dimanche 2 décembre 2012

Le chien fidèle attaché à sa ruine

L'égrotant vieillard était peu satisfait de lui-même. Vomir sur son chien ne lui était encore jamais arrivé, et il supportait mal le timide regard de reproche de l'animal, bavant de droite et de gauche, comme c'était son habitude. Des linéaments de mousse de bière et quelques sinuosités de vin rouge s'accrochaient dans les poils de la bête, qui faisait semblant – pas très bien – de prendre la mésaventure par-dessus la jambe.

L'égrotant vieillard réprima un rot, aigre de tout ce que le monde lui inspirait. Il était seul. Par la fenêtre ouverte, couvrant les piaillements symphoniques des oiseaux, s'épandaient les rumeurs lointaines (pas tout à fait assez lointaines à son goût) de la fête se déroulant à l'autre bout de son village proche de la mer. Ce n'était pas réellement une fête, du moins la momie houblonnée ne voulait-elle pas que c'en fût une : la joie des autres lui était une injure, aggravait ses rhumatismes, accentuait l'écoulement des mucosités de son appendice nasal.

Le chien leva la tête vers lui, il détourna son regard enlarmé d'alcool. Pendant ce temps, pour faire joli, les nuages bas contruisaient au-dessus de sa maison une petite grange nébuleuse. L'expression lui était venue, comme cela, entre une bière et la suivante.

Il se tira de son fauteuil antique, sinistrement sombre, et, titubant, percutant sans même en souffrir tous les coins de meubles, se dirigea vers la cuisine ; il écrasa au passage – sans entendre le cri de la pauvre bête – la queue du chien. Il restait quatre bières dans le frigo et la soirée menaçait d'être longue, dans cette solitude noire, repoussé qu'il était dans son aigreur par les cris et les ris des enfants au dehors.

Il savait que personne, dans ce merveilleux village, presque perpétuellement fleuri, balayé de senteurs, ne se souciait de sa présence, ni même ne savait son existence. Il en concevait, surtout à la tombée du jour, des envies d'immolation, des désirs de fusion aussi.

Il se doutait que les ludions rieurs l'accueilleraient parmi eux, pour peu qu'il consente à leur tendre la main, à leur offrir un sourire sans arrière-pensée. Il était saisi, se rasseyant dans son fauteuil antique et sombre, par l'envie de se mêler à leurs jeux. Mais, déjà, ils étaient partis plus loin, rapetissant dans son champ de vision embué.

Le temps aidant, il avait même réussi à écraser toute étincelle de vie dans les halètements attentifs du chien, lequel, sous cet éteignoir, avait oublié jusqu'à l'idée de la promenade. Lui-même s'était mis à avoir peur des humains, spécialement de ceux qui tendaient les mains et souriaient en direction du soleil couchant.

L'égrotant vieillard décapsula sa bière, un peu de mousse éclaboussa le devant de son pantalon, comme un rappel de semence. Les rires, dehors, parurent saluer cet exploit involontaire, puis s'éloignèrent, mais sans mourir tout à fait - il en resta comme un rappel, une coda furtive. Il laissa son triple menton retomber sur sa double poitrine, le chien ferma les yeux. Et tout recommença comme la soirée précédente. La ruine, éloignée des trémulations juvéniles, en conçut une vague raison d'espérer.

Tout en sachant que, s'allant coucher, il allait une fois de plus se niquer un genou ou l'autre contre le coin des meubles.

samedi 1 décembre 2012

La modernité fait mumuzz


Tout est à se tordre, dans cette information qui m'a saisi au saut du lit. Le fait que les braves habitants sexuellement différenciés du Val-de-Marne vont désormais pouvoir disposer de leur propre mosquée aurait en soi suffi à mon bonheur du jour. Mais songer qu'elle s'est établie, cette mosquée, dans une salle prêtée par un moine bouddhiste, que son initiateur se prénomme Ludovic-Mohammed et qu'il est “marié” avec un Sud-Africain (blanc ou noir ? L'histoire ne le dit pas…), voilà qui forme un ensemble quasiment parfait. Apparemment, les musulmans plus traditionnels commencent à gueuler un peu aux petits pois ; ils ont tort : désormais, s'il leur prend envie de comptabiliser les homosexuels qui déshonorent leur belle religion, ils auront juste à poster un gugusse à l'entrée de la nouvelle mosquée gay friendly, qui aura pour mission de photographier la trombine des entrants. Ça va grandement simplifier les procédures d'avant-pendaisons…

