lundi 17 décembre 2007

Sur le vif (dialogue)

Elle : - Essaie de faire vite, je n'ai plus beaucoup de batterie...

Lui (compatissant et inquiet, saisissant l'ordinateur portable) : - Tu n'as vraiment plus beaucoup de batterie du tout ?

Au premier janvier, la vie devient dure...

Mais pourquoi ? POURQUOI ? POURQUOI ? POURQUOI ? Simplement parce que, à cette date, votre héros quotidien passe de deux à TROIS jours de travail hebdomadaires. Et qu'il ne sait pas s'il va tiendre (du verbe tiender), forcément. Donc, si vous n'avez plus de nouvelles de moi, ici même, à compter, disons... du mois de février, vous saurez que j'aurai succombé à la surcharge, que le cheval sera tombé au champ d'honneur de labeur.

D'un autre côté, lorsque je suis entré à ce même journal qui m'emploie encore, plus par charité qu'autre chose, peut-on raisonnablement imaginer, je travaillais les mercredis, jeudis et vendredis, ce qui va de nouveau être mon lot : retour aux sources, rajeunissement, nouveau cycle ? On verra, hein...

Évidemment, à l'époque, il n'y avait pas les Brigade Mondaine. Mais, bon : six bouquins, c'est quoi, dans le fond, si on prend la peine d'y réfléchir, hmm ? De la bricole, mes drôles, je vous l'affirme bien haut, de la bricole !

Donc, hauts les coeurs, bas les fronts, droit devant, sabre au clair, pied au plancher, chacun sa bite et son couteau, et Dieu pour tous !

Et qu'Il nous ait en Sa sainte garde.

Sinon, gare à ses divines miches.

dimanche 16 décembre 2007

La Tournée des blogpotes

Ça nous est tombé dessus sans prévenir. Vendredi dernier, 7 décembre, vers cinq heures, j'étais tranquillement plongé dans Notre jeunesse, de Péguy, avec, devant moi, la perspective d'un week-end des plus tranquilles. Une demi-heure plus tard, c'était le branle-bas de combat des bagages et des choses-à-ne-pas-oublier. Et, le lendemain matin, neuf heures, les chiens dans le coffre, nous partions pour le Gard, sans l'avoir crié (oui, oui, je sais...), sans même avoir pris la peine de téléphoner pour réserver un quelconque gîte - mais, en plein mois de décembre, le risque était mesuré.

Du trajet lui-même il n'y a guère à dire. J'étais au volant, l'Irremplaçable voyageait en Corée l'absente, à ma droite, me relisant les passages les plus drôles, n'hésitant pas à houspiller l'auteur lorsqu'il avait négligé de réserver des chambres dans tel ou tel hôtel écossais. Le tout ponctué de pauses café, d'arrêts pipi-de-chiens, de haltes restaur'hâtives : l'autoroutine, en somme.


I
Chez Georges

Le dimanche a démarré très fort, puisqu'on a inauguré la journée en paumant Swann et Bergotte dans la garrigue environnant Malataverne, le hameau dépendant de Lussan, où nous avons nos habitudes depuis une dizaine d'années. Après les avoir récupérés, on a roulé jusqu'au superbe village où vit Georges. Superbe village qui compte au moins un restaurant acceptable, ce qui tombait bien puisque nous projetions de déjeuner en compagnie de notre hôte, ce qui fut fait, pour le plus grand profit de chacun. Repas arrosé d'eau claire, il me semble important de le préciser car ce fut le seul...

J'avais naturellement oublié à Malataverne les cinq ou six CD apportés exprès pour Georges, ce qui nous a fourni l'occasion de repasser brièvement chez lui, deux jours plus tard, avant de quitter le Gard. Car, entre notre départ du Plessis et ce déjeuner, notre emploi du temps s'était mis à métastaser velu...


