mardi 16 avril 2019

In girum imus nocte…


Notre-Dame de Paris en proie aux flammes : parfait symbole de ce qui nous attend… qui est déjà là… Le Monstre sur le seuil de Lovecraft… On pourrait épiloguer et filer les métaphores à l'infini… Est-il besoin ?

dimanche 14 avril 2019

La peste soit des Céliniens et de leurs gloses !


En “complément de programme” à mes matutinales lectures ou relectures céliniennes, je viens de parcourir deux biographies du personnage, Sa Seigneurie Nauséabond le Magnifique. La première est signée d'un certain Émile Brami et s'intitule Céline à rebours. Je l'ai achetée sur les conseils de l'ami Beboper, conseils que j'aurais été mieux avisé de ne point suivre. Si le livre s'appelle ainsi que je viens de l'annoncer, c'est que son auteur, n'ayant sur Céline rien à dire qui n'ait déjà été écrit cinquante fois, a eu cette idée mirobolante : raconter la vie de son personnage en commençant par la fin et en rembobinant l'écheveau. Cela apporte quoi ? Rien. C'est un truc. Un gimmick. De plus, je n'ai pas trouvé que le livre soit si bien écrit que l'a jugé Beboper. Mais enfin, c'est, de ce point de vue-là, à peu près correct.

Il n'en va pas de même pour le Céline, entre haines et passion de Philippe Alméras, gros volume qui traîne dans ma bibliothèque depuis des lustres et que j'ai repris ces jours-ci. Celui-là est écrit en moldo-valaque universitaire, ce qui rend sa lecture assez pénible. Cela donne des phrases comme celle-ci : « Le terme de séquence que j'ai proposé pour l'analyse des pamphlets leur va d'autant mieux qu'il n'y a pas de solution de continuité du “roman” au “pamphlet” [Chose que, si ma mémoire est bonne, Philippe Muray avait dite avant lui], dans sa neutralité et sa connotation de film, cela bouge constamment et de mal en pis. » Ou comme cette autre : « On a souvent rapproché le sort de Drieu et de Brasillach de celui de Céline. L'un et l'autre ont trouvé des refuges, etc. » L'un et l'autre ? Alors qu'il vient de citer trois noms ? Ça n'a l'air de rien, pris isolément, mais multipliez ce genre de lourdeurs de style et de fautes de langue par cinquante ou cent : l'œil finit par ne plus accrocher à la page, la lecture devient quasiment impossible. D'autant que, pour épaissir son volume, M. Alméras ne répugne pas aux digressions oiseuses. Était-ce bien la peine, par exemple, de nous débobiner la biographie du père d'Elizabeth Craig, maîtresse de Céline à qui Voyage au bout de la nuit est dédié ? Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Le livre fut publié par Robert Laffont en 1994, centenaire de la naissance de Céline : un “coup” éditorial, donc. Il se range dans une collection qui s'appelle (s'appelait ?) comiquement Biographies sans masque. Ce qui semble sortir du même tonneau pléonasmique que la vérité sans mentir ou encore un ciel pur sans nuage. À moins que M. Laffont n'ait considéré qu'avant son intervention toutes les biographies n'avaient pour but que de conserver leurs différents masques aux personnages qui en étaient les sujets.

Bref, je le répète : la peste soit des Céliniens et de leurs gloses, que Belzébuth se saisisse à jamais des Brami et des Alméras !

dimanche 7 avril 2019

Les petites notes de la cuistresse

Je sais, j'aurais pas dû…
Je suis occupé à lire Carson McCullers (pardon, Messire Étienne, pardon !), romans et nouvelles, réunis dans un volume de cette très pratique et peu  dispendieuse collection qui s'appelle La Pochotèque. Il n'y aurait aucune critique à lui adresser, à cette collection, hormis son nom disgracieux, si ses dirigeants n'avaient cru bon de faire appel aux funestes services d'une certaine Marie-Christine Lemardeley-Cunci pour établir leur édition de l'Américaine, c'est-à-dire, malheureusement,  de la consteller de notes comme autant de chiures de mouches sur un mur laqué blanc. 

J'en ai lu beaucoup, dans ma vie, de ces épais cuistres universitaires qui viennent faire leurs besoins le long des œuvres. Mais des aussi béatement satisfaits d'eux-mêmes, des si gonflés de leur propre vacuité, que Mme Truc-Chose, rarement. Ses notes, par lesquelles elle se garde bien de nous apprendre quoi que ce soit d'utile ou simplement d'intéressant, ne sont que plats et sots commentaires, redondances et fioritures ternes, que l'on dirait destinées à des semi-débiles de classe de seconde dans un département difficile. 

