mardi 6 juillet 2010

Miss Blogger a ses chaleurs : avis aux populations

Depuis ce matin, les commentaires des uns et des autres arrivent ou n'arrivent pas jusqu'ici, y demeurent ou en disparaissent, selon leur bon vouloir. Il semblerait, ce qui serait un comble, que les anonymes “passent” mais pas ceux qui ont un compte déjà existants. Je n'y suis pour rien, ne puis rien y faire, sauf la même chose que tout le monde : attendre...


Rajout presque immédiat : je viens de voir que ce serait général chez Blogger. Et comme c'est Nicolas qui le dit, même s'il n'est plus numéro un on peut le croire...

Liliane, fais les enveloppes, nos amis arrivent !

Je me rappelle un film de Luigi Comencini qui, en français, s'intitulait très élégamment L'Argent de la vieille (« Et pourquoi pas Le Pèze de la vioque ? », avait à l'époque raillé Jean-Louis Bory) – je n'ai aucun souvenir de ce qu'il pouvait bien raconter, d'ailleurs.

Ça vous intéresse tant que ça, vous, ce que Mme Bettencourt fait de son argent ? Qu'elle le distribue avec la même facilité que des petites bouteilles de lait chocolaté dans la cour de récréation de mes dix ans ? Moi pas. Je m'en fous absolument.

Et ça vous choque à ce point que tel ministre ou son épouse ait peut-être accepté de petits cadeaux sous enveloppe de la dite dame-aux-milliards, ou bien vous jouez la comédie de la vertu empourprée car vous pensez que tel est votre rôle ? Moi, ça m'est tout à fait indifférent : il faut bien que tout le monde s'amuse. J'entends ce qu'on va me rétorquer : Oui, mais, pendant ce temps, il y a des pauvres que et des pauvresses qui. Certes. Mais cela ne change rien : dites-vous bien qu'une Mme Bettencourt, en admettant qu'elle n'ait rencontré dans sa vie que des politiciens intègres et des ministres vertueux, n'aurait de toute façon jamais eu l'idée de faire des cadeaux à un pauvre. Jamais. Trop violent, trop pas dans sa nature, à cette femme, trop risqué sur le plan de son équilibre hormonal. Et puis, quoi ? Ce qu'elle a distribué, si distribution il y eut bien, ce n'était jamais que son argent. C'est son bas de soie qu'elle vidait, pas nos chaussettes à trous de petits contribuables envieux.

Tandis que quand le Premier ministre de la République s'en allait inaugurer, en grande pompe et respectueuse humblesse d'esprit, une mosquée en banlieue parisienne, pensez-vous vraiment qu'il avait payé de sa poche les petits fours halal et l'essence de la bagnole ? Pourtant, curieusement, l'événement s'est déroulé à bas bruit, comme aiment à dire les journalistes cultivés. On les a peu entendus s'indigner, les blogo-laïcards institutionnels, les chatouilleux de la bourse citoyenne. Étrange, non ?

Au fond, si j'étais le chef d'un gouvernement de droite, je sais bien comment j'agirais pour neutraliser mes adversaires de gauche, pour les empêtrer encore un peu plus dans les câbles de leurs contradictions, les contraindre à m'approuver ou à passer pour de gros réactionnaires nauséabonds : je multiplierais les actes d'allégeance à l'islam, les génuflexions imamiennes, les discriminations positives, les glorifications minaresques.

D'ailleurs, c'est ce qu'ils font.

lundi 5 juillet 2010

Le vertige totalitaire, V : Dîner de cons

On se sent toujours d'excellente humeur lorsque une poignée de crétins vous fait la grâce de confirmer ce que vous pensez d'eux, en vous fournissant obligeamment quelques arguments supplémentaires. Hier ou avant-hier, Marianne.fr a repris l'un des billets que j'ai écrits récemment sur Jan Valtin – celui-ci. Quelques-uns des commentaires laissés à sa suite ont confirmé magnifiquement ce que je disais dans cet autre billet, à propos des pénibles qui, dès qu'ils entendent le mot “goulag” ou l'adjectif “soviétique” ne peuvent que se mettre à trépigner en bêlant “naziiisme ! naziiisme ! ” Le premier commentateur, chez Marianne, pulvérise d'emblée le score de cette bêtise trépignante. Il bêle ceci :

super article ! MDR
Faites plutot des investigations sur qui a financé Hitler, Mussolini, Franco au lieu d'article creux comme celui ci !
Prenez donc les archives des années 30, le livre d'Annie Lacroix-Ritz et dites la vérité sur les années 30 ! Parlez aussi du financement de parti d'extreme droite Francais par les banquiers de chez Worms ! C'est un peu dérangeant à l'heure ou les banques dictent leurs lois aux gouvernants et où les politiques reçoivent leurs ordres du MEDEF, appelé CNPF dans les années 30 et d'ou sont issus les plus gros collabos de la guerre dont la famille Sellieres !

Son pseudonyme est Icare, mais, chez lui, on sent bien que ce ne sont pas les ailes qui ont fondu. Je lui ai, ainsi qu'aux suivants, laissé la responsabilité de son orthographe et de sa syntaxe. Ce garçon est une véritable petite unité de retraitement des déchets toxiques à lui seul : vous lui fournissez Jan Valtin à un bout, il vous ressort Ernest-Antoine Sellières en fin de chaîne. Il est immédiatement plussoyé par un dément de même famille :

Oui, le MEDEF, la pire organisation sévissant en France, une secte.

Là, de Valtin ou du communisme, il n'est déjà plus question. Vous en voulez encore ? Allez, un autre, pour faire plaisir. Celui-ci se pseudonomme Ramoneur de menhirs :

Le MEDEF ferait comme la cagoule , livrer le pays pour que les affaires durent.

