vendredi 28 décembre 2007

Chiens d'infidèles !

Trouvant sans doute que notre vie manquait de piquant, d'aventure, l'Irremplaçable nous avait concocté aujourd'hui un déjeuner à très haut risque. Carrément blasphématoire et sacrilège, n'ayons crainte de le dire.

En effet, les yeux dilatés par une horreur très-sainte, j'ai vu arriver devant moi une assiette fumante. Les fumées de l'Enfer, à n'en pas douter. Car cette femme inconsciente (démoniaque ?) n'avait pas reculé devant la confection d'un couscous accompagné de boulettes de porc !

Avalant tant bien que mal le plat impie, je voyais déjà des hordes de barbus dépenaillés et de rappeurs encagoulés aiguiser les coupe-coupe dans le jardin, lorsque je me suis rendu compte que la situation, la nôtre, était encore pire que ce que je pensais. En effet, avec le reste de l'animal-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, l'Irremplaçable avait confectionné, pour un repas ultérieur, des fricatelles, assaisonnées d'épices orientales.

Or, nul n'ignore, et les enturbannés moins que tous autres, que les fricatelles sont un met nous venant du Danemark, ce pays abject où la moitié de la population est occupée à dessiner des caricature de certain bédouin du haut Moyen Âge, afin de faire rigoler l'autre moitié.

Depuis ce funeste repas, je tremble à chaque fois qu'approche de la grille un gamin chevauchant son tricycle : et s'il s'agissait d'un vélo-suicide monté par un petit garçon piégé ? (Ou l'inverse ?)

On a eu beau tenter d'apaiser le juste courroux de ces braves religieux en dînant d'un bouillon au vermicelle et au poulet, je ne me sens pas encore tout à fait rasséréné...

Pensée désagréable (mais pas de mon fait)

" Les générations actuelles sont les plus médiocres que la France ait jamais connues. On ne saurait les justifier qu'aux dépens de la France. Je préfère justifier la France à leurs dépens.

"(...) Il m'est indifférent de ne pas me trouver d'accord avec ces générations. Je crains plutôt d'elles de nouveaux Munich, elles ont Munich dans le sang. "


(Georges Bernanos, Français, si vous saviez..., 4 septembre 1946.)

jeudi 27 décembre 2007

J'aime beaucoup ça, mais pas en public

Il y a un certain nombre d'activités auxquelles j'adore me livrer (quoique pas tous les jours), à la seule condition que ce soit sans témoin, dans le secret profond et tiède de l'intimité conjugale, lorsqu'il fait bien nuit.

Manger de la soupe en fait indéniablement partie.

Pour le dîner d'aujourd'hui, l' Irremplaçable avait mitonné (et c'est bien le mot : ç'a dû cuire pendant cinq plombes...) une soupe aux pois, que nous autres, Français-de-France, appellerions plutôt une soupe aux haricots - enfin, par chez moi en tout cas. Avec poireaux, carottes, poitrine de porc, boulettes de viande, pain rassis et, bien sûr, de fondants petits haricots blancs et ronds (comme moi certains soirs, donc). C'était délicieux, ça tenait au corps, il n'y avait pas pour plus de cinq euros d'ingrédients : une vraie potée de salauds de pauvres comme je les aime - le genre de plats qui vous fait rapetisser presque jusque dans vos langes initiaux.

Oui, j'adore la soupe, vraiment. Mais il ne me viendrait jamais à l'idée d'en commander une dans un restaurant. D'abord parce qu'elles s'y présentent, ces braves soupes rougeaudes et hilares, travesties en chichiteux potages, quand ce n'est pas en étiques consommés : là, c'est carrément bouche en cul-de-poule et face-à-main - la gerbe.

De même, si l'on m'en sert une assietté lors d'un dîner, même entre amis proches, mon plaisir se trouvera tout gâché de cette compagnie.

La raison est que j'aime qu'une soupe soit bien chaude, et même très chaude, voire trop chaude. Dans ces cas-là, pour que votre langue ne ressorte pas du repas aussi cloquée qu'un crapaud-buffle, il importe d'aspirer de l'air en même temps que chaque cuillerée. Ce qui produit immanquablement ces gouleyants slurp ! slurp ! qui dégoûtaient fort ce grand crétin bourgeois de Brel, ainsi qu'il en fait le tonitruant aveu dans ce sommet de niaise enflure intitulé Ces gens-là.

