mardi 19 octobre 2010

Du berceau à la tombe, mais tous ensemble et unis


J'aime bien ces périodes régulières de contestation de rue, et pas parce qu'elles me rappelleraient ma jeunesse : déjà tout petit je ne me mêlais pas à ces troupeaux. Non, c'est surtout que, brusquement décomplexés, la sottise et le ridicule s'y donnent à admirer avec une sorte de satisfaction innocente : on peut dire et faire n'importe quoi, à condition d'être dans la masse, de marcher du même pas et dans le même sens. Que penser par exemple de ces adolescentes, entr'aperçues hier soir à la télévision, qui s'offraient un petit parcours fléché en criant quelque chose comme : « Ne touchez pas à nos pensions ! » À nos pensions, n'est-ce pas. Je suppose qu'elles faisaient allusion à ces oboles éventuelles et problématiques qu'elles peuvent espérer recevoir d'ici un demi-siècle, si tout va bien – or, je doute fort que tout aille bien pour elles, malheureusement. Du coup, un certain vertige naît de ces images, qui prendraient presque des allures de film comique, de scènes à charge. Imagine-t-on, vers 1910, des jeunes manifester avec componction pour assurer leur gamelle de 1960 ? Ah, vous voyez : vous-mêmes souriez à cette évocation ! Si eux-mêmes, ces lycéens, n'ont aucune conscience du grotesque un peu triste émanant de leurs banderoles, c'est qu'ils sont sincèrement convaincus qu'il y aura toujours des caisses de retraites, bien implantées et immuables au cœur d'une France éternelle.

C'est ce qu'on appelle être réactionnaire.

39 commentaires:

  1. Didier,

    Si les lycéens sont réacs, z'êtes progressiste, alors ?

    RépondreSupprimer
  2. En 1910, ou même juste après la dernière guerre, l'avenir pouvait sembler radieux, prometeur: plein emploi, perspectives de progrès de génération en génération, accès au logement plutôt ouvert etc etc...
    Ce n'est plus vraiment le cas aujourd'hui et c'est sans doute ce que perçoivent confusément ces jeunes qui font sourire et que vous moquez.

    RépondreSupprimer
  3. Cela me sidère en effet que des jeunes gens de 16 ans s'imaginent qu'un mouvement social en 2010 puisse sauver un système pour les 40 prochaines années.

    C'est ahurissant.

    Les jeunes ont besoin de jouer aux grands...

    RépondreSupprimer
  4. En 1910 avec son bacho on finissait sur les bancs de l'Assemblée Nationale.
    En 2010 avec bac +5 on surveille la Joconde.

    RépondreSupprimer
  5. Et par solidarité pour papa et maman qui seront à la retraite bientôt eux (enfin, ils espère) et avec des pensions honorable si possible pour pas avoir en plus à donner de sa poche quand il sera temps de les coller à l'hospice.

    C'est peut-être pas leur retraites qu'ils essaient de sauver c'est leur économies de futurs actifs. Une vision à moyen terme.


    Enfin, je dis ça...

    RépondreSupprimer
  6. La Gerbille en vitesse19 octobre 2010 à 12:57

    Fredi : "c'est ce que perçoivent confusément ces jeunes"
    Non, certains le perçoivent même avec assez de netteté... Ils ont aussi vu que des "vieux" plus longtemps au boulot, ce sont des jeunes plus longtemps en dehors du système.

    RépondreSupprimer
  7. Ces gamines ont peut-être une grand-mère ou un grand-père ? ... (sans mauvaises pensées hein ?)

    RépondreSupprimer
  8. Le fait que les inactifs (lycéens, retraités) veuillent diriger la société est le symptome d'un grand désordre.

    RépondreSupprimer
  9. Votre réalisme , cher Didier, m'a remis du baume au coeur !
    merci bien !

    RépondreSupprimer
  10. Beaucoup de lycéens ont vu leurs parents ou leurs grands parents se clochardiser et ont été contraints d'arrêter leurs études ou de déménager faute de pension insuffisante. Ils sont en plein dedans!

    RépondreSupprimer
  11. Nicolas : non, réac d'une autre manière.

    Fredi : un avenir radieux ? En 1910 ? Du plein emploi ? Quant à ces jeunes qui sentent confusément que leur avenir s'annonce très sombre, admettons. Mais quel est leur réflexe naturel face à cela ? Imaginer ? Inventer ? Accepter de regarder les problèmes en face ? Non : des minimas sociaux et une retraite garantie ! À 17 ans...

    Dorham : je crois que personne n'est en mesure de dire (trop de variables et d'inconnues) ce que seront les retraites dans dix ou quinze ans. Alors, un demi-siècle...

    Fredi Maque : oui, mais combien étaient-ils à l'obtenir ? 10 % 20 %. Aujourd'hui, le bac est quasiment garanti (comme la retraite...), il ne faut donc pas faire mine de s'étonner qu'il ne vaille strictement rien.

    Nefisa : je ne crois nullement à cette solidarité "spontanée" dont tu parles. D'autre part, je reprécise que ces jeunes filles dont je parle sommaient le gouvernement de ne pas toucher à leurs pensions.

