samedi 25 février 2012

Ah, que nous vienne le dernier des juste !

C'est la nouvelle scie, et elle se répand comme le feu sur une traînée de poudre – car, oui, dans le langage, une scie a le pouvoir de se répandre, en plus de tronçonner le réel. Elle consiste en un tout petit mot : juste. Qui n'est pourtant pas le mot juste, allez comprendre. 

L'autre soir, lors de sa poussive prestation sur France 2, Marine Le Pen l'a employé une grosse douzaine de fois, ce vocable intempestif : « C'est juste insupportable… », « C'est juste révoltant… », etc. En quoi la présidente du Front national n'a fait que se mettre à la remorque  de la blogosphère, où le juste est partout et la vérité nulle part. On avait déjà le “c'est vrai que”, dûment pointé par d'autres et mieux que je ne saurais le faire, utilisé à tout commencement de phrase, surtout lorsqu'il s'agit de se lancer dans des affirmations hasardeuses dont la véracité est rien moins qu'établie. Nous voici donc englués dans le juste, dont on ne sait s'il a partie liée avec la justesse ou avec la justice – probablement avec aucune de ces deux notions. À moins qu'il ne renvoie à une insuffisance avouée, ou au précipice au bord duquel on se trouve, dos au vide ; mais alors il manque un tout à ce juste : Je sais tout juste écrire.

Il reste que lorsqu'on lit – et c'est désormais tous les jours – quelque chose comme : « La situation est juste intolérable », on se demande par quel facteur aggravant la dite situation pourrait passer au-delà de l'intolérable. Ou alors, il faut chercher la solution du côté des électeurs de gauche, eux qui s'apprêtent à voter pour François Hollande, parce que Nicolas Sarkozy est juste catastrophique.

Pour tous les autres, qu'ils prennent donc leur mal en patience : le dernier des juste finira bien par advenir. Ce sera juste interminable.

vendredi 24 février 2012

Picasso l'a-t-i dit ou l'a-t-i point dit ?


La réplique est célèbre, mais il faut bien la rappeler. Durant l'Occupation, une poignée d'officiers allemands rendent visite à Picasso, dans son atelier de la rue des Grands-Augustins. Désignant Guernica dans un coin, l'un d'eux demande au peintre : « C'est vous qui avez fait cela ? » Alors, Picasso : « Non, c'est vous… »

Répartie flamboyante, bien sûr, à condition qu'elle ait été réellement prononcée. Anne Sinclair, dans un tout récent livre consacré à sa famille – 21 rue La Boétie, Grasset – la tient presque certainement pour apocryphe, se basant sur un récit fait souvent par son grand-père, le marchand d'art Paul Rosenberg, puis par sa mère. Elle écrit :

« Mon grand-père et ma mère lui rendirent visite à la Libération dans ce même atelier. Alors qu'ils le félicitaient pour ces propos courageux (…), Picasso répondit, légèrement embarrassé : “ Oui, j'ai dû dire quelque chose comme cela. Eh bien, disons que je l'ai dit ”… »

Bref, c'est comme le reste : on ne saura jamais. Quoi qu'il en soit, si non è vero et tout le bazar, quand même.

jeudi 23 février 2012

Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut

Qui pourrait me dire ce qui m'a pris ? De passer ces deux heures où j'étais seul, hier soir, à écouter Brassens, alors que je suis le premier à dire que Brassens m'emmerde un peu, depuis une paire de décennies ? Et pourquoi ne m'a-t-il pas emmerdé durant ces deux heures ? Et pourquoi les vingt années dont je viens de parler n'ont-elles compté pour rien durant deux heures ?

Je le sais plus ou moins, Brassens n'y est pour rien ou pas grand-chose. Les chansons sont remontées à la surface, et avec elles mon âge où je les braillais à tue-tête sur ma Mobylette, dans les rues de Châteaudun – c'était possible, mes jeunes amis, car on ne portait pas de casque, alors : on s'entendait chanter ; on mobylettait les cheveux au vent, je vous jure. 

[Je vous parle d'un deux-roues qui s'appelait réellement Mobylette, c'était la marque, il y avait des concessionnaires dans toutes les mini-villes de France, des types à mégot au coin des lèvres, qui parfois avaient passé depuis vingt ans l'âge de la retraite et qui vous réparaient votre machin dans des arrières-fonds de garage aussi crasseux que capharnaümesques – et ils vous disaient : « Eh bien… dans une semaine ? » Et vous, adolescent pressé : « Oh, s'il vous plaît, non, Monsieur (on appelait les hommes “monsieur”, à cette époque dont je vous parle, malgré nos cheveux longs et nos miroitements révolutionnaires…), j'en ai besoin, là, maintenant, enfin presque… » Et le vieux machin vous disait qu'il allait faire son possible, et malgré votre très jeune âge et votre impatience vous compreniez très bien qu'il ferait à sa tête et que vous ne pouviez rien contre lui.]

Bref, bien que jeune, je comprenais ce que j'écoutais – ou alors je devinais ce que j'allais y comprendre un jour. Par exemple, cette chanson des années 64 ou 65, qui s'appelle les quat'z'arts. À 16 ou 17 ans, je savais déjà qu'elle me parlait de la mort de mon père – je jure que je le savais. Cette guitare et cette contrebasse qui sonnaient comme un glas, je les entendais, alors que je ne croyais pas sérieusement que qui que ce soit pouvait mourir, dans ma vie proche, ma vie réelle de cette époque – et surtout pas mon père, tiens, malin ! Elle était drôle, cette chanson ; drôle et plus effrayante que n'importe quel film gore qu'il vous sera jamais donné de voir.

Plus de marche funèbre au son des mirlitons

Je pressentais – comment dire ? C'est ça : je pressentais. Notamment, je pressentais, en écoutant Brassens (presque en boucle, à cette époque), qu'il allait m'arriver des trucs pas forcément drôles. Parce que, même dans ma jeunesse de chevelu gauchiste, de Rrum avant la lettre, et avant la vieillesse, si je puis dire, j'avais bien compris que Brassens n'était pas tout à fait ce que l'on disait de lui. Anticlérical ? Évidemment ! Athée ? Antireligieux ? Il fallait vraiment manquer d'oreille et d'entendement pour le croire. J'ai huit ou dix titres de chansons à votre disposition pour vous prouver le contraire.

Ah oui parce que, bien que ne l'écoutant plus, ou presque plus, j'ai encore une bonne centaine de chansons de ce vieux réactionnaire en tête : on ne peut pas me piéger, à son sujet !  Réactionnaire n'est qu'un mot, évidemment. On va me dire que j'annexe les morts. Essayez : reprenez “tout Brassens”, vous verrez à quel point il vous vomit, modernœuds de mon cœur.

Enfin, non, peut-être que vous ne verrez rien, après tout. – Écoutez donc ce que vous voulez.

On m'a transmis ça…


mercredi 22 février 2012

Peut-on rajeunir de la vessie ? (Billet powétique)

Vers ma quarantième année, peut-être même un peu avant, j'ai commencé à devoir me lever au mitan de la nuit pour aller pisser. Une fois par semaine ; puis trois ; et cinq – enfin tous les jours.

Cette période me parut bénie des dieux assez vite, précisément lorsque j'abordai celle où deux levers devinrent nécessaires. D'abord une fois par semaine ; puis trois ; puis…

Quand, une nuit que j'étais à me morfondre, il me fallut visiter par trois fois la salle de bain, je me dis que si les choses se présentaient ainsi à quarante ans, l'énurésie devait d'ores et déjà être en ligne de mire. – Ces nuits ponctuées durèrent environ quatre ou cinq ans, je ne sais plus exactement.