Manger une soupe bien chaude sans produire le moindre petit slurp ! est à la fois une funeste hérésie et une frustration pénible. Un peu comme si, lors de notre prochaine rencontre, Scarlett Johansson entreprenait de me polir le chinois avec un gant Mapa.

(Encore que, finalement, en y réfléchissant de plus près...)

mercredi 26 décembre 2007

31 décembre 1999

À Sniper


Dans un commentaire au message intitulé Toujours ça de fait, Sniper affirme que rien ne fut pis que le 31 décembre 1999 (dans le genre "réjouissances populacières d'Homo festivus", supposé-je qu'il l'entend (merde ! comment j'écris, moi ?). Eh bien ! pour l'Irremplçable et moi, cela reste au contraire le souvenir d'une merveilleuse (et je pèse mon mot) soirée. Partez pas : j'explique.

Déjà, comme nous vivions alors à l'écart d'un petit village de l'Orne profonde (parfois appelée Ornière), Homo Festivus pouvait toujours s'accrocher pour venir nous déloger de notre tanière. Ensuite, s'il s'y était risqué, il se serait considérablement gelé les roubes, vu que, pour cause de tempête-du-siècle, nous étions sans chauffage depuis la nuit du 25 décembre et venions de passer, à cinq ou six personnes, six jours massés devant la cheminée du salon, emmitouflés dans des couvertures, des pulls, ce que vous voudrez.

Dans la journée du 31, Élodie et Adeline, les deux filles de l'Irremplaçable, ayant repris le chemin de la capitale (pour aller se frotter à tous les petits Festivus en rut, suppose-t-on), nous nous retrouvâmes seuls tous les deux. Et c'est alors que, Catherine, la nuit déjà tombée, étant partie acheter je ne sais quoi à Mortagne-au-Perche, le miracle se produisit.

Deux archanges vêtus d'une combinaison EDF (une pour chaque, tout de même) vinrent d'aventure frapper à mon huis afin de s'enquérir si nous étions dûment pourvus en électricité. Du bout de mon index violacé, je désignai muettement les douze bougies réparties dans la pièce. Les deux archanges (étaient-ils psychostases ? Voire psychopompes ? Oncques ne l'appris...) m'assurèrent qu'ils allaient remédier à cet état de choses, ce dont je les remerciai sans en croire un mot.

Or, il advint qu'une vingtaine de minutes plus tard, la lumière fit en effet retour dans notre humble chaumière. Mon premier réflexe fut d'aller remettre le chauffe-eau en marche, d'allumer TOUTES les lampes de la maison, de brancher le radiateur électrique d'appoint de la salle de bains, avant de prendre une douche - ce que ni l'un ni l'autre n'avions fait depuis trois jours (trois jours seulement car, à mi-calvaire, j'avais invité tout mon petit monde dans le meilleur hôtel de Mortagne, afin que nous puissions nous défaire de moult crasse accumulée).

Et, lorsque l'Irremplaçable revint au logis, le coeur gros de la sombre froidure qui allait de nouveau planter ses griffes dans sa tendre chair innocente, elle découvrit la maison illuminée et son homme revêtu de ses plus beaux habits du dimanche (sans doute, aussi, un premier verre à la main, mais je ne me souviens pas).

Croyez-le ou non (vraiment, faites comme vous le sentez : je m'en contre-pignole), nous passâmes l'une des plus inoubliables soirées de notre déjà longue existence, pourtant fertile en intenses bonheurs.

Chabada-bada, chabada-bada...

Toujours ça de fait...

