samedi 23 mai 2009

C'est ma fête (avec douze heures d'avance) !

Je ne vais pas jouer les étonnés, je savais ce que je faisais, contrairement à ce que d'aucuns ont pu laisser entendre en commentaires de mon billet d'hier soir. Je m'attendais à me prendre ma petite volée de bois vert, et je savais même de quels points cardinaux elle allait venir – et sous quelle forme.

Volée de bois vert, volée de bois vain : je me moque bien de complaire ou de déplaire à Paul ou à Jacques. Je l'ai déjà dit mais le répète : je tiens qu'il est sain d'avoir des ennemis et de les désigner nommément. J'écris ici et ailleurs sous mes nom et prénom réels (puisqu'il est beaucoup question d'anonymat, en ce moment, sur les blogs), pareillement je désigne mes cibles sans m'encombrer du flou artistique que l'on semble exiger de moi.

« Oui, mais vous n'avez pas besoin d'être insultant ! », me rétorque-t-on. Parce que “gros con” est une insulte. Soit. En revanche, facho, gros beauf, homophobe, raciste – toutes ces charmantes épithètes que l'on m'accole à la moindre occasion, et même sans occasion, juste comme ça, pour se défouler un peu, se faire du bien –, ce ne sont pas des insultes, mais un courageux étiquetage citoyen, un acte de vigilance. Du reste, une différence il y a bien : se voir convaincu d'homophobie ou de racisme, par exemple, peut se révéler lourd de conséquences désagréables pour la victime ; alors qu'être un gros con n'a jamais handicapé qui que ce soit. Ça n'empêche même pas de grimper à l'échelle de Miko : j'en ai fait l'expérience moi-même, par le passé.

On me dit aussi, régulièrement : « Mais si ce blog vous horripile à ce point, cessez donc de le lire ! » Pas d'accord, mes maîtres, pas d'accord ! Une fois l'ennemi repéré, il convient de l'étudier, de pénétrer ses tactiques, de démantibuler sa phraséologie, de traquer ses ridicules, de lui dégonfler la fatuité. Après cela, on peut tourner la page définitivement et cesser, en effet, d'aller s'infliger cette prose écœurante de guimauverie satisfaite – c'est, en gros, ce que j'ai fait hier soir : j'ai pris congé sans retour, et en claquant la porte. La preuve : ce matin, j'ai vu, sur une blogroll quelconque, que la Bernadette Soubirous en question avait pondu un billet intitulé “La Bave du crapaud”. J'ai tout lieu de croire que je suis le crapaud en question. Eh bien ! je n'y suis même pas allé voir : le crapaud a déserté cette mare-là, et la grenouille peut bien continuer de coasser ses petits bibelots d'inanité sonore, elle n'aura plus à endurer ma pustuleuse présence.

Mais, je vous rassure : si je croise d'autres cons, d'autres malfaisants, je les désignerai tout pareil. Et je le ferai d'autant plus à mon aise, que j'admets fort bien qu'on me rende la monnaie de cette pièce : sauf cas très particuliers et fort rares, je n'ai jamais supprimé de commentaires insultants pour moi ; à partir du moment où j'ai décidé d'avoir un blog public, j'accorde à quiconque le droit d'entrer et de s'exprimer s'il n'est pas content du service – c'est le jeu.

Bon là-dessus, il faut que je vous laisse : le temps se couvre et j'ai du linge sur la corde.

Bergotte vous salue bien


Un jour, je n'adresserai plus la parole qu'à mes chiens.

vendredi 22 mai 2009

Céleste est une grosse conne

La preuve.

Sur le vif

Anne : – C'est curieux, on n'arrête pas de parler de putes depuis ce matin.

Brice : – C'est la pute récurrente !

Moi : – Au moins, si elle suce mal, le four sera propre...

Le lendemain de la veille

Le titre est une expression de mon oncle/beau-père, pour désigner un lendemain de cuite – c'est-à-dire un lendemain. Je devais vraiment être en vrac, ce matin, car je suis parti de la maison sans :

1) ma montre,
2) mon i-pod,
3) MON LIVRE.

Partir sans un livre ne m'arrive absolument jamais. Sauf, à la rigueur, si c'est pour aller acheter un pack de douze chez l'Arabe de Pacy, en prévision d'une alcoolisation vespérale. (J'ai les meilleurs rapports qui soient, avec l'Arabe de Pacy : je l'appelle "Monsieur", lui aussi, on se serre la main depuis peu, on parle du temps qu'il a fait, qu'il fait et fera ; je sacrifierais d'un cœur allègre 352 Céleste imbéciles pour garder cet Arabe-là en vie et en activité – et il s'en trouve encore pour me penser raciste, pfff !)

Bref. Le plan était d'aller me chercher un sandwich à la boulangerie, puis de prendre un pichet café à la terrasse de L'Ambiance d'à côté. Comme une défilongée (mot en vigueur dans ma famille ardennaise) de lycéens idiots encombrait la boulangerie, je me suis contraint à déjeuner à L'Ambiance. Changement de carte ! Parmi les nouveaux plats, un "filet mignon de porc aux pruneaux", accompagné de spaghettis. L'Irremplaçable cuisinant régulièrement le filet mignon, je me dis que la comparaison sera intéressante – je la pressens à son avantage, n'étant pas d'une objectivité parfaite.

Je suis à mille lieues en dessous de la vérité : onc ne vis un mignon filet aussi dur, aussi sec, aussi rétif à la manducation – et c'est pour ne rien dire de la sauce, gluante à souhait et souffrant d'un défaut de sapidité rédhibitoire. Si Catherine, d'aventure, me sert un truc de ce genre, je la répudie aussi sec (comme le filet).