Vint ce jour où je constatai au petit matin ne m'être dérangé qu'une fois : je fis donner un Te Deum. La chose se répéta, se réitéra, enfin se généralisa. Ensuite, les réveils s'espacèrent, et s'espacèrent tellement que, depuis maintenant sept ou huit ans, je ne me lève plus jamais la nuit – ou alors pour tout autre chose, par exemple ouvrir la porte à ce connard de chat qui est resté dehors et qui miaule sous la fenêtre de la chambre.

D'où ma question titrière : peut-on, sans intervention humaine, ni sans doute divine, rajeunir spontanément de la vessie ? J'attends l'oracle de Messire Pluton, de pied ferme et la bite bien en main.

Cependant, pour ce qui concerne la plupart de mes autres organes, la sénescence suit son cours impertubablement.

La caillera et le modernœud à travers les âges


« Que, répondis-je, le père s'habitue à devoir traiter son fils d'égal à égal et à craindre ses enfants, le fils s'égale à son père, n'a plus honte de rien et ne craint plus ses parents, parce qu'il veut être libre ; le métèque s'égale au citoyen et le citoyen au métèque, et la même chose pour l'étranger.
C'est bien ce qui se passe, dit-il.
À tout cela, dis-je, s'ajoutent encore ces petits inconvénients : le professeur, dans un tel cas, craint ses élèves et les flatte, les élèves n'ont cure de leurs professeurs, pas plus que de tous ceux qui s'occupent d'eux ; et, pour tout dire, les jeunes imitent les anciens et s'opposent violemment à eux en paroles et en actes, tandis que les anciens, s'abaissant au niveau des jeunes, se gavent de bouffonneries et de plaisanteries, imitant les jeunes pour ne pas paraître désagréables et despotiques. »

Platon, La République 562-563


(Merci à Marcel Meyer pour la citation…)

mardi 21 février 2012

Le parti de l'In-nocence est-il 100% halal ?

Communiqué n° 1349, lundi 20 février 2012
Sur la dite “viande halal”

Le parti de l’In-nnocence sait gré Mme Marine Le Pen d’avoir profité de l’accès dont elle dispose auprès des médias pour faire affleurer enfin dans le débat public le triple scandale de la dite “viande halal” : scandale eu égard à l’extrême cruauté du traitement infligé aux animaux tués selon les prescriptions rituelles de l’islam ; scandale du fait du secret maintenu autour du phénomène, de sorte que des millions de Français mangent régulièrement sans le savoir, et certainement sans le vouloir, de la viande halal ; scandale enfin et surtout parce qu’il y a là un emblème saisissant de la colonisation en cours, de l'imposition tantôt violente tantôt insidieuse d'une civilisation étrangère se substituant à celle de notre pays, de l’entrée d’une religion dans les mœurs et dans les corps avant qu’elle s’impose tout à fait dans les esprits.

Le parti de l’In-nocence est pour sa part favorable à l'interdiction pure et simple de l'abattage rituel, selon le modèle suisse. Il rappelle que le concept de “terre d’islam” étant parfaitement familier à la civilisation islamique, il est impérieux et urgent de rappeler et proclamer, par tous les moyens restant disponibles dans le climat actuel de complaisance extrême au processus de conquête, que l’Europe et la France sont des non-terres d’islam, à défaut d’être des terres de non-islam.


Personnellement, je conseille le porc élevé en liberté, ça évite d'avoir à se poser des questions pénibles. Et puis dans le cochon tout est bon – y compris les répulsions irraisonnées qu'il peut susciter çà ou là.

Gaffe au cholestérol quand même…

lundi 20 février 2012

Quand le jour se lève sur Singh Singh…


Simon Singh est docteur en physique nucléaire. Il est aussi l'auteur, chez Jean-Claude Lattès, d'une Histoire des codes secrets absolument passionnante. J'avais envie de relire le dernier chapitre, dans lequel l'auteur donne quelques pistes pour envisager l'avenir du codage/décodage, ce couple de frères ennemis depuis deux mille ans, en abordant le sujet de l'ordinateur quantique. J'ai donc repris le livre ce matin et, finalement, me suis remis à le lire da capo : il reste aussi excitant qu'à la première lecture, que j'en avais faite il y a une bonne dizaine d'années, au départ en vue de l'écriture d'un Brigade mondaine.

Simon Singh est également une manière d'andouille. À la page 46 de son ouvrage, sous le titre La Renaissance de l'Occident, il écrit ceci : 

« Entre 800 et 1200, alors que les Arabes connaissaient une période de brillante réussite intellectuelle, l'Europe restait plongée dans les ténèbres. »

Si l'un d'entre vous avait l'occasion de croiser un jour prochain M. Simon Singh, aurait-il l'amabilité de lui rappeler que c'est durant ces quatre siècles que Charlemagne a reconstitué l'empire romain d'Occident – de manière éphémère, certes… –, qu'apparurent les œuvres de Chrétien de Troyes et le Roman de la rose, la poésie des troubadours, la Chanson de Roland, l'art roman, le Mont Saint-Michel, et que commencèrent de s'élever un peu partout les plus grandes et splendides cathédrales gothiques ? Sans même parler de cette fabuleuse épopée que furent les premières croisades, bien entendu, ni du lancement de la reconquête de l'Espagne sur ses envahisseurs des sables : inutile de se lancer dans des polémiques stériles.

Cependant, malgré ce trait de sottise idéologique, ou de simple ignorance, il reste que le livre de M. Singh est en tous points recommandable aux esprits curieux.


P.S. : le titre de ce billet est dédié à mes amis Rrums, suite au petit échange que nous avons eu hier chez eux

samedi 18 février 2012

Les darwinners ont la lose


La semaine dernière, dans un trop court billet consacré au livre de Trinh Xuan Thuan, La Mélodie secrète, je faisais une allusion rapide à ceux que j'appelais les darwiniens intégristes, c'est-à-dire les descendants des savants qui, au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, ont transformé la théorie de l'évolution des espèces en dogme intangible, proclamé blasphématoire toute remise en cause de leur bible, et surtout accompli le tour de force de faire passer auprès des journalistes et des professeurs du secondaire tout savant un tant soit peu critique pour un illuminé créationniste, victime de son obscurantisme religieux.

Or il semble bien que de plus en plus de biochimistes, généticiens, paléontologues, zoologistes, etc., et non des moindres, n'hésitent plus à contester la pertinence des thèses darwiniennes, au moins en ce qui concerne la macro-évolution, en particulier parce que, malgré le fantastique essor de la paléontologie tout au long du XXe siècle, personne n'a été capable de découvrir les fossiles de tous ces fameux “chaînons manquants”, ou espèces intermédiaires, absolument nécessaires à la théorie de Charles Darwin, ainsi que ce dernier l'affirmait lui-même. À son époque, il lui fut encore assez facile de se débarrasser de ses contradicteurs – lesquels, déjà, n'étaient pas tous guidés, fort loin de là, par leurs présupposés religieux – en affirmant que la recherche de fossiles n'en était qu'à ses balbutiements et que, par conséquent, ceux des espèces intermédiaires restaient à découvrir, et le seraient immanquablement. Il n'en a rien été.