vendredi 30 novembre 2012

Remontée de fièvre

La fièvre, lorsqu'elle devient étale, et pour ainsi dire nonchalante, est une manière d'établir le contact avec Dieu. Ou, au moins, avec des contrées étranges parce que jamais vues. Ces quelques degrés supplémentaires (mais il n'en faut pas trop) font naître des plaines aux herbes bizarres, aux arbres tors, vaguement montueuses par endroits, dont on n'aperçoit pas la fin, tout en sachant qu'elle est sans doute là, proche, derrière le petit tertre qu'il est difficile de déterminer naturel ou humain.

Cette plaine est tout entière emplie de Dieu, malgré le soleil écrasant qui vous fait jaillir en eau, et le froid brutal qui s'abat soudain – et les dents claquent. L'homme, soudain plus petit que ce qu'il imaginait, marche sans avancer, il arpente en rêve éveillé, et pourtant le paysage change sans cesse. S'annoncent à l'horizon des villes fatiguées, d'un bleu méditerranéen, et juste après de colossales cités lovecraftiennes, vides d'habitants gigantesques morts depuis longtemps, depuis si longtemps qu'on peut à peine les dire morts.

On marche. Le corps met une sourdine à ses besoins fondamentaux, tout en rappelant à chaque instant ses exigences, qui ne peuvent plus être convenablement nourries, mais ne doivent pas être oubliées, sous peine de dessèchement physiologique - et peut-être pis. On attend avec une impatience résignée les rougeoiments du soir, les cris des corbeaux retour au nid, pour aller s'acagnarder à un rocher de granite noir, qui nous protègera tout à la fois des regards hostiles et des frissons intérieurs – croit-on. L'eau, qui fait défaut partout autour, jaillit de soi, salée et collante, et l'on sent, tout pareil, la nuit glaciale prête à couler de la même source organique.

On a un peu peur, mais pas tellement que cela. Il y a grâce au ciel – devenu invisible – cette bulle isolante, ovoïde et dure, impassible, qui protège des loups errants et des meutes d'humains saccadés en quête d'abreuvoirs. L'homme s'endort. Sommeil peuplé de courbatures fugitives, de visions trop présentes pour être honnêtes, de visages de femmes qui auraient dû être depuis longtemps oubliés, et qui l'ont été.

Durant le sommeil, la fièvre entretient le feu qui éloigne les bêtes dangereuses, aussi celles qui ne demandaient sans doute qu'un peu de réconfort. La fièvre ne fait pas de détail, elle globalise l'homme qu'elle a pris, elle le ramasse en boule ; et il se laisse faire, finalement content qu'une puissance quelconque ait pensé à s'inquiéter de lui.

jeudi 29 novembre 2012

Retournerons-nous à Paimpol ?


J'en doute fort. Simplement parce que notre appétence de déplacements vacanciers a une nette tendance à l'amoindrissement, en attendant une complète extinction. Cela dit, nous y sommes allés.

mercredi 28 novembre 2012

À chacun sa Carine (titre prêtant à confusion, je le sens…)


Je ne saurais dire ce que je foutais, à errer ainsi dans la cave sombre et excessivement salpêtreuse de ce blog, mais j'y suis tout à coup tombé sur un jeu de mots des plus navrants – ou des plus réjouissants, c'est selon. Comme il m'avait déjà valu force sarcasmes en décembre 2008, je ne résiste pas à la tentation de vous le remettre :

Le catholique : un chrétien pur sucre.

Le musulman : un adule Coran.

Les commentaires qui étaient venus à sa suite formaient une sorte de cataracte bouillonnante et vertigineuse de calembours dérivés, tous plus foireux les uns que les autres : je me demande s'il sera fait aussi bien cette fois-ci.

(Que les petits malins ne perdent pas leur temps à rechercher l'original : je viens de le faire repasser en “mode brouillon”…)

lundi 26 novembre 2012

Votre Grand Remplacement, je vous le sers en ligne ou sur papier ?


