mardi 29 avril 2008

La fauvette et son fauve

Ce matin, après avoir mis le café en route et nourri Bergotte, ma première occupation sérieuse a été d'aller jeter un coup d'oeil au nid. La fauvette couvant entre dix et onze jours, les oisillons devaient donc émerger de leurs limbes ovoïdes aujourd'hui ou demain.

Ils n'étaient pas nés aujourd'hui. Ils ne le seront pas davantage demain, dans la mesure où j'ai découvert la branche arrachée, le nid à terre, les oeufs disparus, ainsi que quelques plumes témoignant de la violence du combat nocturne. Un chat était passé par là.

C'est bête à dire mais, dans la demi-heure qui a suivi, j'ai été incapable de me concentrer sur ma lecture en cours.

lundi 28 avril 2008

Un mois de mai peut en cacher un autre

C'est ici.

Vermoulus, les anciens parapets

L'Europe, cette vieille aristocrate recrue de siècles et de fatigue, n'en pouvait plus d'avoir son âge, frappée de plein fouet par ce que les psycho-historiens nomment la crise du millénaire et demi. En conséquence, elle se fit botoxer les lèvres, piercer la chatte et la langue, se maquilla comme un continent oublié et s'offrit un jeune amant, vigoureux et savanicole, espérant qu'il lui injecterait le fluide essentiel d'une seconde jeunesse, connu de lui seul, ainsi que le laissait présager son éclatant sourire.

C'est ce qu'il accomplit, en effet, nuit après nuit - et parfois même en plein jour, devant les yeux de tous. La flétrissure mit au monde des enfants qui ne lui ressemblaient plus et qu'elle feignit de trouver prometteurs d'avenir. Lorsqu'ils s'avisèrent de cracher à sa vieille gueule ridée, lézardant le savant échafaudage des onguents de nuit et des crèmes diurnes, elle se consola en invoquant la crise d'adolescence et continua de sourire - pas trop, pour ne pas faire éclater son masque facial tout neuf.

Quand cette multitude bruyante atteignit à l'âge adulte, on signifia à la vieille pute immobile et maternelle, qu'elle serait tolérée encore quelque temps, à condition de continuer à nourrir la nichée, en évitant de faire du bruit, et surtout sans pleurnicher sur sa jeunesse, comme elle avait un peu trop tendance à la faire.

Elle retint fort bien la leçon, et on ne l'entendit plus.

Comète elbow

Comme je vous le disais hier, l'Irremplaçable et moi avons passé le week-end à nous entraîner intensivement en vue de la rencontre blogo-alcoolisée qui devait avoir lieu ce soir, avec un blogueur à cheval sur une Comète. Véritable parcours du combattant houblonolâtre et chablisophile, accompli sous la férule implacable de notre ami Carlos.

Tellement implacable que, ce matin, victime d'un claquage du coude droit, Catherine a jeté l'éponge, déclaré forfait. C'est pourquoi, capitulant piteusement en rase campagne, j'ai préféré décommander la soirée prévue. Sous les prévisibles ricanements du sieur Nicolas...

dimanche 27 avril 2008

Faut pas compter sur le hasard

L'impréparation, dans beaucoup de domaines, il n'y a rien de pire, on l'oublie trop souvent. Ainsi, nous, demain, devons dîner avec un blogueur z'influent, après un passage à la Comète, haut lieu des libations bicêtro-kremlinoises. Il était bien sûr hors de question d'affronter cette épreuve (au sens sportif du terme) sans un minimum d'entraînement.

Par conséquent, entraînement il y a eu - hier soir et ce midi -, et il y aura - ce soir. Nous sommes en cela aidés par la présence d'un coach hors pair, quoique assez nettement ibérique : Carlos, retour de Madrid et de passage au Plessis. Je ne peux vous le mettre en lien pour la bonne raison qu'il n'a pas de blog.

Afin d'éliminer les toxines du déjeuner, et faire place nette pour celles de l'apéro dînatoire à venir, nous sommes allés marcher dans les bois durant une petite heure. Nous avons comme d'habitude perdu les chiens et avons dû brailler comme des malades durant un quart d'heure avant qu'ils daignent réapparaître.