Les “hérétiques” d'aujourd'hui ont encore bien d'autres arguments à faire valoir pour s'attaquer à la forteresse, ou en tout cas beaucoup de doutes à émettre, que je ne me ressens pas de développer ici et maintenant – d'abord parce que c'est assez compliqué à rendre simple, ensuite parce qu'on est tout de même en week-end. Enfin et surtout parce qu'il existe un auteur, Michael Denton, biochimiste et généticien de son état, qui brosse fort bien le panorama, dans un livre très accessible et peu onéreux : Évolution, une théorie en crise, auquel on se reportera si l'on s'intéresse à ces questions.

Le piquant de l'affaire est que, sous des formes évidemment très différentes, à un autre tour de la spirale du sens, de plus en plus de savants actuels en viennent à se rapprocher des positions qui étaient celles des typologistes pré-darwiniens, le grand Cuvier en tête. Pour terminer, un petit extrait du livre de Denton (p. 160) :

« Il est vrai que la ressemblance homologue*  authentique – lorsque le phénomène a une base génétique et embryologique établie sans ambiguïté –, tout comme la structure hiérarchique des relations de classe, suggèrent une certaine théorie de la descendance. Mais elle ne nous indiquent rien sur la manière dont ont pu se dérouler la descendance ou l'évolution, à savoir : le processus a-t-il été graduel ou soudain ; ou encore : le mécanisme causal a-t-il été darwinien, lamarckien, vitaliste ou même créationniste. Une telle théorie de la descendance est donc dépourvue de toute signification profonde et compatible avec n'importe quelle philosophie de la nature.. En dernière analyse, les faits de l'anatomie comparée n'apportent aucune preuve en faveur de l'évolution dans le sens où Darwin la concevait. »


* Les ressemblances dites homologues concernent les organes ou les structures semblables qui ont été modifiées pour servir à des fins totalement dissemblables. L'exemple le plus parlant de ressemblance homologue est la similitude de l'anatomie des membres antérieurs des vertébrés terrestres : celui d'un homme, d'un dauphin ou d'un oiseau présentent des structures semblables, alors que l'un sert à marcher, le deuxième à nager et le troisième à voler.

vendredi 17 février 2012

En descendant la rue Isambard…


Comme l'attente fut un peu plus longue qu'il ne l'avait pensé tout d'abord, c'est à la pharmacie que nous rejoignons notre passant pacéen, où il se trouve pour un renouvellement d'ordonnance. Sur le comptoir est scotchée une petite annonce, par laquelle la pharmacienne, Caroline C. nous prie de bien vouloir ne pas lui tenir rigueur de tous les cafouillages éventuels faisant suite à leur changement de logiciel. À la fin de son petit mot, elle nous remercie de notre compréhension et signe : Caroline C. et toute son équipe officinale.

Et nous voilà de nouveau dans la rue Isambard. Notre passant pacéen s'arrête un moment devant la vitrine de la maison de la presse. Y est exposé un livre d'entretiens de Frédéric Lenoir avec Marie Drucker, sobrement intitulé Dieu. Le passant se croit soudain, sans que rien l'ait préparé à cela, tenu de penser que Marie Drucker pourrait donc avoir des choses à dire sur Dieu, peut-être même des informations à nous délivrer à son sujet, voire des révélations à faire. Il s'en trouve quelque peu perturbé, mais continue vaillamment son chemin.

Un peu plus loin, sur la porte du café qui retransmet à longueur de journée des courses de chevaux sur un écran gigantesque et fort bruyant, une affiche émanant des pouvoirs municipaux invite les Pacéens à retirer le disque qui leur permettra de stationner sur la nouvelle zone bleue, et à le faire en mairie. Le passant se demande par quel tour de passe-passe syntactique on se rend désormais en mairie alors que, visiblement, d'après la même affiche, on continue d'aller à la gendarmerie.

Puis il remonte dans sa voiture, stationnée en parking, afin de rentrer en maison.

mercredi 15 février 2012

Vous demandez qui ? La vérité ? C'est pas ici !


Ils n'ont vraiment pas de chance, nos amis homosexuels français (à moins d'être alsaciens ou mosellans) : non seulement personne n'a songé à les déporter et à les exterminer durant les heures les plus sombres de notre histoire, mais en plus il s'est trouvé, ces temps-ci, un grossier personnage pour le dire tout fort. C'est un député UMP, le rustaud en question. Enfin, c'était, parce qu'à l'UMP, on n'aime pas trop les vérités qui font de la peine aux socialistes. Du coup, ils l'ont bouté dehors avec leurs petits bras d'hétéros : Vanneste, ouste ! Ça lui apprendra à connaître son histoire de France et à la ramener avec ça.

Le pyjama rayé et le triangle rose, pour la prochaine gai praïde, ça pourrait devenir vachement tendance, les couturiers devraient se mettre sur le coup.

mardi 14 février 2012

On me dit que ce serait aujourd'hui la Saint-Valentin…


Votre visage,
Aux yeux changeants comme la mer,
Votre visage
Est un paysage si clair.

Votre sourire,
Qui s'illumine rien que pour moi,
Semble me dire :
« Je suis ta joie
Et je suis aussi la jeunesse.
Cheveux d'or en boucle d'amour,
À toi ma vie, ma tendresse,
À toi mon coeur pour toujours. »
 
Votre visage,
Aux yeux changeants comme la mer,
Votre visage
Est un paysage si clair,
Si clair.

Charles Trenet, 1947

dimanche 12 février 2012

Un peu de science éloigne de Dieu…


La lecture de La Mélodie secrète, le livre de vulgarisation de l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan, consacré à la formation et aux lois de l'univers, à la physique quantique et autres joyeusetés semblables, m'amène à penser que l'hypothèse de l'existence d'un démiurge est encore la plus raisonnable pour expliquer le grand barnum dans lequel nous sommes plongés. Ce qui est étonnant (et aussi fort amusant si on se met à imaginer la tronche dépitée des athées névrotiques) c'est que plus les savants progressent dans leurs découvertes, et plus ils se rapprochent de la Bible – en tout cas de l'éventualité d'un créateur tout-puissant et omniscient. Les résistances sont encore assez fortes, notamment du côté des darwiniens intégristes, mais leur forteresse a commencé de se lézarder, à eux aussi. 

Il y a encore un siècle, les troupes de choc du rationalisme regardaient la science comme le marteau qui allait leur permettre d'écraser définitivement la punaise religieuse. Pas de chance…

samedi 11 février 2012

Pierre Dumayet mis en abyme

Il y a quelques jours, Arte redonnait une émission datant du début des années 2000 et consacrée à Pierre Dumayet – ou, plus exactement, à d'anciennes émissions de Dumayet commentées par lui à trois décennies de distance. Amusante mise en abyme, puisqu'on y voyait le vieil homme assis devant un téléviseur, à l'intérieur duquel apparaissait le jeune lui-même interrogeant tel ou tel écrivain. Le comble de ce jeu était atteint avec Marguerite Duras, laquelle avait demandé, dans les années quatre-vingts ou quatre-vingt-dix à revoir une émission des années soixante où c'était elle qui se trouvait sous le feu des questions. Si bien que l'on pouvait voir alors le Dumayet de 2000 contemplant sur son écran Marguerite Duras et le Dumayet de 1980 (mettons), eux-même se regardant et s'écoutant sur un autre écran et un quart de siècle plus tôt : on se serait cru sur un couvercle de boîte de Vache qui rit.

