dimanche 28 mars 2010

D'une manière générale, on ne tue plus beaucoup de chefs d'État de nos jours

Nous étions occupés à déjeuner d'un très complaisant tajine de poulet aux citrons confits, parsemé de fines ciselures de coriandre fraîche – à une heure quasiment ibérique, vu le changement d'horaire imbécile –, lorsque l'Irremplaçable s'est mise tout soudain à pester contre les Japonais et je ne sais plus quelle peuplade annexe, qui venaient de refuser les limitations de la pêche au thon rouge. « À quoi ça sert que l'on instaure des quotas si ceux qui en pêchent le plus refusent de signer l'accord ? », tempêta-t-elle en substance. Je lui fis alors observer, tout en reprenant une louchette de semoule, que ceci expliquait sans doute cela. Et que si demain se tenait une conférence mondiale en vue d'interdire le fromage au lait cru, ces mêmes Japonais voteraient alors tout ce qu'on voudrait, d'une seule main et le sourire aux lèvres.

« Mais ils ne se rendent pas compte que, s'ils continuent, leurs enfants n'auront plus du tout de thon (admirez l'allitération trompettante) ? », revint-elle à la charge, en brandissant un pilon de poulet menaçant dans ma direction. Là encore, je la priai de noter qu'il s'agissait de politiciens, n'en ayant rien à battre des générations futures et se souciant fort peu de carboniser leur carrière en prenant une décision hautement impopulaire. Et d'ajouter, négligemment quoique la bouche pleine :

« C'est l'un des gros avantages de la monarchie héréditaire : le roi peut se permettre de prendre des décisions impopulaires, vu qu'il ne craint aucun couperet électoral.
Elle : – Oui, mais, parfois, quand même, celui de la guillotine...
Moi : – Oh ! le régicide artisanal est beaucoup plus simple, dans ces cas-là ! D'ailleurs Stendhal ne disait pas autre chose lorsqu'il prétendait tenir pour le meilleur des régimes la monarchie absolue tempérée par l'assassinat.
Elle : – Tiens, d'ailleurs, c'est curieux, il me semble qu'on ne tue presque plus de chefs d'État, de nos jours...
Moi : – Oui, enfin... sous nos latitudes...
Elle : – C'est ce que je voulais dire : m'en fous, des autres ! Depuis de Gaulle, rien ! Ah, si, tout de même, il y a eu Chirac et le débile mental qui lui a vaguement tiré dessus, pendant un défilé de 14 juillet...
Moi : – Oui, ce pauvre homme aura eu un attentat conforme à son importance historique. Pour Sarkozy, c'est encore pis : au lieu d'être manqué de justesse par une bastos de 9 mm, comme un homme, il se sera pris de plein fouet une centaine de tee-shirts violets, accompagnés d'enfants idiots et de masques de carnaval – de quoi se dégoûter de la dictature. »

Là-dessus, on a débarrassé la table et mis le lave-vaisselle en route.

31 commentaires:

  1. Une année, Sarko a quand même eu droit à un refus de serrage de louche!
    Ca blesse!
    Là, cette année, sait-on s'il y a eu des mots qui tuent aux comices agricoles?

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  2. Pour ma part, je préfère jeté mon dévolu sur cette allitération coulante : " pilon de poulet ".

    (La chute est savoureuse.)

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  3. " jeter " - pardon.

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  4. Christophe : le tajine l'était encore plus !

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  5. D'ailleurs, à la maison, on s'est réparti intelligemment les tâches : Catherine fait la cuisine et moi les chutes de billets...

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  6. Tire pas sur Didier Goux et le billet cherra...

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  7. Je pense Didier Goux que vous attribuez à Stendhal des opinions qui sont en fait celles de Jean Paulhan souvent développées après 1945 dans quelques revues conservatrices, et je crois que l'on devrait assassiner (au moins moralement) les gens qui commettent de fausses citations. Cela sert à quoi de parler de Stendhal quand il n'a jamais écrit cela ? Cela fait plus brillant ? plus bling-bling ? Le problème, c'est que Paulhan inventait aussi les citations des autres et qu'il a placé au dessus de la signature de Stendhal une phrase qui est sans doute en fait de Bonald ou de de Maistre (des auteurs que l'on ne lit plus sauf dans les vieilles maisons françaises). Vous trouverez la référence de Stendhal sur la Toile et cela ne prouvera strictement rien, il n'y a aucune mention de livre nulle part puisqu'on ne sait pas où cela se trouve dans son œuvre. Et je signe avec mon nom fort beyliste.