Un exemple ? Après le fragment de phrase suivant : Dieu sait si le gouvernement fédéral a fait assez de mal au Sud, la Mère Poncif place la note suivante : « Par tradition le vieux juge est hostile à toute intervention du gouvernement fédéral dans les affaires du Sud » ; chose que, bien entendu, aucun lecteur n'aurait compris sans la judicieuse intervention de notre cuistresse. Un autre exemple ? À la phrase Mais le cœur des petits enfants est un organe très délicat est accroché la note suivante : « Ici encore le cœur est perçu de manière très physique comme un organe fragile, siège de l'âme et des sentiments. »  Un dernier, allez : dans La Ballade du café triste, McCullers parle à un moment de la douceur rêveuse de la neige. Note de notre mal blanc : « Comme dans Frankie Addams, la neige est associée à la douceur. » 

Je pourrais en citer vingt autres, encore plus stupides. Je suis allé voir qui pouvait bien être cette pauvre baudruche au nom improbable. J'ai été ravi d'apprendre, par sa fiche Wiki, qu'en plus d'être un stérilet universitaire, elle était également l'une des marionnettes politiques de Mme Anne Hidalgo, qui l'avait parachutée en piqué sur Paris à l'occasion de je ne sais plus quelle élection, au cours de laquelle notre ectoplasme notulifère s'était pitoyablement vautré. Carson McCullers et moi en avons ricané avec un charmant ensemble.

Note pour les semi-éveillés : la photographie ne représente pas Carson McCullers…

dimanche 31 mars 2019

Le chevalier Destouches


Il m'a bien occupé durant ce mois de mars.

Et ce n'est pas fini…

mercredi 27 mars 2019

Les loupiotes du Ku Klux Klan


Dans ses lettres, Flannery O'Connor fait preuve d'un humour constant, à la fois souriant et abrupt,  souvent poussé au noir lorsqu'elle veut titiller tel ou tel de ses correspondants. Voici par exemple ce qu'elle écrit, en 1957, à une nouvelle amie, jeune femme qui semble être du genre “progressiste” :

« Je joue avec l'idée qu'à votre prochaine visite un homme de nos forêts, exaspéré par la situation, organisera un petit bûcher sur la pelouse de la mairie, histoire de faire flamber une croix. Mais sans doute est-ce trop espérer, avec la dégénérescence générale qui frappe les traditions. La dernière fois que le Klan a tenu ici une grande réunion, ils ont installé une “croix de feu” portable en face du palais de justice. Il suffisait de la brancher et elle resplendissait de lampes électriques rouges. Quand j'ai vu ça, je me suis dit : “Voilà qui fend le cœur. Il est plus tard que je ne pense.” »

À une autre de ses amies, qui vient de lui faire parvenir une nouvelle qu'elle a écrite, Flannery répond par une lettre de quinze lignes. Dans les deux premières, elle lui affirme qu'elle trouve son texte presque parfait ; puis, dans les treize suivantes, prenant appui sur ce presque, elle le réduit en miettes, mais sur le ton d'une irrésistible gentillesse, ce qui bien sûr est le pire. Cette correspondance est disponible en français sous le titre L'Habitude d'être : lecture hautement recommandable. Mais le mieux est évidemment de choisir d'acheter les Œuvres complètes. Pour conclure sur un sourire :

« Je m'amuse beaucoup en lisant La Réforme en Angleterre de Philip Hugues. On s'y croirait. J'ai montré le livre à la bibliothécaire de l'Université pour lui conseiller de l'acheter. Parfois il arrive, par erreur, qu'un étudiant choisisse un bon livre ; mais, d'après elle, c'est plutôt rare. Ils font très attention. »

dimanche 24 mars 2019

Recyclage de vieillerie


Je ne sais plus trop pourquoi je me suis remis, voilà quelques jours, à lire Flannery O'Connor, tantôt ses nouvelles, tantôt sa correspondance – peut-être sans raison particulière, juste l'envie soudaine. Toujours est-il que cette relecture m'a donné le goût de venir ici parler d'elle, de cet écrivain prodigieux, de cette femme à l'humour irrésistible. Or, c'est une chose que j'avais déjà faite, en 2010. Relisant ces “notes” de l'époque (il ne s'agit pas à proprement parler d'un billet, au sens où je l'entends, avec ce que cela suppose de cohérence et de construction), il m'a semblé que je n'avais rien d'essentiel à y changer ni ajouter. Les revoici donc :