Néanmoins, le moment est agréable : il fait beau, je suis seul, je parcours un livre (trouvé dans un de mes tiroirs) amusant. Il y a ce léger décalage par rapport à la vie réelle (celle des autres) propre aux "lendemains de la veille" chers à mon tonton Serge. Je vois passer un grand con de trente ans, monté sur patins à roulettes et suivi par son fils, casqué, sur une trottinette : je me demande pourquoi les enfants d'aujourd'hui auraient encore cette hâte à devenir "grands" qui nous a caractérisés, puisque leurs propres parents se comportent comme des demeurés infantiles. Dix minutes plus tard, passent à côté de ma table, un père en shorts (il est vrai qu'à Levallois-Perret, la plage n'est jamais bien loin) et son fils de dix ans en pantalons : inversion des codes, générations de merde.

Finalement, pour accompagner la fin de mon pichet, je me replonge dans mon livre : Dictionnaire des clichés littéraires, d'Hervé Laroche, éditions Arléa. Je souris tout seul, comme un gosse idiot. C'est un peu facile, mais bien observé. Un exemple :

« défendre (se) : se défendre est banal, mais ne pouvoir se défendre est spécialement intéressant. Ne jamais se priver de signaler tout ce que les personnages ne font pas, et encore moins ce qu'ils font mais auraient pu ne pas faire. Robert ne pouvait se défendre d'un pénible sentiment de gêne devant cette franchise inattendue. On sait ainsi trois choses : que Robert éprouve de la gêne ; qu'il a voulu ne pas l'éprouver ; qu'il n'y est pas parvenu. Tout cela sans que Robert se soit confié à quiconque. »

Voilà.

Réveil cométeux

L'Irremplaçable n'a peut-être pas un i-phone, mais elle a une fonction très précieuse sur son téléphone portable : la téléportation. Elle s'en est servie fort à propos, hier soir, lorsque nous sommes partis de La Comète. M'étant très légèrement assoupi à hauteur de la porte d'Italie, je me suis réveillé devant notre portail, au Plessis-Hébert, quelques fractions de secondes plus tard : à part la téléportation, donc, je ne vois aucune explication à ce prodige.

Sinon, hormis l'absence de ce lâcheur de Tonnégrande et la forfaiture de la famille Balmeyer, la soirée fut fort agréable – en tout cas pour moi. Elle a commencé en terrasse et à la bière, elle s'est continuée en terrasse et au vin. Il n'est pas impossible que nous ayons également mangé, mais c'est sans intérêt.

L'excellent Nicolas a frôlé deux fois la crise cardiaque. Une première quand Catherine a failli se friter avec Karima-la-serveuse, une deuxième lorsque la même Catherine et Marie-Laure Hypos sont allées demander au maire du Kremlin-Bicêtre s'il accepterait de changer de table pour qu'on puisse s'installer à la sienne.

Je n'ai eu qu'une seule réelle inquiétude, quant à moi, tout au long de ces heures, c'est lorsque je me suis trouvé, cinq fois de suite, d'accord avec Dagrouik (Royaliste ascendant Ségolène) : je ne sais pas pour lui, mais moi, ça m'a salement secoué – du coup, j'ai commandé une deuxième bouteille de blanc, en faisant mine de ne pas voir les gros yeux que me faisait l'Irremplaçable.


Ce matin, au moment de monter dans ma voiture, je n'étais probablement pas redescendu sous la barre des 0,50 g. En plus, il a fallu que l'autoroute A 13 m'interpelle avec des questions métaphysiques d'une rare violence. Sur un panneau lumineux, juste après le péage de Mantes, ceci : Votre vie vaut-elle davantage qu'un SMS ? Putain, j'en sais rien, moi ! La question m'a occupé tout le reste du trajet – et, à l'heure actuelle, je n'ai toujours pas trouvé de réponse satisfaisante.

À mon avis, ça doit dépendre de la longueur du SMS.

jeudi 21 mai 2009

De l'Europe, de la Turquie, de la Turquie dans l'Europe, et de tout le reste

Je vous encourage aussi chaudement qu'il m'est possible à aller lire le long, fouillé et superbe billet qu'Ygor Yanka vient de consacrer, chez lui, à l'Europe, avec une hauteur de vue et des arguments qui lui font honneur.

C'est jeudi, c'est Comète !

Grand bouleversement pour Swann et Bergotte : ce soir, ils dîneront à six heures moins le quart, au lieu de six heures comme les autres jours. Car, à l'heure habituelle, l'Irremplaçable et moi seront dans la voiture, en route pour le Kremlin-Bicêtre. Comme la bibliothèque municipale est fermée le soir, nous nous sommes résignés à nous rabattre sur La Comète. Pour moi, ça ne changera pas grand-chose : j'oublie régulièrement mes livres là-bas, donc j'ai de quoi lire tout pareil. Mais qui sont ces "nous" qui se sont ainsi résignés ? D'après mes informations, il s'agirait de Nicolas, Tonnégrande, Olivier Porret, Zoridae, Balmeyer (avec leur prolongement naturel), sans doute Hypos et peut-être d'autres. Et fuck pour les liens : j'ai la flemme et, de toute façon, je ne suis pas référencé chez Miko. Voilà, c'est tout.

Ah, si, une dernière chose : la photo choisie pour illustrer ce superbe billet représente M. Balmeyer, lors d'une précédente soirée cométeuse, tentant d'atteindre la lune avec son vomi. Il devrait essayer de battre son propre record ce soir. Quant à moi, j'envisage de me niquer le genou droit en me vautrant au pied du comptoir.

mercredi 20 mai 2009

C'est mercredi, c'est Éparcyl ! (Le septicisme pour les nuls)

Nous n'avons pas attendu les leçons salutaires des Femmes engagées, l'Irremplaçable et moi, pour nous livrer à un strict partage des tâches ménagères. Ainsi, cependant qu'elle cuisine, fait le ménage, lave et repasse le linge, entretien le jardin et va pousser le caddie, j'ai quant à moi la charge essentielle de vider hedomadairement le sachet d'Éparcyl dans la cuvette des toilettes, afin que la poudre en question aille rendre des forces aux petites bêtes invisibles qui mangent le caca et sirotent le pipi dans la fosse septique. C'est mon travail du mercredi matin. Pourquoi précisément le mercredi ? Pour m'en souvenir : c'est mon premier de boulot de la semaine (vos gueules, les envieux !).

