à votre pied, pour parler de façon imagée ; tout en subodorant que, comme l'année dernière et celle d'avant, vous allez rentrer pieds nus (pour filer la métaphore).

Autour de vous, car l'heure tourne Messieurs-Dames, il ne reste plus que des épaves imbibées (généralement de sexe masculin) et des boudins en déshérence (…) ; vous pourriez probablement vous taper l'un ou l'autre membre de ces deux sous-ensembles, mais vous n'avez déjà plus très envie. Entre quatre heures et demie et cinq heures, vous décidez que ça suffit comme ça, et vous rejoignez la rue en titubant ; naturellement, vous n'avez plus la moindre idée de quelle rue il s'agit. Ce n'est pas très important car vous allez, durant l'heure suivante, en parcourir trois douzaines d'autres, claquant des dents sous l'action conjointe du froid extérieur et du punch intérieur, à la recherche d'un taxi, qu'un autre fêtard repère et hèle systématiquement avant vous. À cinq heures et demie, ayant abjuré toute foi en l'humanité, vous descendez dans le métro, pensant que là, au moins, vous serez au calme et à votre aise. Il n'en est rien : le quai est encombré d'une humanité verdâtre et dépenaillée qui, elle aussi, comme vous, s'est rabattue sur la prochaine rame. Plus personne ne souhaite la bonne année à personne. Il est six heures et demie lorsque vous vous laissez enfin tomber sur votre lit ; auparavant, sur le palier du premier, vous avez croisé M. Lemonnier, frais comme un gardon de la dernière marée, qui partait prendre son service à la gare d'Austerlitz. 

Quand vous vous réveillez, vers deux ou trois heures de l'après-midi, vous êtes certain d'une chose, et c'est d'avoir un crâne ; pour le cerveau à l'intérieur, il vous vient comme un doute. En plus, la bouteille de Perrier est vide.

mardi 30 décembre 2014

À la Clairefontaine (écrire “Paludes”)


Pendant que les feuilles tombent, celles du journal s'accumulent.

dimanche 28 décembre 2014

Comment Dostoïevski est passé à côté d'une grande carrière

Leonid Grossman (1888 – 1965) – que l'on se gardera de confondre avec son homonyme Vassili, auteur du majestueux Vie et Destin – est un écrivain et critique russe ; ou devrait-on plutôt dire soviétique ? Sa vaste biographie de Dostoïevski (500 pages aux éditions du Parangon) mérite d'être lue. D'abord parce que Grossman a eu la chance de pouvoir s'entretenir longuement dans sa jeunesse avec Anna Grigorievna, la veuve du romancier, source évidemment irremplaçable. Ensuite parce que son intelligence et son amour de l'œuvre sont réels, et que Grossman possède l'art de mettre en regard ce que sont les romans de Dostoïevski avec les circonstances historiques, tant générales que personnelles, de leur naissance.

Néanmoins, Léonid Grossman reste un intellectuel communiste ; ce qui, par moments, le conduit à se prendre les pieds dans le tapis idéologique, et, par suite, à écrire de merveilleuses âneries. (Il ne faut pas exclure, cependant, que les dites âneries n'aient été disposées çà et là dans le manuscrit qu'afin de servir de leurres pour endormir les sourcilleux censeurs du Kremlin.) À la page 264, par exemple, Grossman écrit ceci (c'est moi qui souligne) :

« Il prit une position qui avait toujours conduit les grands écrivains comme lui à la défaite : il se mit à défendre la réaction, se prononça contre le mouvement d'avant-garde de l'époque. Ce fut là sans doute la plus grande tragédie de toute sa douloureuse existence. Dostoïevski-écrivain conserva son talent. Mais en tant que penseur, il se retrouva parmi les forces les plus réactionnaires de la société. »

Admirons l'aplomb avec lequel Grossman assène l'axiome qu'il vient de tirer de son chapeau : tous les grands écrivains qui cèdent aux effroyables sirènes de la réaction connaissent immanquablement la défaite ; axiome d'autant plus surprenant, de la part de quelqu'un reconnu, à son époque et dans son pays, comme le spécialiste de Balzac ! Ce qui vient ensuite n'est pas mal non plus : Dostoïevski-écrivain conserva son talent. » Or, les événements dont parle Grossman dans le paragraphe cité  se passent en 1864 ; soit au moment où Dostoïevski écrit Les Carnets du sous-sol et s'apprête à entreprendre Crime et Châtiment. C'est-à-dire que non seulement, en plongeant dans la réaction, Dostoïevski ne se contente pas de conserver son talent, mais qu'il accède à son génie propre et unique. Évidemment, on sent ce pauvre Grossman très gêné aux entournures, par cette malencontreuse coïncidence entre le fait de devenir ignoblement réactionnaire et celui de se mettre à n'écrire quasiment plus que des chefs-d'œuvre. Il tente de s'en tirer, de sauver ce qui peut l'être de la défroque progressiste dostoïevskienne. Hélas pour lui, cela ne donne que le paragraphe suivant (c'est toujours moi qui souligne) :