N'empêche que, maintenant, on est fin près : il peut venir, le z'influent, on saura faire bonne figure et gosier généreux.

samedi 26 avril 2008

Il y en a qui bossent

Pour ceux que cela amuserait encore, le synopsis complet du prochain BM est disponible chez notre ami le Brigadier.

vendredi 25 avril 2008

Engrenage

Ce soir, après la tondeuse, comme on sait qu'on va être "obligé" de boire demain soir, on s'est dit que ce serait idiot de s'en priver ce soir, à tant faire. On avait à peine eu le temps de poser notre bière sur la table de la terrasse que le voisin a sorti la sienne. De tondeuse.

C'est vraiment adorhable...

On ne doit pas être nombreux, dans la blogosphère, à avoir mérité cette suprême consécration : voir naître un blog entièrement consacré à soi. Même Aimé Césaire, notre Nègre national, n'aura pas connu cet honneur de son vivant !

Eh bien, moi, oui...

Merci, mon lapin !

Recette, réalisation et photo : Irrempe.

Voilà ce qui a gentiment atterri devant moi, il y a environ une demi-heure, alors que je dérapais dangereusement vers l'hypoglycémie la plus préoccupante. Lapin à la moutarde avec, en accompagnement, de petites carottes braisées, un "nid" d'épinards frais et des pâtes au curcuma et au pavot. Banal, le lapin à la moutarde ? Pas tant que cela. Car il y a un important et crucial secret, dans cette recette...

jeudi 24 avril 2008

Plein les bottes

Plus le temps s'écoule et plus me navre cette incapacité qui est la mienne à parler intelligemment des écrivains, ou simplement des livres, que j'aime. Je pourrais bien sûr compenser cela par la moquerie vis-à-vis des critiques professionnels, des crânes d'oeuf universitaires, ou autres qualificatifs qu'il vous plaira de trouver. Je l'ai d'ailleurs fait, longtemps. Mais ce n'est plus possible.

Au courant de l'âge, de même qu'on éjacule de moins en moins loin (ce qui en soi est sans la moindre importance), le rideau de fumée que l'on produit entre soi et soi est de plus en plus ténu ; à mesure que le visage se racornit, s'épaissit, se grumelle, se dilue, le miroir se fait plus net, catégorique. On commence par s'entr'apercevoir, on finit par ne plus pouvoir se quitter des yeux.

Chaque matin (image commode), on se découvre une nouvelle impuissance, physique (ce qui est sans grande importance) ou intellectuelle (plus ennuyeux) ou morale - très gênant. En réalité, elle n'est pas du tout nouvelle : simplement, elle émerge à la conscience, et la conscience le prend généralement assez mal - au moins au début.

Je ne me rappelle plus quel écrivain a dit que la jeunesse, c'est quand tout est encore possible. Voilà. Ce que je n'ai pas compris à ce jour, je ne le saisirai pas davantage demain ; ce qui m'a échappé restera insaisissable ; les portes closes ne s'ouvriront plus.

J'ai atteint mon apogée et, lorsque je regarde en bas et derrière, je ne parviens même pas à éprouver le moindre vertige revigorant. Un demi-siècle pour gravir une simple motte de taupe : il a fallu que les pas soient bien précautionneux, les foulées mesurées et le souffle rauque. Et j'ai désormais besoin de toute ma concentration pour feindre de ne pas remarquer ceux qui me doublent dans la côte. Ou, encore davantage, pour leur sourire d'un petit air complice, en dissimulant les rancoeurs, les aigreurs - la haine, si je me laissais aller.

Mais je ne me laisse pas aller, sachant très bien où je vais, et eux avec, qui ont encore l'audace de pouvoir parler en marchant. On se retrouvera en haut, mes drôles, comptez là-dessus.

