jeudi 10 décembre 2009

Il faut brûler San-Antonio !

À Nicolas et Lediazec, preux chevalier d'Antonio...

Frédéric Dard : en voilà un qui a de la chance d'être mort, tiens. D'abord parce que ça lui évite d'avoir à se désoler des tombereaux de conneries “sociétales” qu'on nous déverse chaque matin sur la tête et pour lesquels nos applaudissements enthousiastes sont sévèrement requis. Ensuite parce que, s'il vivait encore, il écrirait, bien entendu. Et, là, ça risquerait de coincer. Car cet homme au sourire indulgent et au regard vitrail a fait sortir de sa machine à boule de nauséabondes monstruosités, qui rappellent fortement les heures les plus sombres de notre histoire. Aujourd'hui, ce serait direct le prétoire, dernier bistrot avant le pilori.

Prenons l'exemple d'un “hors-série” san-antoniesque : Si Queue-d'âne m'était contée. Dès le titre, le NAZE – Nouvelle Association des Zoophiles Équitables – serait fondé à porter plainte pour discrimination (porter plainte contre Dard pour une queue d'âne : ç'aurait une certaine gueule, non ?).

Après lecture de l'ouvrage, ce serait l'halali (ou l'hallali, si les bouchers barbus s'en mêlent). Prenons un épisode au hasard (presque au hasard...). Celui où Alexandre-Benoit Bérurier entraîne à l'hôtel une pauvre orpheline sans le sou qui a su l'apitoyer sur ses malheurs. Comme elle proteste qu'elle veut se conserver vierge pour son futur, Béru se décide pour une sodomie, sans vraiment solliciter l'avis de la donzelle. (Là, en principe, les cliques féministes devraient pouvoir commencer à renauder vilain.) À cette fin, il fait monter un sandwich jambon-beurre et, après avoir prélevé le beurre pour un usage ultérieur, mange le jambon. C'est ici que les imams se présentent à la barre, pour incitation à la consommation de porc, foulage aux pieds des valeurs de l'islam éternel.

Ensuite, dernière bouchée avalée, le seigneur Bérurier s'apprête à carrer son goumi de légionnaire dans le fouinozof de la jeune éplorée. C'est alors que la Brigade des mœurs fait irruption dans la chambre. Béru proteste qu'il n'est pas encore interdit de monter à l'hôtel avec une pure jeune fille, dans le but de la réconforter. Il s'attire alors cette immortelle réplique de la part d'un des inspecteurs de la Mondaine :

– Ça, une pure jeune fille ? Mais c'est Riton-la-pipe, qu'a l'fion plus vérolé qu'une roulotte de romanos !

À ce stade, la salle d'audience est envahie, les forces de l'ordre débordées, la journaliste de Libération trempe sa culotte, celle du Monde entame illico une grossesse nerveuse. L'association Homos tétiques porte plainte pour image dégradante de la fellation ; suivie de peu par l'Amicale des Henris, lesquels protestent contre ce surnom discriminatoire, se comparent à des juifs que l'on traiterait de youpins, et vont jusqu'à parler de ritonnades dignes de l'OAS. Le relais est pris par Sidactons ! qui s'étrangle de l'image ignoble des maladies du fondement qui est donnée à lire ici, très vite remplacée auprès du greffier par CD-Rom, le collectif pour la dignité des gens du voyage.

Face à ce juste déferlement de colère-pour-la-dignité, le tribunal accède aux demandes des plaignants, Frédéric Dard est déchu de sa nationalité française et ses livres seront tous brûlés lors de la journée d'inauguration du prochain Paris-Plage, chacun étant invité à se présenter avec son propre exemplaire et à le jeter dans le brasier, afin de témoigner de sa solidarité avec toutes les victimes du monstre. Toutefois, les juges ne suivront pas l'association de transgenres Avatarlouze, avatar win !, qui souhaitait que l'écrivain maudit soit dégenré de force et en public, si possible au couteau de cuisine mal affuté.