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  8. On remarquera que ce grimaud de Didier Goux essaie toujours de blingblinguer en reproduisant de fausses citations d'auteurs qu'il n'a probablement jamais lus. Ses postures et impostures ne tromperont pas un homme cultivé.

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  9. Mais pourquoi diable voudriez-vous que Didier Goux eût lu Stendhal?

    Quant aux citations inventées, voir Françoise Chandernagor dans la Sans Pareille: son héroïne fabrique des fausses citations de Robespierre lors de son passage d'agreg d'histoire.
    Et le jury n'y voit que du feu, tant le ton et l'envolée sont justes...
    Ce passage est très drôle. J'adore Madame Chandernagor, au passage.

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  10. Didier Goux est un homme de goût et il a dû lire quelques romans ou essais de Stendhal comme moi. Il ne prétendra pas avoir lu tout Stendhal, tout comme moi. En revanche, je prétends avoir épluché toute l'œuvre publiée de Paulhan (et même un peu plus) et je sais que la phrase se trouve présente dans ses textes politiques comme sienne. Par quel hasard s'est-elle retrouvée attribuée à Stendhal sur la Toile sans aucune mention de texte d'origine ? Je ne sais. Je ne crois en aucun cas aux vérifications de citations sur la Toile. Il y a peut-être un texte de Paulhan qui m'a échappé, dans lequel il aurait donné Stendhal comme source, mais cela me semble énorme tellement c'est différent de la pensée de ce romancier totalement anti-monarchiste. Je n'y crois pas un instant et je ne comprends pas que l'on adhère plus d'une seconde à une telle fadaise.

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  11. Je pense que l'annonce du nombre de manifestants risque d'être érronée..l'organisateur louche....il va donc annoncer le double..normal.....
    chez nous, l'homointellectus rempli au moins le lave vaisselle....

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  12. @Dominique:
    Je PLAISANTAIS!
    Ca me semblait évident.

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  13. Dominique, ne soyez point bêtement agressif, comme ça ! Je n'ai rien cherché sur la Toile, juste dans ma mémoire. Cette citation, que je connais depuis longtemps, on me l'a (mais qui ?) à l'orgine "vendue" comme étant de Stendhal (mais un Stendhal ironique, pour répondre à votre deuxième salve). Et figurez-vous que si le courage m'a manqué devant Bonald, je me suis délecté des Soirées de Saint-Péterersbourg, tout comme vous je n'en doute pas. J'ai même lu un peu de Paulhan, à mes heures creuses...

    Bref, finalement, vous ne semblez pas savoir plus précisément que moi de qui est cette phrase. Eh bien ! je vous l'annonce : pour moi, elle restera de Stendhal ! Quand la réalité est moins belle que la légende, etc.

    Suzanne : ah ! vous avez noté comme moi ce savoureux "bling-bling" mis là pour faire dans le coup...

    Carine : c'est vrai ça ! En plus, il est mort : pourquoi se faire chier ?

    Boutfil : le propre d'un nombre de manifestants, sa nature profonde, intrinsèque, est précisément d'être... imprécis. Et erroné.

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  14. @Dominique,
    il me semble que vous êtes en train de vous énerver tout seul, là.
    Je ne sais pas ce que dit Jean Paulhan à ce sujet, mais je sais ce que dit Jean d'Ormesson. Il a dit:
    "je préfère me taire car avoir toujours raison est mauvais pour le caractère."
    Un grand homme, le petit Jean d'O.
    Courtois et sachant vivre.

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  15. Ah bin je vois que Didier a répondu pendant que j'écrivais mon comm ;)

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  16. Paulhan, Jean d'Ormesson...
    Cher Didier, ils lisent de ces trucs vos commentateurs... Remarquez, les miens, ce n'est guère mieux.
    Enfin bref.