Donc, aujourd'hui, c'était Éparcyl. La boîte rouge est posée sur le rebord de fenêtre de la salle de bain, soit juste à hauteur de mes yeux bouffis de sommeil (Nicolas, j'ai dit : de sommeil !). Or, ce matin, saisissant le petit sachet, les yeux en question sont tombés sur la phrase suivante, dans un cartouche jaune :

30 ans d'expertise au service des fosses septiques

La phrase m'a causé étonnement et vertige. Étonnement de voir le mot expérience, qui avait toute sa place ici, remplacé par celui d'expertise, qui ôte à peu près tout sens intelligible au slogan. Vertige ensuite, à l'idée que l'on puisse sans rire se targuer de trente ans d'expertise au service d'une cause – noble, certes – comme celle des fosses septiques. Après un instant de réflexion stupide, on en arrive à se persuader que M. et Mme Éparcyl doivent réellement être fiers de l'œuvre accomplie, dans le dévouement et l'abnégation – et le vertige tourne à la sarabande.

Afin d'éviter de perdre totalement pied, et de me fracasser la gueule sur le bord de la cuvette, j'ai tiré la chasse rapidement.

mardi 19 mai 2009

Conversation secrète avec Mme X

J'ai eu, hier et aujourd'hui, avec une personne qui intervient parfois en commentaire sur ce blog, l'échange suivant :


Chère Mme X,

je ne sais pas vous, mais je suis littéralement effondré par le degré de cécité volontaire auquel nos trois amis d'Avec nos gueules... peuvent en arriver. L'échange de commentaires d'aujourd'hui est proprement sidérant. Pour ne pas dire déprimant.

Tiens, pour me remonter, je vais aller me prendre un verre de Quézac, moi.

Excellente soirée malgré tout !

Didier



Cher Didier,

Je découvre votre courrier ce matin. Je suis bien d'accord avec vous. Que dire d'autre ? Je suis allée à Montreuil, il y a quelques mois, pour raisons professionnelles. Les adolescents qui étaient avec moi et qui viennent de milieux qu'on dira très défavorisé (troisième génération n'ayant jamais eu un parent qui se lève le matin pour aller travailler, vie dans la banlieue de B. – qui est un doux paradis en comparaison de la banlieue parisienne) étaient choqués par la saleté des rues, l'air hagard, drogué, dangereux des gens qu'on croisait le soir porte de Montreuil, l'effet "Chicago" des contrôles de police, et surtout les fantômes emburquanés glissant les uns sur les autres aux Puces, où nous avons été témoins d'une bagarre au couteau entre deux types, qu'un troisième, comme dans un film, a assommés d'une batte de base-ball en criant : " Y a pas moyen d'avoir la paix avec ces rhallouf de Tunisiens de merde ! " J.M. habite là, ou pas loin, il me semble. J'en discutais avec lui il y a peu, eh bien, il n'a jamais vu de burquas. Ou alors, deux ou trois dans sa vie entière. C'est un étrange négationnisme que j'ai du mal à comprendre, et qui m' inquiète beaucoup. En 2005, j'ai recueilli chez moi, pendant trois mois, une Africaine de 17 ans dont la famille a été massacrée sous ses yeux. Son frère survivant et elle ont dû leur salut à un oncle qui leur a payé un billet d'avion pour Paris en leur disant : " Dites que vous avez quinze ans et la Croix rouge s'occupera de vous, bonne chance." Cette jeune fille (fort agréable, au demeurant) est arrivée chez moi au moment où il y avait des émeutes dans les banlieues françaises. Elle regardait le journal télévisé et soupirait : " On ne m'avait pas dit que les Noirs sont en guerre contre les Blancs dans ce pays, à moi. "

Bien à vous,


Mme X


Chère Madame X,

ce que vous me dites me conforte et me consterne, sans pour cela m'étonner le moindre. Quant à l'aveuglement – et sans vouloir tout ramener au nazisme, ce pont-aux-ânes de la blogosphère –, il s'est trouvé, en Allemagne, dans les années 33–36, beaucoup de juifs pour faire preuve d'une semblable cécité face au régime qui se mettait en place. Et pas seulement chez les idiots : alors que toute sa famille (dont Otto le chef d'orchestre) émigrait vite fait, Victor Klemperer est obstinément resté à Dresde, persuadé d'être protégé par sa femme aryenne. Lorsqu'il a compris, c'était trop tard : les frontières étaient fermées.

Pour ce qui concerne nos trois petits amis, ils sont comme tous les gens de leur sorte : ils ont DÉCIDÉ de ne pas voir. Donc, ils ne voient pas. L'oeil est un organe stupide, qui ne peut transmettre au cerveau que ce que celui-ci est capable d'accepter, de conceptualiser, y compris pour les choses les plus simples, les plus évidentes pour d'autres. Je pense, de ce fait, qu'ils sont très sincères, lorsqu'ils nous disent que nous sommes en proie à un "délire" : c'est une réaction normale, face à des gens qui vous montrent quelque chose là où vous êtes convaincus qu'il n'y a rien.

La question la plus étrange et énigmatique, pour moi est la suivante : pourquoi ne veulent-ils pas voir ? Quel barrage puissant, intime, leur interdit de contempler la réalité ? Une peur qui ne veut pas s'avouer à elle-même ? L'espoir que si on ne voit pas les choses elles vont s'amoindrir jusqu'à cesser d'être ? Car je ne peux pas croire qu'ils soient partisans de ce qui s'annonce, au contraire de ces idiotes bêlantes, type Céleste ou autres. Moi non plus, au fond, je ne comprends pas.

Bon, eh bien, bonne journée tout de même !

Didier

Pour l'instant, on en est là...

Fromageplus n'est pas solidaire...

... Mais publie un billet remarquable.

lundi 18 mai 2009

Le massacre de Fort APPAS

Ou : un petit nouveau dans ma blogroll.