À ce stade, on se dit qu'il va forcément en débarquer un, de commentateur, pour nous inviter gravement et doctement à balayer devant notre porte avant de dire du mal de ces communistes si bien intentionnés au départ. Le voici, justement :

Retenir de ce livre, que j'ai lu dernièrement, que l'image de Staline partisan du pacte germano-soviétique dès 1933 est, pour le moins, très réducteur.Ce fantastique livre donne de l'histoire du communisme, plus précisément du Komintern bras armé de l'internationalisme communiste, une réalité révolutionnaire qui déstabilise un communiste comme moi, non encarté, qui croit encore qu'un autre système économique est possible, si ce n'est indispensable, pour assurer l'avenir de notre monde.Cruelle leçon pour tous les miltants sincères qui pensèrent peser sur l'histoire, alors qu'ils n'étaient que les instruments de manipulateurs politiques pour des fins partisannes ne reculant devant aucune infamie pour arriver, et se maintenir, au pouvoir. D'accord avec icare, il faut aussi balayer devant notre porte, et lire Annie Lacroix-Riz, J. Kolboom ou encore Robert O. Paxton, pour ne pas oublier ce qu'une élte est capable de faire pour conserver ses privilèges...y compris en France.
Il n'est pas utile de dénoncer nommément des personnes, pour avoir ce droit encore faudrait il avoir vécu cette triste période de notre histoire, et moi, qui suis né en 1945, j'aurais bonne mine de jouer les résistants 70 ans après les faits.

On notera que celui-ci, en plus, ne sait pas lire : à aucun moment je n'ai écrit que le Pacte germano-soviétique n'avait été envisagé dès 1933. Pas grave, y a que la foi qui compte. Mais c'est à l'impérial et glorieux Icare qu'il revient – à l'heure où nous mettons sous presse – de fermer la marche. Il le fait en se hissant à des sommets de crapulerie intellectuelle et de haine de soi quasiment célestiens :

@Kane et Jean: Rien ne sert de s'attarder sur les socialistes, communistes ou autres partis, le probleme n'est pas la. C'est la lutte des classes qui régie le monde. Les tres riches ont pactisé avec les nazis, les pauvres ont rejoint le maquis. Surtout en 1943 lorsque les tres riches voulaient faire travailler les pauvres gratis avec le STO.
"Mieux vaut Hitler que le Front populaire" résume bien encore la situation d'aujourd'hui. Ils sont pret à commettre des génocides en Afrique ou en Irak, ils jouent les esclavagistes en Chine et en Inde, ils mettent des dictateurs au pouvoir en Amérique du Sud, Afrique, Proche Orient, dans le seul but de faire plus de fric, alors que ces instigateurs sont déja milliardaires pour la plupart. Preuve en est que les nazis, l'holocauste, les 60 millions de morts n'ont servis à rien puisqu'on est tout de suite repartit sur les memes bases.

Et Jan Valtin dans tout ça ? Hein ? Vous dites ? Jan comment ? Encore un type monté en épingle pour nous détourner des vraies questions, ça ! Si ça se trouve, il n'a même pas existé, d'ailleurs...

dimanche 4 juillet 2010

Si même les bagnoles s'y mettent maintenant...


Sur l'autoroute, doublant une petite voiture :

Moi : Je déteste vraiment ces vitres fumées qui ne permettent pas de voir le conducteur ni les passagers !

Catherine : c'est une voiture-burka !

Moi : c'est exactement ça : un burcar...

vendredi 2 juillet 2010

Le vertige totalitaire, IV : du Maître sans Marguerite

Ce soir, je suis rentré chez moi. Je sais bien que cette amorce est faible : tout le monde rentre chez soi. D'abord, non. Replacez-vous dans l'univers russe des années dont nous parlons depuis quelques jours, et vous verrez bien que non. Certains hommes, fort respectables, écrivains estampillés, nantis de tous les privilèges qu'offrent les tyrannies communistes, se transportent parfois en pyjama à Yalta, alors qu'ils se trouvaient dînant à Moscou, dans un restaurant réservé à “l'élite”. C'est la faute du Diable. Les pauvres hommes n'y sont pour rien, et ils se débattent, ils font appel à la raison – mais il n'y a plus de raison : on est en Russie soviétique.

Donc, je suis rentré chez moi. Et ma femme était là. Pas de Diable ni même de Dieu, en apparence, juste elle et moi, les trois chiens, et quatre bières au frais. On a parlé. De ce qu'elle lit et de ce que moi je. Le Maître et Marguerite pour elle, Evguenia Ginzbourg pour moi, comme vous le savez. Autant dire qu'on lisait la même chose. J'ai essayé de théoriser cela, ne serait-ce que pour l'épater, parce que tout homme a plus ou moins, toujours, le désir d'épater la femme qu'il aime. J'ai sans doute échoué, mais il n'empêche que le roman de Boulgakov me semble en effet une bouffonnisation absolue du réel. J'ai sans doute déjà dit cela, mais tant pis (Catherine est habituée à mes radotages, je ne vois pas de raison de vous les épargner) : la différence entre un bon écrivain et un grand écrivain tient à ce que le second n'a pas peur du ridicule ; et qu'il sait que plus il ira loin dans la bouffonnerie et plus il s'enfoncera dans le réel.

Le Maître et Marguerite déploie en feux d'artifices ce que Varlam Chalamov et Evguenia Guinzbourg et des millions d'autres vivent en tragédie quotidienne. Par son art – incompréhensible – il ramasse et il déploie, tout en même temps. Et, surtout, il creuse. On comprend très bien, si l'on se réfère au sens premier du mot, que ces écrivains ulcèrent les pouvoirs : ils creusent dans la viande, ouvre des plaies incicatrisables, et ils sont les seuls à pouvoir le faire. Avec toute son intelligence, sa sensibilité, sa roideur morale, Evguenia, la merveilleuse Evguenia, reste un témoin : elle montre la réalité, et le fait mieux que personne. Chalamov et Boulgakov s'échappent au-delà : ils résument, ramassent, broient, magnifient, clouent et condamnent cette même réalité. Si l'on veut, Evguenia Guinzbourg est l'accusatrice de Staline (comme l'est aussi, avec plus de puissance, Soljénitsyne), cependant que Chalamov et Boulgakov (et Grossman, et Zinoviev, et...) sont ses fossoyeurs définitifs.

On a tort de hurler au communisme ou au fascisme : ni l'un ni l'autre ne reviendront. Ces grandes consciences, ces hommes supérieurs en sont les garants : ils ont démonté l'affaire pour les siècles des siècles. En revanche, il nous arrivera d'autres choses, qui sont déjà en route et qui ont déjà leurs séides. D'autres camps, d'autres ploiements de l'homme, d'autres renoncements, encouragés par l'homme lui-même. Cet homme dont, après saint Paul ressuscité par Ronsard, on a envie que Dieu d'un trait de feu lui accablât le chef, tellement il semble gourmand et impatient de son propre avilissement.

