dimanche 16 septembre 2012

Sous la morsure de mon dentier


Le samedi 4 août 2012, vers quatre heures et demie de l'après-midi, j'ai eu cette pensée profonde, aussitôt burinée dans le marbre le plus dur :

En fait, et tout le monde le sait bien, la seule solution pour faire disparaître l'envie de cigarette, c'est de fumer une cigarette.

À la relecture, ça sonne un peu comme du Oscar Wilde au petit pied.

Retour au néant de celle dont on ne prononce pas le nom

Entre 1940 et 1944 (point Godwin ! And the godwinner is…), les antisémites dénonçaient des juifs : on peut critiquer d'un point de vue moral, mais il faut reconnaître qu'il y avait là une certaine cohérence. Et puis, ça s'expliquait tout seul puisqu'il est bien connu qu'il s'agissait de méchantes raclures d'extrême-droite qui vendaient du beurre aux Allemands, même sans tickets de rationnement. 

De nos jours,  les délateurs antisémites sont progressistes, arabolâtres, adorateurs du pseudo-peuple palestinien, parfois blondes, et appellent à la fatwa contre les islamophobes, comme ils disent, ou plus simplement contre les racistes, notion qui a l'avantage d'être si vague et englobante que plus personne ne prend la peine d'expliquer ce qu'il entend par là. Cela ne leur pose pas plus de problèmes moraux qu'à leurs grands-parents de cœur des années sus-mentionnées ; au contraire, ces rejetons dégénérés éprouvent même une certaine fierté de leur “acte citoyen”.

On s'est bien amusé, ici, durant quelque temps, avec celle dont on ne prononcera plus le nom. Elle cesse d'exister à cette minute même et sera punie de sa crapulerie par où elle est le plus sensible : sa vanité de blogueuse, l'œil frétillant rivé à ses douze compteurs de visites.

Messieurs, vous pouvez rabattre la pierre tombale sur cette charogne et ses noirs bataillons de larves.

samedi 15 septembre 2012

Les idéologies sur l'autel de l'amitié

À Nicolas, pour emmerder certains…

Poursuivant ma lecture d'Isabelle ou L'arrière-saison, de Jean Freustié, cet écrivain incestueux et malsain mais heureusement mort, je tombe sur ce paragraphe, à la page 190 de l'édition originale (La Table ronde, 1970) :

« C'est curieux, pensait-il, à quel point dans les vieilles amitiés, les idéologies comptent peu. André et moi, nous sommes le jour et la nuit, noun ne nous entendons sur rien, pas même sur des goûts littéraires, parce que nos interprétations partent d'une conception du monde différente. Et malgré tout persiste cette chaleur en comparaison de laquelle les idées apparaissent comme un acquis un peu inutile, inapplicable en tout cas à une personne pourvue d'un vrai visage, parfaitement définie et que nul discours ne pourra jamais convertir. »

J'ajoute que ce roman est effectivement, comme le disait P/Z en commentaire il y a quelques jours, une superbe réussite, subtile, ondoyante et d'une grande sensibilité, à mille lieues de l'abjecte et sotte caricature qui en fut donnée par qui-vous-savez. J'y reviendrai sans doute dès que j'en aurai terminé la lecture.

Quand donc sont apparus les “profs clodos” ?

Petit repos bien mérité avant la reprise des cours…

La question était posée ce matin, sur un forum où je passe régulièrement. Je crois être en mesure de dater assez précisément l'apparition du phénomène. Ayant passé mon bac en 1975, j'ai eu la chance d'échapper totalement à cette engeance pré-modernœuse ; en revanche, mon frère, de quatre ans mon cadet, a eu droit, lui, aux premiers exemplaires mis en circulation par ce qui allait rapidement devenir l'Éduc' Nat' mais était encore, même si à l'agonie, l'Éducation Nationale. Je me souviens d'ailleurs fort bien de celui qui a débarqué en tête de pont au lycée Benjamin-Franklin d'Orléans. Je pense que c'était précisément en l'année scolaire 1974-1975. Il était “prof” de français, ce qui me stupéfia quand je l'appris, dans la mesure où il ressemblait plutôt au transfuge halluciné d'un groupe de rock progressif de la Côte Ouest. Bien entendu, non content d'être hirsute et dépenaillé, il pratiquait le tutoiement avec ses lycéens et, à la fin des cours, allait prendre un verre avec eux au café du coin (chez Mme Monique…), en copains. Moyennant quoi ses élèves, dont mon frère justement, parlaient de lui avec le plus tranquille mépris.

vendredi 14 septembre 2012

Le petit air de flûte de Dame Euterpe

Dame Euterpe s'apprêtant à se tortorer un nazillon tombé de son blogonid

J'ai beau avoir l'air, parfois, de me moquer de Juan Sarkofrance, je dois reconnaître qu'il n'avait pas mérité ça : héberger Dame Euterpe chez soi, c'est comme voir un camp de Roms s'installer au fond de son jardin, peut-être même pis. Je vous livre in extenso le dernier commentaire qu'elle a laissé chez ce malheureux – c'est un peu long mais ça en vaut la peine :

Pour ce qui est des excès que l'on me prête, ils surprennent et choquent à cause de la prégnation culturelle à la francaise. En France, une femme se doit d'être réservée et si elle subit une agression elle doit l'IGNORER. A la femme de s'effacer d' - ignorer - les intimidations et autres formes d'empiétement de son espace. Pourtant quand une armée attaque une citadelle, on ne va pas dire aux habitant.e.s de celle-ci : ignorer ou soyez très très gentil.le.s avec vos assaillants comme cela il ne vous feront rien. Cela semblerait du dernier ridicule. Cela n'empêche pas que l'on demande en particulier aux francaises de faire les douces et les gentilles et de prendre le moins de place possible. Seules peuvent s'étaler les femmes qui le font en défense d'un homme (cf : Suzanne la spécialiste du gâteau de Savoie qui- n'est-quand-même-pas-si bon-que-celui-du-pâtissier (une vraie allégorie de mon propos)). Alors là où on utilise le mot "con" à tour de bras (ce que l'on fait tout le temps et partout), j'utilise le mot "couille" et oh surprise les machos n'aiment pas et les femmes qui voient l'une d'entre elle briser la règle de la douceur et de l'effacement s'offusquent. Ils/elles préfèrent que l'on emploie l'insulte convenue faisant référence au sexe féminin (on est habituées hein !). Les plus machos sentent l'effet que cela fait et cela ne leur plaît pas, bien sûr. Les non-machos par contre comprennent parfaitement ma démarche. Car ca aussi c'est de l'engagement. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais n'y a toujours pas de loi interdisant le sexisme. On n'a pas le droit de comparer les noirs à des singes car une loi l'empêche, par contre on peut utiliser sans problème des hyènes pour représenter des femmes (dans la publicité par ex.). Tant qu'il n'y a pas de mesures protégeant les femmes contre le sexisme, il faut bien desciller les yeux des femmes et des hommes avec les moyens du bord. Et si mes contradicteurs s'amusent de moi, je m'amuse encore plus d'eux (ils ne s'amusent pas en fait, ils enragent comme l'a fait remarquer coup de grisou). En tout cas, votre intervention prouve autant que la leur à quel point mon attitude non-orthodoxe fait voler la poussière mentale qui encrasse les esprits.

À part mettre ce poulet en italique, je n'ai évidemment rien touché de sa prose : la prophylaxie n'est pas un vain mot. Donc, voilà, nous avons ici affaire à une sorte de Madame Mime 2.0 qui pense faire œuvre de féminisme de combat en traitant les gens de couilles plutôt que de cons. Ce faisant, elle “brise les règles” et interpelle au niveau de leur vécu aliénant les pauvres femmes qui, bien entendu, ne “s'offusquent” nullement de ses testiculaires dérapages mais se contentent de se foutre de sa poire. Elles ont tort puisque, de la part de Madame Mime 2.0, il ne s'agit nullement d'un léger coup de surchauffe mais d'une démarche.

Ensuite, parce que sa connaissance de sa propre langue est assez approximative, notre héroïne se met à dire à peu près n'importe quoi. Par exemple ceci : On n'a pas le droit de comparer les noirs à des singes car une loi l'empêche. C'est faux : il est parfaitement licite de comparer les noirs (ou les blancs ou les jaunes ou les lampadaires) à des singes ; ce qui ne l'est pas, c'est de les assimiler à des singes. Mais, évidemment, tous les moyens sont bons à qui s'est donné pour tâche de faire “voler la poussière mentale qui encrasse les esprits”.

