samedi 24 juillet 2010

Elle ne parle plus, celle qui parlait si gentiment

Je tente une chose : après avoir écouté deux fois de suite Double silence plein la bouche, le morceau qui donne son titre au disque de Jérôme Vallet, je voudrais le récouter une troisième, en notant, à mesure, ce que sa musique me... j'allais dire "m'inspire", mais ce verbe est stupide. Ce que cela me donne à... et merde ! En plus, je suis non dans mon bureau mais dans le salon, avec le portable de Catherine sur les genoux, dont je ne sais pas trop me servir. Bref, il est hautement probable que personne ne lise jamais ce qui va peut-être suivre.

D'abord, un chaos, puis apparition des voix (magnifique utilisation de ces voix par Vallet, comme dans les autres pièces de ce même disque, j'essaierai d'y revenir si je m'en sens capable) Battements de cœur, qui introduisent le thème, et aboiements de chien au loin, puis orage mais orage calme, juste avant irruption de fanfare, et retour de voix, mais étranges, ces voix (parce qu'en allemand peut-être). Pulsations de nouveau, inquiétantes ; introduction de l'orgue, avec des voix incompréhensibles avant. De toute façon, tout est incompréhensible dans ce morceau : nous ne sommes pas là pour comprendre.

Grognements. Le cœur reprend la main, si je puis dire.

Après une brève tentative de soprano (mezzo ?), l'orgue se tend, interrompue par la voix qui m'a donné mon titre. Jérôme Vallet est à l'orgue, on le sait, et les voix se retirent. La musique se fait liquide, argentine, pour peu de temps.

La mort semble... semble quoi ? S'installer ? Sans doute. Des sortes de sanglots-râles...

Arrivée du piano – discrète, timide, bouleversante : le fils. Interruption, retour des voix "Ô moqueuse de ma mémoire". Et d'autres voix, féminines et métalliques. Et l'orgue, apparemment rageur, mais en fait non : désespoir, écho de Dieu. Et les voix qui tentent de le recouvrir, cet orgue obstiné, n'y parviennent pas , halètent, se retirent, vaincues pour le moment.

Parfois, des vois non humaines (avec l'orgue derrière), comme un appel de la future note, un grouillement de goules, quelque chose que l'orgue tente de combattre.

ON NE PART PAS, dit une voix d'homme, sûre d'elle-même.

BONNE NUIT, aussi. Mais qui dit cela ? Et pour qui, à ce stade, pourrait-il y avoir une “bonne nuit” ? Ou même simplement une nuit ?

De nouveau le piano, comme écrasé de lui-même, une brève intervention des cordes tout cela rapidement détruit. Bouleversante et très brève intervention d'un chanteur masculin (vieux, ancien, mort lui aussi depuis longtemps, genre Carlos Gardel (la mère jeune et belle, suppose-t-on, avant la naissance du fils, dans la plénitude de sa propre chair, seule présence charnelle dans ce morceau, il semble), aussitôt interrompu par le halètement régulier du respirateur et des puissances situées en dessous, en arrière, on ne sait pas trop ; on a soi-même du mal à respirer, à ce stade.

Et coupe de piano, si je puis dire.

Respirateur, qu'on vient de nous signaler inutile. Par des voix qui ne disent rien. Angoisse, sourde. Là, des sons nasillards brutalement interrompus par... par quoi ? Des instruments, dont le piano. (Le piano me semble très important dans cette pièce même si on l'entend peu, finalement)

Les voix humaines tentent de revenir, incompréhensibles. La musique s'étend, s'étale, "glouloute" : la mort a gagné, semble-t-il – plus aucune voix humaine, dernier écho d'orgue, très long, merveilleusement “classique”, très douloureux (avec ces voix qui semblent pleurer, se désespérer de n'être pas compréhensibles).

Enfin, une sorte d'apocalypse, de mini-apocalypse que chacun attendait sans y croire – et qui arrive. Ensuite, évidemment, le silence.

12 commentaires:

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  3. Ne plus parler, ne plus pouvoir se faire comprendre, c'est être déjà mort, en quelque sorte.

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  4. Il arrive aux pauvres esprits de se rencontrer cher Didier, je parle bien sûr et du vôtre et du mien. Toutes proportions gardées, je me demande si je ne viens pas d'écrire la même chose que vous (note en lien : cliquer sur mon patronyme).

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  5. Silence que personne n'osera rompre. Même pas moi.

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  6. Georges : ah, non, vous n'en avez pas trop dit ! Pouvoir recueillir des indications du compositeur sur sa propre musique, c'est une chance que l'on n'a pas tous les matins...

    Lucia : raté !

    Christophe : j'y vais...

    Carine : raté aussi !

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  9. @ Georges : pleurer en écoutant Bach. N'importe quoi. Kikoo Loooool. Vous êtes vraiment un con mon vieux, je vous le dis.

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  10. D'ailleurs hurlait-elle qu' on voudrait l'entendre encore même si seulement blessure et douleur!

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  11. Disons " sensé " ...et n'en parlons plus ...
    ....et avec bonne humeur ...contrairement à la grande majorité ...qui n'arrive pas à en placer une buvable ...

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