Notre époque attend ses Boulgakov. Et, malheureusement, elle aura aussi ses Evguenia.

Le vertige totalitaire, III : les chineurs de Kazan


Je suppose que Magadan, principale ville de la Kolyma, plaque tournante du trafic d'esclaves communiste dans les années trente, quarante et cinquante, ne ressemblait en rien à ce qu'elle est maintenant, lorsque, en 1948, Evguenia Guinzbourg, “reléguée”, y retrouva son fils cadet, Vassia, qu'elle n'avait pas vu depuis près de douze ans. Elle avait quitté un bambin, elle retrouve un adolescent, perturbé mais brillant (il deviendra un écrivain renommé par la suite). Le jour où Vassia arrive enfin à Magadan, sa mère et lui passent leur première nuit à parler et parler encore. Le problème qui se pose à la mère est de taille : que doit-elle dire à son fils, à propos de son arrestation et de ses années de bagne ? La première question de l'adolescent donne le ton : « Qu'avais-tu fait ? », demande-t-il à sa mère. Celle-ci lui répond, en substance : « Ne me demande pas : “qu'avais-tu fait?” mais : “Que t'a-t-on fait ?”. Le dialogue s'engage sur cette base.

Le moment le plus émouvant (mais cet adjectif est tellement entaché...) de ce récit, très sobre, comme tout le reste du livre d'Evguenia Guinzbourg, est lorsque la mère et le fils se rendent compte que, sans s'en être évidement jamais parlé, ils ont lu et appris par cœur les mêmes poètes : Blok, Pasternak, Akhmatova... Et Vassia, à un moment de cette nuit, dit ceci à sa mère : « Une mère, c'est d'abord le désintéressement dans l'affection. Et puis... Et puis c'est encore ceci : on peut lui réciter ses vers préférés, si on s'arrête, elle reprend au même endroit... »

La poésie (pas LA poésie en tant que telle, mais furieusement et dangereusement incarnée) est ce qui permet à Evguenia Guinzbourg de se découvrir un fils (et à Vassia une mère) après avoir été l'un des facteurs les plus agissants de sa survie. Non de sa survie physique : aucun poème ne peut remplacer une “briquette” de pain après douze heures d'abattage forestier par moins quarante, mais de son non-effondrement moral.

Tout ce chapitre est d'une densité d'émotion extrême, et d'autant plus qu'il semble ne pas viser à l'être. Mais, pour mon plaisir personnel, je voudrais terminer par un paragraphe du suivant. L'éducation de Vassia est prise en main par un professeur de mathématique septuagénaire, ancien zek lui aussi relégué. Il passe tous les soirs chez Evguenia Guinzboug, laquelle vit alors avec Anton, médecin d'origine allemande, encore prisonnier, qui va devenir son second mari. Les deux hommes, soir après soir, ont de violentes disputes, à propos de Thomas More et de saint Thomas d'Aquin, sur lesquels ils sont en désaccord profond. Je vous laisse méditer cela, prendre la mesure de ce gouffre : Magadan d'un côté, Thomas d'Aquin de l'autre... Evguenia Guinzbourg écrit :

« Mais aussi violents que fussent les échanges de vues et les débordements d'invectives, il suffisait que le vieillard soit un peu en retard pour qu'Anton commence à s'alarmer : il regardait sa montre, parlait de la tension artérielle élevée de Iakov Mikhalytch et ne se calmait qu'en entendant le traînement familier de ses caoutchoucs très haut, comme en portaient jadis les chineurs de Kazan. »

Et je vous laisse, sur ce parfait alexandrin souligné par moi, que je trouve d'une puissance d'évocation et de rêve difficilement égalable.

L'ennui m'anesthésie

Suite à mon coup de sang d'hier soir contre un branquignol anonyme, Nicolas (et hop ! pas de lien...) m'a laissé le commentaire suivant :

Didier,

Z'êtes énervé, là ! Mais je comprends. Ce que je ne comprends pas c'est que vous ne vouliez pas envoyer chier des commentateurs, virer des commentaires... alors que vous êtes dans votre espace privé ! C'est facile.

J'en ai viré des tonnes, chez moi (je ne vous ai jamais viré malgré nos débuts houleux), ça ne fait aucun bien à part soulager et rester chez vous... Je ne vois franchement pas l'intérêt de garder des connards dans vos commentaires au simple nom de la liberté d'expression.

Rappelez vous votre passé nazi, bordel ! Censurez !

Je pourrais rester dans le ton de la dernière ligne et répliquer que c'est justement pour faire oublier mon passé nazi, mon engagement enthousiaste dans la Légion Charlemagne, que je fais mine d'être attaché à la liberté d'expression. Mais soyons sérieux cinq minutes – si on peut. Je comprends très bien la position de Nicolas : il part du fait qu'un blog constitue l'espace privé de son tenancier – ce qui est vrai – et que, donc, il n'a pas à y tolérer les critiques abusives, encore moins les insultes – et c'est là que je suis moins d'accord.

Le blog est certes un espace privé, mais ce qui s'y donne à entendre c'est une parole publique ; tellement publique même que, le plus souvent, elle cherche à attirer des lecteurs et, si possible, des commentateurs. Ma position est que toute personne s'arrogeant le droit de parler en public, ayant la prétention d'intéresser autrui à ses petites histoire, doit ipso facto accepter de recevoir une autre parole en retour, fût-elle parfois désagréable, ou simplement stupide. Voilà pourquoi je ne censure pas, sauf cas évident de trollage systématique – ou petit coup de “ras-le-bol” momentané.

Du reste, la remarque de Nicolas venait un peu à contretemps car, pour ce qui est de l'anonyme d'hier, je n'avais, en dehors de son anonymat justement, aucune raison de le censurer : il n'était pas agressif, pas injurieux envers moi ni qui que ce soit d'autre. Il a simplement proféré une ânerie que j'ai entendue mille fois. Et il a joué le rôle toujours peu enviable de la goutte de bière qui fait déborder la mousse (ça, c'est pour tenter de retenir le dit Nicolas).