L'un des extraits de Lecture pour tous proposés avait pour invité François Mauriac, qui y expliquait ce qu'il voulait dire par l'expression : écrivain habitable. Il s'agissait dans son esprit de ces auteurs à qui l'on revient régulièrement, y entrant par n'importe quelle ouverture, lisant vingt ou cent pages, avant de ressortir cavalièrement par la porte-fenêtre du jardin. Comme exemple d'écrivain habitable, Mauriac citait Balzac – et je me sentais en plein accord avec lui –, mais aussi Dostoïevski. Et je me disais que je pourrais sans doute pas habiter Dostoïevski comme j'habite Balzac et, au moins autant, Proust. D'abord relire un roman du Russe n'est pas une envie qui me vient très souvent et elle est rarement impérieuse. Ensuite, quand il m'arrive de passer à l'acte, je sonne poliment à la porte, vérifie mon nœud de cravate, prends les patins, fais attention à ma cendre de cigarette, etc. : je n'habite pas, je visite.  Chez Balzac, en revanche, il m'arrive d'ouvrir le frigo pour voir s'il ne resterait pas un peu de rillettes – ou d'autres fois une vieille madeleine rassise dans le buffet de Marcel.

Pour exemple d'écrivain a contrario inhabitable, pour lui, François Mauriac donnait Kafka. Et il disait ceci : « J'ai beaucoup aimé les livres de Kafka, mais plutôt crever que de devoir les relire un jour… »

Ce “plutôt crever” dans la bouche  du maître de Malagar m'a ravi durant au moins cinq minutes.

vendredi 10 février 2012

Tremblez, exploiteurs ! Résonnez, musettes !


Maintenant que Le Monde.fr m'a contraint à faire mon coming out en  révélant à ses ouailles stupéfaites mon appartenance au Camp du Bien, je puis enfin mener au grand jour les combats que je livrais auparavant dans l'ombre la plus épaisse et propice. C'est pourquoi je crie bien haut que nous pouvons encore, tous ensemble mes frères et mes sœurs, faire reculer le Grand Capital et museler les valets à sa solde, qui ne seront pas satisfaits tant qu'ils ne nous auront pas pressés jusqu'à la dernière goutte de ce sang impur qui abreuve nos sillons. Pour cela, un seul mot d'ordre :


NE TOUCHEZ PAS AU REPOS DOMINICAL DES TRAVAILLEURS !

DITES NON À L'OUVERTURE DES ÉGLISES LE DIMANCHE !


Putain, ça fait du bien…

Au bout du monde, mais pas trop loin de chez soi


J'avoue, à ma grande et courte honte, n'avoir avant ce matin jamais entendu parler de Sylvain Tesson. Mais je viens de trouver, sur un excellent blog – probablement éphémère –, ce court texte de lui, qui semble extrait d'un livre intitulé Les Forêts de Sibérie :

« Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. »

La solitude et le silence sont en effet les deux luxes dont commencent toujours par nous priver les dictatures, qu'elles soient communiste, nazie ou modernœuse. Cela étant, si on pouvait se trouver un petit havre un peu moins lointain que la Sibérie, je serais preneur. Ce qui nous ramène à cette réponse faite par je ne sais plus quel chef d'orchestre, à qui on demandait où il aimerait habiter : « Pas trop loin de chez moi… »

jeudi 9 février 2012

Sentence à l'huile


L'obsession des mauvais peintres : réussir croûte que croûte.

mercredi 8 février 2012

Êtes-vous en situation de spécificité ?


Il y a quelque temps – ici même, je crois bien –, je me divertissais de ce que les invalides et les infirmes s'étaient d'abord transformés en handicapés (sans que cela ne les aide d'ailleurs à se mouvoir plus facilement), avant de devenir des personnes en situation de handicap – formule charabiesque qui ne signifiait plus rien. Et je pronostiquais que, dans un proche avenir, ce mot de “handicap” deviendrait lui-même inacceptable. Eh bien, l'avenir est devenu présent, le changement c'est maintenant et toutes ces sortes de choses. Voici ce que je lis, dans mon magazine de télévision, à propos d'un documentaire diffusé ce soir :

« Après une année difficile, Ronnie et Donnie Galyon, deux frères siamois, ont décidé de déménager dans une maison adaptée à leur spécificité. »

La rédaction souhaite beaucoup de bonheur à ces jumeaux spécifiques. Et attend avec impatience le prochain palier linguistique.

Claude Lévi-Strauss était-il, comme tout un chacun, sympathisant nazi ?


« Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au-dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n’autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n’a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement. » 

Claude Lévi-Strauss (Le Regard éloigné, Paris, Plon, 1983).

Je sens qu'il ne va pas couler beaucoup d'eau sous les ponts – d'autant plus qu'elle est gelée – avant que l'autre guignol carabéen ne nous barbecute les livres du vieux en place publique…

mardi 7 février 2012

L'enseignement de l'oubli et l'industrie de l'hébétude


Communiqué n° 1343, lundi 6 février 2012
Sur les propos de M. Claude Guéant et les réactions qu'ils suscitent

Le parti de l'In-nocence observe avec une fascination stupéfaite la comédie pourtant prévisible des réactions politiques et médiatiques aux propos de M. Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, sur l'inégalité des civilisations — propos d'une telle évidence et d'un si élémentaire bon sens que même les plus indignés de ceux qui y réagissent n'osent pas soutenir leur contraire, tant ce contraire serait absurde ; de sorte que, par un tour supplémentaire de la répression idéologique, M. Guéant n'est pas fustigé pour ce qu'il a dit mais pour ce que, disant, il aurait pu vouloir dire, insinuer, donner à entendre aux uns ou aux autres.

Le parti de l'In-nocence estime pour sa part, bien entendu, que les civilisations sont aussi inégales que les intelligences, les talents, les aptitudes physiques et les vertus morales ; et que seul un monde sinistre où la morale, l'esthétique et la réflexion politique seraient tenues pour nulles et non advenues pourrait soutenir et forcer à soutenir que les civilisations sont égales alors qu'il n'y a aucune égalité en art, en morale, en discrimination et en in-nocence ; qu'au demeurant un tel monde aux valeurs écrasées est bien celui que la Grande Déculturation, la décivilisation, l'enseignement de l'oubli et l'industrie de l’hébétude nous ont préparé de longue date. 


(Source)

Le choc des civilisations ? Remettez-nous ça, patron !


Claude Guéant a perdu une bonne occasion de se taire. Non parce qu'il aurait dit une bêtise, ou soufflé son haleine fétide aux délicats naseaux de Modernœud, ou nausé-abondé dans le mauvais sens – mais simplement parce qu'il n'est pas, à ma connaissance, payé sur les deniers de l'État pour proférer des évidences. 

Que certaines civilisations soient plus riches, plus fécondes, plus intenses que d'autres – et, donc, en un mot fort vilain, qu'elles soient supérieures à d'autres –, c'est l'évidence même, et ce ne sont pas les piaulements de la basse-cour progressiste qui changeront quoi que ce soit à cet état de fait. Énoncer cela sur un ton pontifiant et ministériel, c'est nier l'existence du ridicule, ça ne mérite pas qu'on s'y arrête une nanoseconde.

Ce qui est amusant, en revanche, ce sont les arguments utilisés pour attacher ce malheureux Guéant à sa roue : en proférant ce truisme, il aurait cherché à draguer les électeurs du front national. Je reconnais que c'est très laid, de chercher à attirer des électeurs en période électorale ; c'est une chose que les socialistes ne s'autoriseront jamais, par exemple. En dehors de cela, je trouve l'argument parfaitement saugrenu. 

