lundi 22 septembre 2008

La samba des tartufes

Notre petite escapade toulousaine n'a pas consisté seulement à titiller les protons et à chatouiller les électrons. On a également découvert des choses, pour en admirer certaines et ricaner bassement devant d'autre.

La place du Capitole, chacun le sait, est un ensemble architectural magnifique, d'une impeccable unité et même, osons le mot, empreint d'une réelle grandeur. Sauf lorsqu'il est ridiculisé, pratiquement anéanti par de modernes déjections, telles que les immenses tentes de plastique blanc que nous y avons découvertes. Devant l'une de ces horreurs citoyennes se trouvait cette affiche, qui a eu le don de nous ébahir, l'Irremplaçable et moi. Au moment où nous passâmes la première fois, la tente était fermée et, donc, déserte. Nous nous sommes interrogés longuement sur la réalité que voulait définir l'expression MOBILITÉ DURABLE. Nous avons émis plusieurs hypothèses peu satisfaisantes, avons même évoqué la possibilité d'une garantie désormais faites aux citoyens de ce pays qu'ils resteraient parfaitement ingambes jusqu'à cent ans et plus. Avant de poursuivre notre route, dans la plus noire incertitude.

Retraversant la place du Capitole en milieu d'après-midi, le même jour, nous avons retrouvé notre tente, mais cette fois ouverte et envahie de paralytiques en fauteuils roulants. Nos yeux se dessillèrent d'un coup, et nous comprîmes que nous avions été une fois de plus le jouet de la tartuferie grotesque de notre époque, laquelle par pure bisounourserie s'attache à ne plus jamais dire la moindre parole susceptible de choquer tel ou tel.

Là, il nous est nettement apparu que nos petits crétins post-modernes venaient de franchir une étape supplémentaire sur la voie de la tartuferie, dans la mesure où ils en arrivaient à écrire exactemement le contraire de ce dont ils voulaient parler. Le concept de "mobilité durable", déjà fort drôle en soi, devenait alors d'un noir cynisme, totalement inconscient, puisque s'adressant à des personnes ayant précisément perdu tout espoir de mobilité. Et de façon tellement durable, en effet, qu'elle en devenait de toute évidence définitive.

Après avoir convenablement daubé sur ces imbéciles, l'Irremplaçable et moi avons repris notre chemin, en utilisant la bonne vieille méthode qui sera dite désormais de mobilité temporaire. C'est-à-dire sur nos deux jambes, et pas trop vite.

15 commentaires:

  1. -Là, il nous est nettement apparu que nos petits crétins post-modernes venaient de franchir une étape supplémentaire sur la voie de la tartuferie, dans la mesure où ils en arrivaient à écrire exactemement le contraire de ce dont ils voulaient parler. Le concept de "mobilité durable", déjà fort drôle en soi, devenait alors d'un noir cynisme, totalement inconscient, puisque s'adressant à des personnes ayant précisément perdu tout espoir de mobilité. Et de façon tellement durable, en effet, qu'elle en devenait de toute évidence définitive.-

    Chut, il ne faut pas parler du handicap, de mot doit être rayé du vocabulaire ambiant.
    Comme cela, on peut tricher et demander aux handicapés de faire comme s'ils ne l'étaient pas et leur proposer de faire mieux puisque , c'est dit ils sont dans le processus de "Mobilité Durable".
    le pire me semble est lorsqu'ils ne réagissent pas ...

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  2. Didier, les tentes en plastique n'étaient-elles là QUE le mercredi ou également un autre jour?
    Avez-vous quand même pu voir le sol de cette place avec le merveilleux dessin de Moretti?

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  3. Christie : même réaction que vous. J'ai dit à Catherine que, si j'avais été condamné au fauteuil à vie, je serais entré pour les agonir d'injures.

    Orage : les tentes, c'était jeudi. Pour la place, heureusement, je l'avais déjà vue lors d'un précédent séjour.

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  4. Didier,

    Vous êtes sur que vous n'êtes pas victime d'une méprise ? La semaine de la mobilité durable n'est (à ma connaissance) pas un truc pour les handicapés mais un truc pour que nos déplacements ne polluent pas trop, ne gaspillent pas trop de pétrole, d'énergie...

    Bref ! Que notre mobilité soit durable...

    N.B. : Je n'ai pas approfondi le truc (je dois avouer que je m'en fous), mais je crois que mon employeur est sponsor de ce machin là et que j'ai vu passer des affiches.

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  5. Pour Orage : les arcades dessinées par Moreti sont une des choses les plus affreuses qu'il m'ait été donné à voir sur un monument historique. Le trait hystérique, la couleur criarde et informe, tout concourt à marcher tête basse en espérant qu'un jour s'efface ces monstruosités !