Car il se trouvera toujours des imbéciles, si vous êtes amené à lire des livres sur le goulag et à en parler, pour vous suggérer finement d'aller voir un peu ce qui se passait dans les camps nazis, sous-entendant comme allant de soi que, bien sûr, vous en ignorez tout puisque vous ne parlez que du goulag. Ils sont de la même race (oui, je l'ai fait exprès) que ces gens qui ne peuvent s'empêcher de vous balancer les Croisades à la figure dès que vous dites un mot de travers sur l'islam. Là encore, il semble entendu que ne pas vouloir d'une mosquée au fond de son jardin implique que l'on ignore tout d'Urbain II, de l'appel de Clermont, de Godefroy de Bouillon, du krak des chevaliers, etc.

Le pithécanthope d'hier m'a d'autant plus énervé que je me suis longuement intéressé aux camps de la mort, et ce bien avant d'avoir jamais lu le moindre livre sur les goulags. Ma première lecture de Primo Levi doit remonter à 1981 ou 82 et je n'ai ouvert L'Archipel du goulag qu'au moins dix ans plus tard. Alors, hein : camembert.

Vous voyez, Nicolas : un avantage collatéral du fait de garder tous les commentaires, c'est qu'ils vous fournissent parfois votre billet du lendemain...

Sarkofrance, c'est l'meilleur !


Qui a dit ceci :

On entendra sans doute, ici ou là, quelques moues dégoutées.

Qui, dans la blogosphère, est capable d'entendre des moues ? Même dégoûtées ? (Il est vrai que les moues dégoûtées font généralement plus de bruit que les moues ordinaires : ne jetons la pierre à personne.)

Alors ? Qui ? Cherchez ! Je vous donne un petit indice : il s'agit d'un monomaniaque antisarkozyste qui, depuis bientôt trois ans, à raison de deux ou trois billets par jour, fournit à tous les blogueurs de gauche qui le repompent sans vergogne l'illusion qu'ils comprennent quelque chose à l'actualité, à la politique, au monde, etc.

Un garçon qui possède la clé universelle pour expliquer tout ce qui déconne ici-bas : Sarkozy. C'est juste un indice...

jeudi 1 juillet 2010

Que l'anonyme aille crever ailleurs (s'il le peut) !

Je ne sais plus qui il est. Il n'empêche que l'un des (très) nombreux commentateurs des billets précédents a franchi la ligne impalpable. Et m'a conseillé – assez gentiment, mezzo voce – de m'intéresser aussi au camp d'en face. Parce que, pour ce clown, il y a un camp d'en face. Si on lit Guinzbourg, Chalamov, Soljenitsyne, and so on, c'est sans doute parce qu'on est anticommuniste-à-œillères. Et que, bien entendu, on n'a jamais lu Primo Levi, Robert Antelme, Raul Hilberg, Charlotte Delbo et autres.

Naturellement, t'as raison, anonyme de merde, t'as raison. Si par hasard, comme je le fais depuis quelques jours, on se penche sur le phénomène concentrationnaire en le prenant par le bout communiste (simplement parce que le cheminement de ma moyenne intelligence m'a mené en ces parages), ça veut forcément dire qu'on applaudit avec ses petites mains aux camps de concentrations allemands – ça va de soi. Je suppose que si on te poussait un peu dans tes retranchements, tu tortillerais assez du cul pour m'expliquer que cette insistance sur le goulag dit des choses sur ma complaisance vis-à-vis d'Auschwitz. Et tu m'expliquerais, comme tu l'a plus ou moins fait dans ton commentaire, que je devrais me renseigner sur ce que les nazis ont fait.

Le problème, petit con, est que je suis très bien renseigné ; que la chair n'est sans doute pas triste mais que j'ai lu beaucoup de livres – ceux que tu ne liras jamais, parce que le temps que tu passes à arpenter les blogs semble déjà outrepasser ton intelligence.

L'autre problème, mon chewing-gum trop mâché, c'est que c'est avec ta gueule de crevard que tes futurs maîtres feront leurs bulles. Tiens, puisqu'on en est à se parler – ce qui ne se reproduira pas –, je te signale que le mot “crevard”, dans les camps communistes, désignait celui qui était sur le point de mourir – et qui mourait le lendemain, en effet. Le même crevard, dans les camps de concentration nazis (Va lire Si c'est un homme, au lieu de perdre tes trois neurones sur mon blog), s'appelait un musulman.

Que des islamophobes, à Auschwitz ! C'est normal, y avait beaucoup de juifs.

Le Vertige totalitaire, II : le cas Zimmerman

Ce billet n'est pas réellement la suite de celui d'hier : plutôt une incise. Ou un “encadré”, comme on dit dans la presse. Le chapitre IX de son Ciel de la Kolyma, qu'elle a intitulé Ceux qui tiennent la hache, Evguenia Guinzbourg le consacre pour moitié à Valentina Mikhaïlovna Zimmerman, la chef du camp d'Elguen où elle purge sa peine. Voici ce qu'elle en dit :

« Jusqu'à présent – et j'écris ces lignes dans les années 70 – une discussion sur la Zimmerman se poursuit dans notre milieu. Certains, parmi les derniers Mohicans d'Elguen qui sont encore en vie, ont conservé pour elle un certain respect parce qu'elle était honnête. Oui, tout simplement honnête dans le sens le plus littéral du mot. Elle ne volait pas les denrées destinées au réfectoire des zeks, elle ne vendait pas contre des pots-de-vin la dispense de certains travaux particulièrement dangereux, elle ne se livrait à aucune manipulation avec la caisse du camp (...). À cette honnêteté s'ajoutait même un certain ascétisme. »

Et Evguenia Guinzbourg d'expliquer que Valentina Zimmerman ne participait jamais aux orgies alcoolisées des autres dirigeants, qu'elle menait une vie frugale de veuve chaste, en compagnie de ses deux grands fils. Lisant ce portrait, je pensais à tous mes jeunes camarades blogueurs, de gauche comme de droite mais tout de même plus souvent de gauche (et pas toujours si jeunes, du reste), qui ne cessent de flétrir la veulerie de nos dirigeants, réclament des élus irréprochables, des édiles incorruptibles, etc. Et qui me prennent pour un bouffon provocateur lorsque je prétends que le meilleur des responsables publics est un homme légèrement corrompu mais sans excès – c'est-à-dire conforme à la vieille et célèbre définition donnée par Édouard Herriot (« La politique c'est comme l'andouillette : ça doit sentir un peu la merde mais pas trop. »), formule qui n'est nullement une boutade mais au contraire une phrase d'une grande sagesse.