Pour atteindre au clou de ce petit spectacle, il faut remonter un peu plus haut dans ce qu'on n'ose qualifier de texte. Jusqu'à ceci : Pourtant quand une armée attaque une citadelle, on ne va pas dire aux habitant.e.s de celle-ci : ignorer ou soyez très très gentil.le.s avec vos assaillants comme cela il ne vous feront rien. Cela semblerait du dernier ridicule. En effet, cela semblerait. Néanmoins, c'est bien ce que nous serinent tous les Rosaeux qui se traînent dans le paysage, dès qu'il est question d'islam et d'immigration massive (je rétablis la phrase en français d'avant) : « Ignorez ou soyez très gentils avec vos assaillants, comme cela ils ne vous feront rien. » C'est très précisément le sens premier, et même le seul, du mot qu'ils aiment tant : islamophobie.

En attendant, on aura tout de même ri un peu.

mercredi 12 septembre 2012

Juan Sarkofrance : bref, mais quand même

Je l'ai relu deux ou trois fois de suite, tellement c'était trop beau. En me demandant si j'avais affaire à une crise de naïveté satisfaite, à une éruption de tranquille cynisme ou à une poussée de sottise aveugle, de la part  de cet infatigable combattant des Forces de Clarté qu'est ce cher Juan Sarkofrance. Voici le paragraphe qui m'a arrêté ; il y est question de Manuel Valls, qui semble quelque peu obséder notre pauvre antisarkozyste, errant désormais comme une âme en peine dans notre paradis hollandien auquel nulle cellule de soutien psychologique ne l'avait préparé. À propos de Valls, donc :

« Il incarne l’exact schizophrénie qui occupe certains d’entre nous à gauche. D’une part, il prive la droite de ses arguments électoralistes avec des arguments qui n’en sont pas. Quand il détruit des camps de Roms, il détruit une large fraction du sarkozysme politique. Et, j’avoue, cela me réjouit, me régale, me soulage. Pour une raison essentielle: j’avais la nausée trop souvent en écoutant Sarkozy comme Le Pen jouer des Roms ou de l’immigration. Valls ne joue pas, il agit. »

Faites comme moi, relisez-le lentement : c'est un bijou, une perle, un miracle. Peut-on avouer plus de choses en moins de mots ? Non, je ne crois pas. La schizophrénie qui occupe nos progressistes, comme on occupe les enfants les mercredis pluvieux, ou encore comme l'ennemi occupe la citadelle prise ; la droite privée de ses arguments électoralistes par des arguments qui n'en sont pas (celle-là, elle va filer directement chez les Modernœuds) ; Valls qui, rasant les camps de Roms, demeure néanmoins dans celui du Bien, puisque ce faisant il détruit le sarkozysme ; le soulagement et la réjouissance de ce bon Juan qui, les proclamant, avoue qu'il se fiche comme d'une guigne des Roms réels : seul le sarkozysme compte, n'est-ce pas ? Enfin, l'apogée du ridicule, l'acmé du délire : Sarkozy (et Le Pen qui arrive in extremis pour faire vilain dans le tableau) était un monstre car il jouait des Roms ; Valls, lui, est un saint car il les expulse. Sans jouer.

Il y a environ un an, je disais je ne sais plus où que, pour préserver la santé psychique de ce Juan-là, il fallait absolument que Nicolas Sarkozy soit reconduit dans ses fonctions, car sa raison ne survivrait pas à la perte de son axe unique. On commence à constater que j'avais raison. L'état de désarroi mental du camarade est fort bien résumé par une toute petite phrase du second paragraphe, lequel constitue son “d'autre part” ; phrase de quatre petits mots, qui pourrait d'ailleurs lui être érigée en devise :

« Bref, mais quand même. »

À la mémoire de Jean Sobieski et de Charles V de Lorraine


Au soir du 11 septembre 1683, Vienne s'apprêtait à tomber aux mains du Grand Vizir Kara Mustafa, dont les troupes étaient plus de deux fois supérieures en nombre à celles de Charles V de Lorraine, qui tenait encore la ville assiégée, augmentées de celles du roi de Pologne, Jean Sobieski, qui, respectant à la lettre ses engagements, se portait à son secours.

À quatre heures du matin, le 12 septembre, le combat s'engage. Les Turcs sont proches de l'emporter lorsque Jean Sobieski lance son infanterie à l'assaut. Après douze heures de combat, les Ottomans sont défaits et se retirent dans le plus grand désordre.

Cette victoire des chrétiens fut le point de départ d'une reconquête qui allait durer seize ans, permettre aux Habsbourg de récupérer la Hongrie et la Croatie, et surtout marquer la fin des prétentions turques sur l'Europe centrale. Il faudra ensuite trois siècles aux mahométans pour mettre en place de nouvelles modalités de conquête, moins voyantes, et pour comprendre tout l'intérêt d'avoir des alliés sûrs dans les places à prendre, afin d'endormir les velléités de résistance qui leur avaient coûté si cher en 1683.

Avec tout cela, nous sommes le 12 septembre.

lundi 10 septembre 2012

Eh bien si, les andouilles servent à quelque chose !

Lire un roman de Jean Freustié ne faisait pas, jusqu'à hier, partie de mes priorités, je le confesse ; et je ne l'aurais sans doute jamais fait, sauf s'il était venu de lui-même se placer entre mes mains – ce qui arrive. Mais évidemment, que l'un ou l'autre devienne soudain la cible de la joyeuse troupe des Rosaeux (le masculin doit l'emporter sur le féminin, ça ne se discute pas) de la blogosphère ou d'ailleurs, voilà qui le rend tout de suite digne d'intérêt, si ce n'est désirable. On se dit que, pour déclencher une aussi immédiate production de bave chez les bigots des temps actuels, il faut bien qu'il ait quelque chose pour lui, ce malheureux livre – en dehors de son titre, qui me plaît beaucoup. Si, de surcroît, P/Z (l'un de mes maîtres-étalons, si je puis dire, en ces matières) intervient pour affirmer qu'il s'agit effectivement d'un bon roman, alors il n'y a plus qu'à se précipiter du côté de chez Amazon et à régler l'affaire en deux ou trois clics. Le dernier doute est levé au moment où vous découvrez qu'un vendeur vous propose son exemplaire contre la somme de deux euros : avoir la possibilité de faire un doigt d'honneur à Rosalui pour le prix d'un petit noir en terrasse, vous avouerez…

samedi 8 septembre 2012

La littérature vue de la gauche verdurin

Qu'est-ce qu'une bigote ? Dans le langage populaire, c'est une femme frustrée pour qui la bite est l'ennemi. La bite en question, évidemment, est protéiforme selon les époques, la bigote étant toujours le plus sûr soutien de l'idéologie dominante. De plus, précisons que la bigote peut parfaitement être un homme : dans ce cas, on parle d'un bigot. Par exemple, au mitan du XIXe siècle, la bigote type pouvait très bien être procureur impérial, s'appeler Me Pinard et condamner Baudelaire et Flaubert, au nom de toutes les bigotes qui le poussaient dans les reins. Il ne faut pas se moquer des oukases de Me Pinard : il était parfaitement représentatif de son temps et exprimait les indignations de la majorité bêlante alors en place.

De même, il serait trop facile de se moquer de Mamie Rosa, chaisière moderne : à l'instar de Pinard, elle est incapable d'envisager un livre pour sa valeur propre : s'il ne veut pas être immédiatement brûlé en place publique, un roman se doit, dans le petit camp de rééducation qu'est la société dans la tête de Mamie Rosa, de promouvoir les aberrations mentales en vogue, à l'exclusion de toute autre. Un romancier “responsable” doit s'interdire d'aborder certains thèmes ; et s'il le fait tout de même, il doit bien entendu se refuser à tenter de les comprendre et se contenter, comme font toutes les Mamies Rosa de la planète Europe, de les condamner vigoureusement, pour l'édification des masses. Ainsi, Mamie écrit :

« Il y a quelques années en arrière, je suis tombée par hasard sur un livre qui avait quand même eu le Prix Renaudot et dont l'auteur a un style effectivement très bon, le roman est de bonne facture littérairement parlant.
Cela s'appelle Isabelle ou l'Arrière-Saison, de Jean Freustié: le titre est poétique, c'est clair.
Mais cela s'arrête-là: ce truc est un torchon idéologique malsain. Cela raconte l'histoire d'un type de 45 ans tombant amoureux de sa fille (qu'il ne connait pas(!) l'auteur est bien sûr hypocrite...on est pas à cela prêt), et tout le long la gamine de 15 ans (et pas 17 comme on voit sur les résumés), joue une espèce de séduction dont le brave gars de père est victime...à vomir...puisque l'auteur joue sur la fameuse légende de l'allumeuse...vous savez, celle qu'on nous sort pour justifier le viol...bien sexiste avec ça...
Le père se "guérit" en se tapant la copine du même âge.