Plus que celle du Bien et du Mal en tant que tels, c'est la question du Mal se parant des oripeaux du Bien qui traverse toute l'œuvre de Flannery O'Connor, la sous-tend. C'est-à-dire que le démoniaque y est à l'ouvrage, que la tentation est là, toujours présente, ne relâchant que très rarement son emprise. Satan est presque tout entier contenu dans ce masque que les damnés prennent pour leur visage même. Et on comprend, du coup, pourquoi Flannery O'Connor fut une lectrice passionnée et assidue de Bernanos. Ce phénomène du Mal agitant une caricature de Bien comme un montreur le fait d'une marionnette est particulièrement intense et effrayant dans la nouvelle intitulée Les Boiteux entreront les premiers, où le personnage du père ne cesse de clamer son goût du dévouement, sa passion d'aider autrui, de soulager les misères. Or, pendant que ses lèvres remuent et produisent des sons, ce qu'on voit à l'œuvre c'est sa profonde sécheresse de cœur et d'esprit, lesquels sont le plus grand obstacle à une grâce éventuelle, par la satisfaction qu'ils exposent d'eux-mêmes. Cette sécheresse brutale s'exprime clairement une fois, lorsque le père reproche à son fils de pleurer à l'évocation de sa mère, morte depuis une année à peine. "Tu as tout de même onze ans!", lui dit-il, ce ce ton de componction raisonneuse et mielleuse dont il ne parviendra jamais – sur le temps de la nouvelle – à se départir. Et l'on se doute qu'après le suicide de son fils, parti rejoindre sa maman au ciel après avoir découvert le ciel physique – et seulement lui – au travers d'un téléscope, et à moins d'une grâce dont Flannery O'Connor ne refuse jamais la possibilité, y compris pour ses “damnés”, le père continuera de se dévouer aux autres tout en restant aussi éloigné que possible de la charité.

Il faudrait bien sûr parler du troisième personnage de cette nouvelle, dont le nom m'échappe (je suis dans la Case et le livre est resté à la maison...), ce semi-voyou (délinquant, caillera...) très intelligent, que le père force à venir s'installer sous le toit familial afin qu'il le conforte dans la vision merveilleuse qu'il a de lui-même ; ce garçon toujours soumis à une tension presque inhumaine et qui, dès l'entrée du récit, proclame qu'il est damné et ira rôtir en enfer. De fait, il ressemble puissamment au diable, au Père du mensonge, au Prince de la tentation, et encore plus lorsqu'il brandit la Bible pour mieux détruire le fils. C'est lui qui va lui faire découvrir le ciel, par le téléscope, mais un ciel vide qui ne peut susciter rien d'autre que des hallucinations. De fait, l'enfant croira y découvrir sa mère et se pendra pour la rejoindre.

Dans ce Sud où nous plonge Flannery O'Connor, la religion est omniprésente. Mais, le plus souvent, privée de la charité et de la grâce, elle ne fait que se résoudre en émanations malsaines qui rendent les hommes fous, assassins, alcooliques ou prêcheurs – parfois tout ensemble.

Les nègres sont en toile de fond, aussi fous et haineux que les blancs (pas de rédemption bon marché chez Flannery O'Connor), toujours présents, circulant dans les consciences comme les termites dans une maison de bois, un remords à bas bruit, un exutoire à la violence qui ne résout jamais rien, une vision matérielle, mais niée avec rage et rancœur, du monde dévalant vers le Jugement dernier.

Les prêcheurs ne sont fous que parce qu'ils invoquent un dieu auquel ils tournent le dos ; leurs disgrâces physiques plaident contre eux, en même temps qu'elles pourraient être une occasion de rachat.

Le soleil change de forme, de couleur, de taille et de nature selon qu'on le supporte ou le contemple. Mais il est toujours là, pour qui veut bien s'en aviser : Tout ce qui s'élève converge.

Si peu d'amour au fond. Et lorsqu'il survient, il se gauchit, s'exacerbe et se dénature. Pas davantage de sexe ou à peine : l'élan vital fait défaut.

Chaque personnage, par la profondeur du regard et la puissance du verbe, est retourné comme une peau d'animal écorché et contraint de montrer son vrai visage ; lequel peut être soit brûlé soit illuminé.

vendredi 22 mars 2019

Il suffira d'un cygne…


En français d'avant, on aurait appelé ça du “financement participatif” ; en français d'apocalypse, on dit plutôt du crowdfunding – bref. Il s'agit aujourd'hui de participer à la création et au lancement du prochain livre de Rémi Usseil et de Nicolas Doucet, le premier au texte, le second aux dessins.  Et, bien entendu, de profiter pleinement du résultat, une chanson de geste – eh oui ! – qui s'annonce superbe, et dont votre serviteur a pu lire naguère le premier chapitre en avant-première, au prix de mille bassesses et de compromissions toutes plus dégradantes les unes que les autres. Donc, le principe est simple : vous payez maintenant et, en octobre prochain, vous recevrez chez vous le somptueux album vous narrant les époustouflantes aventures du CHEVALIER AU CYGNE. Plus d'autres choses encore (cartes postales, dessins originaux, etc.), suivant la somme que vous aurez généreusement allouée aux deux créateurs. Car il y en a pour toutes les bourses, nul ne sera laissé sur le bord du chemin (ni ne pourra dire : « Désolé, c'est trop cher pour moi… ») Pour découvrir le projet, et les différentes façons d'en acquérir dès maintenant le résultat prochain, il suffit de se rendre sur




où le projet a pris forme, consistance et vie. Allez-y nombreux, allez-y enthousiastes, et n'oubliez pas d'emporter  avec vous votre petit cochon rose au dos fendu. Car cochon et cygne seront, en cette occurrence, bienheureusement complémentaires.