Frédéric Dard prend alors le chemin de l'exil. Il choisit de résider en Suisse où, pour prouver qu'il ne s'est pas amendé et conserve son âme noire, il prendra un malin plaisir à votationner pour l'interdiction des minarets.

Et Queue-d'âne ne nous sera plus contée.

49 commentaires:

  1. Lol + lol + lol

    Mais le pire, c'est que vous avez raison, nom d'un chien !

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  2. "de nauséabondes monstruosités, qui rappellent fortement les heures les plus sombres de notre histoire"
    Ahhhh j'adore !

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  3. Lol+lol+lol+lol, surtout les noms des associations.

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  4. MDR
    Mais où sont les lâchers de ballons?
    Vous avez oublié les lâchers de ballons?
    Rhhhhooooo ttsssss

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  5. Yanka et Catherine : marci ben !

    Marine : j'y avais pensé (aux lâchers de ballons) ! Mais ça ne s'est pas intégré au reste et je les ai laissés s'envoler.

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  6. GRAND FAND DE DARD J APPROUVE QUEL MONDE DE CON !!

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  7. Mais, Didier, vous ne faites pas d'efforts non plus!
    Qui vous parle d'intégration au reste? Pas de grossièreté, svp.

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  8. Absolument génial, Didier. J'ai les larmes qui coulent à mesure que je tape.
    Là, je n'ai pas le temps, vais récupérer le Yonnet. Enfin ?...
    A propos de sodomie et de religion, je vous conterai une nerveuse (histoire) tout à l'heure. Cela se passait au Maroc...
    Du grand Béru !

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  9. Si on brûle Dard, ça va me foutre le bourdon.

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  10. Lediazec : ah, je suis content ! (Pour Yonnet, je veux dire.) Merci pour le reste.

    Christophe : sa seule chance, c'est de n'être pas réédité...

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  11. Ben vous voyez, Mr Goux, quand bien même certains relents fienteux demeurent, vous pouvez être drôle , très drôle même!
    allez, double lol ! triple faudrait pas abuser

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  12. @ Corto:
    "quand bien même certains relents fienteux demeurent,"...
    Pourquoi "demeurent"?
    Vous êtes en train de le rééduquer?
    Didier, tenez bon, nous sommes là!

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  13. Clap! Clap! Clap! Un billet hilarant !

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  14. Tenez, j'avais ça en projet, c'est le moment (sans obligation et sans commentaire - sur ces "pages" il n'est pas possible d'en laisser)
    http://leblogdemifa.over-blog.fr/pages/san-antonio-2193024.html

    Et merci bien : ça m'a fait plaisir de rouvrir ce livre, d'autant que j'en ai récupéré deux ou trois autres qui squattaient chez Anne depuis quelques années.

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  15. Pas lu, celui-là. Je me suis demandé, vu le jeu de mots de la fin, si vous l'aviez inventé pour les besoins de la cause...

    Il doit se marrer en vous lisant !

    (excellent, le CD-Rom!... cédez l'rhum, gueule le capitaine Haddock en lui bourrant les côtes !)

    Car vous n'êtes pas savoir, bien entendu, que les écrivains morts montent au paradis des livres, là où vivent les écrivains (enfin , pas tous), les héros qu'ils ont créés, et les grands lecteurs devant l'eternel....

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  16. Corto : merci (pour les relents fienteux...) !

    Marine : z'inquiétez pas, le gaillard ne m'impressionne pas...

    Pluton : ah, merde, moi qui voulais faire sangloter dans les chaumières marseillaises... Caramba ! encore raté ! (En roulant les r...)

    Mifa : j'y vais voir ! Pour San-Antonio, je me demande si ça supporterait le choc d'une relecture. il faudra que j'essaie, moi aussi.

    Poireau : ah ? les proctologues viennent de se constituer en minorité visible ? Ça va être joli...

    Suzanne : d'après mon souvenir, il est très bien. Le pitch : Bérurier, lors d'une enquête, a été fait prisonnier et il sait qu'il va mourir. du coup, il rédige ses mémoires à l'intention de Marie-Marie. C'est donc écrit à la première personne, MAIS par Béru.