Et bien, ce torchon infect ne semble pas avoir traumatisé grand monde à l'époque, si jamais vous vous rappelez d'un quelconque parfum de scandale, faites-moi signe. »

Passons bien entendu sur le côté folklorique de la syntaxe de la dame. Je précise que je n'ai jamais lu la moindre ligne de Freustié, mais il va de soi que ce genre de crapulerie morale me donne irrésistiblement envie d'y aller voir, ce qui n'est déjà pas si mal. Comme Freustié est mort depuis près de trente ans, il devrait se remettre sans trop de peine de cette attaque en bigoterie modernœuse. Mais on sent bien que si le bas-bleu dont on cause pouvait le faire rayer des listes d'Amazon et de la Fnac réunis, il ne s'en priverait pas. Du reste, la dame a des alliés de plus en plus nombreux parmi les “petits libraires” dont je vois mal comment un individu normal pourrait ne pas souhaiter la mort la plus rapide et la plus douloureuse, tant ils sont devenus acharnés à se transformer en commissaires politiques plutôt qu'en vendeurs de livres.

Milan Kundera dit dans l'un de ses essais critiques (je ne sais plus lequel) que le roman est ce “territoire où le jugement moral est suspendu”.  Demander à une aigre bigote de suspendre son jugement moral revient à la condamner à mort, car alors il ne lui resterait rien ; ce qui serait déjà un effet hautement bénéfique du roman. Dans le monde de Mamie Rosa, il n'y a pas de place pour le roman, pas de place pour la littérature, pas de place pour rien de véritablement humain : juste des barbelés et des idées ; idées à l'intérieur des barbelés, idées en dehors (chargées de surveiller celles qui sont à l'intérieur).

On va dire que je m'acharne sur cette pauvre fille : je ne crois pas. Elle est loin d'être la seule à “penser” sur ces rails-là, la blogosphère en fourmille. Simplement, comme elle est stupide et candide, ça se voit beaucoup mieux chez elle que chez d'autres : Mamie Rosa est notre mètre étalon, c'est en cela qu'elle fascine. Et comme on est finalement assez longanime, bien que nauséabond, on ne dira rien de cette fierté qu'elle étale lorsqu'elle prend les spams qui fourmillent sur son blog, comme sur les nôtres, pour des lecteurs véritables.

Mamie Rosa doit continuer à vivre et à s'exprimer (comme on le dit d'un furoncle qui perce enfin) : telle est notre croix.


(Je reconnais qu'assimiler la gauche à Mamie Rosa, dans mon titre, est un coup bas de ma part : j'en sais qui savent lire, et comment. C'est comme si on ramenait la droite à Andres Breivik.)

vendredi 7 septembre 2012

L'adieu aux livres


Il y a environ deux heures, en cliquant sur la touche “passer la commande”, Catherine et moi avons effectué un saut quantique qui ne laisse pas de m'effrayer encore un peu. D'ici quelques jours, nous devrions recevoir une liseuse Kindle Touch. Il va de soi que, dans un premier temps, je laisserai la douce moitié de moi-même essuyer ces nouveaux plâtres électroniques, ayant bien trop la crainte de passer l'engin par la fenêtre au moindre refus d'obtempérer qu'il ne manquerait pas de m'opposer. Mais, ensuite, je compte le bourrer à ras la mémoire de tout un tas d'œuvres écrites qui ne peuplent pas ma bibliothèque, et ce pour des prix défiant toute concurrence, voire pas de prix du tout.

Il n'empêche que, depuis tout à l'heure, depuis que l'irrémédiable a été accompli, j'ai l'impression que les livres, ici, me regardent d'un drôle d'air.

La fait-diversité : acte de naissance officiel


Le paragraphe qu'on va lire est extrait d'une interview donnée par Renaud Camus à Valeurs actuelles. Comme l'entretien a paru tronqué dans le magazine, il est reproduit ici dans son intégralité. J'ai choisi ce passage car je trouve très heureusement venue la formation de ce néologisme, la fait-diversité. Camus y répond à la question suivante : Y a-t-il un génie des peuples, et plus spécialement un génie français ? Et si oui, en quoi consistent-ils les uns et les autres ? Et en quoi sont-ils menacés ?

« Il y avait des caractères propres à chaque communauté ethnique ou culturelle, qui se manifestaient dans des formes de toit, de fenêtre ou d’arcades sourcilières, dans des répartitions de l’ombre et de la lumière à l’intérieur des tableaux, des timbres et des nuances chromatiques au sein de la musique instrumentale, des galbes de meubles, des expressions du visage, des lignes de fuite au sein des jardins, des prééminences de saveur dans la cuisine, des façons d’être de bouleaux, de chênes, de chiens, de pivoines, de ruisseaux, de jeunes filles. Stendhal, quand il voyage dans le Midi, prend soin de décrire le type physique des femmes de chaque ville — pas le costume, non : la bouche, le nez, les yeux. « Le divers décroît » constatait déjà Segalen. L’humour noir du sort veut qu’il décroisse au nom même, menteur, comme tout le reste, de la sacro-sainte “diversité”, de même que le triomphe du même a pour meilleur fourrier, par un apparent paradoxe, le culte officiel et obligatoire de l’“autre”. Plus il y a d’“autre(s)”, c’est curieux, moins il y a d’altérité dans le monde, dans la cité, dans la vie de l’esprit et dans l’être. Quant à la “diversité”, désormais quatrième mousquetaire de la devise républicaine, elle semble, à en juger par ses conséquences sur l’ordre public et l’harmonie sociale, le nom générique des faits-divers. Bien que les “divers” ne soient pas seuls à les alimenter on est parfois tenté, tant leur place y est éminente, d’appeler fait-diversité la chronique de la nocence, les annales de l'“insécurité” — à moins qu’il ne faille parler de la mauvaise fée Diversité, inspiratrice des méfaits de tant de ses “issus”… »

À propos du conflit arabo-palestinien


« (…) Si l’on peut reprocher à Israël d’être, à certains égards, un pays à deux vitesses, il reste à l’heure actuelle le seul de la région à promouvoir, ainsi que le prévoit la Déclaration d’Indépendance de 1948, « une complète égalité de droits sociaux et politiques (…), sans distinction de croyance, de race ou de sexe. » C’est pourquoi, il compte de nombreux citoyens arabes aux fonctions étatiques les plus hautes : à la Knesset, par exemple, plusieurs députés arabes ont été élus dont Taleb El-Sana, Ahmad Tibi ou Muhammad Barakeh ; à la Cour suprême d’Israël, le juge Salim Joubran siégea lorsque la haute juridiction condamna, en novembre 2011, l’ancien président d’Israël, Moshé Katzav, à sept ans d’emprisonnement pour harcèlement sexuel et viols. En dépit du régime démocratique qui fait d’Israël une exception au cœur d’une région ravagée par les dictatures militaires et religieuses, cet État est régulièrement comparé à une nation d’apartheid.

« À titre de comparaison, à l’heure actuelle au Liban, plus de 400 000 réfugiés palestiniens restent apatrides, géographiquement et socialement cantonnés à des emplois déterminés ; en Syrie, ils sont méprisés et manipulés par des dirigeants dont la politique fut toujours celle de la division permanente de la scène politique palestinienne. En Jordanie, ils sont également méprisés en raison de l’épisode Septembre noir orchestré par Yasser Arafat en 1970 contre la monarchie hachémite et ils furent déchus de la citoyenneté jordanienne lors du désengagement de la Cisjordanie en 1987. En Égypte, les Palestiniens subissent le dédain des autorités, qui contrôlaient Gaza d’une main de fer jusqu’en 1967 avant de l’abandonner définitivement en 1978 à Israël, marquant ainsi sa “trahison” de la cause palestinienne. (…) »


jeudi 6 septembre 2012

Comment faire crever les mères ?


