jeudi 3 septembre 2009

L'été vient de se faire niquer

J'aime bien l'automne. Vraiment bien. Surtout quand il déboule en avance, pour niquer sa tronche hilare à l'été. C'est exactement ce qui vient de se passer, précisément sous mes yeux, et je m'en sens tout ragaillardi.

J'étais descendu fumer une cigarette, entre deux tâches superfétatoires, lorsque, franchissant la double porte, j'ai vu qu'il était là. Ciel bitumineux, bourrasques furibardes, pluie en paquets obliques – et ce petit froid goguenard qui fait saillir les mamelons et se recroqueviller les roubignoles.

Les mâles se la jouent “grand fauve indifférent” et font mine de ne pas s'aviser qu'ils sont en tee-shirt ou chemisette sous un temps de plein novembre. Ils ont la dignité imperméable, la vanité waterproof.

Les filles, qui pensaient pouvoir exhiber leur peau toastée d'août durant une semaine ou deux encore, les filles abdiquent toute fierté et se mettent à courir, pliées en deux contre le vent misogyne, avec le vain espoir de garder sec ce qui peut encore l'être de leurs micro-vêtures – leurs appeaux à pigeons. Certaines, les plus jeunes, poussent de petits cris de mésange transie, comme si l'eau allait les diluer, voire les dissoudre – à tout le moins les rendre invisibles, ce qui est pour elles le pire des châtiments inventés par le ciel.

Et puis, aussi, l'automne est la saison où les sourires se ferment, les regards s'éteignent, les mines se renfrognent, les sentiments se morosent. C'est pour cela que j'aime l'automne, je crois bien : étant moi-même perpétuellement renfrogné et d'une inaltérable morosité, j'ai l'impression de redevenir comme tout le monde – et ce m'est bien doux.


[Au départ, mon idée était de vous parler du réarmement de la France, lancé par le Front populaire dès octobre 1936, de la décision de Blum de doter l'armée de 3000 chars, mais de son refus, malgré sa rencontre avec le lieutenant-colonel de Gaulle, de les grouper en unités cuirassées autonomes, à une époque où le Reich hitlérien disposait déjà, lui, de quatre Panzerdivisionen. Je me demande bien comment j'ai pu dévier à ce point du projet initial.]

21 commentaires:

  1. Renfrogné et morose ? Eh ben, j'avais pas remarqué !

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  2. J'adore votre (ton) style, de plus en plus !

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  3. Seb,

    Qu'est-ce tu fous ici ? Le gros va aller troller chez toi et t'engueuler à chaque faute d'orthographe.

    Didier,

    Je vous assure qu'à peu près au milieu d'une soirée avec moi, vous n'êtes plus renfrogné.

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  4. Catherine et Nicolas : je parle d'une renfrognitude métaphysique. (Non mais !)

    Seb : merci ! (Et je vais aller troller, dès que j'aurai bouclé mes 7 000 signes sur Michel Polac.)

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  5. N'empêche que vous vous êtes pris là une vilaine gamelle. Le pépin n'est pas abimé, j'espère ?

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  6. @Didier @Nicolas: Il sera épuiser avant même de terminer le billet. Il faut dire que j'adore l'orthographe mais elle ne m'aime pas trop.

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  7. ... dont le féminin est épuisette.

    exemple : je suis crevette, épuisette.

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  8. Oh pardon Didier, c'est que je suis chez vous là et pas chez Suzie ; juste ça : le petit bonhomme : on voudrait qu'il s'envole avec son parapluie mais splatch, trop bête, quel dommage.

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  9. Une bonne nouvelle ! La saillie mamelonnaire est à l'honneur, la morosité donne donc le bras à l'érotisme torride ! Bon d'accord, côté roubignolles le drapeau est en berne mais bon...

    Pluton ou la morositude réjouissante .

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  10. "Je vous assure qu'à peu près au milieu d'une soirée avec moi, vous n'êtes plus renfrogné."

    Nicolas, ne croyant que ce que je vois, j'ai vu et je confirme!

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  11. Pour la question subsidiaire sur Blum etc...

    Je dirais bien peut-être que vous n'en parlez pas parce que vous ne vous y connaissez pas!

    Sinon, j'aimebeaucoup ce que vous faites!

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  12. Renfrogné, vous, monsieur Goux j'y crois pas...
    Peut-être que, comme vous le propose fort courtoisement Olivier P... une soirée avec lui enlèverait toute cette morosité...
    Souriez Monsieur Goux c'est l'automne, une bien belle saison ...

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  13. "la vanité waterproof."
    alors là, je suis époustouflée que j'en ai des frissons.

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  14. Et où pourra-t-on lire vos 7000 signes sur Michel Polac?
    Catherine, je confirme: Didier est affable et souriant.

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  15. Oh la la, je prends du retard dans les commentaires, moi...

    Je sens que ce blog barre en sucette, que le taulier est sur la pente descendante. Ça sent le sapin, moi j'dis...

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  16. Non, pas le sapin, pas le sapin...
    je m'épuiserais en larmes...

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  17. c'est le billet d'un vieux con ça

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