mardi 14 avril 2009

Le loup collabo déguisé en grand-mère solidaire

Si l'on écoutait les bonnes âmes, si l'on se laissait porter par les vents dominants (qui ne dominent qu'acoustiquement, parce qu'ils ont le souffle plus rauque), on pourrait facilement croire qu'il y a d'un côté la jeunesse, ouverte, progressiste, repentante, multiculturelle à donf, traqueuse de fascisme dans les moindres recoins, laïco-islamolâtre, etc., et, de l'autre, une vieillesse racornie, moisie, aigrie, frileuse, trouillarde, fermée, asséchée des muqueuses, cul tourné à l'avenir, fromage qui pue et goldo sur l'oreille.

Or, il n'en est rien. Si l'on se promène dans la blogosphère, si l'on prend, même, le temps de s'y arrêter pour observer autour de soi, et à condition de la parcourir d'un bord à l'autre et non seulement dans un but de plus grand confort idéologique, on s'avise rapidement d'une bizarrerie – non, pas si rapidement que cela, d'ailleurs : tant est grande la pesanteur qui, dans ce domaine, écrase notre esprit que, même quand elle s'exerce à notre détriment, nous répugnons à nous en défaire, comme s'il allait nous manquer quelque chose – on s'avise, disais-je, de ceci : la plupart des blogs de droite (d'extrême-droite fascisante et nauséabonde, dirait mon petit politburo portatif) est le fait de jeunes gens dont j'aurais pu être le père si j'avais été un tantinet plus précoce. À l'opposé, un certain type de blogs de gauche ressemble à une maison de pré-retraite.

On se doute bien que le “gras italique ” ci-avant n'est pas là pas hasard. Je ne parle pas ici des blogs strictement militants (y compris lorsqu'ils sont le fait de non encartés à un parti quelconque), ceux dont les tauliers s'efforcent encore de croire qu'il existe une quelconque différence essentielle entre un Sarkozy et une Royal ; qui pensent que ce qui compte avant toute chose, et même après, c'est le pouvoir d'achat, le temps de travail, l'âge de la retraite, celui du capitaine ou le lieu de ses vacances : ceux-là ne m'intéressent pas et je ne les parcours que de loin en loin, pour simplement constater la pérennité de leur immobilité cadavéreuse.

Je parle des autres, ceux de la gauche sociétale, pourrait-on jargonner ; ceux qui prônent l'anéantissement de leur propre monde, ou qui au moins y applaudissent ; ceux qui sont prêts à sacrifier la mémoire de leurs pères sur l'autel de leur petite grandeur d'âme personnelle – les “idiots utiles” désignés par Lénine. Appelons-les les antiphobes, et chacun comprendra en gros quelle engeance corrodante j'ai en tête.

Eh bien, ceux-là, très majoritairement, sont des vieux. Regardez n'importe quelle vidéo de manifestation de RESF, du DAL, de toutes les associations d'aide à qui vous voudrez, vous aurez aussitôt le sentiment d'assister à l'après-midi de sortie de la maison de retraite du quartier, ou au goûter des anciens de la commune. Lorsqu'un de ces manifestants, qui réclament à cor et à cri de nouveaux maîtres, des flagellateurs plus sévères, vous paraît jeune et fringant, il a mon âge ou à peu près. Je devrais peut-être y aller, du reste : il ne doit pas y avoir mieux, comme cure de jouvence comparative.

Ce sont donc eux, les gens de ma génération et de celle qui a précédé, les principaux responsables de l'état de déliquescence souriante, de renoncement bruyant, de veulerie vertueuse, dans lequel nous constatons notre monde aujourd'hui. N'en pouvant plus de se savoir hommes libres mais imparfaits, souvent injustes, parfois violents et cruels, ils ont décidé de devenir d'irréprochables esclaves. Et, attendant leurs maîtres, les devinant à l'horizon, les déclarant frères, ils occupent le temps qui reste à leur dresser la table et tresser des couronnes : ces grands-mères solidaires et citoyennes sont des loups collabos ayant soigneusement remisé leurs dents pour ne pas indisposer les futurs convives ni gâcher le banquet. Non contents de détruire, il leur faut encore livrer la clé des ruines.

