Le billet mis en lien (dont je vous recommande de ne surtout pas sauter les commentaires, au moins aussi savoureux que le texte qui les suscite) a pour but de me "refaire le portrait", selon l'expression en cours chez les petites frappes d'il y a quelques décennies. On n'y parvient qu'à demi, à mon avis ; sans doute s'est-on un peu précipité. Mais c'est sans grande importance : il ne s'agit pas de faire ressemblant mais conforme. Conforme à ce que me voilà devenu, à ce que je ne puis qu'être, puisque j'ai eu le mauvais goût de ne pas me pomponner aux couleurs du temps avant de sortir dans le grand blogomonde. Le gentil troll tolérable devient une bête éructant aux quatre vents du non-esprit.
Ce qu'on me reproche est bouffon, quand ce n'est pas purement fantasmé. Bouffonne, l'accusation de "sur-idéologisation" (ouf !) de ce blog depuis quelques semaines, prononcée pour l'essentiel par des gens qui, chaque matin, administrent sur le leur la preuve qu'ils sont incapables de voir ce qui les entoure sans leurs petits bésicles d'idéologues (bleu ciel pour les garçons, rose bonbon pour les filles). Fantasmée, l'affirmation de je ne sais quelle tristesse, voire dépression dont je serais dès lors accablé.
Fantasmée mais logique. Toute inquiétude, aussi légère soit-elle, concernant l'avenir radieux du futur, parce qu'elle demeure incompréhensible, impénétrable, littéralement invisible du fait des bésicles bleus ou roses, doit aussitôt être médicalisée, et le malade conduit toute affaire cessante aux urgences. C'est ce qui n'a pas manqué de se produire : je suis illico devenu quelque-chose-phobe et en proie à des délires. Délires que les plus futés parmi mes ludions diagnostiqueurs pressentaient depuis déjà quelque temps, affirment-ils : sous l'incubation, la rage.
Tout cela rappelle agréablement les logiques méthodes de la riante ère brejnevienne en Union soviétique, selon lesquelles, le régime communiste travaillant au bonheur de l'Humanité, s'interroger sur lui revenait à avouer sa folie (ses délires et ses phobies, comme on ne pensait pas encore à dire en ces lointaines époque et contrée) et, donc, à se retrouver interné.
Négliger d'allonger la foulée pour tenter de rattraper un monde ne sachant absolument pas où il va est une autre forme de folie, encore bien plus grave que la précédente, à laquelle, hors des frontières barbelées de l'Est de l'Europe, il était tout de même permis d'échapper. Désormais, les barbelés ayant disparu, vous êtes requis d'être vous-mêmes, à chacun, votre propre mirador. Et l'avenir du futur est de mieux en mieux gardé.
[Rajout : comme on ne va pas manquer de m'accuser d'envoyer ma "cour" chez Dorham pour y troller à qui mieux mieux, je précise qu'il n'en est rien ; et même il me semble tout à fait inutile de laisser là-bas le moindre commentaire.]
[Deuxième rajout : on me reproche de passer sous silence l'existence de ce billet (sous-entendu : parce qu'il me gêne, je suppose). Voilà qui est réparé.]