mercredi 20 mars 2019

Les jaunes et les blancs (billet garanti sans racisme)


On ne le sait sans doute pas assez, dans certaines contrées ridiculement éloignées d'ici, mais Pacy-sur-Eure est une ville qui bouge. Une agglomération qui innove. Un bourg qui avance. Une municipalité décalée et briseuse de codes. Une commune qui va dans le bon sens, loin de la France moisie et de ses miasmes délétères, comme j'ai pu m'en rendre compte tout à l'heure, par la grâce d'un mobilier urbain vertical et informatif. On y lisait, sur ce mobilier, que, le 30 mars prochain, va se dérouler un

Défi d'œufs

L'affaire aura lieu entre 15 h et 17 h (la fenêtre de tir est étroite, comme on voit : il va s'agir de ne pas se louper) au square Trucmuche – je regrette bien de n'avoir pas noté le nom. Je regrette encore davantage de n'avoir pas retenu le numéro de téléphone que l'on pouvait composer pour obtenir des renseignements sur l'événement susnommé.

Parce qu'enfin ce ne sont pas les questions qui manquent, qui se pressent et tournoient dans l'esprit du citoyen ovo-responsable mais dubitatif. De quoi s'agit-il exactement ? Va-t-on voir des humains lancer un défi aux œufs ? Ou, à l'inverse, les œufs nous provoquer en duel ? Ou bien assistera-t-on à un défi des œufs entre eux, dont nous serons simples spectateurs ? Il n'est pas non plus totalement exclu de voir arriver, au square Trucmuche de Pacy, des bipèdes portant chacun une poule pondeuse sous le bras, et les défier de faire un œuf, là, tout de suite, devant l'assistance scrutatrice et toute honte picorée. 

On m'accordera que, la tête bruissante d'interrogations aussi fondamentales et obscures, il va être difficile de passer une journée vraiment sereine. D'autant que le 30 mars est encore bien loin…

mardi 19 mars 2019

On est injuste avec le président !


Tout le monde, depuis quelques jours, semble s'étonner, s'ébahir, s'indigner, se récrier, parce notre bon président était “à la neige”, comme ils disent, au moment même où Paris était “en feu”, comme ils redisent. 

D'abord, aurait-il été “à la plage” que ça n'aurait sans doute rien changé à la situation ignée campo-élyséenne.

Et puis, quoi : ils n'ont jamais, ces étonnés, ces ébahis, ces indignés, ces récrieurs, entendu parler de neige carbonique ?

samedi 16 mars 2019

Dis-moi, Céline…


Ils s'y sont mis à deux, pour me marabouter. Michel Desgranges, d'abord, qui, le mois dernier, lors de notre déjeuner chez lui, me disait avoir plus ou moins envie de rouvrir Céline, lu intégralement en sa jeunesse et plus repris depuis lors ; Philippe Muray ensuite, qui lui consacre plusieurs des textes de ses Mutins de Panurge, deuxième volume des Exorcismes spirituels (édités par Michel Desgranges, en plus…), que j'ai entrepris de reparcourir, assez paresseusement je dois le dire. 

Bref, j'ai soudain décidé, ce matin, entre réveil et petit-déjeuner, de retenter l'ascension du massif formé par les trois derniers romans dudit Céline, à savoir D'un château l'autre, Nord et Rigodon. Je dis “retenter” car, la dernière fois, qui remonte à quelques années – mais pas tant que ça –, je me souviens très bien d'avoir déchaussé les crampons à peu près à mi-pente, c'est-à-dire vers le milieu de Nord. On verra bien ce qu'il en est cette fois-ci. Du reste, je ne dois pas être un très bon lecteur célinien, car je suis à peu près sûr de n'être pas venu non plus à bout des deux volumes de Guignol's Band.

Par contre,  j'ai repris au moins deux fois du Voyage et de Mort à crédit, et je suis sûr d'avoir tout fini mon assiette de Féérie. Alors, hein : camembert, dans les rangs !

lundi 11 mars 2019

L'info qui fait s'esclaffer (avec allitération offerte)


Elle s'étale sur Atlantico, mais je suppose qu'on doit la trouver un peu partout ailleurs, tant elle est juteuse de bonne modernité sucrée et nourrissante. La voici :

Amputé d'une jambe, un ex-soldat de la Royal Navy a réalisé la traversée de l'Atlantique à la rame.

