jeudi 5 mars 2009

Le Petit Marcel et l'empereur Adrien

« On sait que le frère, présent dans les premières esquisses, disparaîtra dans la Recherche. On y a vu le signe d'une mésentente ou d'un rejet. Il ne s'agit évidemment pas de cela. Incapable d'opter, fût-ce d'une manière romanesque, pour le statut d'aîné ou de cadet, Proust décida que le narrateur serait fils unique. C'est ainsi qu'il s'approcha, au plus près, de la réalité.

« N'ayant pas eu de rôle bien défini dans la structure familiale, il ne pouvait être qu'un mauvais fils, et il était dévolu, par conséquent, à Adrien, le rôle du mauvais père : " Mon père – dira le narrateur, dans une confidence qui dépasse l'anecdote – parce qu'ils n'avait pas de principes, n'avait pas à proprement parler d'intransigeance... " Cela se passait dans un temps où les hommes avaient d'ailleurs pour premier devoir d'être de mauvais pères. Ils n'appartenaient pas encore à la race androgyne des nourrices sèches que sont devenus les pères à la fin du siècle, ces mères à barbe participant à la notion stupidement égalitaire de l'amour et de l'éducation, aussi pernicieuse que la fin du monde annoncée par Sodome et Gomorrhe. Marcel Proust n'a peut-être pas eu un bon père, mais il a eu, ce qui compte beaucoup plus, un vrai père.

« Tout le monde paraît s'y être trompé, parce que c'était une solution simple et que la mère, qui fut aussi "une grosse dame noire", a joué son rôle dévastateur. Naturellement, Marcel Proust ne s'en rendra compte que très tard après la mort de ses parents, puisque ce grand décortiqueur des sentiments n'a jamais su être ému qu'à retardement. Ce sera le prétexte et la trame de son oeuvre. »

Christian Péchenard, Proust et les autres, La Table ronde, p. 209

4 commentaires:

  1. A mon avis, votre insertion de commentaire était superflue ...

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  2. Mais que racontez-vous, très chère ? Ce billet n'est qu'une longue et unique citation, d'un auteur qui n'est pas moi, je vous assure !

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  3. Cela dit, je souscris à tout ce qu'écrit ici M. Péchenard...

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  4. Oui... tristesse de l'homme proustien mais joie de celui qui vit du temps à vivre - youpiii!
    Et puis regardez mon p'tit blog tout nouveau, tout beau. Enfin..
    www.carnetdhermes.Blogstop.com

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