« C'est là non seulement la tragédie personnelle de son destin d'écrivain, mais peut-être aussi l'une des plus grandes catastrophes de la littérature russe. Il suffit de se représenter un instant quelle puissante épopée aurait laissée Dostoïevski aux générations futures s'il était resté fidèle aux convictions socialistes de sa jeunesse, pour comprendre l'ampleur de cet événement et tout le sens de cette perte. »

Réflexion faite, je ne souligne rien, car tout mériterait de l'être, dans ces quatre lignes qui sont autant de pirouettes manquées. Donc, pour commencer, le fait de se mettre à écrire des chefs-d'œuvre est, pour un écrivain, une tragédie personnelle. Ces chefs-d'œuvre deviennent donc, suivant une logique sans faille, un coup terrible porté à la littérature russe. Ensuite, ce bon Leonid nous accorde une dizaine de minutes afin que nous nous figurions, chacun à part soi, la puissante épopée que Dostoïevski aurait bien évidemment écrite s'il était resté socialiste. (.........................) Ça y est ? Vous y êtes ? Vous la voyez bien, la puissante épopée virtuelle de Dostoïevski ? Eh bien, maintenant, il ne vous reste plus qu'à convenir de ce qui saute aux yeux : à côté de la puissante épopée que vous avez bien présente à l'esprit, Les Démons et Les Frères Karamazov représentent bel et bien une perte irréparable ; n'importe quel esprit lucide et honnête sera forcé d'en convenir. 

Et si Balzac s'était converti au fouriérisme à trente ans, au lieu d'en pincer sottement pour le trône et l'autel, quelle fresque gigantesque il nous aurait léguée, au lieu de ce pauvre petit théâtre guignol qu'est sa Comédie humaine ! Tiens, ça me déprime, quand j'y pense.

samedi 27 décembre 2014

Conseils pour se remettre d'un réveillon


– Abandonner, au moins pour quelques jours, les hurlements et les contorsions dostoïevskiens ; revenir aux nouvelles de Tchékhov.

– Écouter Tristan dans la version donnée par Karajan à Bayreuth en 1952 ; penser à boire une tasse de café non sucré à chaque entracte.

– Blogodiète pendant quarante-huit heures au moins.

– S'abstenir rigoureusement de lire quelque déclaration gouvernementale que ce soit.

– Penser à descendre chercher du pain avant que ça ferme.

jeudi 25 décembre 2014

Nauséabond Noël !


Il détestait si fort les nègres, les bicots et les faces-à-napalm qu'il laissait ses baguettes dorées reposer deux à trois jours, pour s'offir ensuite l'intense satisfaction de savourer du pain raciste.

mercredi 24 décembre 2014

La Douleur

 
C'est une expérience curieuse, lorsqu'on se trouve sur un lit d'hôpital, que cette question immanquable, posée à peu près en ces termes : « Vous avez mal ? Dites-moi, de 1 à 5, où se situe votre douleur. » Il est impossible, au gisant entubé, de répondre à cette étrange interrogation. Celui qui est en proie à la douleur, non seulement ne connaît pas l'échelle en question (les médecins non plus, évidemment, et même encore moins), mais est totalement isolé des autres souffrants qui l'entourent sans doute. La douleur isole encore plus l'individu que la vie elle-même, c'est comme ça, il faut se faire à cette raison, même s'il est impossible de s'y préparer. On ne se prépare pas à la douleur, on n'apprend pas ses échelles fictives, on la découvre à chaque fois, on y réagit comme on peut. C'est pourquoi, aussi, il est vain de dire que celui-ci “est dur au mal” ou que cet autre a un “seuil de tolérance très bas” : nul ne peut savoir ce que le voisin endure, et selon quel mode ; pas de règle. Les médecins, dans ce domaine, sont souvent des ignorants présomptueux ; les infirmières les surpassent en savoir, parce qu'elles sont au plus près de la chair qui hurle ; elles plongent dans les yeux du malade, de l'opéré, de l'agonisant, elles posent leurs doigts à l'endroit vif ; et, souvent, elles savent sourire au moment judicieux ou, à l'inverse, ce qui est bien plus difficile, je crois, ne pas sourire ; les médecins, praticiens, chirurgiens, eux, sont le plus souvent à côté de la plaque, dans ce service après vente. Cela tient surtout au fait que les docteurs ne sont jamais là lorsque la nuit vient, ce moment très long où la peur humaine s'ajoute à la souffrance purement animale de la chair dérangée. Aucune personne bien portante ne saura jamais à quel point une nuit peut être longue et menaçante quand le corps se dresse contre soi-même ; ni combien la souffrance rallonge les heures, les rend épaisses et gluantes et interminables et terriblement pareilles. – Mais les silencieuses infirmières, quelque part, veillent.