On sait à peu près, je crois, quelles franges de la population fournissent ses gros bataillons de votants au parti de Marine Le Pen : plutôt Mimile et sa casquette que M. le marquis dans sa tenue de chasse à courre, pour le dire rapidement. Donc, je m'interroge, je tergiverse, je dubitative : nos petits camarades de la gauche vertueuse aux idées qui sentent bon croient-ils réellement que, le soir, au comptoir de toutes les Comète de France, on tient des meetings passionnés sur les mérites comparés des civilisations grecque et eskimaude ? Qu'on lance des débats de fond à propos des réalisations et des apports de la Chine et du Monomotapa ? Que l'on s'interroge gravement de savoir si le relativisme culturel est naturel à tous les peuples de la Terre ou bien s'il est une originalité de la civilisation dite occidentale ? Et le midi, à la cantine de l'entreprise, on reprend sur le formica des tables de huit la conversation amorcée la veille au zinc ? Ils croient sérieusement ça, nos amis ?

À mon avis, ils gagneraient à fréquenter davantage les bistrots, ça leur éviterait de proférer de telles âneries. Enfin, non, ce n'est même pas sûr.

dimanche 5 février 2012

On rouvre ! Et pourtant c'est dimanche…


« Au fait, j'ai décidé de rouvrir les commentaires.

– Ah ? Et pourquoi ?

– Sais pas trop…

– Ça te manquait, leurs bavardages ?

– Non, pas spécialement…

– Ben alors ?

– Alors, je fais ce que je veux, même quand je ne sais pas pourquoi.

– T'es pas logique, comme gars…

– Non, en effet. Et en plus je t'emmerde. »

samedi 4 février 2012

Le ballon de Port-Saïd a dû être piégé par ces salauds de Juifs


Soyons un peu objectifs tout de même : on ne va pas commencer à traiter les Égyptiens de sauvages, sous prétexte que quelques dizaines d'amateurs de football sont passés de vie à trépas pour cause d'enthousiasme débordant ; on fait aussi bien chez nous, les exemples ne manquent pas. Ce qui est amusant, dans le cas présent, c'est que Modernœud ne peut pas évacuer l'incident comme il le fait d'ordinaire, en disant que les supporters sont tous des gros cons avinés, que le football c'est la guerre continuée par, etc. Simplement parce que, ces supporters-là étant égyptiens, donc arabes, qui plus est révolutionnaires et printaniers, il ne saurait être question de leur imputer la responsabilité de cette flambée de violence imbécile. Il y a forcément des très-méchants quelque part, qui ont poussé ces très-gentils à envahir le terrain et à s'exploser mutuellement la tête, ce n'est pas possible autrement.

« Tu vas voir, ai-je pronostiqué à Catherine lorsque l'information nous est parvenue, tu vas voir que d'ici quarante-huit heures ce sera la faute d'Israël et des États-Unis… »

Elle a trouvé que j'exagérais tout de même un peu, et elle a eu bien tort. Il y a deux jours, un député égyptien, Mustafa Bakri, a, sur Sawt Al-Chaab TV, déclaré ce qui suit :

« Notre pays est entré dans un état d’anarchie. Cette anarchie est causée par l’Amérique, Israël et l’ancien régime. Regardez la nouvelle donne au Moyen-Orient. Ne parlons pas de tous les détails. Ce qui est arrivé à Port-Saïd est une continuation de ce qui s’est passé dans la rue Muhammad Mahmoud, dans la rue Al-Qasr Al-Ayni, en face du gouvernement, en face de Maspero, et dans le match de football contre la Tunisie. Tout est lié. C’est une tentative de mettre ce pays à terre. »

Catherine, j'attends de plates excuses ainsi qu'une reconnaissance publique de mon génie politique…


(Information trouvée ici.)

vendredi 3 février 2012

L'ignoble calomnie du Monde.fr contre votre serviteur


C'est l'Amiral Woland qui, entre deux travelos brésiliens payés sur note de frais, a trouvé le temps de m'avertir de cet inqualifiable scandale : d'après Le Monde.fr, je serais devenu socialiste ! Néanmoins, il semblerait que ces guignols aient tout de même eu un peu de mal à me classer, si j'en juge d'après ma position géographique. En réalité, ce blog paraît représenter, à leurs yeux purulents de progressisme, une sorte de pont entre la gauche et l'extrême droite. Regardez la carte ci-dessus : vous voyez le petit point rose, situé au nord-ouest du territoire bleu tout en longueur, et que l'on dirait relié par de multiples câbles idéologiques à la péninsule brune, à gauche, et à l'espèce de Sibérie rose, à droite ? Eh bien, c'est moi, comme vous pourrez le vérifier ici

Je songe sérieusement à porter plainte pour calomnie.

Bête comme un chanteur de variétés


Axel Bauer est un pousseur de rengaines qui eut sa minute trente de gloire, quelque part dans les années quatre-vingts, grâce à une chanson intitulée Cargo de nuit. Comme il n'est pas la moitié d'un imbécile, il vient d'écrire son autobiographie, afin probablement d'édifier les foules. Revenant sur le “clip” tourné par Jean-Baptiste Mondino à partir de son raffiot nocturne, notre artiste écrit ceci :

« J'avais moi-même un look très proche de celui de l'acteur Brad Davis dans Querelle, le film culte du célèbre réalisateur homo Jean Genet. » 

On suppose que c'est par modestie, pour ne pas étaler outrageusement sa culture, que M. Bauer omet de préciser que Jean Genet adaptait, dans son film culte, le fameux roman de Rainer Werner Fassbinder, dont le titre complet était d'ailleurs Querelle de Toulon – la querelle de Toulon se distinguant de celle de Lyon en ce que le brochet y est remplacé par de la truite saumonée. 

À ceux qui s'étonneraient que personne, chez l'éditeur, ne se soit avisé de cette splendide bourde, je signale que l'éditeur en question est Michel Lafon.

Dans le même genre, je me souviens d'être allé voir J'irai cracher sur vos tombes, en 1972, au cinéma de Châteaudun. Sans doute pour affriander le chaland intellectuel, le patron du cinéma en question avait rajouté sur l'affiche trônant dans le hall de son établissement un petit placard écrit à la main, qui précisait : « D'après le célèbre roman de Jean-Paul Sarthe. »

La culture est éternelle.

mercredi 1 février 2012

Humour juif contre humour juif : faut que ça saigne


D'après François Jouffa (qui le dit ici), la blague préférée des Ashkénazes :

C'est l'histoire d'un Séfarade qui rencontre un autre Arabe…

lundi 30 janvier 2012

La malédiction de Laon


Ce blog dort à moitié, mais le journal de décembre est tout de même à l'heure…

dimanche 29 janvier 2012

Beau comme le quantique


En 1947, Kurt Gödel, le grand mathématicien d'origine autrichienne, déjà mondialement connu pour ses théorèmes d'incomplétude, dut passer le traditionnel examen en vue de sa naturalisation américaine. Ses deux témoins étant Oskar Morgenstern et surtout Albert Einstein, l'épreuve s'annonçait comme une simple formalité. Néanmoins, assez bilieux de nature, Gödel voulut s'y préparer le plus sérieusement et minutieusement possible. À cette fin, il se plongea dans l'étude de la constitution américaine. Ce fut pour y découvrir une faille logique qui permettait, en toute légalité, de faire basculer la démocratie vers un régime tout à fait dictatorial. Mis au courant de sa découverte, Morgenstern et Einstein supplièrent Gödel de n'en surtout pas faire état devant le juge…

Un hasard malheureux voulut que le magistrat en question commençât par interroger le postulant sur le régime politique de son pays d'origine. Gödel répondit qu'après avoir été une démocratie, il s'était transformé en une dictature. « Ce n'est pas ici qu'une telle chose pourrait arriver ! », s'exclame alors le juge. Et, bien entendu, Gödel lui répond aussitôt que si, c'est très possible, et qu'il se propose de le lui démontrer séance tenante.

