samedi 25 septembre 2010

Il n'y a personne dans les tombes

Depuis une semaine, je suis occupé à lire La Grande Intrigue, une pentalogie de François Taillandier – le troisième roman de cette série portant le même titre que ce billet. N'étant parvenu qu'au premier tiers de ce volume, il m'est difficile de parler de l'ensemble bien sûr. Néanmoins, il apparaît clairement que Taillandier a réussi où Philippe Muray a échoué, à mon sens, à savoir dans la métamorphose romanesque des idées et des concepts développés par ce même Muray dans ses essais. Au travers de quelques familles, depuis le début du XXe siècle jusqu'à nos jours, c'est notre sortie de l'histoire qui est mise en scène, notre entrée dans une nouvelle conception du temps, devenu binaire d'après l'auteur : avant et maintenant – cet éternel maintenant s'occupant de liquider aussi rapidement que possible les dernières traces de l'avant. Le premier volume de cette pentalogie s'intitule Option Paradis, qui n'est rien d'autre que le monde voulu (?) et créé par Festivus festivus à son propre usage. Un petit extrait, pour dire :

« Au bas de la rue, la municipalité de Paris avait implanté deux de ces modestes sucettes marron qui indiquent les lieux historiques. Qui a inventé la sucette pour l'histoire ? On aimerait le connaître, l'inventeur de la sucette marron ! Qu'il se dénonce ! Deux sucettes marron, rue de Belleville, indiquent l'une, le bal Desnoyez, l'autre, le bistrot du bagnard Maxime Lisbonne. Qu'est-ce que c'était, le bal Desnoyez ? Qui était Maxime Lisbonne ? Allez voir. Les sucettes marron vous le diront. De toute façon, il n'y a plus rien derrière elles. C'était la vie d'avant. La sucette marron désigne invariablement ce qui est mort une bonne fois pour toutes. La sucette marron, ou : Paris cimetière. La sucette marron est l'ultime signal de la vie d'avant. D'avant quoi ? D'avant rien. D'avant la sucette marron. Quand on installe des sucettes marron pour signaler la vie, c'est qu'il n'y a plus de vie. Passez muscade ! »

François Taillandier, Il n'y a personne dans les tombes – La Grande Intrigue III, Folio, page 92.

7 commentaires:

  1. Rien a voir mais pour info, z'o cas ou , Philippe Muray et...Luchini sont à l'honneur dans le Figaro Fanzine de ce week end !

    Muray dans le Figaro...

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  2. Et aussi,dans Marianne d'aujourd'hui, bizarrement, un texte intelligent sur Murray... Ce qui est rare: Récupéré comme Debord le fut, inclassable, n'appartement à personne. Pas même à ceux qui s'en prévalent.
    Ceux-là même qui pataugent encore dans le bazar psychologique du XIXe.Cette grosse mare au canards où l'on barbotte de gauche à droite! L'erreur consiste à lire Murray sans avoir bien lu ce "pavé" -dans tous les sens du terme: "Le 19e siècle à travers les âges".
    Ne pas oublier que le revers du festif, c'est le morbide, cette pulsion de mort qui traverse les moeurs, la mode et l'esthétique contemporaine. A Paris comme ailleurs.Avec la folie commémorative...
    Et c'est vrai que là, le "politique" n'est qu'un effet d'écume.
    Muray ne fut pas un bon romancier et je doute que Muray puisse influencer le roman à moins que celui-ci ne se contente d'illustrer... Mais je peux me tromper: Encore un auteur à lire!

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  3. C'est d'ailleurs ce même Taillandier qui nous parle de Muray ds le Fig.avec une phrase que j'aime:
    "Quiconque n'exhale pas par tous les pores une approbation béate de notre époque passe pour un réactionnaire..."

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  4. Il se prend alors à rêver, comme Éric Brunet, « que demeurent encore quelques petits fragments de ce que nous aimions. Juste quelques lam - beaux, quelques fragrances éthérées, pour ma femme, mes enfants et ceux que j’aime. […] Que les modernes nous laissent deux ou trois écoles sans violence avec des profs un peu cultivés, quelques rues où il fait bon musarder le soir, avec des bistros joyeux. Pour l’été, le long des golfes clairs, quelques plages où ma femme pourra bronzer ».

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  5. Je ne lis jamais de romans contemporains, pour des raisons sur lesquelles je ne m'étendrai pas ici... Mais vous m'avez donné envie de lire Taillandier, et je vous en remercie, j'ai l'impression que je vais découvrir un auteur. De nos jours c'est important ;-)

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  6. Mince, j'ai oublié de venir répondre ici : mille excuses, les gens de passage...

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