Car que dit Evguenia Guinzbourg, à propos de sa Zimmerman ? Exactement la même chose. Sauf qu'elle ne théorise pas (ou peu) mais donne des exemples concrets, terriblement et mortellement concrets. Elle cite plusieurs cas de prisonnières qui ont été envoyées à une mort quasi certaine pour un vol de trois tomates pourries et jetées, par cette femme si honnête qu'elle ne supportait pas le vol. D'autres parce qu'on les a surpris se livrant à une fugitive étreinte avec un homme, ce qui choquait profondément la chasteté de cette irréprochable veuve. En un mot, elle attend et exige de ces spectres affamés, scorbutiques, scrofuleux et j'en passe, qu'ils se conforment strictement à ces règles d'honnêteté qu'elle place au-dessus de tout. Moyennant quoi, lorsqu'il s'agit de punir (en pratique : de tuer en quelques jours ou semaines) une détenue, sa main ne tremble jamais, son esprit reste calme et sans hésitation.

Evguenia Guinzbourg lui oppose ces gardiens, parfaitement corrompus et vénaux, eux, mais qui parfois laissent passer la porteuse de trois feuilles de chou volées, ou détournent les yeux de ce couple embrassé et mal dissimulé derrière un baraquement. Et, à propos de la Zimmerman, elle conclut :

«Peut-être cette raideur de jugement renfermait-elle justement la graine qui, en se développant, avait métamorphosé la bolchevique fanatique des premières années de la révolution, la “veste de cuir”, en ce chef de camp sanglée dans son uniforme à la Ilse Koch (1). »

Il me semble bien ne pas dire autre chose lorsqu'il m'arrive de signaler ironiquement (mais au fond sans rire plus que ça...) que tel ou tel petit enragé de la vertu citoyenne et du Souverain Bien fera, si l'occasion s'en présente demain, un très efficace gardien de mirador. C'est pourquoi, à Robespierre, parangon de tous les Zimmerman présents et à venir, me paraît toujours devoir être préféré Danton. Voire Nicolas Sarkozy ou même Éric Woerth.


(1) Ilse Koch était l'épouse du commandant en chef de Buchenwald. Les détenus l'avaient surnommée “la chienne de Buchewald”...

mercredi 30 juin 2010

Le Vertige totalitaire, I

Il me fallait quelques jours et un remède. Après le choc encaissé à la lecture de Jan Valtin (voir mes billets précédents), j'ai éprouvé le besoin d'une courte cure de silence, pour me déprendre de l'emprise, pour ne pas dire de la fascination, que cet homme hors du commun a exercé sur moi durant près de mille pages. C'est pourquoi je ne me suis qu'à peine mêlé, pour ainsi dire pas du tout, à la polémique qui continue de faire rage en commentaires, entre les partisans inconditionnels des lendemains-qui-chantent et ceux non moins assurés d'eux-mêmes des avant-hier-qui-tuent : je n'étais d'accord avec personne et ne me sentais nullement capable de développer sereinement – aussi sereinement qu'il m'est possible – au milieu des tirs de shrapnels.

Le remède, ou si l'on préfère l'antidote, ce fut la reprise de l'irremplaçable témoignage d'Evguenia Guinzbourg : il me semblait que rien ne serait plus efficace, pour remettre Valtin à sa juste place, que de relire à quoi ses efforts ont abouti.

Pour ceux qui auraient la flemme de cliquer sur le lien ci-dessus, Evguenia Guinzbourg était professeur à l'université de Kazan lorsque, à 31 ans, en 1937, elle fut arrêtée – comme des centaine de milliers d'autres – sous un prétexte futile, absurde, mais tragique de conséquences : après deux ans de prison, dans des conditions de vie et d'isolement terribles, elle passera au total 14 années en Sibérie, d'abord comme prisonnière, puis comme “reléguée”. Au retour, elle ne retrouvera ni son mari, arrêté lui aussi, juste après elle, ni l'aîné de ses deux fils, disparu dans la tourmente de Léningrad. Son récit se scinde en deux volumes : Le Vertige raconte son arrestation, ses années de prison, l'hallucinant voyage d'un mois dans un wagon de marchandises, entre Moscou et Magadan, capitale de la Kolyma, et l'arrivée au goulag ; Le Ciel de la Kolyma est consacré tout entier à son temps de bagne et de relégation.

Ce qui fait le prix de ces huit cents pages serrées, c'est d'abord qu'il est écrit par une communiste convaincue. Naïve, elle s'en rend compte très vite elle-même, mais convaincue. Et que, malgré cet enfer de plus de 15 ans, elle ne cessera jamais tout à fait de l'être – tout comme Jan Valtin jusqu'à sa fuite d'exil restera obstinément fidèle au Komintern et à la Guépéou : phénomène vertigineux, presque monstrueux, qui contribue à dresser cet écran opaque entre ces deux personnes (intelligentes et brillantes toutes deux) et nous. Et qui, plus inquiétant encore, nous renseigne un peu sur nos propres capacités d'aliénations mentale, spirituelle, morale, face aux endoctrinements d'aujourd'hui – endoctrinements qui, n'étant pas perçus comme tels puisque, tout comme le communisme, se proclamant au service du Bien, de l'Homme ou de ses “Droits”, font d'autant plus facilement et profondément leur travail de destruction.

Mais revenons à Evguenia. Lire les deux tomes de son témoignage, c'est prendre une leçon d'humanité, au sens le plus haut mais aussi le plus violent du terme. Il ne s'agit pas ici de l'humanisme dégoulinant qui est devenu le nôtre : à la Kolyma, vouloir rester homme, refuser l'animal en quoi on veut vous transformer, c'est s'exposer au désespoir le plus noir, et le plus souvent à une mort rapide, conséquence de ce désespoir. Pourtant, Evguenia Guinzbourg fait ce pari, et le tient jusqu'au bout. En ce sens, sa lecture est extraordinairement roborative, génératrice d'un espoir qui, pour n'être pas issu de la guimauve mais durci au froid glacial de l'enfer, finit par devenir indestructible et immédiatement communicable au lecteur. (La lecture de Varlam Chalamov produit un effet semblable, mais par d'autres voies et selon des modalités toutes différentes – j'espère pouvoir y revenir d'ici quelque temps.) Aux douze heures quotidiennes d'abattage forestier, par - 50° et avec une petite “brique” de pain pour toute nourriture, Evguenia Guinzbourg oppose la récitation mentale des vers de Blok, Nekrassov, Pouchkine... Et aussi une attention aux autres, au malheur des autres, alors que tout est fait, conçu et mis en place pour que l'égoïsme le plus primitif envahisse totalement les cerveaux et y tue la conscience.