II
Avec la princesse des vents

Comme nous étions partis sans avertir personne, nous avions bien entendu envisagé la possibilité que Georges ne fût point là. "Pas grave, avait alors décrété l'Irremplaçable, on n'aura qu'à aller faire deux ou trois bizettes à Mélina Loupia." Laquelle Mélina vit, comme on sait, dans la région de Carcassonne. Le fait d'avoir vu Georges ne nous a cependant pas empêchés de mener à bien ce projet adventice. Et, mardi matin, nous voilà partis, avec les chiens, en direction de la joyeuse cité chantée par Trenet. En faisant un large détour par la Montagne Noire, histoire de se pourrir la journée avec ses trois mille cinq cents soixante-deux virages pénibles.

Carcassonne est actuellement une ville en pleins travaux, autant le savoir : pour aller du point A au point B, le touriste ignorant de la ville se retrouve passant par toutes les autres lettres de l'alphabet. Et c'est au bord du nervous breakdown qu'ils finissent par poser leurs bagages et leurs clébards dans leur chambre de l'hôtel du Donjon, sis intra muros comme on semble ne pas dire ici.

Pour dîner, nous avons rendez-vous avec Mélina et son Copilote dans un restaurant qu'ils ne connaissent pas plus que nous et dont le nom est Robert Rodriguez. La première surprise est de constater que la porte de la gargote en question est fermée à clé et que nous sommes invités par voie d'affichette à sonner, afin qu'on vienne nous ouvrir. "C'est un restau d'échangistes ! " s'exclame tout de go l'Irremplaçable.

En fait, non. C'est plutôt un restau désert puisqu'il n'y aura pas d'autres clients que nous quatre, ce soir-là. Si j'ai un conseil à vous donner, c'est bien, lorsque vous passerez par Carcassonne, de casser votre tirelire (oui, on n'est pas tout à fait dans le "premier prix"...) et d'aller goûter les saveurs des somptueux produits apprêtés par ce Rodriguez-là. Moi, je retournerais volontiers à Carcassonne rien que pour lui. La soirée fut animée, bavarde, arrosée, prolongée autant que la décence le permettait.

Le lendemain, ayant dû refuser une invitation à déjeuner chez Mélina Loupia, pour cause d'emploi du temps de président de la République française, nous devions tout de même passer chez elle pour y prendre un café.

Pour aller chez Mélina, c'est tout simple. Vous voyez où se trouve le trou du cul du monde ? Ben, encore plus loin. Trente kilomètres de Carcassonne, une plombe et demie de virages. Mais, à l'arrivée, la récompense de découvrir un très joli village, installé le long d'une petite rivière enjambée par un pont romain. À l'entrée du dit village, sur une butte où soufflent à l'année longue des vents à écorner les boeufs, la maison de Mélina Loupia. Après le café et la traditionnelle promenade dans la rue principale (et à peu près unique) du village, nous remettons le cap sur Malataverne, avec crochet par chez Georges, pour y déposer les CD oubliés l'avant-veille. Car la tournée des blogpotes n'est pas terminée...


III La branche franc-comtoise

Au cours du voyage aller, le samedi, l'Irremplaçable s'était soudain avisée que l'autoroute A 6 ne passait qu'à 80 kilomètres de Besançon, où vit depuis peu sa soeur cadette, Nathalie. Ce qui constitue une sorte de retour aux sources, puisque le patronyme Goux est originaire du Jura : là-bas, il en pleut autant que de la cancoillotte, c'est dire. Durant une journée et demie, on a fait le plein de cholestérol, des fois qu'on aurait de la peine à en trouver sur le chemin du retour. Pour contrebalancer (ou tenter de), on s'est appuyé la grimpette à la citadelle fortifiée par Vauban, où je me suis chopé un vertige assez carabiné. On est même allé faire les imbéciles devant les petits singes du zoo qui s'y trouve logé. Vous trouverez plus de détails chez notre hôtesse.

Je ne sais pas pourquoi, mais après ces agapes en rafales et les quelque 2200 kilomètres passés au volant, je me sens un peu fatigué, ce jour. Au départ, je voulais vous gratifier de quelques-unes des cent cinquante photos prises par l'Irremplaçable, mais vous avez aussi vite fait d'aller les voir chez elle.

Voilà, demain boulot.

samedi 15 décembre 2007

Même pas morts...