Gérard de Villiers, pénible seigneur


J'ai plusieurs raisons de chérir la mémoire de Gérard de Villiers, certaines aisément compréhensibles, d'autres probablement moins. Parmi les compréhensibles, il y a bien sûr, au premier chef, le fait qu'il m'ait, durant une vingtaine d'années, fait gagner des sommes qui, pour le fils de pauvre et de petite extrace que je suis, continuent de paraître fabuleuses et qui partirent gentiment en fumée au fil des ans et des tentations diverses ; une autre est, pour les gens qui savent lire, mon admiration pour son talent d'écrivain en bâtiment : chaque premier chapitre de SAS, au moins dans la période glorieuse, est un modèle difficilement accessible au commun des gâcheurs de mots que nous sommes. Parmi les raisons incompréhensibles, du moins le supposé-je, il y a cette désinvolture avec laquelle il traitait les sans-grade à qui il devait de l'argent, et dont j'ai souvent fait partie : il y avait, dans les raisons qu'il donnait pour ne pas vous payer, une sorte d'allant, de bonne santé, qui, in fine, empêchait de lui en vouloir, parce qu'elle touchait à l'innocence (in fine, mais pas sur le moment…). Je me souviens, d'assez nombreuses fois, d'avoir en même temps grincé des dents de son cynisme et applaudi comme à un tour particulièrement réussi – Catherine pourra en témoigner.

Mais ce que j'ai aimé surtout chez cet homme, c'est cette espèce de fierté, de morgue aristocratique, qui l'a conduit à ne jamais renier France Dimanche, où il a passé des années de sa vie, juste avant SAS, et même pendant. Sans faire de gros efforts de mémoire, je pourrais vous citer vingt personnes très connues qui, à un moment de leur vie, soit avant de trouver leur filon personnel, soit plus tard, dans un moment de creux professionnel, ont été fort satisfaits de venir manger (et boire…) à cette gamelle ; spécialement au rewriting, qui offrait le luxe, à l'époque dont je parle, et j'en ai connu la fin, d'un salaire bien matelassé pour deux jours de travail hebdomadaires. Villiers, lui, a toujours revendiqué hautement cette “honte”, jusque dans son autobiographie, Sabre au clair et pied au plancher, publiée par Fayard en 2005. C'est sans doute à cela que l'on reconnaît les seigneurs : ils ne cherchent pas à enjoliver leur biographie

Du reste, le temps et l'évolution de nos mœurs lui ont finalement donné raison. Il fut une époque où travailler pour France Dimanche était considéré comme infamant, par nos confrères de la presse noble. Outre le fait, j'en témoigne, que les nôtres faisaient aussi consciencieusement et bien leur travail que les leurs, on notera, aujourd'hui, que personne, dans cette presse de caniveau, ne réclame ni n'acclame l'éviction d'un des leurs pour cause d'idées non conformes, cependant qu'au Monde, à Libération, au Nouvel Observateur, et dans d'autres officines de moindre nuisance, on se félicite à grand bruit, et au tintement cristallin des coupes de champagne, de l'éviction d'Éric Zemmour d'une chaîne confidentielle de télévision qu'il contribuait assez largement à faire survivre.

Gérard de Villiers n'aurait pas applaudi. Il aurait sans doute souri et serait passé tout de suite à des sujets beaucoup plus intéressants à ses yeux que la soviétisation progressive de ce pauvre petit pays exsangue qui fut le sien.

Il n'empêche que cet empafé est mort en me devant sept mille euros.

mardi 23 décembre 2014

Laissez-moi sortir de ce souterrain !