Ne pas s'être procuré Le Grand Remplacement de Renaud Camus (non, non, il y a maldonne : ce n'est pas Camus qui est remplacé, pas pour l'instant…) au moment de sa première sortie était déjà à la limite de l'excusable, aux confins extrêmes du pardonnable. Négliger encore de le faire, aujourd'hui qu'il est réédité par l'auteur lui-même, serait un crachat au visage de la France, Môssieur ! D'autant que l'on peut choisir de l'acquérir directement en ligne ou bien de le recevoir chez soi, à la papa, dans sa boîte aux lettres, imprimé sur des pages reliées entre elles et protégées par une couverture – bref, sous la forme d'un livre. Quand je vous aurai dit que le texte initial est augmenté du désormais fameux, et récent, et important, Discours d'Orange, je sais bien que vous ne pourrez plus, les uns et les autres, résister à l'énorme pulsion acheteuse que je sens déjà frémir sous les épidermes.

Donc, avant que le dit Remplacement n'advienne et que ce livre précieux ne se fasse proprement autodafer pour être lui-même remplacé par les Protocoles des Sages de Sion dans la liste des meilleures ventes de l'année, achetez-le et, surtout, lisez-le.

dimanche 25 novembre 2012

Jean de La Varende, gentilhomme normand et centaure de Dieu

Petit article écrit pour le bulletin paroissial de Pacy-Vallée d'Eure (numéro de décembre) :


Un écrivain qui serait à la fois normand et catholique ne pourrait être foncièrement mauvais. Justement, en voici un ! Promenade littéraire en Pays d'Ouche...

Jean de La Varende (1887 - 1959) n'est pas de notre époque, et sa Normandie n'est pas la nôtre. La sienne, que ce soit dans ses nouvelles, ses romans ou ses chroniques, est nimbée de la lumière des couchants, irisée par l'eau de ses minuscules rivières, mais aussi traversée de grands éclairs d'intrépidité furieuse, retentissante de serments lancés à la nuit par des gentilshommes désargentés mais dont rien ne saurait faire plier la fidélité au roi ni l'observance de l'honneur attaché à leur nom. 

Ouvrir un livre de La Varende, c'est se laisser entraîner à de subtiles et rêveuses Promenades au plus secret du Pays d'Ouche ; ou bien s'embarquer, l'épée à la main et le juron aux lèvres (mais jamais le blasphème !), sur les traces du comte de La Tainchebraye, le très-fameux Nez-de-Cuir, humble serviteur de Dieu mais fier conquérant de la belle Judith de Rieusses ; Nez-de-Cuir que l'on retrouvera bien des années après, vieilli, usé, mais toujours indomptable seigneur, dans Le Centaure de Dieu.
 
Il y a du chouan impénitent et magnifique chez Jean de La Varende qui, toute sa vie, resta attaché à la foi catholique et au royalisme de sa jeunesse. Il y a aussi, il y a surtout des personnages à la fois étincelants de toute la force de leurs convictions et de leur attachement charnel à cette terre normande qu'ils vivifient souvent de leur sang, mais aussi attendrissants et presque pitoyables parce qu'ils comprennent qu'ils n'ont plus tout à fait leur place dans le monde qui vient. Il y a enfin, une langue sinueuse, miroitante, parfois sertie de quelques pierreries un peu surannées, qui ne font qu'en rehausser l'éclat.


Les mots en gras et italique correspondent à des titres d'œuvres de La Varende encore disponibles aujourd'hui.

samedi 24 novembre 2012

Dépêchez-vous, bon sang, l'heure tourne !


Le camarade Gauche de combat, ce Modernœud que rien ne terrasse ni ne décourage, nous rappelle très opportunément que demain sera la journée contre les violences faites aux femmes. Ce qui semble signifier que l'on peut encore cogner impunément sur ces dames jusqu'à ce soir minuit : ne traînez pas trop, y en aura pas pour tout le monde…

Les pierres d'achoppement orthographiques

Je veux parler de ces mots que l'on ne sait jamais écrire ; ou plutôt dont on n'est jamais tout à fait sûr de l'orthographe, sur lesquels le cerveau bute chaque fois qu'il les rencontre, même après cinquante vérifications dans les livres idoines. Mon principal caillou, en ce domaine, sont les mots à accent circonflexe. Pas tous, fort heureusement : les deux tiers voire les trois quarts d'entre eux ne me posent aucun problème, n'engendrent aucune hésitation lorsqu'ils se présentent dans la phrase en cours d'élaboration. Restent les autres. Ceux-là, à la seconde où ils arrivent, l'esprit s'arrête et, debout sur les freins, se demande : « N'lui faudrait-y pas un petit chapeau à cette saloperie d'a ? À ce fucking e ? » Le simple fait de s'être posé la question entraîne immédiatement la mort de toute certitude : rien à faire, il faut recourir au dictionnaire – le plus agaçant étant que, neuf fois sur dix, c'est pour constater que votre premier mouvement aurait été le bon. Il faut dire qu'il ne fait guère d'effort pour se faire aimer, cet accent : pourquoi est-on infâme lorsque l'on commet une infamie ? Ou extrême si on se porte aux extrémités ?