Nous voici de retour au Plessis-Hébert, après une semaine assez fatigante mais très agréable. Je compte vous bricoler un petit récit de voyage, peut-être ce soir, mais plus sûrement demain : suis un peu en vrac, là, tout soudain...

vendredi 14 décembre 2007

Rien que des menteries !

Bon, bon, j'avoue : aucun travail urgent ne m'a contraint au silence, Manue et Guillaume Cingal ont parfaitement raison sur ce point - ce fut glandouille à tous les étages ! Ce qui a provoqué cette menterie éhontée est le fait que, pour une raison n'ayant rien à faire ici, je ne voulais pas que notre équipée fût connue avant son commencement.
Pour l'heure, l'Irremplaçable et moi sommes toujours dans le Jura, à la frontière du Doubs ou quasi, nous gavant de fromages, de saucisses et autres produits gras, que nous faisons glisser avec force rasades de vin d'Arbois.
Nous rentrons demain, comme j'ai déjà eu l'honneur de le dire ici, la vie va reprendre son cours normal, du moins est-on en droit de le penser.
Que la nuit vous soit douce. Si elle ne l'est pas, je m'en remettrai.

jeudi 13 décembre 2007

coucou !

Juste un petit mot pour vous faire patienter, mes chers innombrables ! L'Irremplaçable et moi venons d'arriver en Franche-Comté, en provenance du Gard et de l'Aude : promis, je vous raconte tout, dès notre retour en Normandie, samedi en fin de journée...

vendredi 7 décembre 2007

Sur ma gueule

L'écrivain en bâtiment se retrouve avec un boulot imprévu et à faire rapidement. Par conséquent, s'il n'apparaît plus ici durant quelques jours, les incurables optimistes ne devront pas forcément en déduire qu'il est mort (même si la chose reste évidemment envisageable...).

De la saoulographie métropolitaine

L'idée m'est venue en lisant le dernier billet de Manou. Qui se trouvait toute perdue parce qu'elle a mis une petite heure à retrouver sa voiture rue du Louvre, pur cause de deux ou trois verres en trop (en trop par rapport à quoi d'ailleurs ? Bref...).

Cela m'a rappelé une extrême fin de nuit que, je le crains, les provinciaux comprendront moins bien que les Delanoländer actuels et mêmes anciens. Pour les aider, voixi un petit vade mecum.

Donc, ce jour-là (surtout, ne me demandez ni le mois ni même l'année...), je suis sorti de mon dernier établissement à hôtesses ("bar à putes", en français de l'époque) entre sept heures et demie et huit heures (du matin), totalement épongé (épongé financièrement, je pense qu'on l'aura compris). Je me trouvais dans le quartier de l'Étoile et n'allez surtout pas me demander comment j'avais échoué là. Il s'agissait juste de rentrer chez moi puisque, par chance, nous étions un jour où je ne travaillais pas.

J'habitais alors (il serait plus juste de dire : "je cuvais alors") rue de Sully, numéro 11 - immeuble en pierres de taille début de siècle, fort respectable hormis ma présence, à Charenton-le-Pont - métro Charenton-Écoles.

Il va de soi, les Vélibristes d'aujourd'hui me comprendront, qu'espérer affrêter un bahut à huit heures du matin relevait de la pure utopie. Je me décidai donc, malgré mon état nauséeux, ma démarche flottante, mon teint verdâtre et mon haleine de trappeur, pour le métro. L'affaire était simple, sur le papier, comme disent les cons d'aujourd'hui : je prenais la direction "Château de Vincennes", je descendais à "Reuilly-Diderot", je prenais la correspondance pour "Créteil-Université" et je descendais à Charenton--Écoles (c'est là que les bouseux me lisant sont priés de se rerporter au vade-mecum obligeamment fourni plus haut...). Trajet d'autant plus simple que je le prenais tous les jours pour aller gagner ma pitoyable existence, laquelle se gagnait au métro "Sablons", trois stations plus à l'ouest que "Charles-de-Gaulle-Étoile". (ça va, on suit ?)

Donc, je grimpe dans la rame de la ligne numéro 1, trouve par miracle une place assise parmi des tas d'abrutis au teint clair et à l'haleine fraîche partant gagner le-pain-de-chaque-jour... et m'endors du sommeil du pochtron juste.

