mardi 14 juin 2011

La laïcité de Malika Sorel, vue par Robert Marchenoir

Il y a quelques jours, Robert Marchenoir m'a fait parvenir, par des voies mystérieuses parce qu'immatérielles, le texte qu'on va lire. Il y revient sur cette notion rabâchée de laïcité, ce qui, en ce mardi pluvieux, ne peut pas nous faire de mal. Voici :




LA LAÏCITÉ NE DISSOUT PAS LES RACES



Malika Sorel est une chic fille. Non, sérieux. Un membre du Haut Conseil à l’intégration, d’origine musulmane, professant des thèses qui ne dépareraient pas sur Fdesouche, c’est à peu près aussi rare qu’un cégétiste thatchérien. C’est donc quelqu’un qui mérite des égards. Malika Sorel est culturellement musulmane, elle a par conséquent le droit (tout relatif) de dire des choses qui conduiraient qui que ce soit d’autre à la relégation sociale et médiatique, voire judiciaire.

Hélas, Malika Sorel se raccroche aux branches. Plus particulièrement à la grosse branche pourrie de la laïcité, qui serait le remède magique aux maux de l’immigration, du multiculturalisme et de l’islam.

Malika Sorel défend l’identité française avec l’énergie du désespoir, contre une grande partie de sa communauté et bien davantage que de nombreux Français d’origine. Elle fait preuve en cela d’un courage certain.

Mais tout se passe comme si ses origines ethniques l’empêchaient d’aller jusqu’au bout, de tirer les dernières conclusions qui menaceraient de trop près sa propre identité et sa propre situation. Elle croit au laïcisme à la française, dissolvant radical des antagonismes ethniques, rédempteur du racisme comme de l’anti-racisme.

« Le peuple français possède sa propre identité. Le comparer au peuple américain sur cette question de la laïcité n’a aucun sens. Les Américains ne possèdent pas la même notion de vivre-ensemble. Le séparatisme est poussé à l’extrême sur leur propre sol. Les sourires sont de façade dans la vie publique, mais sitôt quitté l’espace public, les gens ne se mélangent quasiment jamais. Barack Obama a lui-même fustigé ce séparatisme et ce qu’il appelle l’impasse raciale. »

« Il vous faut également savoir que dans nos ministères se trouvent certaines personnalités très catholiques qui, pour certaines, n’ont toujours pas compris que la laïcité protégeait aussi les catholiques. Aujourd’hui, ces hommes et ces femmes parfois très influents empêchent d’agir au service de la laïcité et participent de ce fait à mettre le peuple français en danger. »

Malika Sorel


Certes, comme vous le dites, aux Etats-Unis, les gens ne se mélangent pas. Mais que veut dire exactement “les gens” ? Cela veut dire les ethnies, et notamment (mais pas seulement) les blancs et les noirs. Il est utile de dire clairement de quoi on parle.

Et pourquoi ne se mélangent-ils pas, à votre avis ? Est-ce dû à une histoire particulière des États-Unis, à une culture politique spécifique, qui n'existerait pas chez nous ? Ou pas ailleurs dans le monde ?

Qu'est-ce qui vous fait croire que la “laïcité” à la française permettrait, miraculeusement, ce mélange qui n'existe pas aux États-Unis ? Je veux dire : un mélange harmonieux, pacifique et mutuellement consenti, bien entendu ? Car c'est bien ce que vous souhaitez, n'est-ce pas ? Nous sommes bien d'accord que si ce mélange conduit à la guerre civile permanente, à la haine mutuelle et à des bains de sang, il n'est pas souhaitable, n'est-ce pas ?

Or, est-ce que la “laïcité” a jamais, en France, permis la coexistence pacifique d'ethnies différentes ? Quand ? Où ?

Est-ce que la “laïcité”, ou tout autre concept politico-social, a permis, où que ce soit dans le monde, la coexistence pacifique, à égalité, sur un même territoire, d'ethnies différentes ? De musulmans et de non musulmans ? De blancs et de noirs ? Où ? Quand ?

Avez-vous un seul exemple à nous donner d'une miraculeuse cohabitation de ce type ?