Je sortais de la boulangerie de l'avenue de l'Europe, à Levallois, une expérience soft que je ne souhaite à personne, notamment en raison de la qualité du pain qu'on y vend. Mais enfin j'en sortais. En même temps que moi, mais par l'autre porte, une femme que je n'ai pas regardée, avec un enfant, un garçon, un tout petit, je dirais : entre deux et trois ans. 

Ce gamin, donc : prêt à se jeter dans mes jambes, mignon comme vous n'avez pas idée, même pour un type dans mon genre qui déteste les enfants, ou est censé les détester. Tout brun, tout bouclé, souriant et délié de la parole. Moi, ma baguette sous le bras, vieux con irrémédiable, je contemple ce petit lutin-là ; il va et vient sous l'arcade, mais pas loin car il est tout petit, tout jeune, à peine vivant, je trouve, durant les quatre ou cinq mètres que nous parcourons ensemble entre cette boulangerie et… et tout le reste de sa vie. 

Je suis presque attendri (avec ma baguette sous le bras, ce qui n'aide pas) : vraiment, ce petit machin, ce bout d'homme, ce petit zébulon frisé et souriant, on pourrait s'en accommoder, n'est-ce pas ? S'en faire un pour soi, pour peu qu'on ait le réceptacle féminin nécessaire. Bon, on n'a pas envie, on l'a déjà dit : pas d'enfant, berk ! Mais enfin, ce petit truc, là, frisé, qui gambade et gazouille, n'est-ce pas…

C'est à ce moment que (il ne s'est pas passé plus de cinq ou six secondes) la “maman” ouvre sa gueule, sa terrible gueule de “maman”. Et elle dit ceci :

« Ethan ! Viens-là mon chéri ! Ethan ! »

Ethan. Ce petit garçon merveilleux s'appelle donc ainsi : Ethan.  Comme Buthan, Propan, autre gaz, etc. Je ne le reverrai jamais, ce gamin entrevu hier. Mais évidemment, je vomis sa mère. Qui l'a appelé ainsi : Ethan. Qui lui a donné un nom de gaz. 

Pouffiasse. Va crever.

mercredi 5 septembre 2012

Guide du broutard : de plus en plus con, mais dans le bon sens

Déjà, jeunes, ils étaient moches et avaient l'air con. Rien ne s'est arrangé avec le temps : désormais, la chouette équipe des broutards arbore sur la chouette photo qui trône en chouette quatrième de couverture de leurs chouettes petits guides, de chouettes maillots rayés qui les font ressembler à ce qu'ils sont : de chouettes bagnards de la teuf à petits prix. Mais le meilleur – encore une chouette nouveauté, je crois bien –, c'est la fière proclamation, toujours en chouette quatrième de couverture, des “valeurs que nous défendons”. Je vous les livre in extenso et dans l'ordre où elles sont proposées à notre chouette convoitise :

Coups de cœur, tolérance, générosité, respect, Droits de l'homme, sincérité, rencontres, indépendance, fous rires, curiosité…

J'ignorais que les rencontres et les fous rires fussent des “valeurs”, mais il vrai qu'on nous cache parfois de chouettes choses. À mon sens, parmi leurs chouettes valeurs, ils ont oublié le frigo et le nombre d'or – mais personne ne peut penser à tout,  même pas le chouette, le tolérant, le généreux, le respectueux, le droit-de-l'hommiste, le sincère, l'indépendant, le curieux Philippe Gloaque.

lundi 3 septembre 2012

Que le monde, ailleurs, s'agite, bruisse, allume ses fêtes


Je me suis dit qu'après le tombereau d'insanités suffisantes que je vous ai plus ou moins contraints d'ingurgiter hier, je vous devais, aujourd'hui, un peu de silence et de mélancolie. Un peu d'absence. En voici donc.

« Et comme Bruges aussi était triste en ces fins d'après-midi ! Il l'aimait ainsi ! C'est pour sa tristesse même qu'il l'avait choisie et y était venu vivre après le grand désastre. Jadis, dans les temps de bonheur, quand il voyageait avec sa femme, vivant à sa fantaisie, d'une existence un peu cosmopolite, à Paris, en pays étranger, au bord de la mer, il y était venu avec elle, en passant, sans que la grande mélancolie d'ici pût influencer leur joie. Mais plus tard, resté seul, il s'était ressouvenu de Bruges et avait eu l'intuition instantanée qu'il fallait s'y fixer désormais. Une équation mystérieuse s'établissait. À l'épouse morte devait correspondre une ville morte. Son grand deuil exigeait un tel décor. La vie ne lui serait supportable qu'ici. Il y était venu d'instinct. Que le monde, ailleurs, s'agite, bruisse, allume ses fêtes, tresse ses mille rumeurs. Il avait besoin de silence infini et d'une existence si monotone qu'elle ne lui donnerait presque plus la sensation de vivre. »

Georges Rodenbach, Bruges-la-Morte, GF Flammarion, pp. 65-66.

dimanche 2 septembre 2012

Un bel exercice d'antisémitisme primaire, comme on aimerait en lire plus souvent


Si vous n'avez pas peur d'aller barboter dans le cloaque, franchement ça vaut la peine…

samedi 1 septembre 2012

Comment je suis devenu réactionnaire sans douleur ni même m'en apercevoir

Renaud Camus, écrivain cristalliseur…

Hier, le jeune Gaël (je ne sais pas son âge, mais je sais qu'il est assez nettement plus jeune que Nicolas, et donc a fortiori que moi), sur son blog De tout de rien, me disait, en réponse au commentaire que je venais de lui laisser, qu'il pensait justement à moi et se demandait où je pouvais bien en être, sur le plan idéologique, dans ces années quatre-vingt-dix qu'il évoquait, et à quel moment j'étais passé “du côté obscur de la force” – selon sa propre expression. Bien entendu, il a employé cette formule par humour ; néanmoins, elle reflète très bien ce que pensent plus ou moins consciemment tous les gens de gauche à propos de ceux qui ont abandonné les idées auxquelles eux continuent de s'accrocher : que notre changement de perspective ne peut être qu'une chute, un lâcher-prise ; qu'en disant adieu à tous les idéaux plus ou moins fumeux, nous succombons à je ne sais quel bas instinct, qui se nicherait en tout homme et qu'il importerait de combattre vigoureusement. Pendant ce temps, bien entendu, nous autres pensons – tout aussi sincèrement – que nous avons enfin accédé à la lucidité, que nos yeux se sont décillés ; et nous plaignons les malheureux progressistes de continuer à errer comme ils font dans les brouillards de leur jeunesse attardée. 

Bref, j'ai botté en touche, comme disent mes confrères en journalie, et lui ai dit que la réponse à sa question était assez difficile à donner, y compris à moi-même, mais que j'allais tenter de l'éclaircir, au moins dans mon journal. Ma première tentation, si je réponds vite et sans trop examiner la question, serait de dire que je suis devenu réactionnaire (mot employé faute de mieux et qui ne recouvre pas exactement ce que je crois être) sur le tard, assez précisément en 2006, le véhicule de ma “conversion” ayant été les livres de Philippe Muray dans un premier temps, et ceux de Renaud Camus juste après. C'est ce que j'ai d'abord pensé. Ensuite, il a commencé à me sembler qu'il y avait quelque chose d'un peu étonnant dans un changement de point de vue à la fois aussi tardif et à ce point radical, massif, comme dirait l'autre en parlant de l'ennui qui naît immanquablement chez le lecteur de mon journal. Il devait bien y avoir autre chose.

Petit à petit, en repensant à certaines de mes réactions face à tel ou tel événement précis du passé, j'en suis arrivé à me dire que, sans doute, mes lectures de Muray et Camus avaient opéré en moi non pas une quelconque conversion mais une cristallisation, qu'elles m'avaient servi à réunir et à structurer des éléments disparates et épars qui, pour cette raison même, m'étaient jusqu'alors demeurés invisibles, ou en tout cas pas assez signifiants pour remettre en cause une appartenance au “camp” de la gauche, posée par moi comme un indiscutable a priori, un postulat à la remise en cause impensable. Je me suis alors rendu compte que mon réactionnariat était beaucoup plus ancien que je ne le croyais ; et peut-être même que mon “progressisme” n'avait jamais existé plus profondément qu'au stade de la pure et simple jactance. Jactance qui, je le crains fort, m'avait été inspirée par un banal conformisme sécrété par l'époque à laquelle je fus jeune. Plus guère de doute : j'avais été, durant des années, un réac-avant-l'âge, mais affublé du gros nez rouge de la révolution et coiffé de la perruque jaune paille des lendemains qui chantent.