Mon réveil est curieux, comme dans un rêve. Le métro est arrêté dans un endroit sombre, une sorte de boyau vaguement effrayant, je suis seul dans le wagon. Et, en sens inverse de la marche, un homme marche tranquillement, à l'extérieur de la rame.

Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de penser avec la gueule aussi pâteuse que je l'avais ce matin-là, mais, franchement, il faut y mettre du sien. Je finis par comprendre que j'ai raté la correspondance "Reuilly-Diderot", que j'ai même dépassé le terminus "Château de Vincennes", et que le zombi que je viens d'entr'apercevoir est juste le conducteur de la rame qui remonte le courant pour repartir dans l'autre sens, direction "Pont de Neuilly". Well...

Un sourire s'épanouit sur ma trogne aux couleurs incertaines et changeantes : j'ai juste à attendre que la même rame me ramène à "Reuilly-Diderot" : on ne va pas me destabiliser aussi facilement, tout de même ! J'ai passé l'essentiel de la nuit à résister (du moins le supposé-je : on verra sur le relevé CB...) aux avances diaboliques de succubes appointés, ce n'est pas un agent mâle de la RATP qui va me coller les flubes ! Donc, le métro repart en sens inverse, et je me rendors illico.

Lorsque j'ouvre un oeil, la rame est arrêté à la station "Sablons", celle où je descends lorsque je suis censé allé travailler, la dernière avant le terminus de l'époque : "Pont de Neuilly". Là, une vague angoisse point. L'impression un peu destabilisante d'être devenu le pitoyable héros d'une nouvelle de Julio Cortàzar, celui qui ne ressortira jamais du métro où il s'est bien imprudemment engagé.

Néanmoins, tentant de faire bonne figure au milieu des costard-cravate et des pouffes-patchouli, je grimpe vaillamment les escaliers, les redescends de l'autre côté, attends la rame suivante, repars, me rendors. (Je sais : ça devient lassant pour le lecteur. Mais, pour l'acteur, ça devenait franchement terrifiant...)

Preuve possible de l'existence de Dieu, j'ouvre un oeil : la rame est arrêtée, portes ouvertes, à la sation "Reuilly-Diderot", pile ma correspondance. Je bondis titube hors du wagon. Un intense sentiment de triomphe m'envahit alors : j'ai (presque) vaincu les éléments adverses. Ne me reste qu'à prendre ma correspondance - ce que je.

Lorsque le métro s'arrête, j'ai la surprise de me découvrir en plein ciel, plutôt que dans un boyau bétonneux, comme il est de règle dans le métropolitain. Je constate rapidement que je me suis ren-ren-ren-rendormi et que me voilà au terminus de la ligne, à savoir "Créteil Université", où je n'ai strictement rien à branler.

Cete fois, mon côté Grégoire Samsa me saute un peu à la gueule et j'envisage les solutions les plus extrêmes. Finalement, je choisis la moins extrême : je repars en sens inverse, mais sans m'asseoir. Je vais parcourir quatre ou cinq stations (vous compterez vous-mêmes), accroché à la barre, tel un marin à son mât de misaine au centre du triangle des Bermudes. Et finirai, enfin, par descendre à la station "Charenton-Écoles". Il était dix heures et demie, j'étais parti des Champs-Élysées aux environs de sept heures et demie.

Le pire, c'est que ça ne m'a même pas dégoûté des putes. Mais, du métro, un peu, oui.

Nous autres, Français

"Le réaliste rabaisse la vie pour vous épargner la peine de la surmonter. Il ne vous suffit plus que de vous laisser tomber dans la vie les pieds joints. Le zèle qu'assume auprès de vous l'homme pratique, positif, est exactement le même que celui de l'adolescent trop précoce - si précoce qu'il ne s'arrêtera plus de pourrir - auprès de jeunes compagnons à qui, dans un coin sombre, il apprend ce que c'est que l'amour - rien que ça mon vieux - avec des gestes. Le monde est aux mains de ces aigres potaches. Le leur laisserons-nous ?"