    La Gerbille : il n'y a aucun effet de vases communicants entre l'âge de départ à la retraite et l'entrée des jeunes sur le marché de l'emploi. Tout simplement parce qu'il s'agit de gens non interchangeables.

    La Pecnaude : et alors ?

    Tzatza : ils ne veulent pas la diriger : juste en être les pensionnés, les bénéficiaires.

    Corto : pas de quoi...

    RépondreSupprimer
  12. Les lycéens manifestent pour le plaisir de manifester, aux manifestations d'automne et de printemps.

    RépondreSupprimer
  13. Il faut que je vous raconte ça :

    Le syndicat de mon entreprise a appelé à faire grève. Il y a quelque chose comme 4 syndiqués.

    Leur appel demandait à descendre au rez-de-chaussée, à se mettre devant l'entrée du bâtiment et à glander donc, mais pas content, pendant une heure, avant de retourner bosser. Entre 14 et 15h00 quand même, pas pendant la pause déjeuner...

    Y a de ces rebelles, ça fout les jetons... La Révolution, quand même, c'est pas pour demain...ça m'a presque donné envie de faire vraiment grève et d'aller manifester avec les lycéens.

    RépondreSupprimer
  14. hasard de lecture...

    " Un petit grand soir -
    Des bandes de voyous de quatorze à quinze ans descendent en sifflant les Champs-Elysées, grêles et symptomatiques, hurlant des airs canaille et jetant des bombes aux pigeons. Ces morveux jaunes, venus d'un trait de Levallois ou de Nanterre, boivent en marchant du vin salé et de la bière noire. Un bâton à la main, ils brisent les vitrines de luxe, les halls à automobiles. Ils s'interpellent entre eux sur un mode gras, jouent sur les marches du Grand-Palais, pissent contre les réverbères. Ils débouchent enfin à grands cris sur la place de la Concorde se livrent envers les statues de marbre à des manoeuvres obscènes, fusillent les poissons rouges et incendient les platanes. [...]"

    Joseph Delteil, chronique dans Philosophies, 15 septembre 1924

    RépondreSupprimer
  15. Monsieur Goux, puisque les jeunes sont réactionnaires et votre blog recommandé par le mrap, peut-on voter pour vous aux Golden Blog Awards ?

    http://www.golden-blog-awards.fr/

    La cérémonie se déroulera à l’Hôtel de Ville (espace non-fumeur), en présence de Mme Hidalgo à qui vous pourrez faire la bise... Que du bonheur.

    RépondreSupprimer
  16. Déjà, s'ils ne manifestent pas à cet âge, ils ne manifesteront sans doute jamais. Il y a des gens que l'idée de manifester fait rougir comme s'il s'agissait d'aller au bordel, et pourtant ils sont souvent proches des revendications du moment.
    Pour les jeunes, c'est marrant la manif, c'est presque davantage de leur âge que du mien. Ensuite, sans mouvements sociaux (autrement durs autrefois), nous n'aurions arraché aucun progrès hier. Ceux d'aujourd'hui limiteront peut-être la casse pour demain…

    RépondreSupprimer
  17. Il aurait fallu me payer (très très très cher) pour que j'aille manifester à 17 ans pour ma retraite... Pas terrible, comme idéal, quand même, même si ça recouvre autre chose, au fond (crainte du chômage, sentiment d'inutilité des études etc.)
    (J'adore aussi la Royal qui se barre à Venise après avoir lancé les lycéens sur le bitume. Bon sang, que je n'aime pas cette gauche-là.)

    RépondreSupprimer
  18. Didier,

    quand vous dites :
    "il n'y a aucun effet de vases communicants entre l'âge de départ à la retraite et l'entrée des jeunes sur le marché de l'emploi. Tout simplement parce qu'il s'agit de gens non interchangeables",
    je me demande dans quelle réalité vous vivez. Il y a des millions de postes pour lesquels les tâches sont définies quelle que soit la trombine du postulant : on vérifie juste qu'il a des bras et une tête, qu'il est capable de porter des vêtements sans tache s'il doit parler à la clientèle. Le reste (ses opinions, ses aspirations profondes), son employeur s'en balance. Pas comme au cinéma, où l'on écrit tout un film parce qu'une actrice est ceci et cela, ou dans les ministères, où l'on crée une mission spécifique pour tel ou telle dont le parcours, les écrits, les engagements suscitent le désir de le (ou la) compter dans l'équipe.
    Bref, c'est un peu comme les chaussures, quoi : il y a ceux qui peuvent s'offri le sur-mesure, et les autres qui doivent se contenter de claudiquer dans du prêt-à-porter : le prêt-à-porter, c'est l'interchangeabilité, et l'interchangeabilité, ne l'ignorez pas, c'est l'horizon de la majeure partie de ces jeunes dont vous riez.

    RépondreSupprimer
  19. Sophie, j'aimerais te lancer sur le bit…

    (Retrouve-moi à Béthune, derrière la gare routière...)

    RépondreSupprimer
  20. Franchement, je préfère aller au bordel plutôt que de manifester, la libido étant ce qu'elle est...