Sinon, comment expliquer, dès le début des années quatre-vingts, mon admiration jamais démentie pour le pape Jean-Paul II ? Mon enthousiasme, à la même époque, pour la montée en puissance de Solidarnosc ? Ma satisfaction, en 1984, de voir réélu Ronald Reagan, au prétexte qu'il était le plus anticommuniste des candidats à la Maison-Blanche ? Ma très force suspicion devant la farce sandiniste au Nicaragua ? Et mon dégoût instinctif pour l'éducation permissive, qui commençait d'exercer ses ravages chez les jeunes parents ?

Mais, tous ces éléments, ces petits faits isolés, il ne me serait pas venu à l'esprit de les relier entre eux, de les réunir afin qu'ils dessinent mon portrait. Pour cela, il a fallu le “coagulant” que furent les lectures conjointes de Muray et de Camus. Et ce qui m'amuse aujourd'hui, c'est de voir certains individus, notamment chez les blogueurs, qui sont eux-mêmes, en ce moment, dans cette situation prémurayenne, antécamusienne, où j'étais alors : ils se disent et se pensent sincèrement toujours-de-gauche, mais dès qu'ils expriment une opinion, ou mieux : une réaction, celle-ci est quatre fois sur cinq en opposition radicale avec ce qu'ils prétendent être.

Comme suis un bon garçon, je ne donnerai pas de noms.

vendredi 31 août 2012

Dans le labyrinthe


Il est amusant de constater que, lorsqu'un couple de mots très voisins dans leurs orthographes et prononciations – variations souvent dues à des particularismes régionaux – servent à désigner une même chose, et que l' un des membres de cette thébaïde finit par l'emporter sur l'autre, il est amusant de constater, donc, que le second, le vaincu, se réfugie volontiers dans ce monde souterrain du vocabulaire qu'est l'argot. Il en va ainsi, par exemple, mais il y en a beaucoup d'autres, du couple châtaigne/castagne. Déjà, on peut noter que ces mots sont moins différents que ce qu'une oreille contemporaine peut entendre, puisqu'en toute logique on devrait parler d'une châtagne, tout comme il conviendrait d'évoquer les écrits de Michel de Montagne ou les tableaux de Philippe de Champagne ; mais on ne va pas rembobiner tout le film non plus. De la même façon, je ne suis pas certain que l's de castagne se soit toujours prononcé – je suis même enclin à penser le contraire.

L'affaire, évidemment, se complique un peu du fait de cloisons mal étanches au sein de notre doublet, qui font que l'on peut très bien (ou plutôt très mal, si elle est bien assénée) se prendre une châtaigne au cours d'une castagne – c'est même plus ou moins le but du jeu. Et elle se complique encore si la châtaigne, flanquée ou morflée, se transforme en marron, alors même que ce que les marchands de marrons grillés vendent dans leurs cornets ne sont en réalité que des châtaignes, les authentiques marrons étant pour leur part incomestibles. Les adversaires du cheveu coupé en quatre auront beau jeu de nous rétorquer qu'il n'y a qu'à, en matière de grignotage, se contenter de noix et de noisettes. Le problème est que, toujours en langue verte, ces deux mots servent également à désigner les couilles, ce qui ne risque pas d'éclaircir notre horizon. D'autant moins que, s'il arrive que l'on consomme effectivement des couilles, de mouton par exemple, on les désigne alors par d'autres mots ou expressions tels qu'amourettes, frivolités, animelles ou rognons blancs. Quant aux rognons, ils ne sont rien d'autre que des reins ; lesquels, lorsqu'ils nous font souffrir, servent alors à désigner notre colonne vertébrale ou nos articulations de bas du dos. 

Tout cela a l'air un peu compliqué, je l'accorde ; mais c'est qu'en matière de langue, tout fait ventre.

jeudi 30 août 2012

mercredi 29 août 2012

De l'importance gastronomique et cannibale de la virgule


Depuis hier, une affichette a fait son apparition sur l'un des murs de la salle du rewriting. Elle ne comporte que deux phrases, qui sont les suivantes :

Et si on mangeait les enfants ?

Et si on mangeait, les enfants ?

Chacun aura compris que la première a été éructée par un socialiste tenté par le Front de Gauche, cependant que la seconde a été tendrement murmurée par une irréprochable mère de famille catholique aux lèvres purpurines…

mardi 28 août 2012

Méfiez-vous, nos autoroutes ne sont plus sûres !


Ce matin, tous les panneaux lumineux des autoroutes A 13 et A 14, qui d'ordinaire renseignent les automobilistes sur l'état de la circulation et sur la nature de la sauce à laquelle on s'apprête à les accommoder, tous ces panneaux n'affichaient plus qu'un unique et même message, sybillin jusqu'à générer un début d'angoisse. Je vous le livre :

ALERTE ENLÈVEMENTS :
ÉCOUTEZ LA RADIO

J'ai d'abord et immédiatement pensé – vous auriez eu le même réflexe, je n'en doute pas – qu'un ou deux bataillons de gentils gens du voyage avaient soudainement envahi mes autoroutes afin de s'y livrer à leurs habituels kidnappings de petits enfants souchiens activités d'artisanat. Puis je me suis dit que la nauséabonderie n'autorisait tout de même pas de s'abandonner à n'importe quelle paranoïa échevelée, et j'ai tenté de trouver d'autres significations plus plausibles à cette étrange injonction.

Le problème est que je n'en ai trouvé aucune.

lundi 27 août 2012

Les gens du voyage : heureusement Pierrot 13 était là


Nous autres, les va-de-la-gueule nauséabonds, on se fait facilement des idées fausses à propos des gens du voyage. Moi, par exemple, j'ai longtemps cru que “gens du voyage” était synonyme de “touristes” : on m'a fait comprendre que non, que ça voulait dire “romanos”. Bon.

Ensuite, j'étais bourré de préjugés à leur endroit. Con et crédule comme je suis, je croyais dur comme fer ce que disent les gendarmes – quand ils osent l'ouvrir, qu'ils se sentent en confiance, qu'ils ont vérifié l'absence de micros dans les plinthes… –, à savoir que l'arrivée d'une troupe d'encaravanés implique systématiquement une recrudescence des vols et des cambriolages dans la région où ils nous font l'honneur de bivouaquer pour nous faire profiter de leur culture différente. Comme j'étais naïf ! Heureusement, Pierrot 13 est arrivé pour m'expliquer que c'était juste un “effet d'aubaine”.

Qu'est-ce qu'un effet d'aubaine ? C'est le résultat direct de ce racisme viscéral qui nous anime, vous et moi, depuis Clovis et sans doute même au-delà. Que se dit le bouseux souchien lorsqu'il voit débarquer chez lui ce merveilleux peuple venu d'ailleurs ? Que c'est le moment d'aller cambrioler la ferme du Fernand, puisque de toute façon ces salopards de flics vont aussitôt accuser le merveilleux peuple venu d'ailleurs. De plus, il peut y aller en toute tranquillité, puisque, dans le même temps, le Fernand sera en train de voler le Range Rover tout neuf du Mathurin, lequel… etc. C'est ça, l'effet d'aubaine, et c'est franchement dégueulasse de notre part, je trouve.

D'autant plus que, pendant ce temps, le merveilleux peuple venu d'ailleurs, et toujours d'après le merveilleux Pierrot 13 malheureusement d'ici, sue sang et eau pour garder son bivouac “propre, clair et rangé”, comme n'importe quel employé municipal vous confirmera qu'ils sont toujours, et à se livrer à l'activité artisanale qui est sa seule raison de vivre et le fait vivre bien : dix paniers tressés vendus, une mercedes achetée.