Le 26 décembre m'a toujours semblé être une date magnifique : elle prouve que Noël est derrière nous. Bien sûr, il reste encore à passer le douloureux cap du 31 décembre - minuit, et la stupide explosion de joie qui salue le non événement. Mais, enfin, en ce joli 26 du mois ultime, la moitié est déjà faite de ce parcours du combattant festif. Courage, mes frères, courage...

mardi 25 décembre 2007

Déculturés nous serons

J'arrive du forum de l'in-nocence. Le nouvel éditorial de Renaud Camus sur le forum est évidemment passionnant, même si, pour un lecteur assidu, il ne dit rien de très neuf, se contentant de brasser (et aussi d'organiser) des thèmes qui lui sont familiers. Il me gêne que ce texte soit constellé (non, le mot est tout de même exagéré) de fautes. Je crois qu'il est impossible à un auteur de se relire efficacement, de ce point de vue : il y faut un oeil extérieur, quelqu'un qui, au fond, se moque du contenu, de l'intelligence du propos, afin de pouvoir se concentrer sur la langue elle-même, sur ses recoins. L'auteur, lui, ne le peut pas, car, à chaque relecture, il est happé par le sens de ce qu'il a écrit, cherche à l'améliorer, à l'approfondir, et perd de vue les scories qu'il a déjà laissées passer à la relecture précédente.

Je proposerais bien à l'auteur de me charger de ce travail, mais, outre que je dispose de peu de temps, je suis à peu près persuadé qu'il refuserait.

L'éditorial se termine par une sorte de plaidoyer pro domo concernant le forum de l'in-nocence, comparé, de manière tout de même un peu acrobatique, aux monastères du haut Moyen Âge, protégeant la culture antique face aux déferlements barbares. Disant cela, je ne critique pas la comparaison entre les époques : je suis de plus en plus persuadé que nous vivons, en effet, un déferlement barbare et que nous n'y survivrons pas - ce qui, au bout du compte, est sans grande importance, à l'échelle d'une vie individuelle. Mais je trouve un peu rapide l'assimilation du forum de l'in-nocence à un monastère bénédictin du huit ou neuvième siècle.

Cependant, qu'en peut-on savoir ? Il n'est pas impossible, en effet, que soient en train de se former, ici ou là et de manière encore embryonnaire, les poches de résistance de demain face à ce que Renaud Camus appelle La grande déculturation. Résistance toute passive, d'archivistes, de bibliothécaires, de gardiens du temple invisible, et confiante dans l'écoulement du temps, ainsi que l'étaient les communautés chrétiennes en ces siècles.

Par chance - mêlée d'une certaine lâcheté soulagée -, nous n'en verrons rien, en tout cas pas le plus pénible.

Demain, les chiens

Ce soir, on a liquidé les restes car, comme tout le monde, l'Irremplaçable avait prévu, hier, un menu de réveillon pour huit alors qu'on était deux. Donc, il restait du saumon gravelax, de la crème fouettée de quoi contenter tout un club d'échangistes SM, de merveilleux oeufs de caille en gelée, du tarama et... et...

Et un foie gras aux figues "maison" relativement raté, au point que Catherine, qui a une certaine idée d'elle-même, ne l'avait pas servi hier soir. On l'a goûté tout à l'heure : elle a eu raison. Il va de soi que tout cela était dix fois meilleur que ce que l'on peut ingurgiter dans un grand nombre de restaurants, sans même parler des recettes que certaines greluches croient utiles de mettre en ligne avec force roucoulades et rengorgements satisfaits.

Néanmoins, nous étions nettement en deçà de ce que l'Irremplaçable est capable de produire. Conséquemment, Swann et Bergotte, pour Noël, ont eu l'honneur et l'avantage, alors qu'ils sortaient de table, de savourer chacun deux toasts au foie gras, cependant que certains humains, dans le même temps, se pèlent le jonc sous des tentes de fortune (et très laides), sur les quais de la Seine et autres fleuves. Ce qui tendrait à prouver, soit :

1) que Dieu n'existe pas,

2) qu'il se fout ouvertement de notre gueule.

Là-dessus, have a good night, sleep tight, et toutes ces sortes de choses.

Dans l'esprit de Noël...

Le comble de la radinerie ?