Pas de bol : il faisait beau

Oui, je sais : ce genre de billet n'a aucun intérêt pour les âmes en errance qui viendraient à passer par ce blog. Cela étant, je vous ferai observer que tondre sa pelouse n'en a pas davantage ; or, on est tout de même obligé de le faire – sinon, c'est rapidement la savane, les éléphants et les antilopes qui se chamaillent, les lanceurs de sagaies qui déboulent et qui, ne trouvant aucun gibier à leur mesure, finissent par empaler l'Irremplaçable pour un garden-méchoui improvisé, festif et multiculturel : ça fait désordre vis-à-vis des voisins. Donc, il faut tondre, pas à tortiller.

Sauf si, dès le matin, tombe une belle pluie, grasse et drue, sûre d'elle-même et dominatrice, auquel cas le joueur de pelouse n'a plus qu'à remballer son banjo autotracté jusqu'au lendemain. Or, pas de chance, ce matin, la paupière droite à peine déclose, j'ai pu constater qu'il régnait sur la Haute-Normandie un soleil parfaitement imbécile, et quelque peu sarcastique à mon endroit – m'a-t-il semblé.

Par conséquent, après être allé à Pacy-sur-Eure acheter deux baguettes tradition bien cuites (j'emploie ce ton épique à dessein : il s'agit bel et bien d'une épopée moderne), j'ai sorti l'engin de son abri. Pour une fois, j'ai pensé à reconnecter la bougie, ce qui m'a évité d'aller pleurnicher auprès de l'Irremplaçable, comme souvent : « Cath'riiiiine ! Elle est en paaaanne !», puis de me transformer en bibelot d'inanité sonore, lorsqu'elle se contente de remettre le petit capuchon noir, avec un demi-sourire qui en dit long sur l'estime qu'elle me porte – au moins à ce moment-là.

[Ce qu'il y a de presque inquiétant, avec ce type de billet insane, c'est que, au bout de quelques paragraphes, on s'aperçoit qu'on pourrait continuer comme cela indéfiniment – au moins jusqu'à ce que le lapin à la bière soit cuit, en tout cas. C'est limite fout-la-trouille. Non, ne partez pas : c'était une menace en l'air...]

Je n'ai pas non plus omis d'ouvrir l'arrivée d'essence, ce qui m'a permis de ne pas caler au bout de douze mètres. Bref, tout s'est admirablement passé. J'ai bien écrasé deux ou trois merdes de chiens, mais le vent était assez présent pour que je n'en fusse pas plus incommodé que cela. Presque tout le temps, j'ai été escorté par un Monsieur Merle qui se tortorait les bestioles que je débusquais du bout de mes lames giratoires (je sais que rotatives serait sans doute mieux, mais le mot me fait penser à la presse, la presse au boulot, etc. : mieux vaut s'en tenir à giratoires).

Quand tout a été fini, j'étais bien content. En sueur mais bien content.

Touchez pas à mon pote, les keufs !

Personnellement, je viens de signer cette pétition. Je ne peux que vous encourager à faire de même...

dimanche 17 mai 2009

Chez le pélicastre jouisseur

Un billet désopilant et très incorrect...

Restons optimistes en attendant la mort

« Tout ce que je puis écrire est inutile, surtout si c'est la vérité. La lucidité de Constantin Léontieff n'a pas empêché la Russie de sombrer ; la justesse des fureurs de Flaubert et des mépris de Baudelaire n'a d'aucune façon retardé le triomphe de ce qu'ils dénonçaient. Tout ce que j'aime sera détruit, tout s'abîmera dans le néant. L'évolution des choses est sans remède, et je sais le dérisoire de mes nostalgies, et de mes espérances. Le monde va devenir chaque jour plus bête, plus laid et plus dur. Le décervelage des peuples par la télévision, le massacre de la nature par les industries, l'usage généralisé de la torture par les polices, l'empire grandissant des idéologies froides sont des processus irréversibles, et qui ne trompent pas. L'avenir va être atroce. »

Gabriel Matzneff, préface aux Passions schismatiques (1977), éditions Léo Scheer, p. 108.

samedi 16 mai 2009

Votre avis l'intéresse

Surtout, ne ratez pas les commentaires...

Nous étions là...

Aujourd'hui, nous étions là. Ou presque. À trois kilomètres de là. Chez ma soeur cadette (une morveuse : née en 1964, et en plus à la fin de l'année, vous imaginez la jeunesse ?). Avec mes parents, venus des Ardennes (où, dans le même temps, la sublime Nefisa doit être occupée à poser ses valises, cette valeureuse nièce mienne que je salue bien bas car elle le mérite).

Je n'avais pas vu mes parents depuis deux ou trois mois : ils ont bien vieilli, merci pour eux. Mon père sans doute à cause du cancer ; ma mère parce qu'elle s'occupe d'un mari cancéreux : c'est le genre de choses qui vous fait bien vieillir, on dirait.

En dehors de cela, ma mère sait toujours aussi bien cuisiner la salade au lard – plat très typiquement ardennais (demandez à ma nièce d'adoption). C'est très compliqué, de réussir une salade au lard. Parce que ça dépend essentiellement de la salade : si elle est pleine d'eau : vous foirez le truc ; si elle manque d'eau, vous le foirez itou : c'est très compliqué ; il y faut soixante ans de vie ; être descendue, petite fille, couper les pissenlits dans la prairie ; la surveillance des saucisses, le lard ; avoir maîtrisé les rires, les grandes tablées de quand j'étais petit garçon et où je voulais (absolument : je voulais !) devenir adulte pour parler avec les autres, etc. : c'est toute une vie, la salade au lard, mes drôles ; c'est le boulevard Fabert rendu, mais vous ne pouvez par comprendre, bien sûr... Aujourd'hui, ma mère nous a offert la quintessence de son art : il y avait du sublime dans l'assiette, je vous le dis.