Il y a bien, dans l'idyllique tableau brossé par notre Pierrot lunaire, la question de cet “investisseur de la Famille” qui pourrait faire froncer le sourcil à quelque Franchouillard soupçonneux et de mauvaise foi. Mais quoi : on ne va pas se fâcher pour si peu, si ?

dimanche 26 août 2012

Louis-Benoît en est un beau

 Ç'a commencé au téléphone, cet après-midi. J'ai d'abord cru à l'une de ces habituelles publicités d'un “partenaire EDF”. Mais non : c'était Louis-Benoît dans ses œuvres. Il était très colère, Louis-Benoît, et, pour que je le sente bien, il prenait une grosse voix fâchée, le ton martial d'un commissaire politique en uniforme. Il s'est présenté comme suit : « Bonjour, je m'appelle Louis-Benoît Greffe, vous ne me connaissez pas ! » Non, en effet… Puis : « Je suis journaliste ! » Tiens donc…

J'étais moi-même occupé à me dépêtrer des douze mille signes que j'avais à écrire, et peu enclin à babiller. Je l'en avertis : « Faites bref, j'ai peu de temps à vous consacrer, je travaille. » Lui : « Pour France Dimanche ? » Moi : « Ça ne vous regarde pas. » Le décor était donc posé.

Là-dessus, Louis-Benoît m'explique d'entrée de jeu…

(Il vient à l'instant de rappeler deux fois : ce type est fou.)

… d'entrée de jeu, disais-je, qu'il va alerter la HALDE car je me suis moqué des prénoms celtes dans ce billet. À ce stade, je commence à penser à  une blague de socialistes bourrés, en goguette à La Rochelle. Je ne prends pas la peine de lui rappeler que la Halde n'existe plus, j'ai du boulot, mon humeur est moyennement festive.

Quelques minutes plus tard, je puis constater que Louis-Benoît n'est pas une plaisanterie mais un humanoïde raté comme il en existe un certain nombre dans le monde réel et encore plus dans la blogosphère. Il possède un site et il m'a consacré un billet. Citation tronquée, comprenette en berne, délire sur les roues arrière : on sent le type qui a oublié de prendre ses cachets ce matin. L'envie me vient de le présenter à Rosaelle, histoire de les anihiler tous les deux une bonne fois. Je résiste.

Arrivé à l'heure de l'apéritif (car dans l'intervalle j'étais venu à bout de mes douze mille signes et j'estimais que cela valait récompense), reparlant de ce triste guignol, j'ai expliqué à Catherine  qu'il ne faudrait pas me pousser trop pour que je me mette à avoir pitié de Louis-Benoît. J'avais déjà commencé à le voir, pauvre Celte folklorique, allant couper du gui en ample robe blanche au solstice de juin, se cassant la gueule du grand chêne multiséculaire, se coupant avec sa faucille d'or, se plantant avec Falbala et se terminant à la main, celle qu'il ne s'était pas blessée dans le grand chêne. Comme si j'y étais. Et sincèrement désolé pour lui, je prie qu'on me croie.

Évidemment, Louis-Benoît, comme tous les inadaptés, a sa face d'ombre, ses acides gastriques qui lui remontent à la gorge et lui niquent les cordes vocales. Il connaît les mots-qui-tuent : raciste, fasciste, loi, etc. Il s'indigne que personne n'ait encore songé à m'enfermer. Il supplie qu'on lui confie un mirador, et il a raison : tant de bonne volonté inemployée, c'est un vrai gaspillage. Il aurait fière allure, notre Louis-Benoît, en haut de son échelle, sur sa petite plateforme, sa petite mitraillette au flanc droit, à guetter les déviants qui rampent. Même les filles finiraient sans doute par le regarder.

Hélas, vraiment hélas, l'époque n'est pas encore tout à fait mûre pour les Louis-Benoît. il est né trop vieux dans un monde trop tôt. Les miradors ne sont qu'en construction et on n'y a pas encore installé les petits radiateurs électriques qui lui rendraient le séjour en altitude si confortable. Mais ça viendra, mon Louis-Benoît, ça viendra. Prends patience. Les gens comme toi finissent toujours par trouver la place qui leur convient, celle pour laquelle ils étaient faits.

Kenavo, ma poule.

samedi 25 août 2012

« Procrastiner ! », songea-t-il.


Cela faisait bien une heure et demie que je m'expédiais à intervalle régulier des coups de pied au cul, afin de m'inciter à quitter le fauteuil du salon pour venir ici accomplir le travail dûment promis à mes instances supérieures. Mais je ne bougeais pas plus que cela et continuais à lire – mal, car il est assez difficile de se concentrer sur un livre lorsqu'on se prend une pointe de botte dans le fondement toutes les trois minutes. C'est alors que je suis tombé sur ce passage :

« Nous sommes des paresseux… Toujours des ruses pour éviter l'effort terrible, l'affrontement… – Oui, pour différer l'instant où il faudra faire le bond… sauter dans le vide… Je me dis chaque fois : ce coup-ci, c'est fini. Je vais me briser les reins. Et pourtant on a été, n'est-il pas vrai ? instruit par tant d'expériences… On devrait savoir qu'on retombera sur ses pieds… On sait qu'on s'en sort toujours… Mais comme c'est étrange, chaque fois on l'oublie, on repart chaque fois à zéro, en éternels débutants… – Et dire qu'il se trouve des gens pour nous envier… »

Nathalie Sarraute, Entre la vie et la mort, La Pléiade, p. 676.

J'étais fait comme un rat.

vendredi 24 août 2012

Modernœud en ses langes


L'effondrement d'une culture, d'une société, d'un pays, d'un monde, ne se mesure pas au fracas qu'il entraîne. Pour la raison que, généralement, il ne provoque aucun fracas : nous crevons à bas bruit. Qui veut ne rien voir ni entendre le peut fort bien ; mais qui s'inquiète trouve partout des motifs de tristesse. Ainsi, dans le plus récent bulletin paroissial de Pacy-sur-Eure, je tombe sur le carnet des baptêmes, pour la période allant d'avril à juin. Ils sont au nombre de 36. J'y relève les prénoms suivants :

– Charline
– Elyne
– Maelys
– Ambre
– Hayden
– Océane
– Jao
– Kloé
– Noa
– Théro
– Dusan
– Maëlis
– Noah
– Ambre
– Léna
– Louka
– Jade
– Louka
– Alyssa

Je comprends mieux, après ce déferlement de monstruosités modernœuses et télévisuelles, tous ces parents hâtivement grimés en Français qui persistent à nommer leurs enfants Mohammed ou Jamila : au moins, eux, savent-ils ce qu'ils font et qui ils sont. Quant à mes amis réactionnaires et catholiques qui pensent qu'il suffirait, pour tout arranger, de rétablir le christianisme dans sa splendeur et ses droits, ils se fourrent, je le crains, gravement le doigt dans l'œil.

jeudi 23 août 2012

Non, non, non, Saint-Aubin n'est pas mooort ! (Air connu.)


C'est Nicolas qui m'a remis sur sa piste. Évidemment, il a fallu qu'il tombe sur le roman qui comportait “la comète” dans son titre, alors qu'il avait le choix entre dix, même si le site sur lequel je suis arrivé en tapant “Didier Saint-Aubin” dans le moteur de recherches n'en propose que six à la convoitise des foules.

C'était notre fameuse rubrique : L'Année où, sous un faux nom, Didier Goux a failli devenir immensément riche ; mais en fait non.

La voix de la France


J'ai tout à fait conscience, ayant choisi un tel titre, de me livrer à un odieux détournement de texte, bien digne du nauséabond indécrottable que je suis. Mais tant pire, comme disent les enfants. Voici donc :

« Ils entrent sans vergogne, s'installent partout, se vautrent, jettent leurs détritus, déballent leurs provisions ; il n'y a rien à respecter, pas de pelouses interdites, on peut aller et venir partout, amener ses enfants, ses chiens, l'entrée est libre, je suis un jardin public livré à la foule le dimanche, le bois un jour férié. Pas de pancartes. Aucun gardien. Rien avec quoi on doive compter. »

Nathalie Sarraute, Martereau, Bibliothèque de La Pléiade, p. 191.

mercredi 22 août 2012

Longtemps j'ai pris le nom de mes villages


Quand, çà ou là, reparaît dans la blogosphère la pénible discussion récurrente à propos de l'opportunité des pseudonymes, je m'abstiens généralement d'y participer, pour la simple raison que j'ai n'ai pas d'avis sur cette affaire ; pas d'avis tranché en tout cas. J'ai déjà dit que, lorsque j'ai décidé, en février 2007, à l'incitation de Catherine, d'ouvrir mon archéoblog, la question ne m'a même pas effleuré : Didier Goux j'étais, Didier Goux je resterais, aussi bien chez moi que chez les autres, si jamais j'y intervenais (et Dieu sait…).