    Pluton au "Café du commerce"

    RépondreSupprimer
  21. Ça me rappelle l'année 1976, au bordel, justement. Quelle ambiance ! Ça sentait la brandade de morue et l'on entendait gueuler Palamède.

    RépondreSupprimer
  22. 1910 - 1960. Effectivement la perspective relativise tout. Pas mal !

    RépondreSupprimer
  23. Quand Madame Royal reviendra de Venise - quelle idée, franchement : revenir de Venise... -, je parie un kopeck ou un pfennig qu'elle descendra à son tour dans la rue pour enlever tous ces jeunots et les envoyer en centre de (ré)éducation sous encadrement militaire. Alors, ils pourront enfin (se) manifester en disant "Déverrouillez nos pensions !"

    RépondreSupprimer
  24. Georges : c'est bien ce que je pensais : vous êtes un bourreau. Donc c'est tout vu, je ne bouge pas de chez moi.

    RépondreSupprimer
  25. petite disgression, j'ai bien aimé votre journal...amicalement

    RépondreSupprimer
  26. "bénéficiaires "? Et en quoi c'est ridicule ? Je veux dire plus que de bénéficier d' un tour de passe passe par lequel on se fait reverser 35 millions d' euros d' impôts ?
    Je crois que ces jeunes qui manifestent à 17 ans ( ou à 14 dans mon coin, c'est hot par ici ) ont juste l'impression d' être les dindons de la farce...
    @ sophie et quels étaient vos idéaux à 17 ans? L'âge rimbaldien par excellence? Les miens sont morts ou ne valent pas mieux.. et je suis à la retraite bientôt laquelle va être aussi mince que la taille de Cuisse de Mouche...

    RépondreSupprimer
  27. @Georges : autant que je me souvienne, ce vieux Palamède beuglait de douleur et non de plaisir. La brandade se révèle parfois de consistance un peu dure... pour la plus grande joie de Charon !

    RépondreSupprimer
  28. Merguez party bis.

    Marrante celle là...
    Le ciel était bas.

    On est là pour voir le défilé...

    Le lion en est complétement retourné

    On y crois

    RépondreSupprimer
  29. Commenter chez Didier, ça ressemble à un métier à plein temps.

    RépondreSupprimer
  30. Si même les flics sont fatigués...

    RépondreSupprimer
  31. Dans quelle mesure peut-on comparer l'Ecole de la IIIème République où l'enseignement joua un rôle primordial de propagande (nos ancêtres les gaulois, le drapeau et j'en passe), tel que les mesures prises par Paul bert, etc. et l'Ecole républicaine laïque et je dirai sociale de la Vème République, avec toutes les mouvances actuelles ?
    M. Goux compare des périodes absurdes et tente de justifier un raisonnement infondé !

    Cependant, je suis d'accord sur le fondement de cet article concernant les lycéens. Ils sont sans doute dans une volonté incertaine et manipulés par les extrêmes et par l'envie de ne pas aller en cours. Certains pensent sans doute à leur avenir mais je ne pense pas que la majorité s'en préoccupe.

    RépondreSupprimer
  32. @ Geargies : les mêmes que maintenant, en fait - ce qui ne vous avance guère, pardon. Disons que je ne croyais déjà plus trop aux groupes et aux belles paroles. Ce qui comptait le plus, déjà, c'était à la fois de foutre la paix aux autres, et que les autres me foutent la paix.
    (Évidemment, ce n'est pas tellement un programme commun.)

    RépondreSupprimer
  33. Certes... mais je n'avais jamais imaginé même dans mes pires cauchemard post brechtien qu' on puisse un jour reverser dans les 900 millions de francs par le canal de la tresorerie générale, à une milliardaire privée ....

    RépondreSupprimer
  34. Anonyme,

    Quel est le problème avec "nos ancêtres les gaulois". Les miens étaient romains et ça ne m'a jamais dérangé que l'on me parle davantage de Vercingétorix, de Clovis et de Charlemagne.

    Vous pensez que les pays étrangers n'enseignent pas prioritairement leur Histoire ? Vous vous foutez le doigt dans l'oeil, mon vieux !

    A l'école française, on apprend l'Histoire de France : où est le problème ?

    "Y en a des qui pensent à l'envers des fois"

    [putain !]

    RépondreSupprimer
  35. Ben oui Dorham. Moi, j'ai appris "nos ancêtres les Vikings" et mes enfants l'histoire du Canada. Normal.

    RépondreSupprimer
  36. Bon, j'ai lu tout le monde, mais pour ce qui est de répondre...

    Ils ne dorment jamais, mes commentateurs ?

    RépondreSupprimer
  37. Catherine,

    Evidemment. Ensuite, si devenus grands, ils ont envie d'apprendre l'Histoire de la Suède, personne ne leur met un pistolet sur la temps pour les en empêcher. Non ? Si ?

    RépondreSupprimer
  38. @ Geargies : ça, je dois dire que c'est hallucinant, oui (plus sérieusement, il y a un véritable problème dans le fonctionnement financier de nos sociétés, ce n'est même plus de l'inégalité, c'est un gouffre absolu)...

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.