La Mort d'Ivan Illitch m'a réconcilié avec Tolstoï ; en revanche, Crime et châtiment est en train de me fâcher avec Dostoïevski, d'une manière que je crois irrémédiable. J'ai lu les “grands romans” très jeune : entre 18 et 20 ans, si je me souviens correctement ; ils m'avaient soulevé d'enthousiasme, au point que je ne parvenais jamais à m'arrêter lorsque j'entrais dans un : je me rappelle avoir lu Les Frères Karamazov en deux nuits, à Rennes (la journée je dormais, si bien que, venu là pour trois jours, je n'ai absolument rien vu de la ville, n'ayant pas une seule fois mis le pied dehors, sauf pour venir de la gare et y retourner). J'ai relu ces mêmes grands romans il y a une quinzaine d'années, lorsque sont sorties les nouvelles traductions d'André Markowicz, achetées à mesure de leurs parutions ; là encore, peut-être avec un enthousiasme moins juvénile, j'ai subi l'emprise dostoïevskienne. Mais, cette fois, non. Je ne supporte plus ces monologues chaotiques, ces embardées incessantes dans les interminables dialogues, ni surtout ce climat de folie clinique qui envahit tout et tous. « De la littérature de cabanon ! », aurait grommelé Léautaud. J'irai au bout du roman parce que je m'y suis plus ou moins contraint, mais le moins que je puisse dire est que je le lis très en diagonale. Et je me demande si la jeunesse ne serait pas un état nécessaire à la lecture de Dostoïevski, parce que cet âge n'est jamais très éloigné de la folie.

Taliban, tête de gland


On nous répète, on nous serine – et toutes les forces progressistes s'y mettent, elles ne sont pas de trop – que les musulmans qui répandent la violence un peu partout, de Joué-lès-Tours à je ne sais plus où en passant par ailleurs, sont des déséquilibrés mentaux, et que le fait qu'ils soient en outre tous musulmans, ne relève que de la coïncidence la plus fortuite. Fort bien, j'en prends bonne note. Mais alors une autre question se pose, sous forme d'alternative : est-ce que l'islam attire les déjà-déséquilibirés, ou bien les fabrique-t-il lui-même à partir d'un matériau sain ? Je sens que ça va carburer sur les blogs de gauche…

lundi 22 décembre 2014

Éric Zemmour, par qui arrive la honte


Que les habituelles officines liberticides, du type SOS Racisme, LICRA, etc., aient réclamé la tête d'Éric Zemmour n'a évidemment rien pour surprendre : la décapitation est à peu près leur seule raison d'être ; la honte, c'est qu'ils l'aient obtenue. Qu'une chaîne, plutôt mal portante, puisse d'elle-même supprimer de sa grille son émission à plus forte audience pour cause de pensée déronronnante, dit assez les tremblements de peur qui secouent désormais les patrons de presse – et pas seulement eux, malheureusement – face aux injonctions de petits fouquier-tinville parfaitement illégitimes et s'engraissant d'argent public. Mais le comble de la honte est évidemment, au moins pour moi, de voir ce maccarthysme s'installer et triompher benoitement sous les applaudissements enthousiastes de mes chers confrères : si les cartes de presse n'étaient désormais plastifiées, j'aurais très volontiers déchiré la mienne il y a quelques jours.

(On lira avec profit la réaction de Michel Onfray, à propos de ce superbe progrès dans le musellement.)

samedi 20 décembre 2014

Pendant qu'Anna dans les salons fait la lascive…


Tolstoï, dans ses romans, a décidément l'art de gâcher sa marchandise, ou, en tout cas, de la rendre moins attrayante que ce qu'elle aurait pu être, eu égard à ses exceptionnelles qualités. Ce sont les tartines historico-philosophiques de Guerre et Paix et les considérations sur les progrès nécessaires de l'agriculture russe dans Anna Karénine. En outre, dans ce dernier roman, toute la partie huitième et ultime, venant après le suicide de l'héroïne (60 pages de Pléiade, tout de même), me semble totalement superflue, le lecteur n'en ayant à peu près rien à faire que Lévine – auquel il ne s'est déjà pas beaucoup intéressé tout au long du livre – retrouve le chemin menant à Dieu ou simplement celui qui conduit à sa maison et à sa fadasse épouse. Je crois que, après une dernière tentative avec Ivan Illitch, racheté la semaine dernière, on ne me reprendra pas de longtemps à lire Léon. De toute façon, Fédor me réclame.