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  17. Ah ! c'est l'une des phrases de John Ford que je cite souvent (parce que c'est un de mes films préférés que l'Homme qui tua Liberty Valance, mais aussi un peu mon idée des textes. On peut tout faire dire aux morts.

    Au passage, j'emmerde profondément les gens qui prennent prétexte de ce fil pour m'insulter sans comprendre de quoi je parle, sans m'avoir jamais lu et je leur exprime mon plus profond mépris. Mais ne voyez aucune agressivité dans mes propos à votre égard dans ce que j'écrivais et n'en faites pas une figure de style pour vous donner le beau rôle, je ne vous confonds pas avec vos lecteurs imbéciles. Si vous pouviez vous débarrasser de ces parasites...

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  18. Dominique : dès que j'ai besoin d'un épurateur, je vous fais signe, c'est promis. Laissez-moi votre carte sur le coin du bureau...

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  19. Y'a que moi ou bien à vous aussi homointellectus ça a donné " homo moins intellectus "-- qui, by thé way d'ailleurs devrait s'écrire homo- intellectuus pour être correct, et dire ce qu'on veut lui faire dire!!

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  20. J'habite le premier port de pêche (du moins en transformation) et pour répondre à l'Irremplaçable, les quotas servent à entretenir l'illusion que notre sainte ville survivra. Ok, on ne pêche pas le plus de poissons, mais nos enfants ne sauront jamais ce qu'est un poisson. Un vrai. Parce qu'ils ne mangent que du pané. Et pour eux, le poisson (chez moi, le pichon) il vient du magasin. D'ailleurs comme le lait. Et les oeufs. Peut-être un jour, les enfants, les femmes, les hommes, allez savoir... En fait, les japonais comme les crétins du monde occidental se moquent pas mal des poissons, des vaches et compagnie. Ce qu'ils veulent c'est bouffer. Du vrai ou du faux, on s'en fout ! Bouffer. Miam, miam...
    "Eh, mais c'est le dernier de son espèce..."
    "m'en fous, toute manière il est réduit en purée et mélangé avec du maïs, et puis j'ai ma paie et j't'emmerde ! Con de vert !"
    Ben ouais... La Vie. La Vraie. Au Chiotte...

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  21. "m'en fous, toute manière il est réduit en purée et mélangé avec du maïs, et puis j'ai ma paie et j't'emmerde ! Con de vert !"
    C'est une phrase de l'Irremplaçable ça? Elle a l'air assez réaliste pourtant. Si c'est que ça, pas besoin de dire ce qu'on veut lui faire dire!!

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  22. "m'en fous, toute manière il est réduit en purée et mélangé avec du maïs, et puis j'ai ma paie et j't'emmerde ! Con de vert !"
    C'est une phrase de l'Irremplaçable ça? Elle a l'air assez réaliste pourtant. Si c'est que ça, pas besoin de dire ce qu'on veut lui faire dire!!

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  23. ici

    Un extrait de la lettre de Jean Paulhan à Etiemble du 8 mars 1939

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  24. Et oui, à Clamart d'ailleurs on a construit un Ikea, inoffensif, pacifique

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  25. Allez j'me lance: "Gilles, vous êtes féroce et-drôle, beau et-vrai"
    Tiens c'est "étrange-et bien calme... la fête est finie?"
    Encore un peu de viande sur l'os, là peut-être?

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  26. Stendhal, Paulan et consorts : y en a marre!!!
    Pourquoi ne jamais citer des oeuvres plus populaires comme les Brigade Mondaine?!

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  27. "tedial a dit... Stendhal, Paulan et consorts : y en a marre!!!
    Pourquoi ne jamais citer des oeuvres plus populaires comme les Brigade Mondaine?!"
    Voilà. C'est tout. (bien que j'aime aussi et le film et la citation dont au sujet desquels - comme dirait Pinuche - il est question plus haut)

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  28. Monsieur et Madame Ceaucescu mangeaient-ils d'aussi bons tajines ? Comme ça se dit en roumain, d'ailleurs ?
    :-))

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