Pour le reste... Eh bien, pour le reste, rien qui vous regarde, en fait. Un père amaigri, une mère fatiguée, deux enfants sur trois qui font l'animation. La vie qui va. Qui ne va pas forcément bien. Les années qui s'entassent.

vendredi 15 mai 2009

Wight is Wight (à mes amis trentenaires, par-delà le fossé infranchissable)



Ce m'est tombé dessus, aujourd'hui, aux alentours de cinq heures de l'après-midi. Un article à faire, concernant un certain Yves Roze – dont je croyais tout ignorer. En réalité, non : ce monsieur s'est, en 1969, appelé Jean-François Michael ; et il a enregistré une chanson, mes frères, qui j'espère l'a rendu milliardaire et s'appelait Adieu Jolie Candy. Premier coup de gong : j'entends cette chanson imbécile (c'était vraiment une chanson imbécile...), trente années s'annulent, d'une certaine manière.

Ensuite : ce garçon était, apprends-je, à cette même époque, en cette même année, le producteur du tube de Michel Delpech : Wight is Wight. Là, je m'effondre. 1969, n'est-ce pas... Wight is Wight. Que vous dire d'autre ? Une chanson sans intérêt, mais infiniment précieuse ; 13 ans j'avais. Les plages algériennes ; Marie-Paule – premier amour – et son petit maillot de bain jaune ; des seins comme des promesses.

Et Michel Delpech – Wight is Wight. En pleine gueule, mes drôles, ce soir. Fredonnant en boucle, comme un gosse idiot. Avec, tout de même, le rire en arrière-gorge : la jolie jeune femme au volant de sa voiture, arrêtée à côté de moi, au feu, et contemplant ce vieux machin, à sa gauche, de l'eau plein les yeux, fredonnant cette idiotie...

Plus tard, sur la route, continuant à chantonner "Dylan is Dylan", et aussi "Viva Donovan", je pensais à vous tous. Dans dix, vingt, trente ans ans, une chanson pareillement stupide vous reviendra aux oreilles, ou simplement à la mémoire. Et vous aurez les yeux embués, une Marie-Paule quelconque vous sautera à la gueule, et peut-être même penserez-vous à moi qui serai mort – mais ce n'est pas sûr (pas sûr que vous penserez, mais sûr que je serai mort, il va de soi). Et le trajet vous paraîtra un peu trop long, et vous ne direz rien à vos enfants, en arrivant à la maison – parce qu'il n'y aura rien à dire, vous verrez.

Êtes-vous plutôt Olympe ou plutôt Marc Cohen ?

La question se rapporte à la fameuse affaire Orelsan. L'une s'est abondamment exprimée sur le sujet, notamment ici ; l'autre vient de le faire à l'endroit habituel. Le moins que l'on puisse dire est qu'ils ne sont pas d'accord. Moi, personnellement, j'ai choisi mon camp – si camps il y a bien.

jeudi 14 mai 2009

Je ne pousserai pas le landau – allez vous faire foutre

Question posée par Olympe, en commentaire d'un précédent billet :

«la question que vous pourriez vous poser est celle de savoir dans quelle mesure vous vous comportez en macho dans votre vie quotidienne »

Bonne question, sans doute. Dans un premier temps, j'ai botté en touche, répondant que, à mon avis, c'était plutôt à la femme partageant mon existence de répondre à cette question.

Tout à l'heure, sirotant une bière, l'Irremplaçable et moi en avons reparlé. En effet, dans quelle mesure, me comporté-je comme un "macho" ? Ni elle ni moi n'avons trouvé de répnse satisfaisante. Catherine m'a dit quelque chose comme : « Qu'est-ce qu'elle entend exactement par “macho” ? »

C'est vrai : qu'entend-elle, Olympe, exactement par là ? Tout homme est-il le même “macho” que son voisin ? Vider le lave-vaisselle suffit-il à m'exonérer ? Ou passer l'aspirateur ? Ou les deux ? Difficile, non ? Et puis, chère Olympe, imaginons que je vive avec une femme qui, après avoir élevé trois enfants, aurait envie de NE PLUS RIEN FOUTRE ? De passer le reste de sa vie dans l'enclos de sa maison ? Et même (soyons fous), imaginons que son macho de mari soit encore obligé d'aller gagner l'argent minimum du ménage, mais qui, si on le lui demandait, serait ravi de ne plus quitter le petit enclos de sa maison ?

Vous en concluriez quoi ? Sur votre blog, vous vous présentez comme une "cadre supérieur" ayant je ne sais plus combien d'enfants. Parfait. Moi, j'ai zéro enfant, et m'en flatte. Ma femme en a trois ; grâce au ciel, adultes. On ne s'intéresse que l'un à l'autre, arrivés à nos âges. Selon quels critères dois-je déterminer si je suis "macho" ou non ? Votre réponse m'intéresse.

Carburant : bière Goudale.
Environnement sonore : Nat King Cole.

À l'amiral Potiron

Ce matin, en commentaire du billet précédent, l'amiral Potiron me demandait ce qu'était un rewriter. Je le lui ai expliqué de manière rapide et théorique. Il se trouve que j'ai, maintenant, un exemple concret. Une interview d'Almodòvar, dans le Nouvel Observateur, faite par un certain Pascal Mérigeau, auto-proclamé spécialiste du cinéma. Le Pascalou en question pose à Pedro la question suivante :

D'où vous est venue la scène où Penélope Cruz surgit derrière Martel et dit des mots qu'elle prononce, sans qu'ils puissent être entendus, dans un des films du “making of”, Martel demandant à une spécialiste du langage des sourds-muets de les lui traduire ?

Cher Amiral : vous comprenez mieux, maintenant, à quoi sert un rewriter ? Là, en l'occurrence, ce n'est pas d'un rewriter dont ce petit con de Mérigeau a besoin, mais d'un mage. Ayant relu sa question sept ou huit fois, je ne comprends toujours pas ce qu'il veut savoir. Ce qui n'empêche pas Pedro de répondre, du reste : les vaches se gardent très bien toutes seules.

Sinon, puisqu'on est occupé à causer, je dois dire que la période allant grosso modo du 15 mai au 15 juin est pour moi la pire ; celle où les pages “culturelles” des journaux ne parlent absolument plus de culture (si tant est...), mais juste de petits mickeys, la période du Festival de Cannes.

