vendredi 20 mars 2009

Étonnez-moi, Benoît

« Il nous faut un pape en phase. Un pape à la botte, au pied, aux ordres, aux mots d’ordre, un pape qui file doux et qui respecte les nouveaux règlements. Les nôtres. Un pape qui lâche ses bondieuseries pour notre eau bénite et ses patenôtres transcendantes pour nos homélies multiculturelles. Un pape qui, cessant de bêtement parler des “errances de la modernité”, nous rejoigne dans nos divagations divines. Un pape à roulettes et en culottes courtes. Un pape citoyen. Un pape qui sorte du Saint-Siège, une bonne fois, en poussant le cri primal, pour n’y plus jamais revenir. Un pape qui dégraisse la doctrine, dépoussière le Vatican, se batte pour la légalisation de l’euthanasie, prenne fermement position en faveur de la procréation assistée comme pour le mariage des prêtres et l’ordination des femmes. Un nouveau pape comme il y a de nouveaux pères, un pape qui porte le petit Jésus sur son ventre, dans un sac, comme les mamans kangourous (“Habemus mamam !”).

« Un pape vigilant sur le respect de la laïcité. Un pape qui proteste avec nous contre la mise en berne des drapeaux de la République en hommage au pape défunt. Un pape qui participe aux fanfares de soutien à Florence Aubenas et s’occupe de lâcher des ballons plutôt que de promulguer des bulles. Un pape qui milite pour les couloirs de bus, la candidature de Paris ville olympique en 2012 et l’opération “Ici c’est 100% sans tabac” (s’il pouvait, par la même occasion, nous donner un petit coup de pouce pour faire un peu remonter le oui à la Constitution européenne, ce ne serait pas plus mal). Un pape soucieux de l’amélioration de la qualité de l’air. Un pape résolument décidé à laisser tomber ses lamentables discours normatifs sur le sexe pour rejoindre les nôtres. Un pape conciliant et pas conciliaire. Un pape bon apôtre, en somme, et conscient de tous les chantiers prioritaires qui l’attendent. Un pape d’époque. Un pape comme l’époque. Un pape-époque. Un pape-société. »

Philippe Muray, Le Pape, mai 2005.


Ajout de six heures du soir : en complément, à propos des récentes déclarations de Padre Benito, seizième du nom, on lira ceci avec profit...

28 commentaires:

  1. C'est à vous que Benny adresse ce regard complice et ce signe de la main cher Didier ?

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  2. Le mieux serait même d'en revenir à des totems et des sacrifices humains.

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  3. Oui, oui, on se connaît bien, Padre Benito et moi...

    Henri : pour les sacrifices humains, René Girard ne marchera jamais !

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  4. L'Islam ne dit pas autre chose à ses fidèles (pas de relations extra-conjugales, donc pas de préservatif dans le but de se protéger des MST.)
    Les papes ont toujours tenu ce discours, rien de nouveau sous le soleil, et le SIDA ne fait pas différence entre les africains musulmans ou catholiques, ce qui laisse supposer que Dieu et Allah, dans leur Infinie Grandeur, ont d'autres chats à fouetter.

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  5. A Marseille on a déjà Pape Diouf...

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  6. Et un pape qui crierait "FRATERNITE FRATERNITE" au Zénith ?

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  7. Ah, mais, la fraternité est une vertu évangélique, n'est-ce pas !

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  8. S'il n'y avait plus de pape, je crois que l'on s'ennuierait terriblement.

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  9. Tssss, allons, faisons semblant de découvrir, avec Maitre Eolas qui parce qu'il est avocat se prend pour un exégète de temps en temps, la main sur le coeur et la bouche en O, que les vilains médias sont populistes, démagos, et surtout, mauvais dans un travail d'information dont ils ont perdu la définition (depuis belle lurette).
    Oh les méchants, ils s'en prennent à sa Sainteté !
    Un Pape à roulette, on n'a pas attendu les apôtres de la morale laïque pour l'avoir dans sa papamobile, quant au Pape d'époque, qui le réclame ?

    Ahlala, ça me fait bien rire ces remarques indignées sur le ton "mais enfin, ne prenez pas les Africains pour des imbéciles qui prendraient tout au pied de la lettre !".
    Pour défendre le Pape, voilà qu'on invoque la dignité des africains, mais j'aurais aimé entendre autant d'indignation lors du discours de Dakar, quand Sarko a été capable de dire : "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. ... Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance".

