mardi 15 septembre 2009

L'avenir radieux à dix mille ans près

« Hardi ! Encore un coup, les gars ! Encore un ou deux petits massacres ! La route du progrès est longue et sinueuse. L'âge de pierre est loin derrière nous. Courage ! Si nous ne voyons pas la justice et la paix, nos petits-neveux les verront. Le jour viendra. “Le jour viendra ; mais ne nous pressons pas”, comme dit Polonius dans Liluli. Un autre Polonius, mais bien réel celui-là, n'a-t-il pas dit que la guerre serait quelque jour abolie, qu'il en était sûr, qu'il en répondait à dix mille ans près. Et qu'est-ce que dix mille ans ? J'entends très bien Autolycus, le coupeur de bourse de la comédie shakespearienne, se disant à lui-même pour se consoler : “Dix mille ans plus tard, j'aurais été honnête homme. À présent, je ne peux pas voir un de ces imbéciles mal gardés sans lui prendre ce qu'il a. Dix mille ans plus tard, une telle action me ferait horreur.” Il y a moquerie, ou duperie dans l'idée de progrès. »

Alain, Politique, PUF, p. 307.

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