mardi 27 janvier 2009

À tous les kékés, IV

Finalement, mes kékés, je ne vous dirai rien de l'Art. Oui, je sais, j'avais promis. Mais nous autres, gisants, ne sommes tenus à rien, et surtout pas envers vous. On peut avoir été boutiquier, mineur de fond, mage socialiste, cracheur de feu et de poumons, nounou d'enfer ou oiseau de paradis, peu importe : nous n'avons plus de comptes à vous rendre – d'autant moins que nous n'avons jamais été capables de les tenir. Nous sommes la première génération à ratiociner sur le monde futur sans nous être jamais souciés de l'état dans lequel nous mettions le nôtre.

Après nous le déluge ? Oh ! non, même pas : un petit déluge, au moins, ç'aurait eu un peu de gueule ; suffisant à vos occupations pour une demi-génération. Après nous, la fête perpétuelle. La terrible fête dans laquelle nous vous avons englués avant même votre naissance, mes kékés à roulettes. Lumière et bruit : les deux portes de votre enfer. Spots et musique d'ambiance. Géhenn' land. Styx Park enfin avenu. La S.P.R.N. Tartare-Immo vous souhaite la bienvenue dans son nouveau multiplexe de vie terrestre et s'empresse de refermer à clé derrière vous, avant d'aller s'allonger à l'abri de vos regards lourds d'insouciance obligatoire. Société Posthume à Responsabilité Nulle : les promoteurs vous saluent bien...

Nous sommes coupables, c'est entendu, mais ne vous croyez pas innocents pour autant. Savez-vous ce que dit saint Augustin (ne perdez pas votre temps à chercher : il se trouve au rayon le plus profond et le mieux gardé des nouvelles catacombes) dans sa Cité de Dieu, à propos du kéké – pardon : de l'enfant ? Ceci : « Si on lui laissait faire ce qui lui plaît, il n'est pas de crime où on ne le verrait se précipiter. » Scandaleux ? Inadmissible ? Évidemment ! C'est bien pourquoi nous avons détruit le catholicisme. Et nous l'avons fait pour vous ; pour ne pas troubler la fête.

Et puis encore ceci, toujours à votre sujet, dans le Talmud de Jérusalem : « L'enfant ressemble à un porc qui fouille les cloaques. » Intolérable ? Nous n'avons pas toléré non plus. C'e qui vous explique pourquoi les plus angéliques d'entre nous n'avaient au fond qu'un idéal : détruire Israël ; en finir avec les tribus qui refusaient depuis trop longtemps de chanter vos louanges, qui renâclaient à faire leurs les nouveaux cantiques de l'innocence. Peut-être y sont-ils parvenus, en fin de compte ; je ne sais pas : les informations parviennent mal et sporadiquement au royaume subterrestre ; on est quelques-uns à supposer que le sépulcre doit agir comme une sorte de cage de Faraday, mais on n'est sûr de rien.

Enfin, voilà, mes kékés. Il me semblait avoir encore beaucoup de choses à vous dire. Mais à quoi bon ?, quand il est possible de tout résumer par deux décasyllabes écrits il y a cinq siècles et demi :

Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis...

Et, si vous le retrouvez, si sa voix parvient un jour prochain à recouvrir vos flons-flons perpétuels, s'il vous plaît, soyez gentils, et priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

8 commentaires:

  1. Je me demande si ce n'est pas mon "kékés" préféré.

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  2. Beau billet en vérité.

    Frère Pluton et son absolution

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  3. ' La S.P.R.N. Tartare-Immo vous souhaite la bienvenue dans son nouveau multiplexe de vie terrestre et s'empresse de refermer à clé derrière vous, avant d'aller s'allonger à l'abri de vos regards lourds d'insouciance obligatoire. Société Posthume à Responsabilité Nulle : les promoteurs vous saluent bien... '
    Ceci me fait penser au roman de Jean-Christophe Rufin 'Globalia' qui lui même m'a fait pensé à '1984 de George Orwell (oui, il m'arrive même de lire autre chose que Voici... Je sais, je sais, un mythe qui s'effondre. Pardonnez mon audace...)
    Un réalisme à faire peur...

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  4. Je trouve qu'on passe du ratiocinage nébuleux au rabachage, et celui là est totalement incompréhensible.
    Enfin, ça fera des trucs de vieux gâteux à lire aux kékés.

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  5. Catherine, Pluton et Mlle Ciguë : merci !

    Audine : merci aussi, finalement : si j'arrive maintenant à faire des billets imbitables même à jeun, c'est que je suis en progrès...

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  6. Merci de nous remonter ainsi le moral au fil de ces kékés, dans cet hiver pesant!

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  7. Vous devriez réécrire ce billet après l'apéro. Peut-être serait-il plus clair ?

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