Je viens donc d'être (courtoisement) sommé par
Zvezdo de répondre à un interminable questionnaire, dont on se demande bien qui il pourrait intéresser (je veux dire : mes réponses). En réalité, l'aimable garçon précise qu'il fait cela uniquement pour que j'arrête durant quelques minutes de cogner sur mes amis gauchistes : j'espère que ceux-ci lui en seront reconnaissants (mais avec ces gens-là, on ne sait jamais (ah ! voilà, ça me reprend !)). Alors, donc :
1) Quel(s) souvenir(s) avez-vous de votre apprentissage de la lecture ?En réalité, aucun. Je ne me souviens pas ne pas avoir su lire. Ce qui n'indique aucune précocité dans le déchiffrage, mais plus probablement un petit retard à l'allumage mémoriel. D'après mon excellente mère, je lui ai considérablement cassé les pieds, vers trois ou quatre ans, afin qu'elle me déchiffre
tous les panneaux et inscriptions de devantures que notre cheminement pouvait croiser.
2) Vos lectures préférées lorsque vous étiez enfant ?Les romans d'Enid Blyton, principalement
Le Clan des Sept (d'abord) et
Le Club des cinq (ensuite). Si la bonne Anglaise avait ensuite inventé
Le Gang des trois et
L'Aréopage des deux, je les aurais dévorés de la même façon, je suppose.
3) Aimez-vous la lecture à haute voix ?Quand c'est Dussolier qui me lit
Du côté de chez Swann, oui. Si c'est l'Irremplaçable qui me commente le dernier
Biba, moins (je plaisante, ma chérie, je plaisante...). Quant à lire moi-même à haute voix, pour mon propre compte, cela ne m'est arrivé que très rarement. La dernière fos, c'était pour certaines parties de
L'Inauguration de la salle des vents, de Renaud Camus.
[Putain ! j'en suis qu'à la troisième et il y en a 30 ! Ce billet va nous faire tout le week-end prolongé, je préfère vous le dire...]4) Votre conte préféré ?
La Légende du saint buveur, de Joseph Roth. Et le premier qui ricane, c'est sa tournée.
5) La meilleure adaptation d'un roman ou d'une pièce de théâtre ?Sans doute
Belle de jour, dans la mesure où le film de Buñuel me semble supérieur au roman de Kessel dont il est tiré. Mais je n'ai lu celui-ci qu'une fois et il y a fort longtemps. Et j'étais probablement bourré.
6) Apprenez-vous par coeur certains poèmes, répliques de théâtre, passages de roman ?Vous trouvez que ce n'est déjà pas assez pénible de les lire ? Cela dit, je connais un certain nombre de poèmes par coeur, mais pour de mauvaises raisons, des raisons « impures » : parce que je l'ai ai souvent écoutés chantés par tel ou tel.
7) Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?Non. Je me contente de relire les indications au dos de la boîte d'Éparcyl (un sachet par semaine si l'on est deux à utiliser les toilettes) : instructif et non dénué d'une certaine poésie.
8) Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?En ce moment, trop : c'est signe d'une dispersion et d'une sorte de vacance de l'esprit. Gòmez Dàvila, Cormac McCarthy (
La Route), Rémi Brague, le dernier numéro du magazine
Saveurs, entre autres. M'attendent aussi Juan Benet et Enrique Vila-Matas. Bref, c'est un grand n'importe quoi.
9) Le poète que vous ne cesserez jamais de relire / de vous réciter ?Soyons original : Baudelaire.
10) Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?Très vite : l'indicateur Chaix, pour tenter d'arriver en gare avant le rapide de 18 h 12 (avec changement aux Aubrais). Très lentement :
L'Homme sans qualités. Si lentement que, à l'orée du second volume, je ne me souvenais plus du premier et j'ai tout recommencé : j'y suis encore.
11) Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ? On va répondre oui, pour faire croire à Catherine que le budget culturel du ménage est ridiculement bas. Mais, en fait, non.
12) Le(s) livre(s) que vous ne rangez jamais dans votre bibliothèque et qui traîne(nt) toujours ?Grévisse.
13) Quel est votre rapport physique à la lecture ? Debout ? Assis ? Couché ?Assis à 80 % du temps. Ou alors, couché. J'ai essayé à quatre pattes, ça n'a pas donné grand-chose.
14) Vos lectures sont-elles commentées crayon en main ?Jamais. Ou alors c'est parce que je mordille le crayon sans m'en apercevoir.
15) Offrez-vous des livres ?C'est rare : qu'ils se démerdent.
16) La plus belle dédicace, que ce soit de l'auteur ou de la personne qui vous l'offrit ?Je n'en ai pratiquement pas, m'achetant mes livres moi-même le plus souvent. Tout de même, une, sur les
Nouveaux mémoires intérieurs de Mauriac, par l'ami dont (et à qui) je parle régulièrement sur ce blog. Elle représente une caricature de Jean-Marie Domenach me suppliant d'arrêter de le faire chier, ce que je faisais volontiers à cette lointaine époque. J'ai également deux dédicaces de Renaud Camus, que je préfère garder pour moi, si on me le permet.
17) Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture, etc.)Très faible : on se fréquente beaucoup, mais on ne couche pas. (C'est lui qui n'a pas voulu : il dit que ça risquerait de gâcher notre belle amitié. Enfin, les trucs habituels, quoi...)
18) Quels sont les auteurs dont vous avez lu les oeuvres intégrales ?Mon premier réflexe a été de répondre « beaucoup » (Balzac, Simenon, Zola, Léautaud, etc.). Mais, en fait, il y a évidemment toujours tel ou tel passage dérobé, un obscur cabinet qui vous ont échappé. Disons Radiguet et n'en parlons plus.
19) Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?La Conjuration des imbéciles, de John Kennedy Toole. Mais sensible déception à la relecture, voilà cinq ou six ans. Parmi mes plus vieilles connaissances, il en est encore quelques-unes pour m'appeler Ignatius...
20) Un livre qui vous a particulièrement ému ?Les
Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov. Et, sur « l'autre versant » du même monde,
Si c'est un homme, de Primo Levi.
21) Le Livre qui vous a terrifié ?
Le Cauchemar d'Innsmouth, de Lovecraft (mais, bon : j'avais 20 ans, hein...).
22) Le livre qui vous a fait pleurer ?Sans famille, d'Hector Malot. Mais aussi, la mort de Proust dans les mémoires de Céleste Albaret. Et tous les mauvais romans dont le but avoué est précisément de nous faire pleurnicher : je suis très bon public, de ce point de vue. Et plus c'est con et grossier, plus je chiale.
23) L'avertissement / l'introduction qui vous a le plus marqué ?L'introduction à
L'Être et le Néant de Sartre. Je me souviens m'être attaqué à cela vers 25 ans. J'ai sué sang et eau sur cette introduction qui se terminait par la phrase suivante : "C'est ce que nous nous proposons de démontrer". Comme je n'avais même pas compris ce qu'on se proposait de me démontrer, j'ai refermé le livre sans plus jamais y revenir. Et j'en ai longtemps conservé une désagréable certitude d'imbécillité.
24) Le titre le plus marquant, original, décalé, astucieux ?
La Preuve par le chien, Michel Chaillou. Et aussi celui du premier roman d'un jeune Américain, Tristan Egolf, dont j'attends depuis dix ans qu'il en sorte un autre :
Le Seigneur des porcheries - Le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes.
25) Décrivez votre bibliothèque.Non, ça me gonfle. En plus, je l'ai déjà fait : vous n'avez qu'à suivre.
26) Les livres dont vous vous êtes finalement débarrassé ?Des tonnes : je ne suis pas fétichiste de « l'objet-livre ». Sinon, je regrette un peu d'avoir jeté au fur et à mesure tous les
Brigade mondaine que je recevais, écrits par Philippe Muray : non seulement je pourrais y repiquer des idées, mais il y aurait même peut-être moyen de se faire du blé avec...
Ah, oui : ça risque de choquer Zvezdo, mais j'ai balancé tous les romans de Kundera. Enfin, pour l'instant, ils ne sont qu'au Purgatoire, c'est-à-dire au sous-sol. Mais ils n'en mènent pas large.
27) L'endroit le plus insolite où vous lisez ?Déjà dit : dans le canapé du hall de l'aimable entreprise qui m'emploie. Sinon, une fois, pour cause de grand départ estival, j'ai passé les deux heures et demie d'un trajet ferroviaire Paris - Sedan à lire dans les chiottes du train bondé. Avec obligation d'en sortir dès qu'un passager voulait se soulager. Bon souvenir.
28) Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?La liste des contre-indications du médicament.
29) Votre livre d'art préféré ?J'en ai pas, c'est des bouquins de pédé et moi j'suis une brute.
30) La bibliothèque idéale ?Celle du château de Plieux. Si on me remplace M. Pierre par Scarlett Johansson ou Neve Campbell (je plaisante, ma chérie !).
31) L'incipit qui vous a le plus marqué ?« Le brouillard recouvrait la terre. » : première phrase de
Vie et Destin de Vassili Grossman.
32 ) La clausule qui vous a le plus marqué ?Il y en a exactement 89 : toutes celles des
Brigade écrits à ce jour. Et j'aurais mieux fait de galoper vers la 90ème plutôt que de passer une heure sur ce questionnaire à la gland. Blogueurs, je vous hais !
Pour me venger bassement, je refile le bébé à
Balmeyer,
Zoridae,
Dorham,
Bénédicte et
Didier B. Si ça c'est pas du trollage...
Rajout de dimanche matin : pour la patate chaude, je rajoute
Élise Pellerin, ça lui apprendra à aller se vautrer dans des palaces...