Deuxième exemple (tout personnel bien entendu) de ces pierres d'achoppement : les mots se terminant en “ote”. Ou en “otte”. Je pense que je ne saurai jamais écrire sans hésiter carotte, menotte ni bigote. C'est vraiment une paralysie idiote.

Il arrive pourtant que l'on puisse, à la longue, avec beaucoup de persévérance, désempierrer un peu le chemin. Ainsi, pendant de longues années, au moins jusqu'à trente ans, voire plus, je n'ai jamais su avec certitude comment s'écrivaient d'abord et davantage. Je pouvais vous donner du dabord et du d'avantage sans bouger un sourcil. Eh bien, cela m'a tout à fait passé, sans que je sache pourquoi, ni même exactement quand. De même, il m'a fallu plusieurs décennies pour devenir capable d'écrire sans m'interrompre, sans le plus petit ralentissement, des mots comme Méditerranée, Apollinaire ou ressusciter – et la liste n'est pas close.

Quel pouvoir ont-ils, ces vocables d'anodine apparence, pour refuser ainsi de venir prendre leur place, à côté de leurs frères, dans les casses du cerveau de l'homme ?

vendredi 23 novembre 2012

Ballade des menues incertitudes



Rien à noter ici, mais alors rien de rien ; et si m'y voilà tout de même, c'est bien pour justifier qu'il me faut retarder au maximum le moment de mon premier verre, Catherine ne devant rentrer de messe qu'à huit heures : le drogué ruse avec sa seringue. Néanmoins, puisque nous y sommes, autant essayer d'y laisser quelques traces. Mais que dire, nom d'un blog, que dire ? Devrais-je vraiment parler du numéro de clowns de l'UMPiste aux étoiles ? Du mariage pourtousse ? Des quatre feuillets écrits cet après-midi ? Des cinq qui le seront demain ou dimanche ? De la pluie qui n'a cessé de choir depuis ce matin ? Faut-il revenir sur la sublime queue de bœuf aux carottes qui fut mangée hier soir ? Est-il permis d'évoquer le silence quasi tombal de ce bureau ? La lampe suspendue qui marque le coin ouest de la maison telle une lanterne de boxon Belle Époque ? La satisfaction des chiens digérant au salon sous l'œil ennuyé du chat assis sur le radiateur ? Le fouillis de post-it et de relevés bancaires qui encombrent ce bureau ? La corbeille à papiers qui déborde, et dont je sens bien que je ne la viderai pas encore ce soir ? De quoi peut-on s'entretenir tout seul ? D'Édith Piaf ? Du docteur Jivago ? Des livres, lus ou non, qui s'entassent et se taisent ? Des symphonies comprimées dans cet ordinateur béant ? Des traces qu'ont laissées certaines gens dans des chemins immatériels, et qui s'effacent ?

Petite histoire de berlingot

J'ai mis hier en lien, chez Corto, cette délicieuse petite chanson interprétée par Colette Renard, Les Nuits d'une demoiselle. J'étais persuadé l'avoir déjà proposée ici, mais je n'en retrouve nulle trace, bien qu'ayant marteau-piqué toute la bicoque de la cave au grenier, et retour. Dans le doute, je la remets, en me disant que, de toute façon, et contrairement à la demoiselle, on n'en a rien à branler.


jeudi 22 novembre 2012

Nouvelle définition pour les blogs


Elle est donnée dans le film de Soderbergh intitulé Contagion, lequel est par ailleurs une insipide ânerie, mais je ne vais pas non plus me spécialiser dans la stigmatisation des daubes pelliculées. Dans cette histoire poussive, Jude Law interprète un blogueur qui se voit en redresseur de torts, en chevalier blanc, seul face à la noirceur des autorités de l'État et aux complots ourdis par icelles. Accessoirement, on se rend compte très vite que seule la vertigineuse augmentation de son nombre de visiteurs “uniques” l'intéresse (mais où les scénaristes sont-ils allés chercher une idée pareille ?) ainsi que le pognon que sa soudaine célébrité commence à faire tomber dans ses poches. À un moment, il se fait sévèrement envoyer dans le mur par le docteur en épidémiologie joué par Laurence Fishburne (Couille de flétan, en français), lequel lui assène :