    Alors discutaillons : ben non il est pas évèque na ! ben oui quand le Pape dit "le préservatif AGGRAVE le Sida" il faut entendre une position morale, presque une position CONCEPTUELLE !!

    Allons, allons.
    Didier, je ne veux pas d'un Pape d'époque, parce que du représentant de l'Eglise catholique, je m'en contrefiche.
    Mais enfin, pas un mot sur l'indifférence pour la mort annoncée d'une partie de l'Afrique, par manque de moyens, par manque d'aides, et cette direction de conscience encore là, "ne baisez pas hein surtout", vraiment ...
    Arrêtons de bêler avec le troupeau, ... ou celui d'en face.

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  10. Audine, la colère et le ressentiment vous égarent.

    Le pape n'a jamais dit que le préservatif aggravait le sida mais le problème du sida, ce qui n'est pas la même chose.

    On vient d'autre part d'apprendre que la proportion de sidéens était aussi importante à Washington que dans n'importe quel pays d'Afrique. Washington où les préservatifs sont disponibles à tous les coins de rue : preuve s'il en est qu'en effet le dit préservatif n'est pas LA solution.

    D'autre part, en Afrique toujours, plus d'un quart des malades sont pris en charge par qui ? Par l'Église catholique, bonne réponse.

    Enfin, le pape se fout d'être "d'époque" ou non : si l'Église s'était soucié de cela, depuis plus de 1500 ans, il y a beau temps qu'elle aurait disparu. L'Église est (je veux dire : se pense comme) éternelle, en tout cas jusqu'au retour du Christ et au Jugement. On peut trouver cela stupide, mais c'est un fait.

    Et c'est ce qui me plaît en ce pape, comme cela me plaisait déjà chez son prédécesseur : il se fout superbement de nos piaillements de petits modernes, nous qui serons démodés demain matin.

    Enfin, l'Église sait (ou pense savoir) que son avenir est en Afrique, en Amérique latine, peut-être en Asie, mais certainement pas en Europe. Par conséquent, nos trépignements lui en toucnent une sans faire bouger l'autre, si vous me passez l'expression.

    Quant à Sarkozy, on se demande bien ce qu'il vient foutre dans cette histoire.

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  11. Je n'ai aucune colère ou ressentiment.

    C'est vous qui vous égarez.

    Vous nous renvoyez en référence sur le site de Maitre Eolas (qui n'est pas, le moins qu'on puisse dire, une de vos lectures bloguesques préférées n'est ce pas ? Ou alors, c'est inattendu, un tel engouement pour un défenseur acharné des droits des étrangers). Or le sujet de son billet est l'attitude des journalistes par rapport aux propos du Pape.
    Et là, vous faites mine de prétendre que notre débat est sur le Pape ...

    C'est vrai que "aggraver le Sida" ou "aggraver le problème du Sida" c'est très très différent ...

    Je n'ai pas parlé de Sarkozy lui-même, mais du fait que lorsqu'il s'agit d'un discours qui n'a pas non plus été dénoncé (et pour le coup, nettement moins que celui du Pape !!) par les journalistes, et qui portait également sur les africains, le discours de Dakar, là, qui s'est indigné du manque de professionnalisme des journalistes ?

    Vous faites glisser le débat de la réaction des médias au Pape lui-même.
    Alors que je vous ai expliqué qu'un Pape moderne (ou d'époque) ou pas, je m'en fichais comme de mon premier bavoir, vous vous échinez à me dire qu'il se fiche de mes aternoiements !!

    Quant à vos dires sur "la proportion de sidéens" qui est égale à Whashington que dans n'importe quel pays d'Afrique - et alors même que certains risquent d'être rayés de la carte par la pandémie - c'est du délire pur.
    (et si ça, ça n'est pas de la désinformation ...).

    Alors, puique vous semblez avoir du mal à me lire entre les lignes :
    je ne reproche pas ci ou ça à un Pape dont je n'attends rien du tout.
    Ce qui me rend un peu sarcastique, c'est ce soudain débat, et surtout, ces reproches aux journalistes, d'une part parce que ça n'est pas nouveau et il y a eu bien plus grave dans la "désinformation", et d'autre part, parce que l'Eglise catholique certes, ne peut encourager le port du préservatif (on peut le concevoir), quand à dire qu'il aggrave le problème du Sida, c'est ridicule (et n'a aucun fondement scientifique, pratique, enfin bref, c'est absurde).