Honni soit qui Malibu

Fatima Allaoui, cris d'indignation vertueuse

Si les actrices hollywoodiennes en perte de vitesse commencent à se déguiser en Arabes pour venir faire carrière dans notre Front national à nous autres, les castings transatlantiques vont vite tourner au boxon généralisé.

Neve Campbell, Scream 1, 2, 3 et 4

mercredi 17 décembre 2014

Le Noël des enfants noirs


Vers la fin des années cinquante, probablement un lendemain de biture à la Marie Brizard, Trenet a écrit une chanson qu'il a intitulée Le Noël des enfants noirs. C'était d'une assez grande niaiserie, soyons honnête ; ça commençait comme suit :

Les petits Noirs d'Afrique
Ont le même Bon Dieu que nous
Ils lui chantent les mêmes cantiques
Tout comme nous à genoux
Et vers la fin décembre
Tout comme nous ils regardent le ciel
Jusqu'à ce qu'ils voient descendre
Dans la nuit le Père Noël

Un demi-siècle plus tard, enfin nous est donnée la preuve que les petits noirs d'Afrique ont effectivement le même Bon Dieu que nous. Et qu'il joue volontiers au Père Noël, mais avec une hotte d'emprunt.

mardi 16 décembre 2014

François H. sous le regard de l'histoire

Albert Lebrun et le colonel de Gaulle, en 1939.

En somme, on pourrait dire de François Hollande ce que Charles de Gaulle écrivait d'Albert Lebrun, président de la République au moment de la débâcle, dans ses Mémoires de guerre

Au fond, comme chef de l'État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fût un chef ; qu'il eût un État.

dimanche 14 décembre 2014

Émile Zola, dit le Crétin


Hier soir, parce que le film que nous avions choisi m'ennuyait prodigieusement – une histoire de baseball, avec Brad Pitt, à laquelle je ne comprenais goutte ni ne m'intéressais –, j'ai lu d'une traite les 130 pages du Je m'accuse… de Léon Bloy, qui est une démolition en règle de Zola (qu'il appelle Le Crétin…), et notamment de son roman Fécondité, que Bloy lit à mesure qu'il paraît en feuilleton dans L'Aurore, ce qui lui provoque des accès de bile aussitôt consignés. C'est publié, ainsi que d'autres livres de Bloy, par un nouvel éditeur, Quaestio, dont le fondateur a eu la gentillesse de m'envoyer cet exemplaire. J'avoue que, malgré mon peu d'appétence pour Bloy, j'ai ri souvent de sa méchanceté et de ses outrances, en reconnaissant qu'il lui arrivait régulièrement de taper juste. Car Zola, que j'ai beaucoup pratiqué et aimé (mais pas Fécondité, tout de même…), a évidemment des manies, des tics d'écriture, des ridicules, qui font qu'il est une cible commode, surtout pour un Bloy. Néanmoins, quand je tombe sur des phrases comme celle-ci : « Quelques furieux de l'été dernier ont vu s'éteindre leur fureur dans le mépris équitable où se noyèrent indistinctement tous les mimes de la farce atroce. », je n'ai plus qu'une envie, celle de refermer le livre pour n'y plus revenir. Heureusement je n'en ai rien fait, et m'en suis fort bien trouvé.

Pour ce qui est de l'enflure de Zola, poussée jusqu'à l'absurde, Bloy cite cet extrait d'article, publié au moment de la révision du procès de Dreyfus, et le lendemain de la grâce accordée au capitaine, dans lequel Zola s'adresse à l'épouse de Dreyfus (c'est Bloy qui souligne) : « Nous lui élevons un autel dans nos cœurs, n'ayant à lui donner rien de plus pur ni de plus précieux. C'est au pied de cet autel, et non ailleurs, que se fera “l'acquittement triomphal, la réparation éclatante”, et que seront vues “toutes les générations À GENOUX, demandant à la mémoire du supplicié glorieux le pardon du crime de leurs pères. Ici, Madame, nous arrivons au sommet. il n'est pas de gloire, il n'est pas d'exaltation plus haute… Cet innocent, le voilà devenu le symbole de la solidarité humaine, d'un bout à l'autre de la terre. Lorsque la religion du Christ avait mis quatre siècles à se formuler (?????), à conquérir quelques nations, la religion de l'innocent condamné deux fois a fait, d'un coup, le tour du monde, réunissant dans une immense unanimité, toutes les nations civilisées. Je cherche, au cours de l'histoire, un pareil mouvement de fraternité universelle et je ne le trouve pas. »

Au vu de ce passage, la cause est entendue : si Émile Zola vivait aujourd'hui, il ferait un parfait blogueur d'extrême gauche.

samedi 13 décembre 2014

De l'air, crénom, de l'air !