Il n'en va pas de même dans la presse. Si j'ai signé une poignée d'articles de mon nom, au temps de ma sotte jeunesse, voilà environ trente ans que cela ne m'est plus arrivé. En revanche, j'ai usé sous moi un certain nombre de pseudonymes dont, à l'instar des volcans, certains sont éteints et d'autres en activité.

Sur la barque des morts, on trouve d'abord Marie-Laure Assay. Ce premier-né est apparu vers 1992, lorsque Catherine et moi avons acquis une maison à Beaulieu-sur-Loire, près de Châtillon (également sur-Loire), dans un hameau qui s'appelait Assay. Pourquoi Marie-Laure ? Allez savoir. Je devais trouver amusant le côté transgenre de l'opération, probablement. À la même époque, et suivant un procédé similaire, je devins aussi Didier Châtillon, lorsque, écrivant trop d'articles pour FD, il me fut demandé de varier un peu mes signatures afin que notre brave lectrice étalon ne crût pas que Marie-Laure bricolait son journal à elle seule. Toujours suivant cette alchimie topologique, après que nous eûmes résidé durant trois ans en Basse-Normandie, à Sainte-Scolasse-sur-Sarthe, dans un hameau appelé Le Grais, je devins Didier Le Grais (j'ai reculé au dernier moment devant Édouard de Sainte-Scolasse, qui de toute façon n'aurait pas tenu dans la largeur d'une colonne de journal). On notera  qu'après une brève période de flottement, je me montrai désormais beaucoup mieux assuré de mon sexe – mais attendez la rechute.

(Cette habitude d'enraciner mon pseudonyme du moment dans mes différents terroirs remonte en fait à 1988, lorsque je me suis trouvé à écrire trois romans bassement pornographiques pour GdV. Passant encore, à l'époque, tous mes week-ends de célibataire chez mes parents, à la Ferté, j'avais choisi de m'appeler Didier Saint-Aubin.)

Passons donc aux pseudonymes en activité, tout en sachant que j'ai certainement dû en oublier un ou deux, dans la rubrique précédente, simplement parce qu'ils ont été trop fugitifs pour marquer la mémoire. Par exemple, je suis presque certain de m'être au moins une fois appelé Didier Beaulieu. Mais quand ? Et où ? Impossible de faire remonter ce souvenir-là.

Longtemps j'ai pris le nom de mes villages ; désormais j'emprunte ceux de nos chiens. Comme eux-mêmes sont baptisés à partir des personnages d'À la recherche du temps perdu, on pourrait croire que mes pseudonymes actuels sont proustiens alors qu'en réalité ils ne sont que canins. Lorsque j'écris pour FD, je suis alternativement Didier Balbec et Pierre-Marie Elstir. Dans les faits, MM. Balbec et Elstir n'écrivent pas exactement le même type d'articles, je les distribue donc en conséquence – mais il est inutile d'entrer dans ces détails “de cuisine”.

Quand je travaille pour d'autres publications que celle qui me salarie, je deviens soit Paul-Albert Swann, soit Catherine Bergotte. Là aussi, peut-être plus nettement encore que pour FD, les deux avatars sont parfaitement différenciés. 

Les derniers pseudonymes cités sont également les plus récemment créés. Et l'on voudra bien noter la réapparition, après 20 ans de mise sous le boisseau, de ma part secrète de féminité.


Rajout de deux heures moins le quart : en épluchant le dossier “Lady Di” de FD, je viens de tomber sur un article du 23 août 2002 signé Sergine Duplessis-Hébert. Je l'avais complètement oubliée, cette greluche !

mardi 21 août 2012

Un peu de vanité ne messied pas à l'homme


Connaissez-vous Patrick Mandon ? Non ? Vous avez tort. Si j'en juge à l'aune du bien qu'il dit de moi, ce doit être un garçon délicieux, d'une finesse et d'une pénétration rares. La fausse modestie du blogueur de base aurait dû me conduire à passer sous silence son dithyrambe, mais il m'a semblé qu'un peu de vanité ne messeyait pas forcément à l'homme, pourvu qu'il n'en abuse point (un peu comme le Ricard, en fait). On est donc prié de bien vouloir aller s'extasier une minute ou deux devant ma toute neuve couronne de lauriers.

Sinon, pour illustrer cette annonce furieusement autocentrée, j'ai tapé dans Goux gueule “homme bouffi d'orgueil”. Et il m'est sorti ça. On n'échappe pas à ses malédictions.

lundi 20 août 2012

Rester jeune ou se faire vieux ?


« Oh, lui, il a su rester jeune… Quant à moi, je me fais vieux… » Les deux expressions ont partie liée, chacun le sent, elles parlent de la même chose. Elles parlent de la même chose mais elle ne disent pas la même chose ; elles expriment au contraire deux possibilités radicalement incompatibles, qui s'excluent l'une l'autre. La première formulation induit que la tendance naturelle des gens, leur destin, est de vieillir, que la sénescence est le lot commun auquel se trouve soumise toute personne qui s'y laisse aller ou même qui ne prend pas la peine de s'en aviser ; mais que, par un effort particulier de la volonté, ou une stricte discipline d'existence, certains parviennent à s'extraire du flot général et obtiennent comme récompense – ou punition, après tout – de rester jeunes. La seconde formulation exprime radicalement, et assez étrangement, l'inverse : elle semble dire que la jeunesse ou la maturité sont une sorte de point d'équilibre et que, une fois qu'il est atteint, il suffirait de ne plus faire un geste, de n'avoir plus la moindre initiative nouvelle, de retenir son souffle, pour n'en plus bouger ; mais que, là encore, certains élus, ou damnés, choisiraient de rompre avec cet état et de se faire vieux, un peu comme un acteur se fait la tête du personnage qu'il doit incarner. Dans le premier cas, la vie est perçue comme un courant auquel il serait possible, on ne sait trop comment, ce n'est jamais dit, de résister ; dans le second, elle serait plutôt une sorte de port que certains, à un moment, choisiraient de quitter pour filer vers l'inconnu du grand large. Mais tout cela est peut-être en train de changer, et l'on peut imaginer que, d'ici quelque temps, les ravages de la chirurgie esthétique se généralisant, nos descendants seront confrontés au choix inverse, se faire jeune ou rester vieux.

dimanche 19 août 2012

Sangsues, limaces, et autres bestioles blogosphéreuses


Hier après-midi, commençant de lire le Tropisme XI de Sarraute, je me suis pris à sourire : j'avais l'impression de voir s'esquisser devant moi, en direct pour ainsi dire, une ébauche de portrait de Dame R. ; c'était aussi frappant que réjouissant. Parvenu à l'avant-dernier paragraphe, mon sourire a pris la couleur et l'aspect qui sont ceux de l'herbe du jardin depuis quelques jours : en fait, c'était peut-être bien de moi que Nathalie parlait. Voici ce tropisme :


   Elle avait compris le secret. Elle avait flairé où se cachait ce qui devait être pour tous le trésor véritable. Elle connaissait “l'échelle des valeurs”.
   Pour elle, pas de conversations sur la forme des chapeaux et les tissus de chez Rémond. Elle méprisait profondément les chaussures à bouts carrés.
   Comme un cloporte, elle avait rampé insidieusement vers eux et découvert malicieusement “le vrai de vrai”, comme une chatte qui se pourlèche et ferme les yeux devant le pot de crème déniché.
   Maintenant elle le savait. Elle s'y tiendrait. On ne l'en délogerait plus. Elle écoutait, elle absorbait, gloutonne, jouisseuse et âpre. Rien ne devait lui échapper de ce qui leur appartenait : les galeries de tableaux, tous les livres qui paraissaient… Elle connaissait tout cela. Elle avait commencé par “Les Annales”, maintenant elle se glissait vers Gide, bientôt elle irait prendre des notes, l'œil intense et cupide, à “L'Union pour la Vérité”.
   Sur tout cela elle se promenait, flairait partout, soulevait tout de ses doigts aux ongles carrés : dès qu'on parlait vaguement quelque part de cela, son regard s'allumait, elle tendait le cou avidemment.
   Ils en éprouvaient une répulsion indicible. Lui cacher cela – vite – avant qu'elle ne le flaire, l'emporter, le soustraire à son contact avilissant… Mais elle les déjouait, car elle connaissait tout. On ne pouvait lui cacher la cathédrale de Chartres. Elle savait tout sur elle. Elle avait lu ce qu'en pensait Péguy.
   Dans les recoins les plus secrets, dans les trésors les mieux dissimulés, elle fouillait de ses doigts avides. Toute “l'intellectualité“. Il la lui fallait. Pour elle. Pour elle, car elle savait maintenant le véritable prix des choses. Il lui fallait l'intellectualité.
   Ils étaient ainsi un grand nombre comme elle, parasites assoiffés et sans merci, sangsues fixées sur les articles qui paraissaient, limaces collées partout et répandant leur suc sur des coins de Rimbaud, suçant du Mallarmé, se passant les uns aux autres et engluant de leur ignoble compréhension Ulysse ou les Cahiers de Malte Laurids Brigge.
   « C'est si beau », disait-elle, en ouvrant d'un air pur et inspiré ses yeux où elle allumait une “étincelle de divinité”.