Georges Bernanos.

jeudi 6 décembre 2007

Blogger fume la moquette

Non seulement Blogger, notre hébergeur bien aimé, est repassé à l'anglais sans crier gare (without shouting station), mais, en plus, je ne suis plus averti par mails des commentaires qui atterrissent ici - à part les miens, ce qui me fait une belle jambe (except mines, that makes me a beautiful leg). Pardon à tous ceux dont les géniaux aperçus m'échapperaient de ce fait...

Mécontemporain

" Ce sera un grand malheur pour l'humanité dans son âge moderne, un malheur qui ne sera peut-être pas réparé, que d'avoir eu en mains cette matière, que d'avoir été conduite par le progrès peut-être inévitable de sa technique industrielle à être libre, à être maîtresse, à tripoter librement cette matière qui se prête à tout, qui ne se donne à rien, qui se prête à tous, qui ne se donne à persnne, cette matière libidineuse, sans astreinte, presque sans résistance. À ce jeu en ce temps-ci une humanité est venue, un monde de barbares, de brutes et de mufles ; plus qu'une pambéotie, plus que la pambéotie redoutable annoncée, plus que la pambéotie redoutable constatée : une panmuflerie sans limites ; un règne de barbares, de brutes et de mufles ; une matière esclave ; sans personnalité, sans dignité ; sans ligne ; un monde non seulement qui fait des blagues, mais qui ne fait que des blagues, et qui fait toutes les blagues, qui fait blague de tout. Et qui enfin ne se demande pas encore anxieusement si c'est grave, mais qui inquiet, vide, se demande déjà si c'est bien amusant."

(Charles Péguy, Deuxième élégie.)

Dialogue d'hombres

Il y a des jours où je t'envierais presque. J'envie ta mort. Pas d'avoir dû mourir : le fait de l'être, simplement. Mourir, on ne peut pas savoir, n'est-ce pas ? Bardés de diplômes et de blouses fraîchement repassées, les médecins disent : "Il n'a pas souffert." Qu'en savent-ils ? Il est possible, après tout, que le fait de mourir engendre la plus grande douleur concevable. Ou, au contraire, une pure et intense jouissance : se délivrer de la vie comme de quelques centilitres de foutre.

Être mort, c'est autre chose, forcément. Un état, une simple constatation, inchangeable. Une absence de conscience - donc, rien. Ou, à l'inverse, la conscience aiguë de l'immobilité éternelle. Et s'il n'y avait que cela...

Peut-être aussi, et surtout, la perpétuelle sensation de la dégénérescence. À rebours de l'immobilité, l'incessante mouvance du corps qui se délite - l'acceptation (ou l'impuissant refus ?) d'être rongé des vers ; les parties se disjoignent, on se désassemble par morceaux sans signification, au hasard des humus, des taux d'hygrométrie.

Tu sais tout cela, et je te l'envie - surtout le soir. Ou bien tu ne sais rien du tout et je te l'envie pareil. En réalité, et tout "esprit fort" que je me veuille, il m'est difficile de te concevoir ne pensant pas, ne sachant rien. Peut-être, déjà, parce qu'il m'a toujours paru que tu savais davantage que moi. Par nature, presque par décret - par obligation qui m'était faite.

Or, ce n'est probablement pas vrai. Ce ne l'était pas, déjà, et ce l'est devenu de moins en moins, forcément. J'ai bien dû apprendre trois ou quatre bricoles, durant ces vingt-deux ans, non ?

Eh bien ! elles me sont pénibles et lourdes, ces choses que je sais et que tu ignores, sache-le. Je voudrais, parfois, pas toujours, oublier ce que j'ai appris en dehors de toi, l'annuler, faire que cela n'ait pas eu lieu. Et ce n'a pas eu lieu, peut-être. J'ai rêvé de vivre, si cela se trouve - mais comment en être certain ? Ce n'est pas sur toi que je peux compter pour lever le doute, même si le doute t'est devenu étranger.

*****

Il est possible que j'aie eu tort d'aller cogner du talon au plafond de ta demeure étroite. L'oubli vague où je t'avais relégué était peut-être préférable, allons savoir. Ou alors, attendre ; sagement. Les morts ne se rejoignent probablement pas - tu sais bien que je suis resté bloqué sur cette idée. (Une idée ? Allons !) Une chose plus certaine encore est qu'un vivant ne peut pas choisir de sauter à pieds joints dans un caveau, même d'élection.