Partir pour la Thaïlande avec ses propres enfants.

lundi 24 décembre 2007

8 H 30 : réveillon bouclé !

Comme je vous imagine, mes drôles, les paupières déjà lourdes, face à cette soirée qui n'a même pas encore commencé. Imaginez la joie : la mienne est finie ! Apéro à six heures, continuation sur la table du salon, accompagnés vaillamment que nous fûmes (c'est du belge) par les sonates pour piano de Mozart, pas d'enfants, pas de cadeaux à déballer, pas de grands-yeux-z'émerveillés, ni de rires argentins : le bonheur à l'état pur.

Avec, tout de même, de petits cornets de homard (en feuilles de filo, les cornets) agrémenté d'une légère mayonnaise rehaussée de citron, de feuilles de coriandre, et saupoudré d'un peu de piment. Puis, du gravelax, saumon macéré à la scandinave, sur tranches de pain de seigle, accompagné d'une crème fouettée garnie de petits morceaux de cornichons Malossol. Après cela, le clou (à mon avis) : des oeufs de caille en gelée, avec oeufs de saumon, chaque oeuf étant posé sur une tranche de pomme de terre violette dont le nom est en train de m'échapper (virelotte ?).

Pour faire glisser gentiment tout cela, l'Irremplaçable s'arsouilla au Champagne, tandis que je fus Pouilly (les latinistes me comprendront).

Il y eut aussi de petits tortillons de pâte feuilletée au fromage et des toasts de tarama, dont les chiens profitèrent plus que nous - car c'est Noël pour tout le monde.

Il va de soi que tout (y compris le pain) était fait "maison" : on n'est pas des bêtes. Désormais, il est neuf heures : excellente soirée à vous tous.

La Rançon de la gloire



En octobre 1994, l'Irremplaçable Concubine devenait l'Irremplaçable Épouse.
France Dimanche était là...

Camus pas-Albert-l'autre...

Je me permets d'ores et déjà, avant même d'en avoir achevé la lecture, de vous recommander le long texte consacré par l'écrivain à ce qu'il appelle La Grande Déculturation.

J'en profite pour vous souhaiter à tous un excellent Noël, qu'il soit recueilli ou noceur.

samedi 22 décembre 2007

Blogokado

Ce matin, Dame Factoresse a déposé dans la boîte qui lui est spécialement réservée une enveloppe rembourrée (un peu comme moi, mais sans la moindre trace d'alcool dans les tissus) contenant un DVD sur lequel semble être, si j'en crois l'inscription, enregistré le film Little Miss Sunshine, dont il a naguère été question ici, en commentaires. Joint à la rondelle, un petit mot me souhaitant un noyeux Joël sans signature.

Deux personnes, dans les commentaires en question, ont fait allusion à ce film dont j'ignore (encore) tout : MM. Chieuvrou et Sniper.

Alors, lequel des deux ?

À moins qu'il ne s'agisse d'un tierce luron qui agit dans l'ombre... tire les ficelles... manipule tout son petit monde...

Et que recèle, au juste, ce mystérieux disque ? Allez savoir...

Je remercie vivement son expéditeur, pendant que j'ai encore toute ma raison (oui, bon...)...

Pensées désagréables, le retour

Vous l'avez sans doute remarqué comme moi : par les temps qui sont les nôtres, il est devenu très délicat de détester les étrangers. Ce bon vieux et solide mépris pour les exogènes, qui fit les beaux jours et la robuste gaillardise de notre douce France serait-il donc condamné à disparaître ? Ou à se renfermer dans le secret des cerveaux et des coeurs ? Allons donc ! ne nous laissons point aller à de si douloureuses perspectives ! Car la solution est là, toute simple...

Oui, ceux qui le désirent vont pouvoir continuer à détester, mépriser, voire haïr les étrangers, si cela leur chante. Ils pourront même exprimer leurs justes et nobles sentiments à haute voix, sans qu'aucune association de squatters ne remue seulement le bout d'une oreille - qu'elles ont pourtant fort chatouilleuse. La recette miracle est d'une évidence biblique.

Il faut changer d'étrangers !

Car il en va des allogènes comme des champignons de nos prés et sous-bois : certains sont très dangereux, d'autres benoîtement inoffensifs. Apprenons à les différencier, ami lecteur.