samedi 18 août 2012

Le langage, ce domestique que l'on sonne

Dans une conférence faite au Japon en 1969 et intitulée Le Langage dans l'art du roman, Nathalie Sarraute écrit ceci (pp. 1680-1681 de l'édition de La Pléiade) :

« Contrairement à ce qui se passe pour les autres arts, dont les gens ne s'approchent d'ordinaire qu'avec modestie, avec beaucoup de précautions, dont ils disent : “ Oh moi, vous savez, je ne suis pas connaisseur en peinture… ”, “ Moi, je ne suis pas musicien, je me trompe peut-être… ”, quand il s'agit du roman, qui a-t-on jamais entendu s'exprimer ainsi ? Qui dit jamais : “ Oh moi, je ne connais rien au roman ” ? »

Ce paragraphe porte son âge, si l'on peut dire, car, depuis, la situation s'est aggravée, au moins en ce qui concerne la musique : cette “modestie” dont parle Sarraute a cessé d'avoir cours, il a suffi pour que chacun se sente à l'aise, décomplexé, d'abolir la frontière entre ce qui ressortit à la musique et ce qui n'a que peu à voir avec elle, en dehors des sept notes de la gamme. Il me semble qu'il en va un peu de même avec la poésie, puisque ont été sacrés poètes des Brassens, des Ferré, des Dylan, quand ce ne sont pas Jean Ferrat ou Jim Morrison. On a touillé dans le grand chaudron les musiciens et les musiciens en bâtiment, dans la gamelle voisine les poètes et les versificateurs mirlitonniens. Mais, évidemment, le mal est plus ancien et plus profond dans le cas du roman. Sarraute, comme de juste, en pointe aussitôt la raison principale, et qui est que le romancier se sert du même matériau de base – le langage, la phrase, les mots – que les M. Jourdain que nous sommes, favorisant ainsi la confusion. Elle dit :

« Cette prose, que chacun perfectionne à sa manière, elle ne paraît pas être autre chose qu'un véhicule. Elle ne paraît pas avoir d'existence propre, pas de valeur en elle-même. Sa raison d'être, sa fonction, consiste à transmettre… À transmettre le mieux possible quelque chose qui se trouve en dehors d'elle. Et c'est ce qu'elle transmet qui seul compte. Le langage, lui, s'efface devant ce qu'il est chargé de communiquer. Il se fait le plus invisible qu'il peut – comme un domestique bien stylé. Il est uniquement destiné à rendre service et il ne s'arrête jamais de servir. Et il sert à quoi ? Et à qui ? Eh bien, on le sait, il sert à tout et à chacun. »

Cette idée d'un langage outil dont chacun serait apte à se servir est celle qui a rendu les blogs envisageables, sinon réellement possibles. Entretemps le “domestique stylé” de Sarraute est devenu une sorte de barman débraillé et crasseux. Et l'on voit ainsi des gens, incapables même de savoir par quel bout s'en saisir, de cet outil,  passer outre leur ignorance, simplement parce que ce qu'ils ont à dire, croient-ils, est bien plus important que la manière dont ils s'y prennent pour le faire. En un sens ils ont raison : le plus souvent, en effet, la langue exténuée et informe qui est la leur est bien suffisante pour exprimer leur pensée. On en voit même qui poussent la fatuité jusqu'à faire imprimer le résultat de leurs triturations et en proposer le résultat en “une” de leur petit espace personnel…

Le blogueur n'est même pas un écrivain en bâtiment. C'est un simple imposteur. Nous sommes des imposteurs.

vendredi 17 août 2012

Il ne manque plus qu'un fauteuil à oreilles…


… pour remplacer ce vieux machin exténué, qui a supporté mon quintal durant plus de vingt ans.

jeudi 16 août 2012

La littérature en cornet et en barquette


En dehors de Verhaeren et Simenon, ma connaissance de la littérature belge ferait honte à un marchand de frites à la sauvette. Or, maintenant que je fréquente des Wallons de haute lignée, il ne m'est plus possible de demeurer dans cette ignorance, sous peine de passer à mes propres yeux pour ce que je suis effectivement ; j'ai donc décidé d'y remédier, ou au moins d'essayer. Comme il faut bien commencer par quelque chose, j'ai opté pour deux livres dont les titres ont le mérite d'être déjà connus de moi : Bruges-la-Morte, de Georges Rodenbach, et Le Chagrin des Belges d'Hugo Claus. Toute suggestion autre sera évidemment la bienvenue.

mercredi 15 août 2012

Fraterniser avec des Japonais : assomption personnelle


Qui n'est jamais venu une matinée de 15 août dans la partie “neuve” (on veut dire par là : composée d'immeubles en ruines mais récents) de Levallois-Perret ne peut avoir qu'une idée approximative, tronquée, de ce que sont la misère et le dénuement humains. Même les chauffeurs de bus semblent mendier le chaland, et les moineaux sur les trottoirs ont des langueurs de mouettes. Soudain, dans cette vacuité verticale et immobile, surgissent trois touristes japonais ; ils traversent lentement le tableau minéral, avec une lenteur précautionneuse qui incite à penser qu'ils arrivent directement d'époques très anciennes. Et, tandis qu'ils s'apprêtent à disparaître dans la bouche vide du métro, on décèle au fond de soi une vague envie de les embrasser, un fantasme flou de fraternisation.

mardi 14 août 2012

Un de ces jours, nous irons pisser sur vos droits de l'homme


Quant aux habituels refourgueurs de couches-culottes, 
le goudron et les plumes sont déjà prêts dans nos souillardes.

Divorcer d'avec l'islam : qui va garder les enfants ?


Le parti de l’In-nocence — tandis qu’à Tombouctou le groupe Ansar Dine, maître de la ville, détruit l'un après l’autre, sous les yeux horrifiés de la dite “communauté internationale”, les précieux mausolées censément protégés par l‘Unesco et par leur appartenance officielle au “patrimoine de l’humanité” ; tandis qu’en Tunisie et en Égypte, après les espérances nées des “printemps arabes", s'installent au pouvoir des forces et des personnalités hautement inquiétantes pour les libertés et pour l’État de droit ; tandis qu'en Syrie on en est à douter s'il faut souhaiter le renversement d’un tyran tortionnaire tant l’habitude semble se prendre en ces contrées de remplacer l’exécrable par le pire encore, et tant le sort des malheureux vestiges de la communauté chrétienne inspire d’alarme ; tandis qu'en France une interminable série de pseudo-“faits divers" paraît n’avoir d’autre fin que d’assurer à la ridiculement nommée “diversité” le quasi-monopole de la nocence, de la violence et de l’hyperviolence — estime que de toute évidence l’heure est venue pour tous d’ouvrir les yeux et, les ayant ouverts, d’accepter de voir et même de dire ce qu’ils montrent, à savoir qu’il est urgent pour l’Occident, pour l’Europe et d’abord pour la France, de procéder à un divorce d’avec l’islam en tant que religion, civilisation et communauté. L’heure n’est plus à couvrir le pays de mosquées, ni à faire toujours plus de place, au nom de la “diversité", à ceux qui les fréquentent et diffusent leur vision du monde, mais à prendre ses distances au contraire, par tous les moyens disponibles. Plus que de divorce il doit s'agir d’annulation des liens, d’ailleurs, de séparation si possible à l’amiable, les consentements n’ayant jamais été, et pour cause, clairement exprimés.