Au même moment, à Hambourg ou Copenhague ou Paris ou Londres, Jan Valtin risque chaque jour sa vie pour que le régime qui a envoyé Evguenia Ginzbourg où elle est triomphe dans l'Europe entière. Et le plus étrange est que, lisant l'un après l'autre, force est de constater que ces deux personnages ont non seulement des points communs, mais aussi des valeurs communes.

(Comme je sais qu'un billet trop long n'est jamais vraiment lu, je m'interromps ici et reprendrai plus tard...)

mardi 29 juin 2010

Le journal de mai est sorti des presses

Et il est sorti avec un jour d'avance car, allez savoir, je me suis éveillé tout à l'heure avec la certitude que nous étions le dernier jour de juin. Enfin, bon, il est bel et bien là. On notera qu'à compter de ce mois, chaque livraison mensuelle portera un titre – si possible en rapport avec son contenu mais la rédaction ne promet rien.

lundi 28 juin 2010

Ce fier exil, ce triste exil...

Que dire de ce livre prodigieux, maintenant qu'il est achevé ? Les mots débordent mais refusent pour le moment de s'ordonner. Peut-être parce que l'existence qu'ils sont chargés de décrire, de déployer, ne fut jamais rien d'autre qu'un chaos de mouvement et de violence. Je ne renie nullement ce que j'ai écrit ici après avoir lu les deux cents premières pages de Sans patrie ni frontières. Mais tout est plus complexe et plus noir. Tout est peut-être toujours plus complexe et plus noir...

Le livre bascule quelque part entre ses pages quatre et cinq cents, au moment où, janvier 1933, Hitler accède au pouvoir, miraculeusement aidé en cela par la décision prise à Moscou, et appliquée scrupuleusement partout ailleurs, et en Allemagne tragiquement, de continuer à tenir la social-démocratie comme l'ennemi principal – quitte, pour l'abattre, à sacrifier à des alliances ponctuelles avec les nazis. À ce moment, la vie de Jan Valtin, qui pouvait jusque-là évoquer celle d'une sorte d'Indiana Jones révolutionnaire, voire de Tintin rouge, cette vie plonge en enfer : arrêté dès novembre 33 par la Gestapo, il sera torturé durant trois mois, sans rien lâcher ou presque de ce qu'il sait d'important. Puis emprisonné pendant trois ans. Les militants communistes enfermés, torturés et exécutés autour de lui savent qu'ils paient le prix fort de cette stratégie criminelle que j'ai dite. Ils ont aussi la terrible amertume d'apprendre – car ils sont très bien informés, même dans les camps de concentration – que le Komintern prône désormais la stratégie dite “des fronts populaires”, c'est-à-dire d'alliance avec les partis socio-démocrates... et que Moscou a froidement abandonné le parti communiste allemand à son implacable sort. Quoi de plus “normal”, puisque, déjà, les émissaires de Ribentropp et de Molotov ont pris langue, en vue du future Pacte germano-soviétique ?

La foi de Valtin n'est cependant pas ébranlée. Pas encore. Au fond de sa prison – il a été condamné à treize ans –, il reçoit une mission du Komintern : se mettre au service de la Gestapo pour devenir agent double. Mission acceptée. Il faudra des mois de patience, d'intelligence, de ruse et de maîtrise de soi à Jan Valtin pour convaincre les chefs de la Gestapo de la réalité de sa “conversion”. Lorsqu'il est finalement libéré (par le subterfuge d'une fausse évasion) de sa prison – mais avec au cou une laisse fort courte... –, sa mission consiste à rejoindre ses amis du Komintern de Copenhague, l'un des plus actifs, afin de renseigner la Gestapo sur leurs agissements. On ne manque évidemment pas de l'avertir que, durant ce temps, sa femme et leur jeune fils seront dans l'impossibilité de quitter l'Allemagne...

C'est ce qui va provoquer chez Valtin le sursaut d'une révolte qui couvait depuis déjà quelque temps. D'abord, rejoignant ses camarades, il constate très vite que l'esprit a changé : l'heure n'est plus aux discussions, à l'entraide, à la révolte, mais à l'obéissance tremblante, au refus des responsabilités, à la peur, à la délation du camarade par le camarade. Et puis, lorsque Valtin demande qu'un petit commando soit mis sur pied pour exfiltrer d'Allemagne sa femme (elle-même membre du Parti) et son fils, ses “camarades” de plus de quinze ans, lui expliquent froidement que le Komintern n'a pas à se préoccuper de ses “problèmes d'ordre privé”.

Le mouvement de révolte de Jan Valtin entraîne immédiatement sa seule conséquence possible : il est mis au secret dans une campagne proche de Copenhague, en attendant que les instances de la Guépéou moscovite ne statuent sur son sort. Le verdict tombe après quelques semaines de cet emprisonnement : Valtin doit rejoindre Moscou. C'est-à-dire le goulag ou le peloton d'exécution. En mettant le feu à la vieille ferme où il est retenu, Valtin parvient à s'échapper le jour même de son transfert.

Après des mois d'errance et de traque – ni la Guépéou ni la Gestapo ne le laissent en repos –, mais aidé par ses anciens camarades qui ignorent encore quel “traître” il est, il parviendra aux États-Unis et finira par obtenir la nationalité américaine. Les bolcheviques s'étant arrangés pour faire savoir que Valtin avait été leur agent double au sein de la Gestapo, sa femme mourra dans une prison nazie dès la fin de 1938. Son fils sera intégré aux Jeunesses hitlériennes, probablement sous un autre nom que le sien, et Valtin n'entendra plus jamais parler de lui.

Jan Valtin est mort d'une pneumonie en 1951. Il avait 45 ans, et quatre ou cinq vies derrière lui.


(Je pense revenir sur ce livre, d'une manière plus “réflexive”, lorsque l'émotion produite par sa lecture se sera un peu dissipée.)

dimanche 27 juin 2010

Ma cafetière et ta voiture

CATHERINE, hier midi : – Tiens, il faut que je pense à nettoyer ma cafetière...