Pour commencer, le candidat à la détestation et à la haine devra se résigner à éliminer de sa liste tout étranger ayant la peau plus foncée que la sienne (sauf en cas de bronzage ou d'UV), c'est dur mais absolument indispensable. De même, il est fortement conseillé de ne pas trop détester les étrangers venant de pays pauvres : ces gens-là sont souvent crédités d'un coeur d'or au point de donner tout ce qu'ils n'ont pas, mais ils seront surtout prompts à vous traîner en Correctionnelle. Enfin, on aura soin d'éviter de dire tout le mal qu'on pense des pays envoyant chez nous de lourds bataillons de leurs ressortissants excédentaires : le nombre fait la force, c'est connu, mais développe également l'arrogance, le sans-gêne, l'agressivité.

D'une manière générale, on se gardera de détester tous les étrangers qui, à une date relativement récente, ont été rebaptisés des "jeunes" (sans doute afin qu'on puisse les reconnaître plus facilement), pour concentrer sa haine sur ceux ayant gardé leur ancienne appellation : c'est plus sûr.

J'entends déjà certains parmi vous protester que, dans ces conditions, il ne va nous rester personne à accabler de notre sain mépris, et que, à ce compte, on a aussi vite fait de se mettre à aimer tout le monde. C'est en effet la solution de désespoir choisie par une frange non négligeable de la population, mais, le dieu des chrétiens en soit loué, elle n'est pas la seule, et, en y regardant de plus près, il reste encore quantité d'étrangers innocemment haïssables.

Les Scandinaves, par exemple. Blafards, blonds, riches, très peu nombreux sous nos latitudes : innocuité garantie. Faites l'expérience, juste pour voir : vous entrez dans votre bistrot favori et vous clamez au comptoir que non, vraiment, ces connards de Norvégiens, vous ne pouvez pas les blairer. Personne ne mouftera. Même la trentenaire morose qui parcourt le Libé du jour devant sa théière vide ne lèvera pas le nez de son torchon en vous entendant. Avec les Scandinaves, c'est la haine tranquille, la détestation "vieille France" qui perdure.

Même chose avec les Taïwanais. Tout le monde se fichera que vous méprisiez ou non les Taïwanais. Et, même, avec un peu de chance, si ça vient à se savoir, vous décrocherez peut-être d'intéressants contrats en Chine populaire.

On peut éventuellement se risquer sur le Latino-Américain, mais c'est déjà plus aventureux : notre lectrice de Libé risque de froncer le sourcil, surtout si vous avez commis l'imprudence de choisir un Latino dont le pays ploie sous le joug d'une dictature sanglante ou, pis encore, pro-américaine.

L'Allemand ou l'Anglais, en revanche, sont haïssables en toute sécurité. L'Anglais parce qu'il fait grimper le prix des maisons dans le Périgord, l'Allemand parce que votre grand-père a passé trois ans de sa vie au stalag : voilà des haines que personne ne songera jamais à vous reprocher.

Mais le fin du fin, le top of the pops, c'est bien sûr le Monégasque. Pour un authentique xénophobe solide sur ses bases, le Monégasque est un véritable don de Dieu : il croule sous l'or, il vit dans un décor de crème fouettée et de sucre candy, on ne le voit quasiment jamais en France, en tout cas certainement pas dans votre bistrot. Clamez votre haine du Monégasque et, aussitôt, vous serez bruyamment et chaleureusement approuvé.

Peut-être même que vous réussirez à vous taper la lectrice de Libé.

En revanche, ne faites surtout pas remarquer que la plupart des Monégasques sont Arabes : vous ruineriez d'un coup des années d'efforts et de dissimulation.

vendredi 21 décembre 2007

Remède, alors !

À Jean-Pat'...


" En fait une lecture de rentrée dont j'avais mis la fin de côté pour le plaisir ou en cas d'aller mal, comme un bon remède dont on préfèrerait garder un fond dans l'armoire à pharmacie, par crainte d'en manquer en cas de crise qu'il peut soigner. L'avoir repris est sans doute bon signe. " (C'est moi qui souligne.)

Pas sûr, pas sûr...

