Quand, çà ou là, reparaît dans la blogosphère la pénible discussion récurrente à propos de l'opportunité des pseudonymes, je m'abstiens généralement d'y participer, pour la simple raison que j'ai n'ai pas d'avis sur cette affaire ; pas d'avis tranché en tout cas. J'ai déjà dit que, lorsque j'ai décidé, en février 2007, à l'incitation de Catherine, d'ouvrir mon archéoblog, la question ne m'a même pas effleuré : Didier Goux j'étais, Didier Goux je resterais, aussi bien chez moi que chez les autres, si jamais j'y intervenais (et Dieu sait…).
Il n'en va pas de même dans la presse. Si j'ai signé une poignée d'articles de mon nom, au temps de ma sotte jeunesse, voilà environ trente ans que cela ne m'est plus arrivé. En revanche, j'ai usé sous moi un certain nombre de pseudonymes dont, à l'instar des volcans, certains sont éteints et d'autres en activité.
Sur la barque des morts, on trouve d'abord Marie-Laure Assay. Ce premier-né est apparu vers 1992, lorsque Catherine et moi avons acquis une maison à Beaulieu-sur-Loire, près de Châtillon (également sur-Loire), dans un hameau qui s'appelait Assay. Pourquoi Marie-Laure ? Allez savoir. Je devais trouver amusant le côté transgenre de l'opération, probablement. À la même époque, et suivant un procédé similaire, je devins aussi Didier Châtillon, lorsque, écrivant trop d'articles pour FD, il me fut demandé de varier un peu mes signatures afin que notre brave lectrice étalon ne crût pas que Marie-Laure bricolait son journal à elle seule. Toujours suivant cette alchimie topologique, après que nous eûmes résidé durant trois ans en Basse-Normandie, à Sainte-Scolasse-sur-Sarthe, dans un hameau appelé Le Grais, je devins Didier Le Grais (j'ai reculé au dernier moment devant Édouard de Sainte-Scolasse, qui de toute façon n'aurait pas tenu dans la largeur d'une colonne de journal). On notera qu'après une brève période de flottement, je me montrai désormais beaucoup mieux assuré de mon sexe – mais attendez la rechute.
(Cette habitude d'enraciner mon pseudonyme du moment dans mes différents terroirs remonte en fait à 1988, lorsque je me suis trouvé à écrire trois romans bassement pornographiques pour GdV. Passant encore, à l'époque, tous mes week-ends de célibataire chez mes parents, à la Ferté, j'avais choisi de m'appeler Didier Saint-Aubin.)
Passons donc aux pseudonymes en activité, tout en sachant que j'ai certainement dû en oublier un ou deux, dans la rubrique précédente, simplement parce qu'ils ont été trop fugitifs pour marquer la mémoire. Par exemple, je suis presque certain de m'être au moins une fois appelé Didier Beaulieu. Mais quand ? Et où ? Impossible de faire remonter ce souvenir-là.
Longtemps j'ai pris le nom de mes villages ; désormais j'emprunte ceux de nos chiens. Comme eux-mêmes sont baptisés à partir des personnages d'À la recherche du temps perdu, on pourrait croire que mes pseudonymes actuels sont proustiens alors qu'en réalité ils ne sont que canins. Lorsque j'écris pour FD, je suis alternativement Didier Balbec et Pierre-Marie Elstir. Dans les faits, MM. Balbec et Elstir n'écrivent pas exactement le même type d'articles, je les distribue donc en conséquence – mais il est inutile d'entrer dans ces détails “de cuisine”.
Quand je travaille pour d'autres publications que celle qui me salarie, je deviens soit Paul-Albert Swann, soit Catherine Bergotte. Là aussi, peut-être plus nettement encore que pour FD, les deux avatars sont parfaitement différenciés.
Les derniers pseudonymes cités sont également les plus récemment créés. Et l'on voudra bien noter la réapparition, après 20 ans de mise sous le boisseau, de ma part secrète de féminité.
Rajout de deux heures moins le quart : en épluchant le dossier “Lady Di” de FD, je viens de tomber sur un article du 23 août 2002 signé Sergine Duplessis-Hébert. Je l'avais complètement oubliée, cette greluche !