samedi 22 décembre 2007

Pensées désagréables, le retour

Vous l'avez sans doute remarqué comme moi : par les temps qui sont les nôtres, il est devenu très délicat de détester les étrangers. Ce bon vieux et solide mépris pour les exogènes, qui fit les beaux jours et la robuste gaillardise de notre douce France serait-il donc condamné à disparaître ? Ou à se renfermer dans le secret des cerveaux et des coeurs ? Allons donc ! ne nous laissons point aller à de si douloureuses perspectives ! Car la solution est là, toute simple...

Oui, ceux qui le désirent vont pouvoir continuer à détester, mépriser, voire haïr les étrangers, si cela leur chante. Ils pourront même exprimer leurs justes et nobles sentiments à haute voix, sans qu'aucune association de squatters ne remue seulement le bout d'une oreille - qu'elles ont pourtant fort chatouilleuse. La recette miracle est d'une évidence biblique.

Il faut changer d'étrangers !

Car il en va des allogènes comme des champignons de nos prés et sous-bois : certains sont très dangereux, d'autres benoîtement inoffensifs. Apprenons à les différencier, ami lecteur.

Pour commencer, le candidat à la détestation et à la haine devra se résigner à éliminer de sa liste tout étranger ayant la peau plus foncée que la sienne (sauf en cas de bronzage ou d'UV), c'est dur mais absolument indispensable. De même, il est fortement conseillé de ne pas trop détester les étrangers venant de pays pauvres : ces gens-là sont souvent crédités d'un coeur d'or au point de donner tout ce qu'ils n'ont pas, mais ils seront surtout prompts à vous traîner en Correctionnelle. Enfin, on aura soin d'éviter de dire tout le mal qu'on pense des pays envoyant chez nous de lourds bataillons de leurs ressortissants excédentaires : le nombre fait la force, c'est connu, mais développe également l'arrogance, le sans-gêne, l'agressivité.

D'une manière générale, on se gardera de détester tous les étrangers qui, à une date relativement récente, ont été rebaptisés des "jeunes" (sans doute afin qu'on puisse les reconnaître plus facilement), pour concentrer sa haine sur ceux ayant gardé leur ancienne appellation : c'est plus sûr.

J'entends déjà certains parmi vous protester que, dans ces conditions, il ne va nous rester personne à accabler de notre sain mépris, et que, à ce compte, on a aussi vite fait de se mettre à aimer tout le monde. C'est en effet la solution de désespoir choisie par une frange non négligeable de la population, mais, le dieu des chrétiens en soit loué, elle n'est pas la seule, et, en y regardant de plus près, il reste encore quantité d'étrangers innocemment haïssables.

Les Scandinaves, par exemple. Blafards, blonds, riches, très peu nombreux sous nos latitudes : innocuité garantie. Faites l'expérience, juste pour voir : vous entrez dans votre bistrot favori et vous clamez au comptoir que non, vraiment, ces connards de Norvégiens, vous ne pouvez pas les blairer. Personne ne mouftera. Même la trentenaire morose qui parcourt le Libé du jour devant sa théière vide ne lèvera pas le nez de son torchon en vous entendant. Avec les Scandinaves, c'est la haine tranquille, la détestation "vieille France" qui perdure.

Même chose avec les Taïwanais. Tout le monde se fichera que vous méprisiez ou non les Taïwanais. Et, même, avec un peu de chance, si ça vient à se savoir, vous décrocherez peut-être d'intéressants contrats en Chine populaire.

On peut éventuellement se risquer sur le Latino-Américain, mais c'est déjà plus aventureux : notre lectrice de Libé risque de froncer le sourcil, surtout si vous avez commis l'imprudence de choisir un Latino dont le pays ploie sous le joug d'une dictature sanglante ou, pis encore, pro-américaine.