*****

Il n'empêche que j'ai déclenché des forces agissantes, quoique immobiles et silencieuses, avec lesquelles je suis salement emmerdé, maintenant. Tu vas trouver cela un peu bête, je suppose, mais j'ai retrouvé ton sourire, que je m'étais appliqué à perdre.

Ce n'est même pas exactement cela. J'ai tout perdu : tes gestes, attitudes, façons, paroles, rires, regards - et même sourires. Ce n'est pas contradictoire : je t'ai inventé un autre sourire, un faux, un devenu vrai ; un sourire de toi mort, qui ne va pas très bien à ton visage de vivant. Mais qui se souvient de ton visage de vivant ?

As-tu eu un visage de vivant ? Qui peut affirmer, aujourd'hui, que tu as été vivant ? Bien sûr, nous sommes quelques-uns à pouvoir témoigner. Mais témoigner de quoi ? De ton existence ? Mais où est passée ton existence ? André, peut-être, pourrait dire que tu as vécu, et que tu vis encore. Mais il ne le fera pas, j'en prends le pari. Quant à moi... Je ne vois pas bien ce que je pourrais affirmer à ton sujet. Tout pourrait finalement se résumer à la rue du Sommerard - mais qui peut encore comprendre cela ?

*****

La logique, vois-tu, serait de s'arrêter là. De mettre un terme à toute chose. En tout cas, à ces infinies palabres qui, au fond, ne te concernent que de très loin, ou de très profond, de très avant.

J'ai déjà essayé une fois, tu le sais. Deux jours après, j'ai repiqué au truc. Plus de blog, nouveau blog : même maladie de parole, même silence de ta part.

Recommencer pour de bon ? Tu y gagnerais quoi ? Et moi ? Nous ? Ne plus te parler, maintenant que j'ai repris le fil ? Refermer le marbre une seconde fois ?

J'essaie de cerner sur ton visage, la chair de mémoire que je plaque sur ton visage, ce que tu peux bien en penser. Je ne cerne rien, que le vide.

*****

Tu es le vide.

mercredi 5 décembre 2007

La vie peut aussi être un sacerdoce

Pas forcément ce soir. Pas forcément pour tout le monde en même temps. Pas forcément insupportable, ni même très lourd à endosser. Par forcément jusqu'à la nuit noire. Du reste, les lampadaires veillent, il n'y a plus de nuit vraiment noire, le sacerdoce joue de cela.

Mais, demain, on verra.

La lecture peut être un sacerdoce

Il n'est pas toujours très simple de lire dans un endroit public. À cause des femmes qui passent. Elles ne sont pas pas forcément très belles, ni très jeunes - mais elle sont capables d'être fortement attirantes au moment assez rare où elles épandent leurs effluves. Simplement parce qu'elles n'en savent rien, et vous ignorent à cet instant précis. Et votre regard se lève du livre, votre esprit s'évade du texte vers la chair, qui n'en vaut pas la peine, et va très vite disparaître.

C'est fait : elle a disparu ; vous replongez dans votre livre - trop tard : il n'existe plus qu'à peine.

Princes, entendez bien...

" Le soir venu, je retourne à la maison et j'entre dans mon étude : à l'entrée, j'enlève mes vêtements de tous les jours, pleins de fange et de boue, et je mets mes habits de cour royale et pontificale. Et, vêtu décemment, j'entre dans les cours anciennes des hommes anciens où, reçu aimablement par eux, je me repais de cette nourriture qui seule est la mienne et pour laquelle je suis né : je n'ai pas honte de parler avec eux et de leur demander les raisons de leurs actions et, à cause de leur humilité, ils me répondent. Pendant quatre heures de temps, je ne sens aucun ennui, j'oublie tout mon chagrin, je ne crains pas la pauvreté, la mort ne m'apeure pas ; je me transfère totalement en eux. "

Machiavel, lettre à Francesco Vettori, 10 décembre 1513.

mardi 4 décembre 2007

La menace se précise

Un jour, tout finira par se savoir.