« Le problème, c'est que tu te prends pour un journaliste alors que tu n'es qu'un blogueur ! Les blogs, c'est juste des graffitis à ponctuation… »

Voilà, vous l'avez, votre définition.

mercredi 21 novembre 2012

Loin

Parce que, ce matin, au volant, sous une pluie sale et monotone, au milieu de banlieues pas suffisamment lointaines pour se faire tout à fait oublier, l'envie m'a saisi d'écouter quelques chansons de Félix Leclerc, mais qu'il n'était malheureusement plus temps de le faire :




Je brise tout ce qu'on me donne
Plus je reçois et moins je donne
Plus riche que forêt d'automne
N'aide personne

Bonheur m'alourdit et m'ennuie
Ne suis pas fait pour ce pays
Avec les loups suis à l'abri
Clarté qui bouge et toi qui gigues

L'amour n'est pas sous tes draps blancs
Au fond des cieux où sans fatigue
Le vent
Matin qui joue sur l'océan

Soir de gala rempli d'enfants
Ailleurs, cher amour, on m'attend
Il faut que tu y sois aussi
Sinon je ne sors pas d'ici

Cent fois mourir homme dans tes bras
Que vivre dieu là-bas sans toi
Te l'ai dit en janvier
Te le dirai en août

lundi 19 novembre 2012

Le soupir du blogueur dans les grandes steppes de l'Asie centrale


« Oh, comme parfois on aimerait laisser le faux sublime, les ténèbres épaisses du bavardage humain, pour se réfugier dans l'apparent silence de la nature, dans le bagne muet d'un long travail obstiné, dans l'ineffable du sommeil profond, de la vraie musique et du calme langage des cœurs, qui fait taire l'âme comblée. »

Boris Pasternak, Le Docteur Jivago, Folio, p. 183.

Les soirées calamiteuses de Didier Goux : Le Voyage fantastoc


Rien ne se démode plus vite qu'un film de science-fiction, sinon l'être humain lui-même. Le Voyage fantastique date de 1968 et est presque aussi ridiculement daté que les “Événements” qui lui sont contemporains ; il est signé Richard Fleischer, qui a dû se mordre les couilles jusqu'à la fin de sa vie d'avoir accepter de tourner une bouse pareille.

Le Voyage fantastique réunit une pléiade de stars de l"époque, c'est-à-dire des gens qui étaient faits pour tout sauf pour être acteurs et que tout le monde a parfaitement oubliés. Par exemple Donald Pleasence, encore jeune et déjà chauve, mais qui au moins fait semblant de savoir pourquoi il a échoué dans cette microscopique galère (et même que c'est lui le traître, dis donc !) ; l'inénarrable et parfaitement oubliable Stephen Boyd, l'acteur-beau-gosse de l'époque qui ne comprend jamais ce qu'il fout là : dans Ben-Hur, il n'avait déjà pas pigé qu'il était pédé et amoureux de Charlton Heston, ici on se demande s'il a réalisé qu'il se trouvait à bord d'une espèce de sous-marin microscopisé et voyageant dans le corps d'un scientifique quelconque en voie de calanchage imminent ; et puis, comme il fallait bien une gonzesse glamoureuse, on a pris ce qu'on avait sous la main à l'époque, dans le genre actrice nulle à gros seins : Raquel Welch – sauf qu'elle passe tout le film vêtue des pieds au col d'une combinaison en plastique blanc gommant absolument tous ses avantages de comédienne.

Mais, heureusement, subsistent les effets spéciaux et les dialogues. Les premiers consistent essentiellement en des sortes de bulles molles, parfois bleues, parfois rouges, parfois jaunes, parfois rien, et qui sont censées être des globules.C'est à peu près tout sur ce chapitre. Pour les dialogues, ils oscillent entre l'épaisse tartine d'explications pseudo-scientifiques dont personne n'a rien à faire et des considérations d'une abyssale profondeur à propos de ce qu'est l'homme, son avenir, ses fins dernières, son tour de taille, etc. Le tout sur fond de remarques des uns ou des autres prouvant qu'ils n'ont même pas pris la peine de lire le scénario, ou bien qu'ils n'y ont rien compris, ce dont on ne saurait les blâmer : personnellement, je n'ai toujours pas compris pourquoi il fallait qu'il y ait un traître dans cette histoire.