Le coup d'envoi est donc donné cette semaine, dans le Nouvel Observateur, avec cette interview sans le moindre intérêt de Pedro Almodòvar (l'un des cinéastes les plus surfaits de l'époque, me semble-t-il, avec Woody Allen et Quentin Tarantino). Grâce au ciel, sur la double page précédente, figure une autre interview, celle de Lars von Trier. (Dont je note, au passage, qu'il a 42 jours de moins que moi.) Son interview, à lui, est en revanche très intéressante. Il y dit notamment ceci :

« On peut trouver révoltantes les chasses aux sorcières et considérer pourtant qu'elles sont très cinématographiques. Je pense comme tout le monde que le IIIe Reich fut une abomination absolue, mais je trouverais intéressant pour la réflexion et pour le cinéma de prétendre le contraire ! »

Réflexion d'artiste. Mais chose de plus en plus impossible : nos petits nains du politburo veillent...

Trop de commentateurs, pas assez de rewriters

C'est mon problème du jour : n'ayant pas blogué hier soir (pour une raison expliquée chez Nicolas), je me retrouve ce matin avec trente ou quarante commentaires en retard (en fait, ce ne sont pas les commentaires qui sont en retard, mais moi). D'autre part, ici, au glorieux journal qui me nourrit, nous sommes censés être quatre pour abattre le kolossal Arbeit du jeudi. Or, nous ne sommes que deux, dont une rewritrice qui bâille à s'en décrocher la mâchoire. Donc, pas trop de temps pour vous autres, je présage...

mercredi 13 mai 2009

Le Petit Rat ne sera pas mort pour rien

J'aime beaucoup les animaux (et tout particulièrement les rats morts), mais, parfois, leurs soi-disant défenseurs (défenseurs des animaux, pas des rats morts) me plongent dans un état qui oscille entre la consternation et le rire nerveux. Témoins ceux dont je viens de faire la connaissance chez le Chafouin.

Ô Ciel ! que de vertus vous me faites haïr !, comme aurait dit le vieux Corneille...

Soyons surréalistes, mes frères et soeurs !

Il y a quelques jours, j'ai “touché” un nouveau commentateur. Pierre Robes-Roule, dit-il s'appeler, ce qui est bien son droit, convenons-en, même si l'on sent chez lui le non-buveur de bière (Pierre Robes-Roule n'amasse pas mousses). Comme cet élégant patronyme apparaissait sous forme de lien, j'ai cliqué dessus. Pour voir si j'atterrissais sur un blog. En effet, j'ai.

Déjà, le blog de M. Robes-Roule s'appelle Libérer Zemmour !, alors que je ne savais même pas que le chroniqueur préféré des gauchistes était en prison. Ensuite, j'ai débarqué sur un blog totalement vide de billet. Rien. Un hangar désaffecté. Le cerveau de Ségolène R. Avec, malgré cela, une aimable invitation à devenir membre de ce blog. Vous me connaissez ? Je me suis immédiatement inscrit. Cette coquille vide a donc désormais un membre (je connais du reste un grand nombre d'hommes dont on pourrait dire exactement la même chose).

Mais cela ne suffit pas ! il lui en faut d'autres ! Ce blog désert doit devenir grouillant de membres ! C'est pourquoi je vous invite solennellement, toutes et tous, à y courir et à vous inscrire à ma suite. Plus encore : reprenez l'information sur vos blogs et invitez vos lecteurs à faire de même.

Il me semble aussi que nous devrions, disons pendant une semaine, faire au minimum un lien par billet en direction de ce blog fantôme. Juste pour voir si on le fait grimper au Miko.

La cause est nationale, je compte sur vous. Allez vite vous inscrire !


Rajout de mercredi midi : si vous souhaitez que Zemmour reste en prison, ne passe pas par la case départ et ne reçoive pas F. 20 000, vous pouvez devenir membre bienfaiteur de cet autre blog.

mardi 12 mai 2009

Pourquoi je ne suis pas féministe

Aux mâles fêteurs et aux femelles fouettardes
Avec tendresse...


Au fond, à quoi bon faire un billet pour une question dont la réponse tient en si peu de mots ? Pourquoi ne suis-je pas féministe ? Parce que je ne suis pas une femme – et cela devrait suffire. Mais aussi je sens bien qu'il faut expliciter un peu.

La première chose que je veux dire par là est que, si j'étais une femme, je serais très probablement féministe. Il me semble, par exemple, que cotoyer chaque jour un poilu bas du front gagnant cinq cents ou mille euros de plus que moi uniquement parce que la génétique a voulu qu'il trimballe avec lui une paire de couilles aurait tendance à me brosser la chatte à rebrousse-poil ; et que, ce fameux plafond de verre qui occupe si fort Olympe, j'aurais de furieuses envies de l'exploser à coups de boule. On pourrait multiplier les exemples, celui-là suffira je pense.

Seulement, je ne suis pas une femme (ou alors, considérablement ratée). Par conséquent (?), je n'ai jamais trouvé le moyen de passer de l'empathie contemplative à la solidarité active – même en faisant abstraction des frissons de répugnance que me procure ce mot de solidarité mis à toutes les sauces, y compris les plus indigestes. Je crois que cela a partie liée avec l'impudeur. Je garde présent le souvenir de ces jeunes gens chevelus (ou non, mais souvent tout de même) des années soixante-dix, qui défilaient dans les cortèges de filles en braillant : “ Notre ventre est à nous ! ” L'idée que je pourrais être assimilé en quelque façon à ces piteux clowns me bloque, je crois.

Il y a aussi que, bien souvent, notamment sur les blogs, j'entends la voix sonner faux lorsque tel ou tel homme entonne en commentaire un couplet féministe ; j'y sens la volonté de complaire à l'hôtesse du lieu, quitte à “en remettre”, à surjouer – tel un acteur du muet faisant irruption dans un film parlant. J'y perçois enfin, très souvent, l'hypocrite désir de prendre le contrôle de la discussion, la tête du cortège ; de s'emparer du drapeau pour être bien certain d'être sur la photo.