On suppose que si, demain, Lee Spencer – tel est le nom de ce modernœud échevelé – devait être amputé de sa jambe restante, il s'attaquerait illico à l'Everest, ou bien tenterait la traversée du Pacifique à la brasse papillon.

Cela étant, l'article d'Atlantico (qui n'a jamais aussi bien porté son nom, on l'aura noté) recèle une autre perle, au moins aussi ébouriffante que la première :

Lee Spencer avait déjà traversé l'Atlantique en décembre 2015 au sein d'un équipage de quatre anciens soldats possédant à eux quatre seulement trois jambes.

À quoi l'on voit que le journaliste n'a pas fait son travail à fond, poussé son enquête dans ses derniers retranchements : on aurait bien aimé savoir comment ces trois jambes étaient réparties. Le public a le droit d'être informé, nom d'une patte en bois !

vendredi 8 mars 2019

L'alternative de Camuray


Au bout du compte, après avoir lu ou relu, à la suite l'un de l'autre, Renaud Camus – le journal 2018 – et Philippe Muray (un prophète de synthèse : Camuray…) – Après l'histoire –, on en arrive à se dire que la seule alternative qui demeure, concernant notre avenir plus ou moins proche, est la suivante : La fête va-t-elle se dissoudre dans l'islam ou l'islam dans la fête ? Dans les deux cas, il conviendrait de se dépêcher de mourir.

dimanche 3 mars 2019

L'information qui met en joie (moi, en tout cas)


Le titre avait à lui seul fait naître chez moi un sourire déjà gourmand :

Une faille de sécurité majeure découverte sur les trottinettes en libre-service

La suite, le “chapeau”, m'a plongé dans une sorte de ravissement béat, faisant éclore des images toutes plus délicieuses les unes que les autres, de trottinetteurs partiellement démembrés, écrasés contre du mobilier tout aussi urbain qu'eux-mêmes :

Les trottinettes en libre-service pourraient être visées par des pirates informatiques. Une importante faille de sécurité vient d'être découverte. Elle permettrait de prendre le contrôle à distance de l'accélération et du freinage des trottinettes.

Je n'ai pas osé lire la suite, craignant de gâcher mon plaisir, d'en polluer l'irradiante pureté.

vendredi 1 mars 2019

Les trois Daudet


Je n'ai jamais fréquenté ce Daudet-là.
Mais j'en ai croisé d'autres en février.


jeudi 28 février 2019

Le visage d'Ornifle et l'accent de Machetu


Si l'on se procure le théâtre d'Anouilh dans l'édition qu'en propose La Table ronde, dans sa collection La Petite Vermillon, on se verra indiquer, en ouverture de chaque pièce, ses date et lieu de création, mais aussi la distribution de ce soir-là. C'est à la fois précieux et perturbant ; plus exactement : précieux ou perturbant. 

Prenons en exemple le cas d'Ornifle ou le Courant d'air, que j'ai lue hier. On nous informe que le rôle éponyme était tenu par Pierre Brasseur : c'est une information judicieuse. Dès les premières répliques de ce personnage hâbleur, flamboyant, goujat et séducteur, cynique et un peu perdu dans sa propre existence, on entend littéralement Brasseur les dire, on a le son de sa voix, on voit ses gestes, sa façon de redresser la tête, ses moues et ses regards toiseurs, etc. Bref, d'entrée de scène, Ornifle se trouve comme charnellisé, si on veut bien m'accorder le néologisme.

Mais voici qu'apparaît son ami Machetu. La première didascalie le concernant nous informe de ceci : « Entre Machetu – rond et vulgaire. Il a un terrible accent rocailleux du Sud-Ouest. » Or, qui endossait le costume de Machetu, le soir de la Première ? Louis de Funès. Essayez donc d'imaginer Funès en personnage “rond” et affublé d'un accent rocailleux du Sud-Ouest… C'est impossible ; cela passe les capacités de l'imagination humaine. Et c'est une discordance qui, plus ou moins, suit le lecteur durant toute la pièce ; la seule solution pour l'atténuer étant de s'efforcer d'oublier soit l'acteur, soit l'accent.  Nous sommes donc là en présence d'une information perturbante.