La laïcité à la française, ce n'est pas, cela n'a jamais été, contrairement à ce que nous disent aujourd'hui les “républicains”, une recette magique qui permettrait de mélanger harmonieusement n'importe quelles ethnies et n'importe quelles religions sur un même territoire, au sein d'une même entité politique.

La laïcité à la française, c'est un armistice politique entre, d'une part, les catholiques de droite et, d'autre part, les athées de gauche, en 1905, dans un contexte historique très précis, hérité de la Révolution.

Les gens qu'il s'agissait de faire cohabiter étaient de la même nationalité, de la même ethnie, de la même race. C'étaient des Français de souche, blancs européens, qui n'étaient séparés “que” par la croyance en Dieu et les opinions politiques. Mais ils étaient tous blancs, et tous issus de la civilisation gréco-judéo-chrétienne, qu'ils soient catholiques ou athées convaincus.

Encore cet armistice politico-social n'a-t-il été obtenu qu'au prix de tensions persistantes. Ce ne fut nullement, contrairement à ce que l'on essaie de nous faire croire aujourd'hui, un état de paix paradisiaque et fraternel. Ce fut un moindre mal. Une cote mal taillée. Un couvercle appliqué sur une cocotte-minute bouillonnante.

Il suffit de voir la hargne renouvelée avec laquelle les laïcistes de 2011 s'attaquent aux catholiques.

Le “pacte laïc” de 1905 n'est même pas capable de faire régner l'harmonie au sein d'un peuple qui vit ensemble depuis plus d'un millénaire, qui est de la même race et qui partage le même héritage culturel chrétien, et l'on prétendrait que, par de simples incantations à l'Assemblée nationale ou à l'Élysée, il serait capable de souder ensemble des races, des peuples et des religions qui n'ont jamais été capables de vivre en paix entre eux, où que ce soit dans le monde ?

À moins, bien sûr, d'une domination de l'un de ces peuples, races ou religions sur tous les autres, qui aurait pour contrepartie l'asservissement des autres aux premiers, et l'emploi de moyens de coercition violents qui ne sont, j'en suis sûr, pas dans votre esprit quand vous parlez de coexistence.

Ce n'est pas sérieux. Nous sommes dans l'incantation, le fantasme politique et historique, le racontage de belles histoires ; mais sûrement pas dans la réalité.

Le “mélange” a existé quand la France ou l'Angleterre ont bâti leur empire. Mais il y avait alors un maître, et des dominés. Est-ce cela que vous souhaitez ? Le “mélange” a existé quand les Américains ont importé les noirs comme esclaves. Mais il y avait alors un maître, et des dominés. Est-ce cela que vous souhaitez ? Le “mélange” a existé quand les Arabes musulmans, puis les Turcs, ont bâti leur empire. Mais il y avait alors un maître, et des dominés. Est-ce cela que vous souhaitez ?

Robert Marchenoir

12 commentaires:

  1. Je suis globalement d'accord avec vous. J'entrerais bien dans les détails, mais je dois aller me coucher. Juste une chose, tout de même. Il me semble que compte tenu du fait que, dans le paysage politico-médiatique, si ce n'est pas Malika Sorel qu'on entend, c'est BHL et consorts, il vaut mieux que ce soit Malika Sorel. C'est la même chose avec Zemmour, Brunet et compagnie. Ils disent aussi tout un tas de conneries, mais nous avons cependant tout intérêt à ce qu'on les entende le plus possible, donc il faut les soutenir, puisque c'est le mieux que l'on puisse espérer. En tout cas pour l'instant, mais ces gens-là ouvriront la porte à d'autres. Voilà, sur ces belles paroles, je m'en vais tomber dans les bras de Morphée.

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  2. En somme nous là? risque de guerre civile?
    On peut effectivement se poser la question dans les 10 ou 20 ans qui viennent, laïcité ou pas.

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  3. Philippe Lemoine :

    Bien entendu, il est tout à fait souhaitable que Malika Sorel puisse se faire entendre le plus possible. Je suis d'ailleurs d'accord avec une grande partie de ses propos.

    Ce qui me pose problème, c'est qu'elle voit l'antidote des maux qu'elle dénonce dans les fameuses "valeurs républicaines", que leurs partisans ne se donnent jamais la peine de définir, et dont la laïcité fait partie au premier chef.