Autre chose encore : on n'annule pas si facilement, même en les noyant dans le militantisme, les rapports de séduction (et donc de force, ne vous en déplaise) qui existent entre les hommes et les femmes. Et l'on sent bien, dans le “féminisme” de certains hommes, peu assurés d'eux-mêmes sur ce terrain, le timide espoir de contourner un obstacle qu'ils jugent trop haut pour eux afin d'aborder les femmes “par la bande”, si j'ose dire ; de brouiller un peu les cartes de façon à abattre plus discrètement la leur, se disant certainement qu'une paire de neuf suffisamment effacés peut peut-être arriver à battre un brelan de rois qui plastronnent.

C'est un jeu pour lequel j'ai peu de goût ; je reste attaché aux règles anciennes même quand elles tournent à mon désavantage – et c'est arrivé très souvent. En un mot, si le besoin me prend de séduire, j'entends le faire en homme ; en prédateur. (Inutile de venir ricaner que le prédateur et la proie ne sont pas forcément ceux que l'on croit : je le sais. Mais la séduction est un théâtre, aussi : le costume et le masque comptent autant que l'acteur qui s'y dissimule.) Et, au bout du compte, je préfère me manger un râteau (j'en ai toute une collection, que je songe à mettre prochainement en vente sur e-bay) plutôt que de déguiser le loup en grand-mère militante.

Mais laissons cela. Pour revenir au féminisme, il ne me semble pas si souhaitable qu'on le dit que les hommes et les femmes soient en toute circonstance sur un pied d'égalité, sans cesse mêlés les uns aux autres, totalement indifférenciés. Par conséquent, je trouve très bien que les femmes aient des motifs d'indignation, de révolte, voire d'accablement, qui leur soient spécifiques ; et auxquels nous n'avons pas à nous mêler. Ou alors, en spectateurs complices mais discrets, contemplant le cortège bariolé et gynocratique depuis la terrasse du bar des Copains.

lundi 11 mai 2009

Au poteau, le gros Tourangeau rougeaud !

« Où voulez-vous en venir, monsieur ? dit le Procureur du Roi.
– À l'adultère ! Ainsi, monsieur, un bouddhiste en fumant sa pipe peut parfaitement dire que la religion des chrétiens est fondée sur l'adultère ; comme nous croyons que Mahomet est un imposteur, que son Coran est une réimpression de la Bible et de l'Évangile, et que Dieu n'a jamais eu la moindre intention de faire, de ce conducteur de chameaux, son prophète. »

Honoré de Balzac, La Muse du département.

Non, mais, alors, là, on croit rêver ; on hallucine ; on estomaque – et on s'interroge : comment peut-on, en notre époque si merveilleusement compréhensive, laisser imprimer des monstruosités pareilles ? Présenter les chrétiens comme des pourceaux adultérins, soit : nous savons bien assez nous-mêmes de quelles interminables exactions nous nous sommes rendus coupables dans les siècles des siècles – cette bonne Céleste m'en entretenait encore hier matin, entre deux mantras, tout en lichant sa gamelle de couscous équitable. Mais oser faire preuve de tant de mépris envers nos frères musulmans, ça dépasse les bornes du tolérable le plus nauséabond !

Qui est-il, cet Honoré, d'abord ? Un noble, hein ? Même pas : un faux noble ! Un gras bourgeois, au visage sanguin d'avoir trop sucé la sève vivrière du peuple opprimé ! Et ça se permet, en plus, d'étaler son mépris pour la culture de ceux qui ont le plus souffert, qui ont trimé sous la trique des petits blancs pour lui fabriquer son obésité malsaine, cette couche de graisse jaunâtre venue d'une époque que l'on aurait pu croire à jamais révolue !

Alors, je pose la question aux puissants qui prétendent nous gouverner (et qui, en réalité, ne font que confisquer ignoblement le pouvoir au peuple souverain qui s'est laissé abuser par leurs fallacieuses promesses), et j'exige une réponse. Princes, m'entendez-vous bien ? j'exige une réponse !

Que fait la Halde ? Elle a paumé ses ciseaux, la Halde ? Elle ne scrute pas Balzac d'assez près, la Halde ? Et Loulou Schweitzer (Schweitzenegger, pour les petits gars de son commando) ? Il roupille, Loulou ? Il ne voit pas les hordes de souchiens malfaisants qui ricanent dans les ténèbres, Schweitzenegger ? Il attend quoi, pour sortir la sulfateuse, le vigilant en chef, le Maréchalde-nous-voilà ? Il a donné congé à ses guetteurs, Loulou (ou-ou-ou-ou ! Loulou sont entrés dans Paris...) ? Pas de ça, Schweitzy, pas de ça ! Nous autres, les tolérants citoyens, il nous faut des guetteurs ! Encore des guetteurs, toujours plus ! Pour préparer la société de demain, celle qui nous fait bédoler d'impatience dans nos baggies tout neufs.

Car c'est terminé, le monde ancien, pépère, celui où tout le monde pouvait se friter gentiment avec son voisin et se payer son amphore à grands rires moqueurs. Le peuple a été réduit en esclavage par une monarchie inique ; il a sué sang et bière par votre démocratie en trompe-l'oeil : c'est game over tout ça, on n'en veut plus !

Il est temps que les sections d'assaut de Loulou prennent le pouvoir et nous donnent enfin la société que l'on attend de ces cohortes du Bien en armes. L'avenir sera notre paradis et nous lui avons même, déjà, trouvé un nom – qui claquera haut et fort dans nos prochaines Loulou-prides : La communauté réduite aux aguets.

« Sans tout ce que l'Occident a accompli, nos vies seraient stériles. »

C'est en tout cas l'opinion de cet intellectuel arabe.

Marc Cohen se paie HADOPI et un con solennel (d'une seule main)

dimanche 10 mai 2009

L'écrivain horloger

Hier, en commentaire de mon précédent billet concernant Thomas Hardy, et sur la foi d'un résumé extrêmement lapidaire de Jude l'obscur que je venais de faire, M. Poireau prêtait avec humour des opinions “gauchistes” à l'écrivain. Après avoir souri du clin d'oeil, je me suis néanmoins posé la question : en termes platement modernes, devait-on qualifier Thomas Hardy de plutôt “progressiste” ou plutôt “réactionnaire” ? Je n'ai pas trouvé la réponse, bien entendu, puisqu'il n'y a pas de réponse. En tout cas, pas formulable aussi uniment.