    Maintenant, les "solutions" pour l'Afrique, elles sont éminamment politiques, et ne relèvent en rien de la morale chrétienne.

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  12. Qu'est ce qui gêne tellement le monde politico-journalistique au fond ?
    C'est qu'une autorité se permette de dire le contraire de leur credo et tente d'y insuffler une morale différente.
    Et les ouailles de répéter "la solution est politique, la solution est politique"...

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  13. Audine : que vient faire votre Eolas ici ? A aucun moment je n'ai renvoyé chez lui, pour au moins une bonne raison : je n'y mets jamais les pieds, et ignore tout du billet dont je crois que vous parlez.

    Vous le reste, ma foi (si je puis dire...), restons-en donc là.

    (Ceci tout de même : pour Washington, ville la plus touchée des États-Unis, les chiffres sont tout ce qu'il y a de précis, d'officiel et sont disponibles.)

    Quant au pape et au "scandale" qu'il provoque, je serais assez en accord avec ce que dit le commentateur anonyme juste après vous.

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  14. Merci Didier pour cette grande bouffée d'air frais. Je commençais à étouffer : trop de parti-pris, de hargne et même de haine.
    Geneviève

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  15. Malgré tout le respect que je porte à ceux qui croient, ma volonté de ne pas la gêner dans ce qu'ils on peut-être de plus cher, et sans vouloir montrer du doigt non plus ceux qui érigent l'Eglise catholique comme symbole d'une pérennité, d'un référent d'une civilisation occidentale, je crois que tous les progrès accomplis (ceux qui ont véritablement libéré les hommes) en matière de morale, de sciences, de médecine, (j'excepterai l'art) se sont fait malgré l'Eglise dont l'obscurantisme séculaire n'a rien hélas à envier à l'obscurantisme musulman et cette ridicule histoire de préservatif prouve que c'est vrai aujourd'hui encore.

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  16. Didier, je vous fais mes plus plates excuses : je venais de lire le billet d'Eolas, puis j'ai lu le votre, suis allée voir Le Causeur, qui est en effet d'une toute autre teneur.
    Et mes arguments s'adressaient en fait bien plus aux propos d'Eolas (http://www.maitre-eolas.fr/2009/03/18/1347-la-bonne-parole-est-a-la-defense) que je trouve particulièrement ... de mauvaise foi.
    Nous avons donc, de mon fait, un certain décalage dans la discussion !

    Nous ne sommes pas d'accord sur le fond, mais j'arrête d'encombrer les commentaires.


    Geneviève, vous êtes trop sensible, ça va vous créer des ennuis de santé.

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  17. Ah, bon, je comprends mieux comme ça ! Je me demandais si je n'étais pas en train de virer maboule !

    Cela dit, vous n'aviez aucune raison de vous excuser de quoi que ce soit : la maison est bonne fille...

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  18. Henri : je ne crois pas que vous ayez entièrement raison, notamment en ce qui concerne la conservation des savoirs antiques, et la formation intellectuelle des élites, toujours prise en charge par l'Église, jusqu'à la naissance des universités au XIIIe siècle et même au-delà.

    Mais la part d'obscurantisme fut importante, bien sûr. Ce qui est un peu agaçant, c'est de se voir systématiquement (je ne parle pas pour vous en particulier) opposer, dans une sorte de psittacisme obligé, les Croisades (parfaitement légitimes d'un certain point de vue, du reste), l'Inquisition, le prétendu massacre des Indiens, etc., même lorsqu'on essaie de parler de questions actuelles.

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  19. Tous les jours que Dieu fait, on nous "saoûle" de slogans, de recommandations et d'interdictions :
    "Fumer tue" (interdiction de fumer dans les lieux publics - dont les quais de la SNCF en plein air...)
    "L'abus d'alcool nuit gravement à la santé" (les viticulteurs ont échappé de peu à l'interdiction des dégustations gratuites).
    "Respectez les limitations de vitesse" (5 KM au-dessus de la vitesse autorisée et c'est une prune + retrait de points).
    "Roulez propre"
    "Chauffez écolo"
    "Mangez cinq fruits et légumes par jour".
    "Faites ceci, ne faites pas cela (principe de précaution invoqué à tort et à travers).
    Et Benoît XVI n'aurait pas le droit de s'exprimer au nom de sa foi et de sa responsabilité pastorale ? Interdiction lui serait faite d'adresser AUX CATHOLIQUES des recommandations qu'il estime vitales ? C'est se moquer du monde.
    Précision : contrairement à ce que pensent de nombreuses personnes très mal informées, les "cathos" ne se comportent pas en moutons bêlants. En tout dernier recours, c'est leur conscience qui les guide. A eux finalement d'assumer leurs choix et leurs responsabilités.
    Geneviève

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  20. Autre hypothèse : l'idéologie dominante aujourd'hui c'est la santé publique, et tout ce qui va à l'encontre de celle-ci (alcool, tabac, opium du peuple, sexe sans plastique) est considéré comme blasphématoire.

