samedi 28 février 2009

Comme un parfum de violette

Je me suis replongé dans les souvenirs de Céleste Albaret un peu comme on rentre à la maison, sachant que ne m'y attendait aucune surprise, mais un confort tranquille et rassurant. J'avais tort : on ne retient jamais tout, des livres lus plusieurs fois. C'est ainsi que, tout à l'heure, j'ai eu l'étonnement de (re)découvrir que cette Lozérienne, née en 1891, dans un petit village qu'elle n'a jamais quitté avant son mariage, en 1913, que cette petite Céleste dont le prénom même dégage comme un parfum léger de violette voussoyait sa propre mère. Était-elle une exception, ou bien faut-il croire que dans cette "France d'avant", le voussoiement était répandu au point d'être pratiqué dans les campagnes les plus profondes ? Si vous avez des lumières sur la question, ce ne sera pas de refus...

J'avais également oublié qu'un jour (c'est-à-dire une nuit), Marcel Proust avait vivement poussé sa servante à tenir son journal, précisant même qu'elle devrait le lui faire lire chaque jour, et qu'il l'annoterait alors de sa main. Et on se prend à rêver de ce qu'aurait pu être un tel livre, si Céleste avait obéi à Monsieur Proust...

Afin de l'encourager dans cette voie, Proust lui explique alors qu'après sa mort on viendra la voir du monde entier pour la faire parler de lui, et que son journal annoté vaudra une fortune. Preuve que la fameuse "modestie" proustienne s'arrêtait aux rives de la création littéraire, au-delà desquelles l'écrivain savait parfaitement quelle était sa valeur.

7 commentaires:

  1. Il n'a jamais imaginé être celui qu'on interroge : alors ? Vous avez connu Céleste, la lozérienne ?
    :-))

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  2. Ça ne l'aurait sans doute pas surpris...

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  3. le vouvoiement, ou voussoiement, je l'utilise encore pour m'adresser à mes parents (en portugais): le "você", à mi-chemin entre le tutoiement (moderne) et l'iloiement de majesté : "Monsieur Didier a bien dormi ? ou Monsieur, aurait besoin d'autre chose ?" aujourd'hui, ces formes archaïques en français (et très vivantes en portugais, espagnol ou italien, pour transcrire la distanciation de politesse ou de supériorité/ infériorité, où elles équivalent à notre "vouvoiement") sont conservées dans la langue populaire... "Et comment elle va la petite dame ?"

    Proust et sa gouvernante... très,très intéressant.

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  4. La sœur de l'oncle qui m'a élevé voussoyait son mari et vice-versa. Ils ne parlaient que patois et il était maçon. Des gens très simples, qui ne roulaient qu'en 4L, n'avaient jamais ouvert un livre de leur vie.

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  5. Lucia et Ygor : merci pour vos précisions.

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  6. C'est une des raisons qui fait que je lis régulièrement votre blog Didier: j'aime la littérature et dans ce domaine vous avez 25 longueur d'avance sur moi. Alors, je me contente de suivre vos pas et de découvrir le monde.

    De plus, vous avez l'art de poser les bonnes questions comme, ici, celle du voussoiement. C'est très bien, parce qu'Internet est le canal idéal dans ce cas. Merci donc à Lucia & Yanka.

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  7. En breton, on voussoie les enfants aussi, ainsi que les petits chats. (lire le Cheval d'orgueil; de P.J Hélias)


    Suzanne

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