MOI, demi-sourire : – Pendant que tu y seras, lave-donc aussi la mienne !

ELLE, les yeux au plafond : – Arrête ! Tu sais très bien que je dis toujours mon, ma, mes : ma maison, mon mari, mes chiens... Il n'y a que pour la voiture que je dis “ta voiture”.

MOI : – J'ai eu du bol, j'aurais pu tomber sur la cafetière...

samedi 26 juin 2010

Symphonie en rouge et brun

« La haine aveugle contre les sociaux-démocrates prit une tournure décisive vers le milieu de janvier 1931, lorsque Georgi Dimitrov publia un mémorandum secret d'instructions pour tous les chefs et sous-chefs des colonnes communistes. (...) Résumées en une phrase, les instructions visaient à une action unique du parti communiste et du mouvement hitlérien pour accélérer la désintégration du bloc démocratique croulant, “qui gouvernait l'Allemagne”.

« (...) À partir de ce moment-là, malgré la cruauté sans cesse croissante de leurs affrontements, le parti communiste et le mouvement de Hitler joignirent leurs forces pour couper la gorge aux démocraties déjà vacillantes. C'était une alliance étrange qui ne fut jamais proclamée officiellement ou reconnue par la bureaucratie rouge ou brune : mais elle constituait un fait patent, sinistre. Beaucoup parmi les membres du Parti résistèrent obstinément. Trop disciplinés pour dénoncer ouvertement le Comité central, ils commencèrent une campagne silencieuse de résistance passive pour ne pas dire de sabotage. Cependant, les éléments les plus loyaux, dont je faisais partie, appliquèrent énergiquement ces dernières directives. Des trêves furent conclues d'un commun accord entre partisans de Staline et de Hitler chaque fois qu'il y eut à opérer une razzia ou à briser les réunions et manifestations du front démocratique.

« Durant la seule année 1931, je participai à des douzaines d'entreprises terroristes de ce genre avec les éléments nazis les plus douteux. »

Jan Valtin, Sans patrie ni frontières, p. 302-303.

Désolé de briser le beau rêve, camarades...

vendredi 25 juin 2010

Je les attendais, mes jeunes modernes...

Je ne savais pas de qui ç'allait venir, mais j'étais certain. Les petits soutiers du communisme, suite à mon billet de ce matin, je savais qu'ils allaient rappliquer. Ce fut Henri, puis ce fut Dorham. Qui ont essayé de me persuader que les communistes ont été irréprochables.

Je m'attendais à n'avoir que peu de commentaires, sur ce billet, une espèce de silence respectueux vis-à-vis de cette horreur pure que fut le communisme. Je l'ai eu, en effet. Ces gens refusent d'admettre qu'ils ont été à plat ventre devant l'une des deux pires dictatures du siècle. Même encore maintenant, de nos jours. Henri nous essaie la Résistance, Dorham tente de nous vendre les communistes italiens ou espagnols.

Ils n'ont pas tort, ni les uns ni les autres. Les communistes ont en effet participé à la Résistance. Mais pas seuls. Et pas les premiers. Et, de toute façon, cela ne change rien. Dès la fin de l'année 1940, lorsque les communistes ne tentaient qu'une seule chose (faire reparaître l'Humanité sous contrôle allemand).

Et puis, de toute façon, qu'est-ce qu'on en a foutre, de ces communistes ? Qui doivent être éliminés rapidement, maintenant qu'ils sont devenus des clowns modernants ? Non physiquement, comme ils le faisaient eux-mêmes tout tranquillement, mais idéologiquement. Ils sont un résidu de l'histoire, comme les nazis le sont. Et même visage.

De la crapulerie communiste

À Pluton.

Connaissez-vous Jan Valtin ? Non, n'est-ce pas ? Moi aussi, j'ignorais tout de son existence jusqu'à ce que me soit offert, la semaine dernière, par le dédicataire de ce billet, son principal livre, intitulé Sans patrie ni frontières. Neuf cents pages serrées, pour raconter ce que fut l'extraordinaire vie de cet Allemand itinérant entre 1905, date de sa naissance, et 1940, celle de son départ pour l'exil, aux États-Unis. J'en ai lu cent, pour le moment.

Il s'agit – la partie que j'ai lue – d'un témoignage extraordinaire, saisi sur le vif, irremplaçable, sur ce qu'a pu être l'existence d'un militant communiste, puis membre actif du Komintern, dans les années 1918-1925. Ce qui frappe d'emblée, c'est la profonde crapulerie des communistes. Valtin décrit fort bien (et sans s'en indigner le moins du monde) la manière dont les cadres du parti enseignent à ses camarades et à lui comment voler, cambrioler, saccager et même, évidemment, tuer. Tout cela dans l'endoctrinement des lendemains radieux, afin d'effacer ce qui pourrait subsister de réticences morales chez ces très jeunes gens. On voit le parti communiste allemand fomenter une grève des marins et des dockers de Hambourg, puis ordonner à ses militants de conduire les navires à bon port – de se comporter en “jaunes”, donc – car tel est l'ordre du Komintern. De même, le parti se livre en toute bonne conscience révolutionnaire au trafic d'alcool à grande échelle avec les pays où celui-ci est lourdement taxé, comme la Finlande, afin d'alimenter ses caisses. Ce même parti qui, en octobre 1923, lors de l'insurrection de Hambourg, envoie le plus possible d'ouvriers dans les rues, sachant qu'ils vont se faire mitrailler à vue par les forces de police. Pourquoi ? Parce que rien n'est meilleur pour “la cause” que des flics tirant sur une foule désarmée : principe affirmé très tranquillement par l'un des chefs de Valtin.

Et tout ceci se déroule, je le rappelle, dans les années 1918-1923, c'est-à-dire à l'époque où c'est encore le “gentil” Lénine qui dictate (verbe offert par la maison) au Kremlin, et non le “méchant” Staline. Sans aucune démonstration, simplement en laissant se dérouler les faits (c'est la grande force de son récit), Jan Valtin nous montre la vanité spécieuse de toute solution de continuité entre les deux premiers maîtres bolcheviques de Moscou : l'un a simplement prolongé et intensifié l'œuvre de l'autre, le stalinisme est tout naturellement sorti du léninisme. C'est la bonne vieille histoire du ventre fécond et de la bête immonde, mais renvoyée en boomerang dans la gueule de ses promoteurs.

