jeudi 1 octobre 2009

De la vie et de la mort de l'Europe

« (...) nous prétendons régir la marche du monde vers l'équité, mais nous refusons d'armer le bras de cette prétendue justice. La culpabilité névrotique inhibe l'action. Le problème, c'est que l'Europe est construite par des libéraux et par des socio-démocrates, c'est-à-dire par des gens qui croient dans l'économie comme instance déterminante. C'est pourquoi la neutralisation du politique est pour ainsi dire inscrite dans son code génétique.
P.B. - L'Europe n'est qu'un tigre de papier.
J.F. - Elle ne fait même pas semblant d'être un tigre ! Depuis plus de quarante ans, elle s'en remet aux Américains pour ce qui est de sa protection. Elle a pris le pli de la vassalité, l'habitude d'une servitude confortable. C'est ce que dévoilent d'ailleurs les choix budgétaires de tous ses gouvernements quelle qu'en soit la couleur : la portion congrue pour la défense, une part grandissante pour les dépenses sociales. En réalité, l'Europe ne peut se construire que sur un enjeu ultime... la question de la vie et de la mort. Seul le militaire est fédérateur, car dans l'extrême danger il est la seule réponse possible. Or ce danger viendra, car l'Europe vieillissante, riche et apathique, ne manquera pas d'attiser des convoitises. Alors viendra le moment de la décision, celui de la reconnaissance de l'ennemi... Ce sera le sursaut ou la mort. Voilà ce que je pense. M'exprimer de cette manière ne me vaut pas que des amis... »

Pierre Bérard, conversation avec Julien Freund.

Depuis quelques jours, je suis plongé dans le livre majeur de Julien Freund, qui me sert ici d'illustration. Livre dense, ardu (pour moi en tout cas...), mais d'une très grande richesse, me semble-t-il. Je n'en ai lu que 220 pages, sur environ 700 : je tâcherai d'y revenir, à la fin, si toutefois je m'en sens capable – ce qui n'est pas joué.

En attendant, je vous conseille vivement le dialogue de Pierre Bérard que j'ai mis en lien.

3 commentaires:

  1. Freund est brillant et stimulant.

    N’était-ce les rares allusions explicite à la fissuration du bloc communiste, cet entretien aurait pu avoir lieu cette semaine si on ignore son préambule.

    J'ai du m'y reprendre à deux fois mais c'est un texte qui vaut la peine de prendre le temps de le lire malgré sa longueur. Je commence à songer à me lancer dans cette Essence du Politique.

    RépondreSupprimer
  2. Evan : L'Essence du politique est beaucoup plus "trapu" que cet entretien (il s'agit en fait de sa thèse de doctorat, faite sous la direction de Raymond Aron et soutenue en 1965). Mais ça vaut la peine de s'y plonger (avec bouteilles, masque et palmes...) !

    RépondreSupprimer
  3. j'avais lu cet entretien , a la fin j'étais comme "vidé" .
    J'ai su qu'on étais vraiment dans la merde

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.