Ce qui n'ôte rien au fait principal : Jean Anouilh est un magnifique auteur de théâtre ; et, à mesure que je le lis, j'en veux davantage à mes divers professeurs de français qui n'ont jamais pris la peine, alors, de me le faire découvrir, sans doute trop occupés qu'ils étaient à nous gorger des pensums didactiques de Sartre et de Camus, voire de cet implacable emmerdeur de Samuel Beckett. Je suppose que,  dans les classes de l'Éduc' nat" actuelle, on ne lit plus ni Sartre, ni Camus, ni Beckett. Ce qui est déjà un encourageant début.

mercredi 27 février 2019

Tirades poussiéreuses et comédiens fourbus


Cette micro-polémique autour du “hijab”(,en patois de Seine-Saint-Denis حِجَاب) mis en vente par un fabricant d'articles de sport m'amuse beaucoup : elle me fait l'effet d'une sorte de pet furtif, silencieux et inodore, un minuscule souffle de rien, mais qui permet aux troupes constituées de rejouer avec un enthousiasme rajeuni leurs vieilles scènes de prédilection, pourtant usées jusqu'à la trame : les cohortes de l'ancienne France hurlent à l'invasion mahométane-qui-a-encore-fait-un-pas-de-plus, pendant que, dans le théâtre d'en face, les bataillons du monde d'après braillent au fascisme et à l'islamophobie-qui-rappelle-les-heures-etc. Tout le monde salue, le rideau tombe, puis se relève, mais personne n'applaudit car les deux salles sont vides. Les deux directeurs se hâtent de retirer leurs affiches et se mettent fiévreusement en quête du prochain “scandale” qui leur permettra de ressortir leurs quatrains fourbus. Même la marchande d'esquimaux n'a pas daigné se déplacer.

samedi 23 février 2019

Dieu, la connasse et le grand crétin


La chanson s'appelle Sur ma vie et, comme elle a été enregistrée deux ou trois semaines après ma naissance, rien ne m'empêche d'y voir une sorte de salut  adressé à mon mini-moi vagissant. C'est une bien jolie chanson, triste et mélodieuse, où un pauvre petit gars éperdument amoureux est plaqué au pied de l'autel par une connasse sans cœur, et probablement sans cervelle non plus. Il n'empêche qu'elle est un peu bizarre – pas la connasse : la chanson. Voici ce qu'on peut entendre au troisième couplet :

Près des orgues qui chantaient
Face à Dieu qui priait
Heureux je t'attendais

Est-ce que par hasard je serais le seul à me demander qui Dieu pourrait bien prier ? Je ne vois qu'une alternative. Ou bien il se prie lui-même, ce qui pourrait induire un certain abus du vin de messe, voire d'une quelconque herbe-qui-fait-rire ; ou bien il faut prendre le verbe dans son sens non religieux, comme dans l'expression « je vous prie de bien vouloir arrêter de me casser les couilles ». En ce cas, la prière divine pourrait s'adresser à la promise du grand crétin qui poireaute devant l'autel, dans son costume de location mal ajusté, à demi étouffé par un nœud pap' trop serré. On imagine quelque chose comme ceci :

« Bon, écoute-moi bien, infinitésimale créature : jusqu'à vingt minutes de retard, je n'ai rien dit ; je sais comment sont les femmes – et pour cause –, surtout le jour de leur mariage. Mais, là, tu attiges. Bon sang, regarde : tout est prêt, les orgues chantent, ta future victime a le “oui” au bord des lèvres, toute la noce est alignée dans les travées, c'est un succès, on refuse du monde en bout de nef, mon bon curé est chaud bouillant du ciboire et on peut voir quelques tics nerveux apparaître sur les figures mal mouchées des enfants de chœur qui commencent à s'impatienter de la sonnette. Alors, maintenant, ça va : rapplique et au trot, nom de Moi ! »

Mais la connasse persiste dans son refus, se bute dans l'absence, et voici le travail :

Mais les orgues se sont tues
Et Dieu a disparu
Car tu n'es pas venue 

On comprend Dieu : avec le paquet d'imbéciles qui, à chaque heure, nuits et week-ends inclus, comptent sur lui pour les tirer du pétrin dans lequel leur congénitale sottise les a plongés, il n'allait pas passer la journée là, dans cette triste église de banlieue mi-ouvrière, mi-rentière, à attendre une tête de mule gazéifiée de blanc. Il l'a donc, très logiquement, joué cassos. Ne reste plus dans l'église (l'organiste vient lui aussi de quitter sa tribune) que le grand crétin, qui se met à radoter de façon pitoyable ou risible, selon votre humeur du moment :

Sur ma vie je t'ai juré un jour
De t'aimer jusqu'au dernier jour de mes jours
Et même à présent
Je tiendrai serment
Malgré tout le mal que tu m'as fait
Sur ma vie
Chérie
Je t'aimerai

L'auditeur, attendri ou consterné, se dit que sa vie va suivre désormais une pente hélas trop connue : solitude, rêves chimériques, déclassement social, masturbations excessives, alcoolisme, vote à gauche, accident mortel de Mobylette un soir de murge en technicolor…

Mais non ! Se laisser aller à ce pessimisme gluant prouve simplement que l'on n'a écouté chanter Charles que distraitement. Parce qu'enfin, cette scène lamentable à laquelle il nous a été donné d'assister, elle a eu lieu au pied de l'autel d'une église que l'on suppose catholique (du reste, serait-elle orthodoxe ou adventiste du septième jour que cela ne changerait rien à l'affaire). Ce qui implique que le grand crétin et la connasse gazéifiée sont déjà officiellement mariés à la mairie communiste de leur patelin grisâtre ! Voilà qui devrait ramener un pâle sourire sur la face blême de notre héros – et, du même coup, nous dispenser de ses serments à la con.