    La laïcité est intéressante, parce qu'elle est une sorte de permis de dire des choses nauséabondes. C'est un désinfectant de l'opposition à l'islam et à l'immigration. Si vous vous réclamez de la laïcité (qui est un des piliers du camp du Bien), vous avez le droit de faire certaines critiques sans être immédiatement baîllonné (ce qui ne vous garantit pas de ne pas l'être au bout de cinq minutes).

    Il ne faut donc pas se priver de l'utiliser. Mais c'est un outil tactique, pas stratégique.

    La preuve : les islamistes, en France, se réclament eux aussi de la laïcité. Pour eux, la laïcité, c'est l'obligation pour l'Etat de financer des mosquées, des écoles coraniques, des centres de formation d'imams, et de laisser la bride sur le cou à l'islam.

    A moins de rétablir la vérité historique et politique, que je crois plus proche de ce que j'ai exposé ici, il est bien difficile de réfuter cette captation de la laïcité par les islamistes.

    Et c'est carrément impossible dans le cadre d'un débat politique de masse, d'une campagne électorale, qui ne s'encombrent pas de certaines subtilités.

    Ce texte vient d'un échange sur le blog de Malika Sorel, ici:

    http://www.malikasorel.fr/archive/2011/06/01/bfm-et-lci.html

    Il est intéressant de prendre connaissance de la totalité du billet dont j'ai tiré sa citation.

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  4. Le lien n'a pas l'air de marcher. Le voici sous une autre forme :

    http://tinyurl.com/42dr6rv

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  5. Désolé, je n'arrive pas à publier des liens cliquables sur ce blog.

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  6. Ce papier correspond à la définition exacte de ce que devrait être tout billet digne d'être publié:
    les arguments et contre-arguments sont inédits, et les convaincus n'y avaient pas plus songé que les autres.

    Personnellement, je plus irrité par un billetiste qui pense comme moi mais qui écrit des trucs que j'ai déjà lu cent fois que par celui d'un lobotomisé ordinaire qui vend la salade du vivre-ensemble.

    Que l'intégration républicaine et la laïcité qu'on se propose d'appliquer n'ait jamais existé en France alors qu'elle est présenté comme une tradition qui a fait ses preuves, c'est con, mais il fallait y penser, et moi en tous cas, je n'avais jamais lu ça ailleurs.

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  7. Effectivement, la laïcité n'est pas un remède miraculeux et universel qui permettrait de guérir tous les maux du "vivre-ensemble" partout et toujours. Elle a des conditions de validité. Elle n'est pas également efficace avec toutes les religions, par exemple, et elle présuppose un corps politique suffisamment uni, suffisamment homogène, pour pouvoir produire ses effets.
    Croire que l'on pourrait harmonieusement combiner la laïcité et l'immigration de masse est une erreur de première grandeur, qui n'aboutira qu'à la défaite en rase campagne de la première, particulièrement si cette immigration est musulmane.
    J'allais ajouter que, malgré tout, ce n'est pas parce que la notion de laïcité n'est pas un remède miracle qu'il faut la passer par pertes et profits, et qu'elle est par ailleurs, aujourd'hui, un élément rhétorique indispensable pour qui veut aborder certaines questions, mais votre réponse à Philippe Lemoine me montre que nous sommes d'accords sur ce point.
    Donc rien d'autre à ajouter (ah si, je trouve que la pique de Mme Sorel à l'égard des Etats-Unis est vraiment "a cheap shot" comme ils disent. Mais peut-être faut-il aussi considérer cela comme un élément rhétorique, pour flatter un peu son auditoire).

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  8. Merci Robert pour ce billet excellentissime, il faudrait en écrire plus!!!

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  9. Grande admiration pour Malika Sorel.
    Elle devrait être candidate !

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  10. Il me semble que l'on pourrait citer La Réunion comme lieu où la coexistence pacifique entre ethnies différentes fonctionne plutôt bien. Mais la laïcité n'y est sans doute pas pour grand chose.

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  11. Tout le monde oublie le vrai sens du mot laïc : un laïc est un catholique croyant, un chrétien, qui n'est pas clerc, ce qui veut dire qui n'est pas prêtre ou religieux. Le sens de laïcité serait plutot : athéisme, paganisme, incroyance, civil opposé à religieux. Il ne faut s'étonner des contre-sens que cette interprétation a donnés.

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