    Où y a de l'hygiène, y a pas de plaisir.

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  21. Comprendre les écrits d'un homme, vivant ou mort, peut signifier deux choses différentes, que nous désignerons pour le moment par les termes d'interprétation et d'explication. Par interprétation, nous désignons la tentative de savoir ce que l'homme en question a dit et comment il a effectivement compris ce qu'il a dit, qu'il ait ou non exprimé explicitement cette compréhension. Par explication, nous désignons la tentative de connaître certaines implications de ses propos dont il n'avait pas conscience (...). Il est évident que l'interprétation doit précéder l'explication. Si l'explication ne se fonde pas sur une interprétation convenable, elle ne sera pas l'explication du texte qu'il s'agit d'expliquer, mais d'une fiction de l'imagination de l'historien.
    Leo Strauss - La persécution et l'art d'écrire

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  22. Ah, ça vous gêne ce genre de psitaccisme ?
    Pourtant, je suis certain que vous êtes moins gêné lorsqu'il s'agit de l'islam systèmatiquement associé à la lapidation, ou la peine de mort pour l'apostasie...
    Je me répète mais les plus grands massacres de l'histoire ont été faits au nom d'idéologie sans Dieu.
    Avec Dieu, les hommes s'entretuent mais avec des règles.
    Sans Dieu, pas de limite à la barbarie.

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  23. @l'anonyme de 14h55:
    Comme je vous comprends!
    J'en ai marre, mais marre d'entendre ça sur toutes les radios toute la journée!
    Il paraît que c'est Bruxelles qui l'a décidé!
    Voilà qui nous la fait aimer et apprécier... Et on a à voter bientôt pour les "européennes"?
    Ha!
    Je n'en dirai pas plus!

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  24. Geneviève : c'est en effet se moquer du monde. Vous et mois le savons très bien. Nos petits feux-follets en ignorent tout, tant pis pour eux.

    Schwann : on appelle cela, je crois, le "principe de précaution"...

    Pluton : un petit coup de Muray ne fait jamais de mal à personne...

    Pascal : merci pour cette citation et pour vos interventions en général : quand est-ce qu'on qu'on s'en boit un ?

    Tzatza : Une fois de plus, je ne vous comprends pas.

    Orage : Vous voulez mon avis ? Il est temps d'exploser cette Europe inexistante. Mais cela ne se fera pas, je gage...

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  25. Audine et Didier,

    Je crois que vous vous plantez tous les deux si je peux me permettre.

    J'hésite à produire quelque chose sur le sujet, car, je ne suis pas vraiment d'humeur à polémiquer...

    je ne suis pas un grand défenseur de Benoit XVI, à vrai dire. Mais ici, si l'on lit vraiment toute son intervention, il n'y a strictement rien de virulent, ni le pied de nez que croit lire Didier, ni l'indifférence froide que croit lire Audine.

    Je me tâte...

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  26. Dorham : je me suis mal exprimé ou vous m'avez mal lu, ou un peu des deux : je ne crois pas du tout que le pape se soit livré à un pied de nez, ce qui serait assez peu son style !

    D'autre part, tout le monde s'indigne en partant d'une déclaration tronquée, fausse, biaisée, etc. Bref, selon les méthodes KGBesques habituelles (ce qu'a fort bien mis en lumière Maître Eolas, dont je viens d'aller lire le billet.

    Et je pense que vous devriez vous exprimer sur ce sujet (je veux dire le pape), parce que votre avis, votre point de vue particulier seront forcément intéressant – en tout cas pour moi.

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  27. Bon, je vais essayer de mettre ça en forme.

    Le hasard est bien fait : j'ai eu la chance d'avoir le point de vue d'un prêtre africain sur le sujet.

    Vous allez voir qu'il n'est pas tendre avec les blancs : mais pas ceux qu'on croit.

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