dimanche 18 novembre 2012

Pendant ce temps, la propagande pro-palestinienne continue à la télévision française…


Je viens de faire un rapide passage devant mon écran de télévision, connecté à une chaîne diffusant un “journal”. On y expliquait (des “journalistes”, n'est-ce pas…) qu'Israël était occupé à bombarder les pauvres gens de Gaza. Comme le sujet était court, on n'a pas eu le temps, à la télévision française, de nous expliquer que l'armée israélienne ne faisait que répliquer aux tirs incessants que l'organisation terroriste et mortifère appelée Hamas fait peser sur ce pays, et aussi sur cette Palestine inexistante et en proie au chaos depuis sa pseudo-fondation. Pour les “journalistes” français, une organisation terroriste maintenant en coupe réglée un pays qui n'existe pas et qui attaque une démocratie parfaitement fonctionnelle, c'est un petit peuple courageux qui se défend

Tout le monde sait, je crois, que si la paix au Proche-Orient ne dépendait que d'Israël, elle serait signée depuis au moins quarante ans. Et, en plus, cette région du monde bénéficierait d'une prospérité enviable, portée par le dynamisme des Juifs. Encore faudrait-il, évidemment, que ces abrutis de musulmans comprennent où est leur intérêt, qu'ils voient enfin le naufrage absolu de leur “civilisation”, qu'ils reconnaissent humblement la supériorité des juifs et des chrétiens sur eux-mêmes, et de la démocratie sur leurs dictatures crasseuses, braillardes, pleurnichardes et sanguinolentes.

Je le répète une fois de plus : je n'ai rien à faire de l'islam ; je me moque tout à fait qu'ils coupent les mains de leurs voleurs, les têtes de leurs femmes adultères, les couilles de leurs violeurs ou de leurs pédés. Je veux juste qu'ils aillent le faire ailleurs que chez moi. 

Virons ces abrutis violents et incultes, quand il est encore possible.

Halte aux chantages des marieurs fous !


Comme Dorham hier et Nicolas aujourd'hui ont jugé bon de parler du tristement fameux “mariage pour tous”, selon la calamiteuse appellation que l'on a cru bon de retenir pour lui, je vous invite à lire également celui de Roland Hureaux, publié sur le site Atlantico. En voici le début :

« Trop souvent le débat sur le « mariage » des personnes du même sexe est vicié  par le recours de ses partisans à des arguments en forme de chantage. Le meilleur moyen d’y résister est de les démasquer.

La fausse modernité

Le plus trivial  est le chantage à la modernité : « il faut être de son temps », dit-on. « Il s’agit d’une évolution irréversible. » En termes plus élaborés, on dira que ce projet va dans le sens de l’Histoire. Le sens de l’Histoire est, depuis Hegel, la source racine des pires errements ; si la morale n’est plus un absolu, mais relative à une époque, si elle est tributaire de l’ « évolution de la société », au nom de quoi empêchera-t-on toutes les dérives ? D’ailleurs, cet argument est en lui-même terroriste puisqu’il forclos d’emblée tout débat de fond, notamment sur les droits des enfants.  Et puis, de quel sens de l’Histoire parle-t-on ? Quand Charles de Gaulle parlait de la Russie, il était traité de retardataire par ceux qui considéraient l’Union soviétique comme irréversible. On a vu ce qu’il en a été. On disait dans la Basse Antiquité que deux augures ne pouvaient pas se regarder sans rire. Maintenant que Leningrad s’appelle à nouveau Saint-Pétersbourg, qui peut invoquer encore sans rire le sens de l’Histoire ? »


samedi 17 novembre 2012

La France vue par Aldo Stérone, Algérien de Londres



Par ailleurs, je suis tombé, hier soir, sur un documentaire revenant sur le tsunami asiatique de je ne sais plus quel Noël passé (2001 ? 2002 ?), fait à partir des films tournés in situ par quelques amateurs se trouvant là au mauvais moment. M'a fasciné le fait que, sur presque tous ces témoignages filmés, on peut voir des touristes occidentaux rester plantés sur le sable, face au large, ne semblant absolument pas voir cette énorme vague qui s'avance vers eux à une inquiétante rapidité, ou en tout cas ne pressentant nullement les dangers qu'elle implique pour eux. 