L'Allemand ou l'Anglais, en revanche, sont haïssables en toute sécurité. L'Anglais parce qu'il fait grimper le prix des maisons dans le Périgord, l'Allemand parce que votre grand-père a passé trois ans de sa vie au stalag : voilà des haines que personne ne songera jamais à vous reprocher.

Mais le fin du fin, le top of the pops, c'est bien sûr le Monégasque. Pour un authentique xénophobe solide sur ses bases, le Monégasque est un véritable don de Dieu : il croule sous l'or, il vit dans un décor de crème fouettée et de sucre candy, on ne le voit quasiment jamais en France, en tout cas certainement pas dans votre bistrot. Clamez votre haine du Monégasque et, aussitôt, vous serez bruyamment et chaleureusement approuvé.

Peut-être même que vous réussirez à vous taper la lectrice de Libé.

En revanche, ne faites surtout pas remarquer que la plupart des Monégasques sont Arabes : vous ruineriez d'un coup des années d'efforts et de dissimulation.

9 commentaires:

  1. Tu sais ce qu'ils te disent les scandinaves ! Et si tu veux manger du gravlax à Noël, vaudrait mieux que tu les aime ces grands blonds. Jaloux, va !

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  2. Moi c'est l'eskimo qui me passe pas les yeux, surtout quand il y a un coup de froid on ne voit plus qu'eux dans leurs lourds anoraks et qu'au moment de Noël ils veulent se frotter le nez contre le vôtre que c'est tout graisseux ... pouah !

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  3. Je suis en train de parcourir "4 ans d'occupation" les mémoires de guerre de Sacha Guitry, il avait fait jouer son "Pasteur" devant les autorités de l'époque où dans une longue tirade déclamée par lui il disait que la France était le plus beau du Monde !

    Quel monstre quand même ce Guitry dont on célèbre le 50èmme anniversaire de la mort ...

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  4. Mais comment vous faites?
    Tain.
    Des bizettes, moi qui croyais avoir battu des records d'écriture kilométrique, je bouffe la poussière.
    PS de noël : Moi je dis, il faut faire quelque chose pour les anonymes.

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  5. La seule fois de ma vie où j'ai pu identifier un Monégasque en chair et en os, j'attendais le bus près de mon lycée (c'est-à-dire, pour les deux ou trois que cela intéresserait, à l'arrêt situé juste après la montée de l'Alouette, sur la départementale 910, près du lycée Grandmont de Tours). Alors que j'étais plongé avec mon inséparable acolyte dans une conversation sur les derniers développements de la guerre des Malouines (car ce ne pouvait être sur le décoleté de la prof de philo, vu que nous n'étions qu'en première et que le professeur que nous aurions l'année suivante serait de toute façon tout ce qu'il y a de plus barbu), le bruit d'un choc nous fit tourner la tête sur notre droite. Nous vîmes alors que l'élégante voiture garée juste à côté, le long de la route, et dont nous avions noté, à son immatriculation, qu'elle était de Monaco, venait de se faire arracher la portière avant gauche par un poids lourd lancé à toute vitesse, après que le conducteur de la luxueuse automobile, qui devait quand même être un peu con sur les bords, l'eut grand ouverte sur la chaussée, face aux véhicules qui arrivaient par derrière.

    Tandis que l'infortuné Monégasque demeurait figé et tout tremblotant à l'idée d'avoir échappé dans les secondes qui précédaient à un arrachage en règle de la tête, ou, moindre mal, du bras gauche, mon copain, qui était pourtant un garçon tout ce qu'il y a de plus charmant (paix à son âme), me glissa simplement :

    « Bien fait pour sa gueule, i' paye pas d'impôts ».

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  6. c'est quoi, un étranger ?

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  7. On pourrait ajouter les suisses qui nous piquent nos riches qui veulent plus payer l'ISF sans vergogne. De toutes façons, ils sont neutres, alors hein.

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  8. merveilleux...desopilant...grace a vous je me suis paye une belle tranche de rigolade . ah cette lectrice de libe, on en redemande.

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