Le juge, qui connaissait par ailleurs Albert Einstein – et peut-être sur un signe discret de celui-ci –, préféra sagement remettre la démonstration à une date ultérieure et coupa court à l'entretien en accordant la nationalité américaine à Kurt Gödel.

samedi 28 janvier 2012

Didier Goux, le sabre et le goupillon

Jardins du château de Versailles – Communion solennelle, mai 1969

vendredi 27 janvier 2012

Nos socialistes n'ont rien inventé


Louis XIV le disait déjà à cette pauvre marquise de Montespan :

Le changement, c'est Maintenon !

jeudi 26 janvier 2012

Isabelle aura les yeux bleus – Lahr, début 1965


Comment ce charmant petit garçon a-t-il pu devenir un écrivain en bâtiment dépassant le quintal ?

mercredi 25 janvier 2012

On rouvre, mais c'est juste pour dire qu'on ferme…


À peine fermé déjà rouvert, mais c'est juste pour expliquer que c'est fermé. En raison de la manière un tantinet aberrante qu'a Blogger de s'exprimer en français, un certain nombre de lecteurs ont cru que, pour pouvoir entrer ici, il fallait désormais appartenir à une élite dont ils auraient été exclus par décision taulière. Il n'en est rien. Ce blog est bel et bien fermé, et il l'est à tout le monde (sauf à moi, mais je ne gâtoche pas encore au point de passer mes journées à me relire). Voilà déjà quelques jours que je ressens le besoin d'une vraie cure de désintoxication, me rendant bien compte que je ne pourrais supporter sans dommages psychiques pas forcément réversibles les océans de connerie militante induits par la proximité de je ne sais quelle élection à prétentions nationales. Et il m'a paru que le meilleur moyen de me garder des blogs des autres était encore de fermer le mien. Fermeture définitive ? Temporaire longue ? Temporaire courte ? Ne le sais. Il en va ici comme de toute tentative d'affranchissement d'une drogue nocive : on ne maîtrise pas tous les paramètres, et une grande humblesse reste donc de rigueur. Il y a un moment, l'Irremplaçable suggérait qu'en cas de rechute je pourrais toujours limiter la casse on supprimant ma blogroll – ça, c'est déjà fait – et en fermant les commentaires. L'idée n'est pas mauvaise en soi, même si on risque de penser que je copie sur Georges. Enfin, on verra bien. Pour l'heure, place au silence, voire au blogautisme.

(Si jamais mes raisons de déserter venaient à me sembler insuffisantes, je me garde celle-ci en réserve…)

lundi 23 janvier 2012

État des blogs durant la première moitié du XVIIe siècle


« La lecture des mazarinades, ces opuscules, libelles, placards orduriers, complaintes irrévérencieuses, dont la folle explosion marque cette période – on en a dénombré plus de 5 000 –, ajoute à la confusion. Christian Jouhaud l'a fort bien montré, ce ne sont pas des textes d'opinion, mais de propagande, des textes “d'action” remplissant une fonction tactique, collant à l'actualité convulsive, s'insérant dans la mise en scène à la fois baroque et festive du combat politique. La loi du genre est l'imprécation, l'invective ou la calomnie. Dans certains de ces textes, la haine de Mazarin – et accessoirement celle de la reine, à laquelle s'accrochent les fantasmes les plus débridés – s'enfle jusqu'au délire. Mais cette violence n'est que défoulement : il devient « inutile de tuer Mazarin puisqu'on l'assassine journellement sur le papier ». Si ces brûlots éphémères offrent peu d'intérêt pour l'histoire des idées politiques, du moins témoignent-ils de l'extraordinaire libération de la parole et de l'écrit en ce bref moment. Chaque faction eut ses officines d'imprimerie, ses colporteurs, ses écrivains à gages ou “engagés” (Scarron, Cyrano, Chapelain, Sarazin). »

Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Librairie Perrin, p. 48.

J'avais d'abord pensé me fendre d'un petit commentaire, à la suite de cet extrait ; et puis à quoi bon ? Chacun aura compris seul de qui et de quoi il s'agit. On ne fait pas tomber Mazarin en vociférant sur le Pont Neuf.

mercredi 18 janvier 2012

Le deuil de Périclès et la tristesse d'Anaxagore


Hier soir, au cours de mon zapping-dodo…

Oui, alors, commençons par préciser certaines choses. Un zapping-dodo, ce n'est pas n'importe quoi. Bien sûr, le premier crétin aura compris qu'il s'agit, télécommande en main, de passer d'une chaîne à l'autre avant d'éteindre le téléviseur et d'aller se coucher. Mais ce n'est pas pour autant un simple balayage pré-dormition – il y a des règles. Notamment, le zapping-dodiste est requis de s'arrêter sur certaines chaînes, qui devront être prises au hasard parmi celles qu'il ne regarde jamais, qui sont a priori le plus éloigné possible de son petit univers mental habituel ; et il devra y rester plusieurs minutes – au minimum cinq – sans chercher à s'en évader. Un bon zapping-dodiste est ainsi capable, entre minuit et demie et une une heure, d'écouter sans l'interrompre un clampin lui délivrer le bulletin météorologique du lendemain pour le nord de l'Amérique latine, ou de compatir longuement aux difficultés pratiques que rencontre dans sa vie quotidienne un jeune Texan de 285 kilos. Cela posé, revenons à notre sujet.

Hier soir, au cours de mon zapping-dodo, je suis tombé sur une émission – j'ai oublié de noter le nom de la chaîne diffuseuse – consacré à l'historienne Mona Ozouf. On y parlait de sa jeunesse, de son métier de professeur, des livres qu'elle a pu écrire, seule ou avec son mari ou avec François Furet et d'autres – des choses comme cela. C'était intéressant.

Et, soudain, parce que son nom venait d'être prononcé, mais tout à fait en passant – Par Pierre Nora je crois bien –, j'ai senti fondre sur moi une profonde tristesse de la mort de Jacqueline de Romilly. Cela n'avait rien à voir avec un deuil personnel, bien entendu ; c'était tout de même quelque chose qui ressemblait à du chagrin, et intense ; le sentiment inopiné mais très dense d'une perte irréparable, de l'évanouissement dans le néant d'un esprit magnifiquement structuré et d'une richesse difficilement comparable. J'avais beau me dire qu'il restait ses nombreux livres sur la Grèce, que je n'en avais lu que deux ou trois, que je pouvais y puiser encore, rien n'y faisait. Parce que ce n'était pas tant des connaissances de Mme de Romilly que je portais le poids, à ce moment-là, mais plutôt de la manière unique, charnelle, dont elles étaient contenues et agencées entre elles, vivifiées dans ce cerveau-là, qui avait cessé d'être. Pendant plusieurs minutes cette mort m'a réellement scandalisé, et je ne ressentais rien d'absurde à cela. Même après que je fus me réfugier sur la chaîne météo, j'ai continué un assez long moment de porter ce deuil qui n'en était pas un. Et les vents de sept à huit beauforts qui soufflaient à cette heure de la soirée au large de Terre-Neuve ont eu beaucoup de mal à disperser les voiles de crêpe dont j'avais involontairement recouvert l'Athènes de Périclès et d'Anaxagore.

mardi 17 janvier 2012

Connaissez-vous Tibor Déry ? Moi non plus…

D'abord, il ne s'appelle pas réellement Tibor Déry, mais Déry Tibor, puisqu'il est hongrois. C'est un écrivain. Mort. Il y a déjà plusieurs mois, poussé par l'enthousiasme de Dame Crevette, j'avais acheté de lui un court roman intitulé Niki. Depuis, ce mince volume attendait sur ma desserte livresque mon bon vouloir, lequel ne se manifestait guère, je ne sais pourquoi.