    J'aime bien l'idée du paradis pour les écrivains ET leurs lecteurs. Si c'était vrai, je me boufferais bien un crabe tout de suite, moi...

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  17. Génial !!!

    Une fidèle lectrice

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  18. À ceux qui ne connaîtraient pas, je conseille la lecture du "Standinge selon Bérurier" . Un vrai régal, mais pas réédité en effet. Un petit extrait bien choisi ( par vous) sur votre blog serait sans doute tout autant apprécié et ferait durer le plaisir.

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  19. Ne le dites à personne, mais je ne supporte pas San Antonio. Ce genre de style, la jactance, les histoires de flics et de putains, l'argot à jet continu, le verlan, pouah-pouah-pouah... Dans le même genre (enfin, si on veut), quand DG met ici des extraits de ses Brigadaines (je résume ainsi), je lis deux lignes et je passe à autre chose. C'est mortel. Ça me gave dur. Mais ce qu'il écrit par ailleurs, ici, là, ça je lis avec plaisir.

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  20. Dans ce beau texte, il y a tout de même des raccourcis qui me la coupe.

    Quant aux proctologues, forcément qu'ils sont invisibles si vous les avez dans le dos,
    mais ils ne sont pas si minoritaires que ça,
    me dit Nicolas.

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  21. L'erreur de Frédéric Dard fut d'introduire un personnage noir, Jérémy Blanc, dans les années 80.

    Dieu, depuis, a fait mieux. Il a introduit Tonnégrande : un personnage noir, gros, répugnant, avec une grosse bite, ivrogne, ...

    Mais Dieu introduit ce qu'Il veut.

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  22. Que dire de plus sinon Bravo! Et l'envie de relire tout San Antonio!

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  23. "Lol + lol + lol"

    Et le pire, c'est que rien n'est vrai.

    A part le couplet qu'aime Marine, je trouve que vous utilisez la ficelle à chaque billet maintenant, c'est un tic qui vous a été refilé par des gens ont un toc.

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  24. Hahaha ! Et tout d'un coup, je me rends compte que le comble du snobisme de gauche, c'est de partager un avis de Didier Goux.

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  25. Deux citations pour fêter ce jour nouveau (youpi !) :

    «Les idées politiques, ce sont celles qu'adoptent les gens qui n'ont pas d'idées à eux.»

    et

    «Il y a des gens qui disent la vérité comme une montre arrêtée donne l'heure : deux fois par jour et pas longtemps.»

    Ce qui est pratique, avec les morts, c'est qu'on les range où on veut !
    :-))

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  26. @ Didier. J'ai définitivement rompu tout lien commercial avec le libraire local. Toujours pas de nouvelles de Yonnet, aucune explication de sa part. Je me suis énervé et annulé la commande.
    Je vais aller voir plus loin.
    A propos de sodomie et de virginité. C'était une pratique assez courante dans les pays psychorigides que de se livrer à ce genre de pratiques, entre autres, histoire d'atteindre le mariage le "pot intact".Gamin, je trainais une oreille très curieuse dans les cercles féminins...
    Sur ce, bonne journée à toutes et à tous.

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  27. Une oreille seulement ? Tu faisais quoi avec ?

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  28. @Nicolas. Oui, une oreille seulement. Je me grattais l'autre. Jamais tranquille, celle-là !

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  29. Dorham: mais rien n'est vrai dans la caricature! Rien n'est exactement vrai...

    J'aime bien ce billet, moi. Rigolo, bien troussé, bien écrit. La meilleure des réponses pied-de-nez possible aux : "ce monsieur journaliste à ce qu’il parait écrit des épisodes de la Brigade Mondaine vous voyez le genre" (Je cite de mémoire un billet qui fâcha).

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  30. Suzanne,

    mais c'était un "lol" sincère malgré tout...

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  31. Dorham: il y avait du mou dans le lol. Ne mentez pas, je l'ai bien vu !