Pensées désagréables

Dans l'existence d'un être humain ordinaire surviennent mille petits désagréments, dont on se remet très facilement, mais qui, sur le moment, sont tout de même très irritants. Les accidents sur l'autoroute en font indubitablement partie.

Prenons un exemple, choisi parfaitement au hasard. Vous venez d'abattre à bout portant une journée de travail, montez dans votre automobile, vous réjouissant de n'avoir qu'une heure de route avant de retrouver votre chaud domicile conjugal de... disons du Plessis-Hébert, nom ridicule pris au hasard sur la carte. Bon. Et, là, paf !...

Accident sur l'autoroute A 13. Vous voici contraint de parcourir cinq ou six kilomètres, parfois davantage, à vingt ou même quinze à l'heure, sous prétexte que deux abrutis qui n'auraient même pas dû naître se sont emplâtrés, à force de zizgaguer sans visibilité entre les trois files du ruban d'asphalte susnommé. Vous faisant perdre une bonne quarantaine de minutes, cependant que, chez vous, les glaçons imprudemment sortis du congélateur par une attentive Irremplaçable sont en train de fondre irrémédiablement.

La moindre des choses, chacun en conviendra, serait qu'au moins un des deux conducteurs soit mort, lorsque vous parvenez enfin à la hauteur de l'accident en question. Ou, à défaut, grièvement blessé, se tordant de souffance sur la bande d'arrêt d'urgence, l'humérus jaillissant de la viande, la jambe à angle droit, à défaut une gentille petite éventration, bref : un truc qui, en passant, vous console de vos presque trois quarts d'heure d'énervement.

Quand le bouchon est vraiment énorme, on se prend à rêver des trucs pas racontables. Que le fils unique de l'abruti zigzaguant, assis à l'arrière, est mort sur le coup ; que la mère, par conséquent, va quitter le père, devenir folle de douleur, terminer à l'asile de Mantes-la-Jolie (je ne sais pas s'il y en a un, mais c'est là qu'a eu lieu l'accident) ; et, pour finir, rongé par le remords, le chauffard va crever dans les deux ans, bouffé par le cancer de son choix.

Ce sont des pensées réconfortantes, inutile de le nier, mais, malheureusement, on ne peut jamais être sûr, bien entendu. S'il se trouve, ce sera juste quelques tôles froissées. Éventuellement, si Dieu est de notre côté, une petite tétraplégie robotavive. Mais comment savoir ? Pas mèche ! Alors, on continue à s'énerver au volant, fatigué de passer du point mort en première, et retour.

Le pire de tout est que, souvent, quand on arrive enfin au lieu de l'accident, les pompiers, les flics, les ambulances et les dépanneuses ont déjà eu le temps d'escamoter le décor de la fugitive tragédie, et il ne vous reste plus que les panneaux peints de la comédie quotidienne - qui ne vous consolent de rien, que vous ne voyez même plus.

Et personne, même, ne songe à applaudir les acteurs disparus.

Quand vous arrivez à bon port, les glaçons, eux, sont complètement fondus - et, de toute façon, l'heure de l'apéro est passée depuis longtemps.


jeudi 20 décembre 2007

Injuste châtiment

L'Irremplaçable : - Je crois que je peux mettre la soupe dehors...

Moi : - Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle a fait ?

Frémir d'avenir

Photo : Irrempe, ce matin, Le Plessis-Hébert


3,1,2... 3,1,2... le monde moderne, c'est merveilleux !

Ainsi, grâce à ce paradis dans lequel nous avons tous sauté à pieds joints, je veux parler du 21e siècle après Jean-Claude, l'Irremplaçable et moi-même - mais surtout elle - venons d'inventer un nouveau moyen de communication conjugale qui devrait logiquement devenir suffisamment tendance pour faire très prochainement son apparition dans les pages d'Elle.

Sous le fallacieux prétexte que je passe ma vie devant l'ordinateur commun, Catherine a fait l'acquisition d'un Mac book absolument budgétivore superbe. Dès que ce rutilant appareil à la mine innocente a fait son entrée, notre vie a radicalement changé.

