samedi 5 septembre 2009

Mortelle vanité de l'homme blanc

« C'est Nietzsche qui écrit dans La Volonté de puissance que l'Europe malade trouve un soulagement dans la calomnie. Mais il se pourrait bien que le masochisme européen ne soit qu'une ruse de l'orgueil occidental. Blâmer sa propre histoire, fustiger son identité, c'est encore affirmer sa supériorité dans le Bien. Jadis l'occidental assurait sa superbe au nom de son dieu ou au nom du progrès. Aujourd'hui il veut faire honte aux autres de leur fermeture, de leur intégrisme, de leur enracinement coupable et il exhibe sa contrition insolente comme preuve de sa bonne foi. Ce ne serait pas seulement la fatigue d'être soi que trahirait ce nihilisme contempteur mais plus certainement la volonté de demeurer le précepteur de l'humanité en payant d'abord de sa personne. Demeurer toujours exemplaire, s'affirmer comme l'unique producteur des normes, tel est son atavisme. Cette mélodie du métissage qu'il entonne incessamment, ce ne serait pas tant une complainte exténuée qu'un péan héroïque. La preuve ultime de sa supériorité quand, en effet, partout ailleurs, les autres érigent des barrières et renforcent les clôtures. L'Occidental, lui, s'ouvre, se mélange, s'hybride dans l'euphorie et en tire l'argument de son règne sur ceux qui restent rivés à l'idolâtrie des origines. Ce ne serait ni par abnégation, ni même par résignation qu'il précipiterait sa propre déchéance mais pour se confondre enfin intégralement avec ce concept d'humanité qui a toujours été le motif privilégié de sa domination... Il y a beaucoup de cabotinage dans cet altruisme dévergondé et dominateur et c'est pourquoi le monde du spectacle y tient le premier rôle... »

Pierre Bérard, entretien avec Julien Freund

10 commentaires:

  1. J'avoue n'avoir rien lu de Freund mais après lecture de ce texte visionnaire qui nous sort de la ouate de notre angélisme baba, je vais m'y mettre et sans attendre! Merci.

    RépondreSupprimer
  2. Il y a aussi un désir très chrétien de rédemption. La question étant de savoir quand les Occidentaux jugeront qu'ils se sont assez « rachetés » de l'esclavage et de la colonisation... Quels désastres il aura fallu subir pour que cesse cette culpabilisation.

    RépondreSupprimer
  3. Décidément quel succès pour ce texte!
    Il en serait presque la somme ultime d'une certaine réacosphère cool, suffisamment cynique, probablement fatiguée, revenue de tout mais qui se marre carrément dans son coin.

    RépondreSupprimer
  4. Didier, un grand merci pour m'avoir fait connaître ce texte !

    RépondreSupprimer
  5. Je pensais un peu la même chose pas plus tard qu'hier au soir. Partant d'une phrase à propos de Judas, de je ne sais plus qui, disant que son plus grand péché était son suicide : c'est par orgueil qu'il pensait que son crime était si grand qu'il ne pourrait être pardonné. Avec l'ersatz religieux qu'est la république-universaliste, et son "péché" d'esclavagisme-colonisation, c'est vraiment prendre les noirzéarabes pour des monstres, et les encourager dans ce sens, que penser qu'ils ne peuvent "pardonner" et avouer par là l'"estime" qu'"on" leur porte.

    RépondreSupprimer
  6. Hermès : moi non plus, mais je vais le faire.

    Criticus : on est d'accord (mais vous le savez). Il convient à présent de lire les historiens africains (qu'aucun journal français ne relaie) mais qui se penchent sur l'esclavage, et voient très bien que les Arabes ont été les pires exploiteurs des peuples africains (avec la complicité active des Africains eux-mêmes). En Afrique, la fin de l'esclavage a suivi très précisément la route de la colonisation ; c'est agaçant, mais c'est c'est néanmoins la vérité historique.

    PRR : sauf que, bien entendu, on est totalement hors de toute réalité...

    Pluton : vous êtes un gros réac de merde : je vous méprise !!!!!!!

    Il Sorpasso : le lien avec Judas me plaît beaucoup. Mais vous devez être un putain de réac !

    RépondreSupprimer
  7. « Il convient à présent de lire les historiens africains (qu'aucun journal français ne relaie) mais qui se penchent sur l'esclavage, et voient très bien que les Arabes ont été les pires exploiteurs des peuples africains (avec la complicité active des Africains eux-mêmes). En Afrique, la fin de l'esclavage a suivi très précisément la route de la colonisation ; c'est agaçant, mais c'est c'est néanmoins la vérité historique. »

    C'est triste à dire, mais on finira par écouter ces historiens africains parce que Noirs, là où on traite de « négationniste » un historien comme Olivier Pétré-Grenouilleau. Qui a même dû subir des attaques en justice parce qu'il se bornait à rappeler que les Noirs et les Arabes avaient aussi été de féroces esclavagistes...

    RépondreSupprimer
  8. Critu-icus : ils n'ont pas été aussi, ils ont été d'abord. et pendant bien plus longtemps. C'est pourquoi, il il convient de revoir ce qu'a été la colonisation européenne : en général, la fin de l'esclavage. C'EST NOUS qui avons mis fin à l'esclavage, que les Arabes perpétuaient sans le moindre problème morale.

    D'autre part : pourquoi ne voit-on aucun noir dans les pays arabes, alors qu'ils se pressent dans nos anciennes colonies ( Brésil, Antilles, États-Unis, etc.). Simplement en raison du fait que les Arabes CASTRAIENT leurs esclaves (et c'est les historiens africains qui, maintenant, le disent – mais personne chez nous ne relait leurs travaux), d'où pas de descendance.

    Mais, naturellement, c'est tout de même nous qui sommes responsables de toute la misère du monde, comme le disent et le pensent (?) nos petits amis de gauche.

    RépondreSupprimer
  9. Je sais bien, Didier, je vous disais juste que le simple fait de dire que les Européens n'avaient pas été les seuls (ce qui, comme vous nous le rappelez, est le strict minimum) lui a valu un procès. Alors imaginez s'il avait dit ce que vous venez de dire, et qui n'en est pas moins vrai. Ce qui m'étonne, c'est que les demandes de repentance ne visent que l'Occident, et non pas l'Islam...

    RépondreSupprimer
  10. Je suis également convaincu qu'il est là, le véritable complexe de supériorité de l'homme blanc, dans sa prétention à ignorer les passions basses ou simplement ordinaires du genre humain, que l'on pourrait résumer ainsi : ce qui est digne pour le "nègre" (se soulever contre l'envahisseur étranger) est indigne du blanc.
    C'est qu'il faut de l'humilité pour s'avouer semblable aux autres hommes au point d'en partager les inquiétudes quant aux frontières, à l'identité, aux valeurs, etc. Le masochisme de l'Occident est tout à fait compatible avec la suffisance. Je dirais même qu'en ces temps démocratiques elle en est l'expression la plus aboutie.

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.