Reste à savoir si un mariage débutant par une retentissante désertion ecclésiale a des chances, même minimes, d'aboutir à une union durable et satisfaisante. Mais, bon, hein : c'est leur problème.

vendredi 22 février 2019

Lol et contre-lol : le modernisme fait rage


Rien de plus réjouissant, ces jours derniers, que l'affaire de la “ligue du lol”, dans laquelle on voit s'empêtrer de parfaits jeunes gens modernes, journalistes de gauche, sociétaux à donf, perpétuels aides de camp-du-Bien, qui se sont livrés, voilà quelques années, à des plaisanteries de potache ciblées sur un certain nombre de jeunes femmes, entre autres, et qui se retrouvent aujourd'hui, bien entendu, accusés de “harcèlement”, quand ce n'est pas de torture morale ou de sadisme féminophobique. Il est tout de même du plus haut comique de voir que ces mauvaises blagues émanent toutes de gens qui, par ailleurs, passaient leur temps à donner à la terre entière des leçons de morale progressiste, de féminisme, de vivre-ensemble, etc.  : méchant retour du refoulé. Muray serait aux anges : c'est vraiment, comme il l'avait vu avant tout le monde, “Moderne contre moderne”. Bien entendu, depuis que l'on a découvert les traits grimaçants de la bête immonde derrière le masque de l'ange, c'est la panique dans la basse-cour progressiste, et l'on peut voir tous les specimens de volaille de concours, les Sarkofrance, les Birenbaum et  autres gallinacés de haute blogure, se bousculer pour être le premier à se désolidariser de leurs anciens petits camarades, au besoin en leur renfonçant sous l'eau la tête qu'ils parviennent déjà si peu et si mal à ressortir. Et pendant que les poules éco-responsables et citoyennes s'écharpent du bec dans leur élevage en batterie, les fiers coqs réactionnaires de plein air se contentent, dans leur pré verdoyant, de ricaner avec indulgence.

mercredi 20 février 2019

Antioche à travers les âges


Saisissante est la description que fait Ernest Renan* d'Antioche, au moment où y fut fondée l'une des toutes premières Églises chrétiennes, soit alentour l'an 40 de notre ère (car fonder une Église chrétienne en l'an 40 avant J.C. eût été pour le moins problématique…) ; saisissante parce que propageant des échos perceptibles jusques aux rivages splendides de notre agonisante époque. Voici le passage : 

« Antioche, au bout de trois siècles et demi d'existence, se trouva un des points du monde où la race était le plus mêlée. L'avilissement des âmes y était effroyable. Le propre de ces foyers de putréfaction morale, c'est d'amener toutes les races au même niveau. L'ignominie de certaines villes levantines, dominées par l'esprit d'intrigue, livrées tout entières aux basses et subtiles pensées, peut à peine nous donner une idée du degré de corruption où arriva l'espèce humaine à Antioche. C'était un ramas inouï de bateleurs, de charlatans, de mimes, de magiciens, de thaumaturges, de sorciers, de prêtres imposteurs ; une ville de courses, de jeux, de danses, de processions, de fêtes, de bacchanales ; un luxe effréné, toutes les folies de l'Orient, les superstitions les plus malsaines, le fanatisme de l'orgie. Tour à tour serviles et ingrats, lâches et insolents, les Antiochéniens étaient le modèle accompli de ces foules vouées au césarisme, sans patrie, sans nationalité, sans honneur de famille, sans nom à garder. Le grand Corso qui traversait la ville était comme un théâtre, où roulaient tout le jour les flots d'une populace futile, légère, changeante, émeutière, parfois spirituelle, occupée de chansons, de parodies, de plaisanteries, d'impertinences de toute espèce.  La ville était fort lettrée, mais d'une pure littérature de rhéteurs. Les spectacles étaient étranges ; il y eut des jeux où l'on vit des chœurs de jeunes filles nues prendre part à tous les exercices avec un simple bandeau ; à la  célèbre fête de Maïouma, des troupes de courtisanes nageaient en public dans des bassins remplis d'une eau limpide. C'était comme un enivrement, comme un songe de Sardanapale, où se déroulaient pêle-mêle toutes les voluptés, toutes les débauches, n'excluant pas certaines délicatesses. Ce fleuve de boue qui, sortant par l'embouchure de l'Oronte, venait inonder Rome, avait là sa source principale. Deux cents décurions étaient occupés à régler les liturgies et les fêtes. La municipalité possédait de vastes domaines publics, dont les duumvirs partageaient l'usufruit entre les citoyens pauvres. Comme toutes les villes de plaisir, Antioche avait une plèbe infime, vivant du public ou de sordides profits. »

Est-il besoin de le préciser : toute esquisse de parallèle avec d'autres contrées et d'autres cités serait à la fois inepte et fort mal venu…

* Ernest Renan, Histoire des origines du christianisme, Robert Laffont, Bouquins vol. I, p. 426.

lundi 18 février 2019

Monte le chauffage et va voter !