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  32. Fidèle lectrice : merci !

    Sniper : ouais, enfin... Tous les San-Antonio (AVEC TRAIT D'UNION, BORDEL !) sont entassés au sous-sol, pas facile de retrouver celui que vous réclamez.

    Et puis, on risquerait de perdre Yanka comme lecteur, ce serait ballot.

    Tonnégrande & Nicolas : je ne discute ni avec les noirs ni avec les racistes...

    Hermès : un ou deux pour commencer, peut-être ?

    Dorham : quelle ficelle ?

    Poireau : c'est de Dard, ça ?

    Lediazec : en effet, il se fout de votre gueule ! À chaque fois que j'ai commandé ce livre chez Amazon (car je l'ai beaucoup offert), je l'ai reçu en moins d'une semaine.

    Suzanne : j'adore "lolleur mou" !

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  33. Didier : oui, bien sûr, citations de Dard himself (comme on dit chez nos voisins !).

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  34. @ Didier. C'est fait, j'ai changé de boutique, je l'aurai vendredi prochain. Je suis allé chez un ancien pote à moi. Un débile de la première heure. Un ectoplasme d'origine rocardienne.Aujourd'hui il se branle le mou avec Europe Ecologie et DCB.
    J'ai demandé à parler à son employé !

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  35. Lediazec : bravo ! faut rester ferme sur les principes, bordel !

    Et, en période de crise, comme disait Barrès, "se replier sur ses minima".

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  36. Suzanne,

    Je ne suis jamais mou ! Tiens, on cogne à la porte...

    ---

    Didier,

    Je parlais de ces expressions systématiques justement identifiées que vous replacez néanmoins trop souvent, comme un running gag : "de nauséabondes monstruosités, qui rappellent fortement les heures les plus sombres de notre histoire"

    C'est plein d'à propos que de relever cette unformité de l'indignation sur mesure, mais...vous l'avez déjà écrite plein de fois...

    Voilà...

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  37. Dorham vous voulez dire qu'à trop relever le clicher, on clichetonne à son tour ? ça se défend.

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  38. Moi j'aime ces expressions copiées/collées qui sont la marque du made in Goux.
    Et puis ça coupe l'herbe sous le pied des bisounours, c'est du temps gagné.

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  39. Suzanne,

    Oui, c'est cela. Mais cela dit, qui ne se recycle jamais ? On se sous-traite tous un peu...

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  40. Sinon, je trouve que ça s'insulte pas beaucoup ces derniers jours par chez vous ! On serait pas en voie de ParisMatchisation en ce moment ?

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  41. Rooo, t'exagère, c'est pas mon genre de foutre la merde !

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  42. .. la relève ed Dard est assurée, je vois, hein? en fait !
    Geargies

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  43. Didier : Félicitations. C'est du grand et bel oeuvre dans le genre. Je suis très ja(loup) Méfiez-vous hein !
    Pour le "CD-Rom" notamment, je lole itou (sinon ita) et même je haimedéaire grave profond ta mère (à poil d'iPhone devant LVMH, voire Hermès ou pas)
    Bon sinon, je fus un grand et jeune lecteur de SA et si à l'époque j'en appréciais la verve (très digne de Rabelais, de Villon et d'autres François, hein Yanka !) je confesse (d'une demie quand même) que je n'en avais pas perçu toute la philosophie (car philosophie il y a dans Dard comme dans tout écrivain qui ne se prend pas au sérieux ni la tête — de cochon ou pas — du Dard ou du cochon ?)
    Enfin Didier, comme disait (ou chantait) l'autre, le Frédéric bande encore dans son cercueil et un peu grâce à vous où Dard darde à jamais dans votre esprit.
    Dans 100 ans, on parlera encore de Béru, je vous le dis, mais d'ici là, que faudra t-il avaler comme conneries goncouresques ?

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  44. Martin-Lothar : en fait, je me demande si San-A passera l'épreuve du temps, justement. J'en suis de moins en moins persuadé...

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