dimanche 20 février 2011

Benevolent, scripta manent

Une petite précision : Clodette s'appelle ainsi, et non Claudette, parce que sa mère, bien que Togolaise, était une admiratrice transie de Claude François et de ses danseuses. Un dernier extrait, et après on arrête. (Le (…) remplace deux paragraphes interdits aux moins de 18 ans.)


Clodette Youmgane avait toujours été une fille pragmatique. “Un bel animal à sang froid”, disait d’elle son amant, Bertrand, qui s’y connaissait en matière de sang froid, lui qui avait érigé le cynisme au rang des Beaux-Arts.

Si elle avait créé l’association L’Autre, mon semblable, ce n’était nullement parce que le racisme l’indignait ou qu’elle ait eu à en souffrir personnellement. D’ailleurs, ses petits camarades bénévoles – à commencer par Maryvonne – auraient été sincèrement choqués si elle avait eu la bêtise de leur dévoiler le fond de sa pensée à ce sujet. À savoir que la France n’était pas un pays spécialement raciste, beaucoup moins en tout cas que les six ou sept pays africains qu’elle connaissait, où les populations étaient incapables de se penser autrement qu’en termes d’ethnies – lesquelles ethnies se massacraient les unes les autres avec entrain, dès que l’occasion se présentait de ressortir les machettes des placards.

La France n’était pas raciste, donc, de cela Clodette aurait pu témoigner. Seulement, les Français avaient été persuadés par leurs soi-disant “élites” qu’ils l’étaient, qu’ils devaient avoir honte de l’être, et faire tout ce qui était en leur pouvoir pour s’amender et se faire pardonner par les innombrables victimes dont ils avaient jonché la planète.

Par conséquent, s’était rapidement dit Clodette, il fallait jouer sur cette culpabilité pour tirer de ces pauvres imbéciles décervelés le maximum d’argent et de pouvoir. Labourer le champ de l’antiracisme militant, devenu quasiment professionnel, c’était l’assurance d’une récolte abondante, grasse et extrêmement rentable.

C’est dans cette optique que Clodette, bien aidée par Bertrand, avait créé son association. Pour commencer. Se tailler une première petite place dans l’organigramme des nantis, des parasites grassement nourris. Elle n’avait certainement pas l’intention de végéter longtemps dans ces locaux en préfabriqué, cernés par des HLM de pue-la-sueur sans ambition, à inspirer des tracts et des manifestes inutiles à des bénévoles idiots ! Car, dans son esprit, il ne s’agissait que d’une première marche. Et ce qu’elle visait, c’était le haut de l’escalier, la grande et belle terrasse, avec vue panoramique.

(…) Maryvonne serait sans doute tombée de très haut si Clodette lui avait dit tout crûment la vérité. À savoir qu’elle n’avait aucune attirance particulière pour les femmes, et pas plus pour elle que pour toutes les autres.

Seulement, lorsque leurs regards s’étaient croisés, la première fois, au cours de cette fameuse manif, Clodette Youmgane avait compris sans coup férir tout ce qu’elle pouvait tirer de cette fille, qui semblait croire aux slogans tout faits qui sortaient de sa bouche presque sans interruption. Pour peu qu’on la mette sur les bons rails et qu’on lui fournisse le carburant dont elle avait besoin, elle ferait une excellente et infatigable bête de somme, que Clodette se faisait fort d’utiliser à son profit exclusif.

Et c’est exactement ce qui s’était passé.


5 commentaires:

  1. Je commente peu chez vous mais je lis, et j'apprécie!

    Pourquoi cette Clodette me fait penser à Rokhaya Diallo?

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  2. Ah, il y a sans doute de ça, oui. Même si je n'y ai pas pensé consciemment.

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  3. et c'est publié ce genre de truc ? Et dans l'affirmative, c'est lu ?

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  4. Ben tiens ! où crois-tu que je prenne l'argent pour acheter des fromages ?

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