Mais je ne vois pas pourquoi je vous raconte ça, qui n'a évidemment aucun rapport avec la vidéo précédente.

vendredi 16 novembre 2012

C'est long… c'est chiant… c'est niais… c'est du cinéma français !


Mais quel démon farceur a bien pu nous pousser à regarder cette daube, nous qui fuyons avec application tout film français n'ayant pas au moins cinquante ans de cave ? On ne le saura jamais ; toujours est-il que, sur les coups de dix heures et demie du soir, nous nous sommes retrouvés devant Les Petits Mouchoirs (Les Grands Draps de bain aurait du reste été un titre mieux approprié, compte tenu des niagaras de larmes qui s'y déversent avec une complaisance appuyée : la production a dû dépenser des fortunes en collyre urticant). Cette tentative de film dure deux heures et demie : je crois bien n'avoir encore jamais été confronté à un apprenti cinéaste prenant autant de temps pour dire et montrer aussi peu. Après environ trois quarts d'heure, le spectateur en commencement d'hébétude se pince déjà d'être là, à contempler de pauvres petits trentenaires se demander comment ils vont faire pour affronter leurs pauvres petits problèmes de pauvres petits trentenaires. (Je dis trentenaire un peu au hasard : ils pourraient aussi bien être quadras, ces personnages si flottants, si hors-sol que, le film (enfin) terminé, ils se brouillent et s'évanouissent irrémédiablement de la mémoire.) 

Les comédiens eux-mêmes semblent trouver le temps bien long, à passer comme ils font de leurs chambres respectives (dans lesquelles ils se réunissent par groupes de deux ou trois, afin de parler de leurs pauvres petits problèmes de, etc.) à la table commune du petit-déjeuner, puis à grimper sur un bateau afin de profiter de l'océan qui se trouve là, avant de revenir vers la table qui, entretemps, s'est transformée en table de dîner : le vin rouge a remplacé le café, c'est à ça qu'on voit qu'on est le soir. Ils tentent de meubler avec de plates considérations sur la vie, la mort, ce que c'est tout de même que de nous et est-ce que tu crois que je vais réussir à reconquérir Zézette qui me manque vachement, putain qu'est-ce qu'elle me manque, c'est dingue – considérations que M. Guillaume Canet, nous informe le générique, a écrit tout seul avec ses petites mains, sans doute pour économiser le prix d'un scénariste et d'un dialoguiste.

La dernière demi-heure s'enfonce dans le ridicule le plus pénible (pénible pour les acteurs : on commence à avoir honte pour eux), à partir du moment où le personnage joué par Jean Dujardin finit par mourir sur son lit de douleur et d'hôpital réunis et qu'il s'agit de l'enterrer. (Ce personnage aurait sans doute été le plus amusant de cette bande de clampins, si le réalisateur ne lui avait pas précipité un 15-tonnes dans le buffet dès la cinquième minute de son film.) Toutes les bondes lacrymales sont lâchées, chacun fait un petit tour à l'avant-scène afin de démontrer qu'il a vachement trop de chagrin pour prononcer l'hommage que nul n'a songé à lui demander, le spectateur n'ayant à ce stade plus qu'une envie, celle d'aller se coucher. Le film n'en finit pas de finir, ça devient fascinant. « Ça pourrait aussi bien durer comme ça toute la nuit… », vous fait remarquer Catherine, effondrée à votre gauche.

Et en surplus de tout ça, poire blette sur cet insipide gâteau, il faut tout au long se farcir la Cotillard et ses questionnements utéro-existentiels : ça fait beaucoup pour une seule soirée.

mercredi 14 novembre 2012

Les filles sont d'incorrigibles bavardes


Il se passe toujours quelque chose, à Levallois-Perret. Ce matin, descendant sur le parvis de l'immeuble, un gobelet de café dans une main, une cigarette dans l'autre, je me suis retrouvé à côté d'une jeune femme brune, téléphone soudé à l'oreille droite. Je suppose qu'elle devait être aux prises avec un interlocuteur excessivement bavard, car tout le temps que nous sommes restés l'un près de l'autre, elle n'a prononcé en tout et pour tout que six mots, et encore groupés par trois. D'abord, elle a dit : « Si, si si… ». Puis, après deux à trois minutes de silence total, elle a dit : « Non, non, non… » Là-dessus, je suis remonté ne pas travailler.