Pour commencer, l'Irremplaçable n'en branle plus une, scotchée qu'elle est, dès potron-minet, devant son écran ridiculement petit. À peine le temps d'aller s'ébrouer une demi-heure au bois voisin avec les cadors, pour y prendre quelques photos givrées (elle est dans son élément, se confond presque avec le paysage...), la voici de retour devant l'infernale machine.

Scotchée, disais-je... Au point que se lever de son fauteuil, franchir les dix mètres qui séparent la maison de la Case, pour me dire de vive voix ce qui vient de traverser son cerveau chancelant, est devenu trop pénible ; au-dessus de ses forces, ce petit pélerinage de Compostelle. Alors, elle a trouvé le truc ; et, moi, triste mâle à la dérive, j'ai bien dû me résoudre à m'y plier.

Désormais, on se parle par boîtes mail interposées, quant ce n'est pas sous forme de commentaires sur nos blogs respectifs.

Cela m'a fait repenser à Face aux feux du soleil, ce roman d'Isaac Asimov dans lequel des humains très peu nombreux, vivant en solitaires dans les immenses domaines d'une planète excentrée et servis part des armées de robots, en arrivent, au fil des générations, à ne plus supporter le contact avec un autre individu de chair, ni même l'idée de ce contact.

Franchement, je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais, personnellement, je n'éprouve pas une hâte frénétique à la perspective de devoir entrer, un jour ou l'autre, dans le 22e siècle.

Polycarpe, priez pour nous !

Il m'enchante qu'en 1877 Gustave Flaubert envoie deux exemplaires de ses Trois contes, tout juste sortis, l'un à Jules Levallois, l'autre à Camille Pelletan - moi qui, durant un an, ai vécu rue Camille-Pelletan, à Levallois.

Il est encore plus beau que cet envoi ait eu lieu précisément le 27 avril, jour où l'écrivain avait accoutumé de fêter dignement saint Polycarpe, qu'il considérait comme son patron. Dignement et assez curieusement, puisque la fête de cet évêque de Smyrne, martyrisé en 167, est officiellement célébrée le 23 février - date de laquelle il a du reste été depuis éjecté par saint Lazare, sans crier gare.

mercredi 19 décembre 2007

Don Dinero

Les fonctionnaires ont tout de même un énorme privilège - ou avantage - par rapport aux gens du privé (en tous cas à ceux que, comme moi, ce genre de choses accable), c'est qu'ils n'ont jamais à négocier leur salaire. En tout cas, pas à titre individuel, ainsi que je vais être amené à le faire ces jours prochains, du fait de l'augmentation de mon nombre de jours de travail ET d'un probable changement de statut (oh ! rien de glorieux, je vous rassure...).

C'est le type de discussion qui me répugne invinciblement et où, par surcroît, je sais être d'une nullité crasse. Si bien qu'au désagrément d'avoir à affronter l'épreuve s'ajoute la certitude de l'enflure finale.

La sodomie façon cosaque, et même pas un petit baiser avant pour humaniser l'affaire...

mardi 18 décembre 2007

Les petites filles (top) modèles

Il me semble que les vous-autres qui viennent régulièrement s'abîmer les yeux ici savent à peu près ce que je pense de l'hystérie anti-pédophilie qui ne cesse de se développer depuis un certain nombre d'années. Un gouvernement qui aurait l'idée d'organiser un référendum au sujet du rétablissement de la peine de mort pour les tripoteurs de petites filles ferait assurément un triomphe. Bref.

Ce qui m'étonne davantage (encore que...), c'est que, dans le même temps, tout le monde semble trouver charmant que l'on organise des concours de "mini-miss", qui consistent à maquiller et à habiller des gamines impubères en putes de réverbères, avant de les faire défiler sur une scène, devant des bataillons d'adultes assis en rangs et chargés de les évaluer. Jusqu'aux parents qui se montrent crevant de fierté lorsque leur nubile progéniture se trouve acceptée à l'une de ces épreuves, pour être ensuite exhibée comme sujet d'admiration, et, donc, comme objet de désir. Car c'est bien de cela qu'il s'agit.

S'étonner, ensuite, que le nombre d'adultes pédophiles soit en augmentation (ce qui reste d'ailleurs à prouver) relève de la plus pure tartufferie.

Ou de la plus basse connerie.