J'ai lu Niki cet après-midi, en deux heures. Une histoire simple et tragique, d'un fox-terrier femelle recueilli par un couple quinquagénaire dont le fils unique est mort sur le front russe. L'animal surgit un soir, chez eux, en 1948, et meurt prématurément en 1955. Entre ces deux dates, et en 140 petites pages, on aura vu le stalinisme s'étendre, le monde devenir opaque et absurde, rendu aussi inintelligible aux humains qu'il l'est d'ordinaire aux chiens. On ne sait pas exactement de quoi finit par mourir Niki, on ne saura pas davantage pourquoi l'ingénieur Ancsa, son maître, est arrêté, on ignorera également pourquoi il est finalement libéré, le même jour où l'animal s'en va crever sous l'armoire. Peut-être parce que sa “mission” est terminée, qui consistait à donner sans calcul son amour et son appétit de vie à Mme Ancsa, demeurée seule après l'arrestation et la disparition de son mari, et dont tout le monde se détourne prudemment, à l'exception de Jegyes-Molnar, géant placide, aussi peu bavard qu'un chien et qui a la particularité de savoir faire bouger ses oreilles…

Tibor Déry avait lui-même une chienne qui s'appelait Niki. Il apprendra sa mort en 1958, alors qu'il se trouvait en prison depuis les événements de 1956.

samedi 14 janvier 2012

Le vieux réac aggrave son cas et met en danger son triple A

La réception du Grand Condé à Versailles, par Gérôme.

Le numéro daté de janvier-février de la Nouvelle Revue d'Histoire propose un dossier intitulé “Les intellectuels et la gauche dans la collaboration” : on sent tout de suite les remugles nauséabonds et sulfurisés à donf dont mes nazis naseaux palpitent déjà. Le drame de cette revue – mais elle n'est pas la seule à provoquer ce type de dommages collatéraux – est qu'elle donne furieusement envie, à chaque livraison nouvelle, de commander quelques-uns des livres qui y sont évoqués. Parfois je m'astreins à résister, à seule fin de préserver la paix financière de mon ménage et de conserver mon AAA aux yeux toujours soupçonneux de l'Irremplaçable – mais pas cette fois-ci (ni la fois précédente, du reste). Trois commandes, donc :

Maurras. La Destinée et l'œuvre, de Pierre Boutang

Histoire de la Collaboration, de Dominique Venner

Condé, le héros fourvoyé, de Simone Bertière

Le dernier de ces trois livres n'est là, le lecteur sagace l'aura déjà deviné, que pour tenter piteusement de faire croire que mes préoccupations historiques ne seraient pas exclusivement gestapistes – ce qui bien entendu ne trompera personne.  Bref, tout cela va encore me coûter un bras (tendu à l'oblique, comme il se doit) – et encore ai-je résisté à la biographie de Christine de Pizan, qui ne demandait elle aussi qu'à être achetée. D'ailleurs, maintenant que j'y pense sérieusement…

vendredi 13 janvier 2012

Foi et philosophies : guide pour un discernement chrétien (titre repoussoir…)

André Léonard est archevêque de Malines-Bruxelles, ce qui est loin d'être le cas de tout le monde. Comme il est aussi théologien et agrégé de philosophie, il écrit des livres, lesquels gagneraient à être lus. Je recommande notamment celui qui s'occupe d'apologétique et a pour titre Les Raisons de croire ; la dernière partie, notamment, qui traite pour l'essentiel du péché originel, est absolument éblouissante : si vous ne voyez pas le rapport entre la chute d'Adam hors du paradis et le big bang des astrophysiciens, c'est une lecture pour vous. 

On enchaînera – à moins qu'on ne choisisse de le lire avant – avec un autre livre de ce monseigneur-là, Foi et philosophies, explicitement sous-titré Guide pour un discernement chrétien. L'auteur s'y propose de dégager les grands thèmes de la philosophie moderne et contemporaine, et d'examiner leur incidence sur la manière dont la foi se comprend elle-même. La confrontation entre la réflexion philosophique et la foi chrétienne consiste alors, essentiellement, à montrer quel genre de théologie est induit par un style déterminé de pensée philosophique. Voici un extrait de ce dernier ouvrage :

« La version contemporaine de la gnose la plus largement répandue aujourd'hui est l'idéologie, c'est-à-dire une doctrine dont la visée est sociale ou politique, mais s'adosse à une large vision du monde présentée comme étant garantie par la science et méritant, en raison de son infaillibilité quasi magique, une adhésion absolue de nature presque religieuse. C'est ainsi que beaucoup de doctrines qui nous promettent de “changer la vie” s'appuient sur des idéologies tapageuses qui sont autant de pseudo-sciences : l'idéologie communiste, l'idéologie psychanalytique (le freudisme vulgaire), l'idéologie structuraliste, etc. Le gnosticisme chrétien contemporain consistera donc à abandonner le magistère authentique de l'Église comme critère de la vérité chrétienne pour chercher le lieu d'interprétation de celle-ci dans l'une ou l'autre de ces idéologies. C'est le cas de tous les chrétiens qui pratiquent ce que M.-J. Le Guillou appelle “l'hétéro-interprétation” de la foi chrétienne, c'est-à-dire qui interprètent la Révélation non plus selon la règle ecclésiale de la foi chrétienne elle-même, mais selon les exigences d'une mentalité culturelle étrangère au christianisme orthodoxe : c'est ainsi, par exemple, qu'ils interpréteront l'Évangile “à la lumière” d'un marxisme, d'un nietzschéanisme ou d'un freudisme de poche. Au lieu de baptiser ou de transsubstantier à l'intérieur de la foi chrétienne la part de vérité que contiennent ces idéologies ou même, dans le meilleur des cas, ces philosophies, ils dissolvent plutôt la vérité de l'Église, dans un système intellectuel imperméable au mystère du Père se révélant en Jésus-Christ. Le nom de Jésus “venu dans la chair” (1 Jn 4,2) n'est plus alors qu'un prétexte à une vision du monde qui se passerait tout aussi bien de lui. Le conflit entre la foi chrétienne et la culture humaine est de la sorte résolu, mais c'est par la résorption du christianisme authentique dans un système éthique, psychologique, philosophique ou politique où, sans être répudié explicitement, il est cependant aliéné. »

André Léonard, Foi et philosophies, éditions Lessius, p. 20.


(Et maintenant je les attends, les 130 commentaires, je les attends…)

jeudi 12 janvier 2012

Moi aussi je peux parler du quotient familial, si on insiste

C'est curieux cette impression que l'on a, lisant les blogs de gauche, et surtout depuis deux ou trois jours, en raison de cette affaire hautement excitante pour l'esprit et à forte teneur spirituelle, je veux parler du quotient familial : celle que, pour eux,  tout l'argent qui circule dans ce pays va directement dans le gigantesque pot de l'État, à qui il appartient de droit, et que, ensuite, seulement ensuite, celui-ci décide dans sa grande bonté qui aura droit d'en avoir un peu, beaucoup, un peu plus que le voisin, un peu moins, etc. C'est très divertissant à observer, comme pathologie.