Hormis le puéril plaisir de dépenser de l'argent, pourquoi donc s'obstiner à acheter des livres et toujours des livres ? Qu'auront-ils de plus, les volumes que l'on vient seulement de commander, les pas-encore-là, que ne possèderaient pas ceux qui somnolent sur les étagères depuis parfois des années, voire quelques décennies ? Le regard fait lentement le tour de la pièce où ils sont, et l'on se dit qu'à lire les uns, qui ne l'ont jamais été, ou seulement de manière partielle, et à relire les autres, qui méritent de l'être, on aurait bien de quoi remplir ce qui nous reste de vie, et même au-delà. Oui, bien sûr… Mais alors, que ferait-on de l'argent ?

vendredi 12 décembre 2014

Éliette Abécassis, femme miraculeuse


Pour ceux qui me penseraient définitivement basculé dans la démence chaude, je le répète : Mme Abécassis est une femme miraculeuse, en ce sens qu'elle rend possible la production de miracles, et notamment celui, hier soir, de faire paraître Mazarine Pingeot intelligente et profonde. C'était dans l'émission de France 5 modestement intitulée Les Grandes Questions et présentée par l'insupportable et vulgaire Franz-Olivier Giesbert. Ces deux dames sont, si j'ai compris, les chroniqueuses régulières du vieux bouffon exténué. Il était, quand je suis arrivé, question de Sade ; l'invité était bien entendu Michel Onfray. De sa voix traînante d'adolescente mal réglée, Éliette a tenté de persuader à Onfray que si Sade avait passé une grande partie de sa vie en prison, c'est parce que ses écrits étaient trop dérangeants pour son époque, qu'il était le premier à parler de sexe en allant aussi loin et qu'il avait fait scandale en prônant la libération de la femme. La mine assez accablée, Onfray a tout juste pris la peine de lui répondre que les écrits de Sade n'avaient dérangé absolument personne, personne ne les ayant lus, et que si Sade avait passé des années en prison, c'est plutôt parce qu'il était lui-même un délinquant sexuel et un criminel. Éliette a voulu réenfourcher son canasson fourbu, mais Onfray, très visiblement, a cessé de l'écouter, et moi aussi.

Et c'est alors que le miracle s'est produit : quand le clown grisonnant a coupé le micro d'Éliette pour donner la parole à Mazarine, Michel Onfray et moi-même avons eu l'impression d'entendre soudain, par simple comparaison, des paroles intelligentes.

Je n'ai jamais lu la moindre ligne de Mme Abécassis ; je pense que je vais continuer à surseoir.

mercredi 10 décembre 2014

Assassiner une femme en trois mots


Jean-Jacques Rousseau parlant de Mme d'Épinay (Les Confessions, Folio, p. 499) :

Elle était fort maigre, fort blanche, de la gorge comme sur ma main.

Emmanuel Macron et le bonheur des Français


« J'ai dit ça, moi ? »

Voici ce qu'a déclaré ce jeune homme, à propos de je ne sais quelle loi, récente ou à venir, dont il est, supposé-je, l'auteur :

Ce qui me préoccupe, c'est qu'après cette loi, les Françaises et les Français vivent mieux.

On imagine qu'il a eu l'intention de dire : « Ce qui m'importe, c'est qu'avec cette loi, les Français vivent mieux. » Or, ce n'est pas du tout ce qu'il a affirmé ; c'est même le contraire : le fait que les Français pourraient vivre mieux le préoccupe ; c'est peut-être vrai, mais ce n'est pas bien malin de l'avouer.

D'autre part, ce qui le préoccupe n'est pas, bizarrement, que les Français vivent mieux avec sa loi, mais après. On suppose donc qu'il envisage de l'abroger. Oui mais, alors, si les Français vivent mieux après sa loi, pourquoi a-t-il pris la peine de la rédiger et de la soumettre au parlement ? Tout cela est bien nébuleux.

Enfin, mais c'est péché véniel par rapport au salmigondis qui précède, on rappellera au ministre de l'Économie, des Lois transitoires et du Beau-Parler que les Françaises sont, pour ainsi dire, syntactiquement comprises dans les Français, et qu'il était donc inutile d'alourdir une phrase déjà largement imbitable.