Vous verrez...

Surtout, ne changeons rien...

Dans le Figaro de ce matin, les résultats d'une enquête réalisée par le Boston College auprès de 215 000 enfants pris dans 40 pays, afin d'évaluer leurs capacités de lecture. La France se classe au 27e rang. Loin devant nous, la Russie, Hongkong, Singapour, la Bulgarie, etc.

Mais, surtout, que nos dignes "professeurs des écoles" ne changent rien.

lundi 3 décembre 2007

Pour faire revenir LinaLoca...

À ellle
À Carlos


Madrilaine : Gros pardessus permettant de supporter l'hiver castillan.

Castillâne : Burro de Madrid

Andalose
: Perte du sud espagnol.

Gallichienne : Grosse salope vaguement portugaise (et encore).

Granada ou l'Hardeur : roman pornographique écrit par Nabokov

Carman : Opéra singulier.

Burgosse : Enfants de vieille (Castille).

Castaniet : refus soviétique du folkore espagnol.

L'horreur à l'état pur

Ce matin, arrivant à Levallois, entrant dans l'ascenseur, me saisit une terreur pure. Le 19 décembre prochain, le groupe Lagardère "invite les enfants de 6 à 12 ans à une après-midi [Le groupe Lagardère ne sait évidemment pas que l'on doit dire UN après-midi...] au bureau en compagnie de maman ou papa."

15 h : Début des animations
16h30 : Grand goûter
18h30 : Fin de Mômes en Fête

[J'ai évidemment respecté les majuscules et poncutations.]

Voyant cela, ce matin, j'ai été pris d'une terreur carabinée, je vous prie de le croire. Jusqu'à ce que je me rende compte que cette ignoble réalité allait se produire un MERCREDI, soit un jour où je resterai confortablement au Plessis.

Pour le coup, ma journée s'en est trouvée considérablement ensoleillée : pas d'enfants... et surtout pas de MÈRES, ces êtres considérablement répugnants et mortifères.

dimanche 2 décembre 2007

Madame la Souris

Hier soir, à six heures tapantes, tandis que Carlos et moi devisions en sirotant une boisson faiblement alcoolisée et connue comme le houblon, l'Irremplaçable est descendue au sous-sol nourrir les chiens et les chats. Elle remonte une dizaine de minutes plus tard, excitée comme une puce.

Sur l'établi, à environ un mètre cinquante de la couchette des félidés, qui contemplaient le spectacle d'un oeil parfaitement indifférent, s'ébattait une souris. Elle avait, nous explique Catherine, repéré le gros sac de graines de tournesols, en principe destinées aux piafs, et se tortorait gentiment un petit goûter. Un peu plus loin, toujours sur l'établi, Madame la Souris (soyons simenonien, que diable !) avait commencé à se confectionner un petit plumard à sa taille, à base de poils de chiens ramassés dans le sous-sol. (Plumard à base de poils : il fallait oser, hein ?)

Une femme de modèle courant se serait mise à pousser des cris perçants et hystériques à la vue de la bestiole (grotesque misogyne, sors de ce corps !) ; pas l'Irremplaçable. Pourtant, une fois installée sur le canapé du salon, elle restait préoccupée par la découverte de notre nouveau locataire. Elle n'a pas tardé à nous révéler le souci qui la taraudait.

Qu'est-ce que cette malheureuse souris allait bien pouvoir boire ? Si elle tentait la gamelle d'eau des cadors, elle risquait de s'y noyer...

N'y tenant plus, Catherine est donc redescendu au sous-sol, afin de déposer sur l'établi une petite assiette métallique préalablement emplie d'eau fraîche.

Et, depuis ce matin, elle a commencé à collectionner religieusement les croûtes de fromage, dont Bergotte et Swann ne savent pas encore qu'ils seront désormais privés.

Si jamais il s'agit d'une femelle, et qu'elle nous gratifie tantôt d'une portée de souriceaux, on envisage de faire suivre une formation de baby-sitter aux deux greffiers, de façon à ce que la mère puisse aller gambader dans l'herbe l'esprit tranquille.

On vous tient au courant, de toute façon.