Désopilant exercice de “pensée magique” chez Anastase Sarkofrance, qui, en quelques phrases à la fois péremptoires et grisâtres, dont il n'a hélas pas l'apanage, entreprend de nous persuader que notre vote aux prochaines élections (européennes, à ce qu'il semble) ne doit être subordonné qu'à une seule préoccupation : le climat. On ne sait pas, pour en arriver à cette ébouriffante directive, combien de fois il a fait tourner le pendule qui occupe sa tête démeublée, mais sa conclusion est d'autant plus sans appel que, désormais, notre mage post-moderne voit le climat changer à vue d'œil. Par exemple, il trouve “les inondations plus fréquentes”. Dans sa salle de bain ? Personne ne lui a jamais montré, à ce brave halluciné, des photographies de Paris en 1910, ou en d'autres années certes un peu moins impressionnantes mais bien humides tout de même ? Quelqu'un a songé à lui demander depuis combien de décennies il pointait sérieusement toutes les inondations ayant lieu ici ou là ? J'ai noté, moi, que l'Eure qui sortait régulièrement de son lit au moins une fois par saison, ne l'a plus fait depuis plusieurs années, ou en tout cas en des proportions nettement moindres qu'il y a dix ou quinze ans. Mais c'est sans doute mon mauvais esprit qui l'a partiellement asséchée. 

Autre signe qui conforte notre décrypteur de marc de café : “un mois de février étonnamment doux”. Ah, ces hommes de progrès ! qu'il en faut peu pour les étonner ! C'est l'ennui, avec les gens toujours tournés vers l'avenir : ils oublient qu'il gelait encore la semaine dernière. Ils oublient aussi que, des mois de février aussi “étonnamment doux”, on pourrait leur aligner deux douzaines depuis le début du XXe siècle, simplement en ayant la curiosité élémentaire de consulter les archives idoines. Mais il est vrai que, désormais, Anastase ne travaille plus qu'à vue d'œil. Donc, foin des archives et documents divers. 

Raison supplémentaire de bien voter dans quelques semaines : “la disparition progressive des insectes”. On touche là à la fantasmagorie pure, bien entendu : j'en veux pour preuve que, l'été dernier, on ne pouvait pas, ici, dans l'Eure, croiser une personne sans qu'elle se plaigne de la prolifération des mouches ou de la surabondance des moucherons. Pour ne rien dire des guêpes, bourdons, papillons, etc., qui étaient fidèles au rendez-vous annuel dans tous les jardins alentour. Il n'empêche qu'Anastase, lui, a constaté leur “disparition progressive” dans son arrondissement de bobo parisien : trop fort. 

Il y a aussi, pour guider notre main vers l'urne prochaine, “les orages soudain et plus violents”. Car chacun sait que, jusqu'à ces dernières années, les orages avaient toujours été l'exemple même du phénomène lent et progressif – ce qui les rapproche, on le notera, de la disparition des insectes. Quand à leur violence, je ne puis rien dire : je crois bien que, l'été dernier, nous n'en avons pas vu passer plus d'un ou deux : trop peu pour me livrer à de savantes études comparatives. 

Heureusement, Anastase n'est pas sevré de tout espoir puisque la jeunesse, ferment et levain de lendemains chantonnants comme chacun sait, a pris fermement les choses en main. D'abord en créant une association à but non lucratif (il faudrait voir…), Youth for climate, ensuite en décrétant, le 15 mars prochain, une “grève mondiale pour le futur”. Les vieux ronchonneurs grommelleront qu'ils auraient au moins pu, ces jeunes décérébrés, déclencher leur grève pour l'avenir, plutôt que pour le futur, ce qui est s'exprimer en petit-lyonnais. À ceux-là, Anastase et moi répondrons d'une même voix vibrante qu'on ne peut pas batailler sur tous les fronts, sauver en même temps le climat et la syntaxe. Et que le principal est de voter en faveur des partis “les plus radicaux pour lutter contre le réchauffement climatique”, ainsi qu'Anastase l'affirme, dans sa langue qui, elle aussi, semble avoir pris un petit coup de chaleur. 

En clair : votez pour un parti climatisé, voire réfrigéré. L'avenir du futur est à ce prix.