jeudi 17 février 2011

Ardentes bénévoles (c'est le titre)

Chapitre III

- Et qu’est-ce que tu dirais de ça, comme slogan, pour l’affiche de la manif à vélo du mois prochain : Solidaires avec nos frères, cyclistes contre les racistes ?

Maryvonne Lambert leva ses yeux cerclés de grosses lunettes d’écaille noire du tract qu’elle essayait de rédiger depuis une demi-heure, et tourna la tête vers Cédric Granville, assis au bureau à droite du sien.

- Ça fait pas un peu gag, la deuxième partie ? interrogea-t-elle, tout en mordillant la pointe de son feutre de plastique bleu. Le début, je trouve ça très bien, ça dit exactement qui on est, c’est vachement positif en plus. Mais la suite… C’est un peu la rime à tout prix, non ?

Le jeune homme, déjà petit de nature, sembla se tasser encore sur lui-même, comme s’il voulait disparaître à l’intérieur de son pull verdâtre et mal tricoté, telle une tortue dans sa carapace. Son visage étonnamment quelconque se marbra de plaques d’un rouge violacé, comme à chaque fois qu’il était violemment ému par quelque chose ou quelqu’un.

Or, s’il y avait quelqu’un qui émouvait particulièrement Cédric Granville, c’était bien Maryvonne Lambert, qu’il considérait un peu comme sa marraine, au sein de l’association où ils militaient avec ardeur et conviction tous les deux : L’Autre, mon semblable.

- Oui, t’as peut-être raison, répondit-il précipitamment, comme chaque fois que la brune au visage anguleux et à la carrure presque masculine émettait une objection. Et si on se montrait un peu plus offensif ? Si on leur balançait un truc du genre : Pour une France haute en couleurs, que ça vous plaise ou non ?

Les traits naturellement sévères de Maryvonne Lambert se durcirent encore. Elle se redressa machinalement sur son siège, ce qui eut pour effet premier de faire saillir sa poitrine assez considérable ; et, comme effet secondaire, de violacer encore un peu plus Cédric Granville.

- Ben là… c’est quand même vachement agressif, je trouve ! Provoquer les salopards de fachos racistes, ouais, d’accord ; mais là, on donne un peu l’impression de mettre le couteau sous la gorge des gens : c’est comme ça et pas autrement, circulez y a rien à voir, genre…

- En fait, je crois que je coince sur l’aspect vélo de la manif, soupira Cédric, sans bien comprendre lui-même ce qu’il entendait par là. Peut-être qu’il faudrait se concentrer plus sur le côté solidaire…

- Et citoyen ! ajouta Maryvonne machinalement. C’est important, le côté citoyen des luttes.

- Ouais, c’est vrai que c’est important…

Le silence retomba dans le local un peu tristoune que l’association de bénévoles L’Autre, mon semblable s’était vu mettre à disposition par la mairie de Paris. Il s’agissait d’une sorte de pavillon en préfabriqué de 110 m2, situé au pied de deux HLM du XIIe arrondissement, entre l’avenue Daumesnil et la rue de Charenton. Pas vraiment le grand luxe, mais enfin c’était entièrement gratuit pour l’association et, comme chacun sait, à cheval donné on ne regarde pas les dents. Ni l’écurie. Et encore moins la mangeoire.


8 commentaires:

  1. Dans la même veine, il y a le parti de gauchistes suisses Fourmi rouge :

    http://www.mariannehuguenin.ch/content/view/38/33/

    C'est au moins aussi bien que "cyclistes contre les racistes".

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  2. Rhâââ... put... le lien...

    http://tinyurl.com/63flvue

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  3. Le lien de M'sieur Robert…

    (Purée ! elle doit faire chier la terre entière, cette vieille modernœuse !)

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  4. Dans la même veine aussi, le roman de Iegor Gran, O.N.G! (Folio) où s'affrontent deux groupes de sauveurs de l'humanité (La Foulée verte, écolos radicaux, versus Enfance et vaccin, humanitaires sans concessions).

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  5. Ah mais non, je suis résolument contre toutes ces lois scélérates ! Je suis tout à fait pour que les antijuifs puissent s'exprimer librement. Du moment que je puis, moi, continuer de leur arracher leur masque d'antisionistes avant de les affubler l'un gros nez rouge.

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  6. Voilà !! C’est exactement ça ! Que chacun ait le droit de dire ce qu’il veut… et que les autres aient le droit de dire qu’ils se trompent (voire de le démontrer) c’est évidemment le meilleur système qui soit.

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  7. "Que chacun ait le droit de dire ce qu’il veut… et que les autres aient le droit de dire qu’ils se trompent"

    C'est au moins un point où les Etats Unis nous sont supérieurs et ont intelligemment amendé leur constitution.

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  8. Ah quel bijou ce petit texte! Et le suivant aussi... Vraiment, c'est en lisant ce genre d'histoire que je suis à nouveau pleine d'optimisme envers la nature humaine! Je ne sais si on peut proposer des cures de BM, mon curé ne serait pas franchement d'accord mais il y a quelque chose de profondément sain et juste qui apparaît...

    "L'Autre, mon semblable"!^^

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