En clair, ce qui ressort de ce que j'ai lu à ce jour, c'est que l'on “dressait” ces jeunes communistes exactement comme, à la même époque, on le faisait à Berlin et ailleurs pour les jeunes nazis. C'est pourquoi je terminerai ce billet par une citation :

« Ce n'est pas l'Allemagne qui va devenir bolchevique, mais le bolchevisme qui va se transformer en une sorte de national-socialisme. En plus, il y a davantage de liens qui nous unissent au bolchevisme que d'éléments qui nous séparent. (...) J'ai toujours fait la part des choses, et toujours enjoint que les anciens communistes soient admis dans le parti sans délai. Le petit-bourgeois socialiste et le chef syndical ne feront jamais un national-socialiste, mais le militant communiste, oui. »

Cette affirmation a été faite en 1934 à Hermann Rauschning. Par Adolf Hitler.

jeudi 24 juin 2010

De Loin en Loin

On peut trouver les Églogues même où elles ne sont pas. Par exemple dans Loin, roman que j'ai relu il y a quelques semaines, et que je vais re-relire le week-end prochain, pour des raisons qui seront (peut-être) révélées d'ici un mois ou deux. La scène hautement “agissante” qui m'a fait reprendre ce roman est celle où, dans le tunnel sous la Manche (un tunnel sous la Manche, déjà, quand on y songe : une cavatine sous les pieds de Don Quichotte) la jeune Ono branle le personnage principal, tout en parlant avec lui.

(Là, l'auteur trahit en quelque sorte son homosexualité : qui aurait envie de parler avec une fille occupée à le branler ?)

Scène pivot et fondatrice pour moi, mais encore une fois je ne peux rien en dire encore.

Le hasard (?) a voulu que je relusse immédiatement après L'Amour l'Automne que j'y prenne un plaisir intense (j'ai l'impression que, tout comme L'Inauguration de la salle des vents, je pourrais bien relire douze fois ce livre (ou seulement sept, comme le nombre d'églogues qu'il contient), et que me frappe une fois de plus, avec une force accrue, la puissance des noms, des noms propres, leur force agissante, l'impérialisme de l'onomastique.

Et je reviens à cette scène “pivot” (au sens éminemment turgide du terme) de l'Eurotunnel. Durant laquelle, du point de vue du personnage principal, Ono m'astique. Découvrant cela, il y eut aussitôt la jouissance d'avoir volé quelque chose à l'auteur, et en même temps de lui avoir ajouté quelque chose, au sens où Nabokov dit qu'un lecteur, etc. Car il me semble difficilement possible, considérant le peu d'attrait que l'argot a aux yeux de Renaud Camus, qu'il ait pensé à ce que je viens de découvrir.

Par conséquent, j'ai, moi, lecteur, ajouté quelque chose à ses livres, à son œuvre. Putain, trop fort, Didier Goux !

Allez, dodo...

Billet pour ne rien dire...

Si la vie s'était goupillée autrement, on serait peut-être installé là, à l'heure présente, somnolant sur la galerie en regardant la mer être ce qu'elle est. Ou bien, si j'étais resté un âne gauchiste, on me verrait installé dans la Case, au Plessis-Hébert, car je serais en grève.

Mais rien de tout cela n'étant arrivé, je suis à Levallois-Plage, dans un immeuble à peu près désert, et dans un bureau en surchauffe pour cause de climatisation en rideau. De plus, Catherine étant venue avec moi, nous avons donc apporté deux bentos et, tout à l'heure, nous allons déjeuner en vis-à-vis, chacun devant un écran d'ordinateur : le tableau va être charmant.

Pendant ce temps, Ludovic garde les chiens – ou l'inverse, on ne sait – et s'occupe à désherber le jardin, tondre la pelouse, etc., toutes activités que le taulier n'a pas loisir de faire, vu le temps qu'il passe à vous raconter ses conneries.

Voilà, quoi...

mercredi 23 juin 2010

Et vive le football, qui dit des choses !

Et tout s'est arrêté. Soudain. Équipe de machins, dont tout le monde se fout ; assemblage de divers types que personne n'a jamais pris pour une équipe de France. On est à l'orée de quelque chose de nouveau. Ou d'ancien. Nos ennemis commencent à trembler, parce qu'on les repère de plus en plus facilement, les C., les O., les d'autres, tous ces petits collabos trépignants, dont les réverbères sont déjà prêts et qui y pendront demain.

À présent, on les voit. Ils sont en pleine lumière, ces cons. Le football a cet avantage : il les révèle et on les voit. Ils peuvent bien trouver d'autres raisons à leur effondrement : le fric, le capitalisme, Sarkozy (toujours pratique), encore d'autres choses. Ils ne peuvent plus, ces idiots, cacher la réalité : cette équipe n'a jamais été une équipe de France, pour des raisons fort visibles, que le dernier des cons au fond du dernier bistrot ne peut ignorer. Du reste, pourquoi ce pays, la France, a-t-elle envoyé si peu de supporters en Afrique du Sud ? Pourquoi est-ce que tant de gens se foutent de la victoire ou de la défaite de cette bande de branques ? Devinez...

Évidemment parce qu'ils ne sont pas, ne seront jamais une équipe de France. Ils ne sont pas une équipe, c'est évident, et, plus évident et grave, ils ne sont pas la France. Ou bien, c'est que le mot France ne signifie plus rien. Ce qui est après tout possible. Peut-être que France ne veut plus dire que... que quoi ? Que rien. Juste ça : j'ai des papiers – et je t'emmerde. Pour en revenir au football, du fait qu'il n'y a plus de France, tout le monde se fout de la défaite de cette horde de millionnaires africains portant maillot bleu, de ces sapajous divers parfaitement intégrés au monde tel qu'il est censé aller.

Il est très amusant de lire les divers billets qui circulent dans la blogosphère aujourd'hui : on ne vous y dit rien, évidemment. Personne ne dit un mot de ce que n'importe quel Français sait depuis le début de cette Coupe de merde.

Que cette équipe n'est pas française, ne l'a jamais été. Et que, du coup, tout le monde se fout qu'elle perde ou gagne. Et, même...