Cela, la mathusalémisation du progressisme, veut peut-être dire que rien n'est inéluctable. Que, s'il s'agit avant tout de personnes, et seulement de cela, il peut suffire de leur tourner le dos, de ne plus s'occuper de leur agonie braillarde et de passer à autre chose, de regarder l'ennemi en face, en lui faisant savoir qu'on relève le gant, qu'on l'accepte pour ennemi.

Les grands-mères solidaires finiront bien par crever et elles le feront sans souffrir : de la niche au tombeau, la différence de position n'est pas bien grande. Mais je ne vois pas pourquoi on leur ferait ce plaisir de laisser s'avachir le monde dont elles ont décidé, dans leur alzheimer idéologique, de contempler la destruction avant de disparaître elles-mêmes, comme on assiste, avec toutes ses perfusions bien en place, au spectacle de fin d'année dans la salle commune de la résidence médicalisée Vieille Europe.

22 commentaires:

  1. Ca ne serait pas la génération qui a "fait" 68 ?

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  2. On dirait bien...

    (Pas le temps de "rebondir" : je file à Paris...)

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  3. Intéressant !

    Moi, j'ai l'impression que tout le monde est vieux, sauf moi.

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  4. Cela dit, la majorité, la maturité n'est pas affaire d'âge. On peut vivre toute sa vie comme un petit enfant : la vague adulescente le démontre bien.

    L'inverse est vrai également.

    Pourquoi ne répète-t-on pas assez que la seule chose qui compte, c'est l'esprit critique ?

    J'aime lire des gens qui se trompent mais qui essaient de comprendre, ils sont sur un chemin et nous les accompagnons. Les types que vous citez (les jeunes ou vieux cons de droite (dont on croise de fantastiques specimen sur la toile), nostalgiques d'un monde qu'ils ne connaissent même pas comme les vieux béats de "gauche" (ils ne le sont pas parce qu'ils le disent) qui recherchent en fait par commodités une bonne conscience pas chère avant d'en finir avec le monde) ont déjà toutes les réponses avant même de poser les questions.

    Tout cela est navrant.

    Tout comme le sont leurs certitudes inflexibles.

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  5. La population dont vous parlez appartient presque
    exclusivement a la fonction publique et en particulier a l'education nationale.
    Sinon, dans le secteur concurentiel, c'est different.

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  6. Didier,

    Le dernier commentaire, c'est un fake ? Le retour du trollage de droite... ?

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  7. la categorie de population dont vous parlez fait partie
    presque exclusivement de la fonction publique et
    en large part de l'education nationale.
    Sinon, dan le secteur concurentiel les choses evolues.

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  8. Moi ceux qui me font peur à droite comme à gauche, vieux ou jeunes, sont ceux qui ne doutent pas, qui ont trouvé, qui sont sûrs!Tous les autres m'intéressent.

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  9. Tiens,
    bien d'accord avec Henri,
    les certitudes sont d'une violence inouïe le plus souvent.

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  10. Les jeunes ou les vieux sont un peu partout et il serait assez vain de les cataguer dans une généralité ! Des vieux cons au jeune plouc, le monde est plein de surprises !
    Chouette qu'on rigole…
    :-))

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  11. Le plupart des gens ont des certitudes, la plupart des gens ont des doutes.
    On expose plus facilement ses certitudes que ses doutes, à part les bobos romantiques à la Dorham qui se plaise à voir en l'autre la faille...
    on pourrait écrire longtemps sur ce thème, mais au fond, je suis d'accord avec M Goux, la génération de 68 est partout au pouvoir (Elysée, opposition) avec les résultats qu'on sait, et la facture qu'on va payer.