Aventures immobilières

Hier, donc, je tenais en haleine la blogosphère entière (à l'exception de Nicolas et des répugnants ivrognes qu'il semble prendre plaisir à fréquenter, lesquels étaient occupés à se fabriquer une haleine de chacals à la Comète, haut lieu de la débauche bicêtro-kremlinoise) avec mes acquisitions immobilières somptuaires de 13,76 m2. Ce n'était, malheureusement, que le premier étage de la fusée.

Le deuxième (étage : suivez, merde !) nous est apparu quasi simultanément, à l'Irremplaçable and my apple, alors que nous faisions face à la demoiselle de l'agence, une petite brune furieusement méditérranéenne à la poitrine sans doute moelleuse (pendant qu'elle nous expliquait des trucs imbitables et léthargiques au possible, que Catherine faisait semblant de comprendre, je passais le temps à essayer de me maintenir éveillé (nous sortions de déjeuner à L'Ambiance d'à côté...) en matant ses nichons bronzés).

L'illumination conjointe était la suivante : si je disposais désormais d'un studio proche de mon lieu de travail, me permettant de ne plus faire qu'un aller-retour par semaine, qu'est-ce qui nous empêchait de plier bagages et d'échanger notre maison de l'Eure - vraiment trop proche de la région parisienne pour être crédible - contre une autre, moins chère et plus charmante, au fin fond de l'Orne, ou du Calvados, bref de la Basse-Normandie, d'où nous venons, je le rappelle pour les distraits ?

Depuis cet éclair de lucide sottise, l'Irremplaçable compulse fiévreusement sur Internet toutes les annonces immobilières de l'ouest de la France.

J'ai la paix pour un moment : vous pouvez sortir les bières de la glacière, elle ne s'apercevra de rien...

Se donner du mal

À Dorham...

« Un père met très longtemps à éradiquer tout amour chez un enfant. »

Jim Harrison, Retour en terre.

mercredi 23 avril 2008

On a signé, on est niqué (sur l'air de "Il est vraiment phénoménal")...

Voilà, c'est fait : on est des bourgeois propriétaires ! (De 13,76 m2, restons raisonnables...) La bonne nouvelle (pour moi) est que j'ai grimpé les six étages sans m'arrêter et que je ne suis pas mort en arrivant en haut : amenez-vous, les jeunes cons ! d'une seule main, je vous prends (merde à la fin !)...

On n'a pas fait le voyage pour rien

Il était exactement 11 H 07 quand on a dit oui. Oui, à la jeune femme brune qui nous faisait visiter un studio sis rue de la Gare, à Levallois-Perret, au sixième étage sans ascenseur. Et, dans la foulée de ce oui, nous nous apprêtons à aller signer une promesse d'achat (je crois que c'est le nom du document en question), par laquelle nous allons, le coeur joyeux, nous endetter pour dix ans.

Moi, quand on me pique mon permis de conduire, je ne baisse pas le nez : je relève le défi, avec un panache cyranoïde. Vous me privez de volant, mes drôles ? Fort well (Angelina) : je camperai donc sur place !

Et les CRS de l'A 14 de sangloter d'admiration contenue.

Total dépaysement

Pour bien marquer le fait que je suis en vacances cette semaine, l'Irremplaçable et moi allons passer une bonne partie de la journée à... Levallois-Perret, où quelque emplette nous requiert. Il faut absolument que je pense à me munir de diverses menues verroteries, afin de pouvoir parlementer efficacement avec les indigènes.

mardi 22 avril 2008

Personnages en quête d'intrigue

Ça s'anime chez le Brigadier, et c'est à la suite de ce que j'ai publié hier.