    Didier : il me semblait que ces tentes étaient là aussi pour vanter les déplacements de toute sorte dont la marche à pieds, le roller, la bicyclette, bref tout ce qui n'est pas motorisé !

    (cela dit, je n'ai jamais trouvé belle cette place immanquablement trop carré et trop vide. Venant de Lille, j'en regrette la GrandPlace faite de courbes gracieuses. Surtout, il manque ici une sculpture, un arbre, quelque chose pour faire taire la criante platitude ! — Tout cela est subjectif, bien sûr !)

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  6. Ce que j'aime bien dans cette place, ce sont tous les bistros au fond.

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  7. monsieur Poireau, votre indignation est justifiée et je la partage! Mais je ne parlais pas des arcades, nom d'un chien, mais du SOL de la place du Capitole.... quand les tentes ne le masquent pas, évidemment!

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  8. Billet tordant Didier. "L'immobilité durable" conviendrait mieux à la planète, à moins que l'énergie solaire ne fasse voler les avions. Pas demain la veille... et n'en déduisez pas que je suis "vert", de tous ces tartufferies je me contre-pignole et ce billet me rassérène.

    Pluton plus noir que le Styx

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  9. Nicolas : Ah oui !, je me souviens que la bière y est fort chère au tarif de nuit ! :-))

    Orage : mille pardons, j'ignorais pour tout dire que la croix fut de Moretti aussi !
    Denis Robert avait bien raison, lui qui disait dans une interview que les toulousains devraient s'intéresser au prix exagéré dudit objet ! :-)

    [Pour le côté politique, je suis toujours desespéré que l'argent publique ait pu servir à fabriquer cette croix aux signes astrologiques ! N'importe quoi !].

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  10. Nicolas, vous me faites douter, tout soudain ! En effet, je ne suis pas allé plus loin que la barrière mise en illustration, et il est tout à fait possible que nous soyons passés, juste au moment où une bandes de hell's à fauteuils envahissait le stand...

    Bon, pas grave : ce ne sera pas la première fois que je me couvrirai de ridicule ici, hein ?

    (Pour la peine, je vais faire un billet anti-écolos, tiens...)

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  11. Sous le soleil, c'est une ville superbe. Vous auriez dû vous méfier du panneau : s'il avait concerné les culs-de-jatte, il aurait annoncé : "mobilité du râble" (faible, je sais, mais bonne intention).

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  12. Didier : en fait, il y avait la semaine de la mobilité. Vous êtes vraisemblablement tombé le jour où l'on parlait du handicap dans la ville !
    :-)

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  13. Nicolas :"Ce que j'aime bien dans cette place, ce sont tous les bistros au fond."
    Enfin une remarque sensée !
    J'ajoute que la librairie spécialisée BD juste au bout des cafés, côté rue du Taur, n'est vraiment pas mal non plus, et qu'on peut y entrer ignare, distrait, encombré de bagages, ou y laisser pendant des mois un objet retenu un jour qu'on passait par là, on en ressort toujours content.

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  14. Monsieur Goux Qui, Immobile, Déménage ..

    La "semaine de la mobilité" que vous évoquez ne concernait pas (que) les fauteuils roulants ..
    Quand bien même effectivement une journée leur était consacrée.

    Mais les autres jours (une semaine en comportant sept, ou huit selon les Beatles - "Eight Days A Week") il s'agissait de trouver des alternatives à la sacro-sainte automobile blanchie par contrôle technique aléatoire, voyez-vous.

    Je vous invite plutôt à vous rendre à Lourdes (allez-y avec des tas d'amis, si vous en avez, sinon vous allez vomir en solitaire - d'où l'expression : je me rends à Lourdes ..) là vous pourrez, ensuite, nous pondre un billet assassin, un post à roulettes, qui, j'en suis sûr, sera pour le moins justifié, croustillant d'imparfait et de subjonctif de sa race.

    Mais là, je ne sais si c'est du meilleur tonneau, du meilleur goût (je pouffe) ou quel v(a)in vous égare, mais z'avez mis à côté de la plaque à grands coups de passé simple.

    Bien à vous, Monsieur Didier Goux.
    Autrement dit, veuillez agréer tout le merdier habituel.

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  15. En la personne de Josey Wales, je crois que vous avez dégoté un méchant de talent (et ce n'est pas seulement la figure d'Eastwood dans le film éponyme qui me fait frissonner) ; je crois vraiment qu'il est bon - il aimerait devenir votre ami en fait, sur ce mode viril qu'affectionnent les durs à cuire à la récréation.

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