vendredi 30 octobre 2009

Ambiance de merde (et Didier Goux bien puni)

En un sens, c'est bien fait pour ma tronche. Il y a peu, juste avant les coups de deux heures, je me dirigeais d'un pas viril vers la boulangerie pour y faire l'emplette d'un sandwich thon-crudités, Giorgio Bassani sous le bras, quand l'envie m'a poigné d'un risotto aux champignons et d'un pichet de sauvignon. Je ne suis pas censé, à midi, me livrer à des dépenses aussi somptuaires mais, mesquinement, je me suis dit qu'après le bouquet de roses d'hier, l'Irremplaçable n'oserait pas trop gueuler aux petits pois. J'ai donc parcouru trois mètres cinquante de plus et ai poussé la porte de L'Ambiance d'à côté.

Le difficile, dans ce restaurant très mal insonorisé, est de bien choisir sa place, surtout si l'on prétend lire en déjeunant, ce qui se trouvait être mon cas. D'un coup d'œil expert, je remarque que la salle de gauche (l'ancienne salle "fumeurs"...) est relativement désencombrée. Et que les deux filles installées au fond en sont déjà au café. C'est donc très logiquement que je décide de bivouaquer dans leurs parages immédiats. Mal m'en a pris.

D'abord parce que, au moment où je suis ressorti de l'établissement, elles y étaient encore, ces deux malfaisantes. Et surtout, parce que l'une d'elles, non contente d'être laide, la trentaine mais vieille par anticipation, aigre de le savoir, n'a pas arrêté de jacter, d'une voix forte et ferrugineuse, de choses parfaitement inintéressantes, "professionnelles", et dans une langue répugnante (« En fait, à partireu d'là, c'qu'est important, tu vois, c'est l'bouche-à-oreille... »). Au point que j'avais le plus grand mal à m'imaginer dans les ruelles de Ferrare et à y suivre M. Bassani.

Vers la fin du repas, j'en suis arrivé à me dire que ce devait être l'esprit malin de l'Irremplaçable qui m'avait envoyé ces deux sorcières sonores pour me punir d'ainsi gaspiller l'argent du ménage : la parano n'était pas loin...

Pourtant, je ne regrette rien. Hier après-midi, fumant une cigarette en bas, je me suis soudain demandé ce que devenait Jean-Pierre Lacoste, pas vu depuis des mois. Ce Lacoste-là est directeur artistique du magazine Onze. Je le connais depuis 25 ans, l'époque où je travaillais (et lui aussi) rue de Berri et où nous allions régulièrement déjeuner ensemble, avec deux ou trois autres journaleux, dont Jean-Michel Larqué (celui-là, je le cite uniquement pour faire baver les footeux âgés...) Et, tout à l'heure, quittant L'Ambiance, qui vois-je entrer dans la boulangerie jouxtative ? Mon Lacoste. On a parlé une dizaine de minutes au milieu de ce que j'hésite à qualifier de "rue", et on s'est séparé très satisfaits l'un de l'autre.

De plus, le risotto était acceptable.

11 commentaires:

  1. Tant qu'à faire une transgression, j'aurais préféré qu'elle te soit agréable.

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  2. Ben oui, moi aussi ! D'un autre côté, reston positifs : elle me concassait tellement les burettes, mémère, que je n'ai pas été du tout tenté de prendre un petit verre en rabiot...

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  3. et le pot de rouges alors?a-t-il un peu compensé les sorciées?

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  4. (totale solidarité avec Catherine)

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  5. Toujours du blanc, mon cher Romain, jamais de rouge !

    Suzanne : pff !

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  6. Totale solidarité avec le risotto.

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  7. Nicolas : les risottos de Catherine sont incomparablement meilleurs, mais bon : celui-là était possible...

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  8. « Toujours du blanc, mon cher Romain, jamais de rouge ! »

    Pff ! Pacifiste, va !

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  9. "En fait, à partireu d'là"
    A coup sûr, eun'rémoise !

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  10. Et en plus, il connait Larqué !
    Un vrai annuaire mondain.

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  11. Ygor : vous connaissez ma méfiance envers les mélanges...

    Monsieur Social : n'exagérons rien : j'ai dû déjeuner quatre ou cinq fois avec lui, au milieu d'une tablée de six...

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