Le doigt dans la crise

Aujourd'hui, sur Crise dans les médias, le distingué Éric, tenancier du lieu, nous explique comment faire pour augmenter le trafic sur son blog (non, pas le sien : le vôtre !). Le simple fait d'envisager des hordes de visiteurs hirsutes, et inconnus de moi, suffisant à m'amener au bord de l'effondrement nerveux, j'ai réfléchi à quelques conseils visant à diminuer le trafic sur un blog, jusqu'à le rendre quasiment inexistant. Voici :

1) Cesser immédiatement de fréquenter tous les blogs sur lesquels vous avez l'habitude de perdre votre temps à lire d'insipides sottises politico-culturello-nombrilistes, d'autant que c'est le moment de planter les premières salades en pleine terre et non plus d'en répandre dans la blogosphère. Si vous ne pouvez vous en empêcher, balancez l'effet négatif - en terme de désertification de votre propre blog - de votre visite en laissant des commentaires vindicatifs, aigres, voire tombant sous le coup d'une loi quelconque (vous verrez : c'est facile).

2) Banissez de vos messages toute information intelligente ou originale. Préférez les lieux communs, les trucs cent fois dits chez vos voisins, les scoops de haute fantaisie. Bref : mixez le blog de base avec le journal de Jean-Pierre Pernaut et servez en abondance.

3) Ne dites jamais de mal de Nicolas Sarkozy, ni de Ségolène Royal : vous vous débarrasserez d'un coup de tous les borgnes idéologiques de la Création. Et ça fait du monde.

4) Faites en sorte que nul ne puisse retrouver votre trace dans la vie réelle, ni entrer en contact avec vous. Donc, pas d'adresse mail, pas d'URL d'aucune sorte. Et fermez les commentaires à tout le monde (sauf, éventuellement, à un complice aussi désagréable que vous et abondant systématiquement dans votre sens, quel que soit celui-ci).

5) Pillez sans vergogne les blogs dont les tauliers sont les plus dépendants de diverses blogodrogues (Wikio, Cozop, Facebook, etc.), mais sans jamais les mettre en lien et, si possible, en les déformant honteusement.

6) Publiez plus de billets [là, je rejoins mon bon maître Éric]. Mais alors, beaucoup plus. Noyez vos derniers lecteurs sous le nombre. Appliquez le principe selon lequel il n'y a rien de meilleur qu'une cuillerée de mayonnaise faite maison, mais que personne n'est capable d'affronter le bol entier : votre but doit être le vomissement général.

7) Introduisez-vous dans quelques communautés de blogueurs, observez-les, repérez leurs travers et leurs faiblesses. Ensuite, crachez-leur dessus, soyez insultant, calomniateur, manipulateur, mitterrandien.

8) Lorsque l'un de vos articles vous paraît scandaleusement mauvais, insupportablement idiot, publiez-le partout, plusieurs jours de suite (variante du "bol de mayonnaise"), afin d'écoeurer d'entrée des lecteurs n'ayant pas encore eu l'idée de venir vous casser les burettes chez vous.

9) Si, malgré les conseils précédents scrupuleusement appliqués, vous êtes invité à une réunion de blogueurs "en vrai" (beuverie honteuse, en ancien français), allez-y. Mais montrez-vous à la fois lugubre et arrogant. N'ingurgitez que de l'eau, de façon ostentatoire et méprisante pour les alcooliques pitoyablement égocentriques qui vous cernent.

10) Faites abondamment circuler autour de vous le billet dont vous êtes en train d'achever la lecture, et n'oubliez pas de me mettre en lien.

Un peu de temps perdu

Hier soir, regardant Un amour de Swann à la télévision, je me suis soudain demandé quel pouvait être l'intérêt de ce film pour quelqu'un n'ayant jamais lu Proust. Puis, la seconde suivante, je me suis également demandé quel pouvait être son intérêt pour une personne connaissant La Recherche.

Du coup, je suis allé me coucher. J'ai ouvert le premier des trois volumes de La Pléiade - édition ancienne, de Clarac et Ferré - à la page 188, et j'ai commencé à lire :

Pour faire partie du «petit noyau», du «petit groupe», du «petit clan» des Verdurin, une condition était suffisante mais elle était nécessaire...

C'était à dire

« Un politicien local, qui refusait que l'enseignement des langues étrangères soit inscrit dans le budget d'une école, a déclaré : "Si l'anglais a suffi à Jésus-Christ, il devrait suffire à nos gosses." »

Jim Harrison, Retour en terre.

lundi 21 avril 2008