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  12. je trouve le constat assez effrayant. mais il est vrai que l'entre deux génération (les 30-40 ans d'aujourd'hui) se sont plutôt cassé les dents durant les années 90 et le début de ce siècle, il semble bien que la génération suivante soit moins encline à se battre et surtout à rêver.
    Mais sans doute que la raison est le muselage des "enfants" par les 68 ards, qui ont bien réussi, contrairement à ce qu'ils prétendaient, détruire toute imagination.
    A ce sujet, lire l'entretien avec Mona Chollet ici: http://www.article11.info/spip/spip.php?article358

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  13. Didier, je n'ai rien compris à votre billet (je suis sans doute très fatigué en ce moment) et j'en suis d'autant plus inquiet qu'il mentionne les loups (mon totem).
    Mais que viennent faire les loups dans cette galère hein ?
    C'est un conte de Perrault ou un compte d'apéro ?
    Cela étant, de ce que j'ai cru comprendre (mes quelques neurones ne sont pas encore en phase), je suis d'accords avec le commentaire de Monsieur Poireau.
    Mon bonjour à votre sainte d'épouse.

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  14. Une analyse très spécifique... qui demande réflexion.
    De l'avis quasi-général, les vieux (les vieilles aussi à ne pas oublier) seraient donc ainsi :
    - pétris de certitudes,
    - affligés d'un regard décadent mais triomphant...
    - responsables aussi de cet avenir futur si peu brillant... Pourquoi pas en effet !!!
    - alors, sans les dents (pour mordre), que penser ? Ah, ah...

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  15. La vache, j'ai trouvé un gars d'accord avec moi !
    Je vous prie de bien vouloir m'excuser mais ça s'arrose !
    :-))

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  16. Normal, monsieur Poireau, votre commentaire était "très sage" nonobstant toute forme de catalogage... (lol)

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  17. Aaah vous avez remarqué aussi?
    C'est frappant quand on voit les manifs du DAL, les rouspétances de ceux qui trouvent un sens à leur vie en se mettant au service des clandestins (surtout les vieilles dames). C'est long la retraite et ça occupe...Tant pis pour leurs enfants et petits-enfants si leur monde s'écroule. En bref, votre billet décoiffe! Mais comme je suis d'accord!

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  18. Marine, si j'étais moins vieux et moins marié, je pense que je vous épouserais !

    (Peut-être pas devant Dieu, à qui j'ai toujours répugné à imposer ma présence.)

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  19. Pour nuancer votre propos, Didier.

    Dans les rangs de la gauche sociétale se trouvent aussi des jeunes. Mais leurs préoccupations sont du même tonneau que celles de la gauche partisane et que vous décrivez bien : pouvoir d'achat, temps de travail et âge de la retraite. Bref, des préoccupations qui, même portées par des jeunes, restent des préoccupations de vieux avant tout...

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  20. Autodérision perso :
    En conclusion, je me sens plus jeune que tous ces jeunes qui se croient ou se targuent de l'être...
    Je rapporte ci-après, ce que j'ai entendu hier, dans les transports en commun (oui, oui... j'utilise, cela évite d'ajouter à la pollution, amusant non !!! une vieille qui n'utilise pas la grosse voiture)...
    - Que demande le Peuple ??
    en réponse :
    - Rien, rien, le peuple est content..
    Qu'il soit de gauche, de droite ou même du mitan.
    En résumé, me suis-je dit, chaque individu pris dans son contexte ou élément (à l'abri, bien au chaud, dans son parti) est content de lui parce qu'il croit détenir vérités et certitudes et qu'il se croit exempt d'erreurs... il me semble qu'il est toujours facile d'accuser mais pas vraiment facile de se metttre "à la place"... je ne vais pas développer plus car on penserait, et à juste titre, que la vieille déblatère à l'aube de sa vie alzheimerique (lol) ouah quel adjectif....
    Bof ce ne sont que quelques élucubrations de "vieille" et qui m'amusent fortement... alors que je me sens si jeune.... (lol, lol et relol)

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  21. En gros, tout le monde est content et tout va bien. Allons à la plage !

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