Sinon, il y a un argument que je n'ai encore lu nulle part, qui milite pourtant de manière incontestable, me semble-t-il, pour le maintien de ce fameux quotient – et c'est précisément celui que les camarades étatistes et redistributeurs utilisent en faveur de sa suppression : les mesures préconisées par François Hollande vont désavantager les familles aisées ayant de nombreux enfants et profiter aux familles pauvres ayant également de nombreux enfants. 

Or, qui obtient généralement une progéniture intelligente, bien élevée, lavée sous les bras, réussissant dans ses études, menant des carrières qui seraient lucratives pour elle si on abrogeait le socialisme, et donc susceptible de payer vos sacro-saintes retraites ? Les riches. Et qui infeste la société de petits drogués braillards, stupides, violents, RMIstes par vocation, détrousseurs de vieilles dames par nature, dès le départ aigris par l'état de semi-clodo qui sera de toute façon le leur ? Les pauvres. Lesquels, parfois, ne parlent même pas la langue et sont d'un blanc douteux, je le note au passage. 

Donc, non seulement il ne saurait être question de toucher au quotient familial tel qu'il est, mais il conviendrait au contraire d'accentuer encore le favoritisme qu'il engendre. Et, dans ce même élan de réalisme que je préconise, on pourrait commencer à songer à la suppression pure et simple des allocations familiales, ce qui agirait très certainement comme une sorte d'hystérectomie mentale sur ces empafées de smicardes qui se font faire à la chaîne des enfants en louchant – un œil sur la lézarde du plafond, l'autre sur le compteur de la pompe à phynances.

dimanche 8 janvier 2012

L'air d'un poussin cherchant son omelette


D'abord on se dit : « Tiens, ça serait peut-être bien de faire un nouveau billet… » 
Et aussitôt on se répond :  « Pour quoi dire ? Et à qui ? »
Alors on écoute le silence pendant un moment assez long, puis on fait une nouvelle tentative : « Bon, on pourrait au moins gratter un peu de journal, non ? »
La réponse arrive tout aussi vite, mais sur un ton légèrement impatient : « Pourquoi ? T'as quelque chose à raconter ? Tu te sens en veine de brillance ? »
On s'avoue que non, en effet, par particulièrement. D'un autre côté, poussé par cet automatisme qu'ont en commun les presque vieillards et les débiles mentaux, puisque on est venu jusqu'à cet écran et ce clavier, on suggère timidement que, peut-être, tout de même…
La voix qu'on ose à peine qualifier d'intérieure se fait sarcasmeuse ; elle crache, comme un brin de tabac qu'on expulse de l'entre-dents : « Eh bien, vas-y, alors ! dégoupille ! »
On tire sur le petit anneau de la grenade, mais c'est l'index qui se détache de la main – et rien ne se passe, en tout cas de l'ordre de l'explosion.
« J'ai l'impression que l'opus major est remis à une date ultérieure ! », rocaille la voix qui, à présent, s'échappe obliquement par les naseaux tels deux jets de fumée tiède.
On sait bien ce qu'elle grille d'envie de dire, on attend le retour de flamme. Mais elle est trop sûre de son coup pour donner dans le panneau aussi vite : ce ne sont pas les cartouches qui lui manquent, elle nous tient à la gorge.
Finalement elle choisit un angle de tir imprévu : « Allez, redresse-toi, vois les choses du bon côté ! Voilà presque quarante-huit heures que tu résistes, tu as fait le plus dur. Crois-en ma vieille expérience : dans six petits mois on en rira ensemble… »
Et l'ordinateur se met en veille, lui aussi, sans que que l'on ait touché à rien.

samedi 7 janvier 2012

Une fois de plus, y a que les assistés sociaux qui s'en sortent la tête haute…


D'après François de-quand-il-était-gros Hollande, quand on gagne plus de quatre mille euros par mois, on est un salaud de nabab qui se shoote à la sueur populaire sans en foutre une rame soi-même.

Désormais, d'après Jean-François Copé, si on recrute des gens à moins de cinq mille euros mensuels, on ne ramasse que des minables, des va-de-la-gueule, des bons-à-nib.

Je sens que retrouver une certaine estime de soi ne va pas être facile.

jeudi 5 janvier 2012

Mon chien Stupide (pardon, Balbec…)


J'ai acheté ce roman de John Fante uniquement pour le plaisir que m'avait donné son titre. Le recevant, je me suis aperçu qu'il ne correspondait en rien à l'original, qui est West of Rome. Mais je persiste à trouver Mon chien Stupide bien meilleur. Et puis, ce gros cador japonais qui continue de dormir dehors lorsqu'il pleut à boire debout me rappelle un peu Balbec. Sans parler du narrateur, un écrivain raté de 55 ans assez porté sur le chablis… En voici un petit extrait, just for fun :

« Dans la cour, j'ai entendu le claquement mat d'un ballon de basket. C'était Jamie qui défoulait sa colère en lançant le ballon dans l'anneau fixé au mur du garage. Il était mon meilleur gosse. Il ne fumait pas de came, ne buvait pas de gnôle, ne couchait pas avec des Noires, il ne voulait pas devenir acteur. Un père pouvait-il demander davantage ? Ce fils avait quelque chose de sain et de rafraîchissant. »

John Fante, Mon chien Stupide, 10/18, p. 38.

Et puis, tiens, comme il serait idiot de ne pas laisser entrer en scène la bestiole éponyme, en voici un second, d'extrait, situé deux pages plus loin, lorsque le père et le fils accompagnent le chien jusqu'à la plage dans l'espoir de l'y perdre. Juste avant ce passage, il vient de se friter avec les deux boxers d'une voisine, et a vainement tenté de sodomiser le mâle :

« Nous nous sommes penchés au-dessus de Stupide qui léchait ses pattes et se nettoyait après la bagarre. Une poignée de fourrure manquait sous son poitrail, mais il n'était pas blessé. Je lui ai asséné une tape admirative sur le ventre.
« Ce gaillard sait se battre, j'ai dit.
– Tu crois qu'il aurait fait le poids contre Rocco ?
– Je n'irais pas jusque-là, j'ai dit. Mais il a mis deux boxers en déroute. Il promet.
– C'est un pédé, Papa.
– César aussi était pédé. Et Michel-Ange.
– Dommage qu'on ne puisse pas le garder.
– Ta mère en ferait une jaunisse. »

Il y a encore bien d'autres passages d'une belle cocasserie, mais je ne vais pas tout vous recopier non plus. Lisez-le.

mercredi 4 janvier 2012

D'après mon expérience récente…


Les jeunes Japonaises sont toutes petites, toutes menues, mais elles mangent comme trois déménageurs européens – surtout au petit-déjeuner. Et, souvent, elles s'appellent Chihiro.

lundi 2 janvier 2012

Le mois où j'ai manqué devenir fou…


C'était en novembre, et c'est raconté dans le journal correspondant.

dimanche 1 janvier 2012

Les réveillons les plus courts sont les meilleurs – mais faudrait pas que ça devienne une habitude


Menu de réveillon : boudin blanc (mais de Rethel) et pommes boulangères.

Boisson de réveillon : flotte municipale, délicatement chambrée.

Durée du réveillon : neuf minutes, sans compter le débarras de la table.

Suite du réveillon : Fixation oculaire prolongée sur l'écran de télévision.

Aspect positif du réveillon : Aucune gueule de bois à déplorer cette année.


On va quand même avoir du mal à faire mieux en 2012…