Clement Yeobright est l'un des personnages principaux du Retour au pays natal, dont je poursuis la lecture. Durant toute la première partie du roman, il est absent ; absent physiquement, car il occupe un certain nombre d'esprits et de conversations, entre les habitants de la lande. Il est celui qui a quitté le Wessex, pour Londres d'abord, puis pour Paris, où il s'occupe de commerce du diamant. On l'attend pour Noël ; et il arrive en effet.

À sa mère, il annonce (la contrariant fort) qu'il ne retournera pas à Paris, qu'il abandonne les affaires : il veut se fixer sur cette lande qui l'a vu naître et ouvrir une école destinée aux enfants des paysans et éleveurs du Wessex – dans le but de les arracher à cette ignorance et à ces superstitions qui les clouent à leur sol natal, sans espoir d'en partir un jour. Voici ce que commence par écrire Thomas Hardy :

« En bien des points, il était aussi avancé que les penseurs des grandes villes de son temps ; il devait probablement beaucoup de ses idées à la vie studieuse qu'il avait menée à Paris, où il s'était familiarisé avec les systèmes de morale alors en vogue. »

L'auteur semble approuver son personnage, qu'il crédite de toutes les capacités pour mener à bien son projet éducatif – projet “avancé”, en accord avec les “systèmes de morale” du temps. Cependant, dès le paragraphe suivant :

« Mais on pouvait considérer que cette position, relativement avancée, faisait de Yeobright un homme à plaindre. Le monde rural n'était pas prêt pour l'enseignement qu'il lui réservait. Un individu ne doit être précurseur que partiellement : être tout à fait à l'avant-garde par ses aspirations est fatal à toute gloire. »

“Le monde rural n'est pas prêt pour l'enseignement”, et encore “Un individu ne doit être précurseur que partiellement” : voilà qui suffirait aujourd'hui à rejeter Hardy dans le camp honni. Mais la suite est plus étrange, parce que, me semble-t-il, elle passe sans transition d'un plan à un autre (je souligne) : « être tout à fait à l'avant-garde est fatal à toute gloire. » Or, à aucun moment, Clement Yeobright n'a parlé de “gloire”. Au contraire, il se flatte de pouvoir vivre de peu, de n'aimer que sa lande natale et de vouloir faire le bien autour de lui. Si, malgré cela, Hardy l'estime “à plaindre”, c'est peut-être que, lui, a décelé des aspirations plus profondes chez son personnage : Clement Yeobright ne dédaigne pas la gloire, mais entend la trouver par un chemin plus tortueux et moins praticable que celui tracé pour lui par sa mère. La suite semble confirmer la vision sinon “réactionnaire” du moins fortement désabusée de Thomas Hardy, et condamner à l'échec le rêve de Yeobright :

« Les apôtres qui réussissent sont ceux qui répandent une doctrine que les foules sentent depuis quelque temps sans savoir la formuler. Un homme qui prône l'effort esthétique et fait fi de l'effort social ne saurait être entendu que par une classe pour laquelle la question de l'effort social est vidée d'intérêt – rebattue. Qu'un berger puisse, sans avoir entre-temps connu le luxe, devenir un homme cultivé, cette théorie est peut-être défendable, mais tenter l'application de ce principe revient à se dresser contre un mode d'évolution adopté depuis des siècles par l'humanité. »

À ce stade, le “cas Thomas Hardy” semble réglé : il est du côté de l'ordre, de la mesure, du raisonnable, de l'équilibre... Sauf que, à nouveau, tout change au paragraphe suivant, le verbe se colore d'une nette ironie, peut-être nuancée d'une certaine amerume :

« Yeobright avait-il un esprit bien équilibré ? Non. Un esprit bien équilibré ne se laisse entraîner par nulle tendance particulière. L'homme qu'il anime ne sera jamais enfermé comme fou, torturé comme hérétique, crucifié comme blasphémateur. D'autre part, il ne sera pas non plus applaudi comme prophète, vénéré comme prêtre, élevé au titre de roi. Les bienfaits habituels d'un esprit équilibré sont le bonheur et la médiocrité : cet esprit aiguille, en effet, ses possesseurs vers la richesses et les honneurs, leur assure une mort digne et confortable dans leurs lits, enfin des monuments, en beaucoup de cas mérités. Il n'aurait jamais permis à Yeobright de prendre une résolution aussi ridicule, de sacrifier, au profit de ses semblales, son avenir dans les affaires. »

Thomas Hardy sait que ses personnages – Yeobright, Tess, Jude... – ont tort de vouloir brûler les étapes, qu'ils vont fabriquer leur propre malheur. Mais, sur cette route, il les accompagnera jusqu'au terme ; il voit que la société – celle de son temps au moins autant qu'une autre – est injuste et dure à ceux qui veulent s'éléver au-desus de la condition fixée à la naissance, mais qu'il serait vain, peut-être dangereux, de prétendre la faire avancer à coups de fouet dans les reins.

Au fond, le “progressiste” pourrait être cet homme se réjouissant de posséder une montre qui avance, parce qu'elle le rapproche de cet avenir débordant de promesses qui l'obsèdent, tandis que le “réactionnaire” se félicite de ce que sa montre qui retarde maintient vivant encore un peu le passé qu'il refuse de voir disparaître. Un peu à l'écart, le romancier met à nu ressorts et petites roues dentelées, afin de comprendre pourquoi et comment ce retard et cette avance.

Et peut-être qu'au bout du compte le grand écrivain est celui qui, non seulement met à jour les mécanismes d'horlogerie, mais ayant saisi leurs vices de fabrication, en apparence opposés, nous fait voir que ces deux montres sont au contraire l'une à l'autre semblables rigoureusement.

Photo : R. Camus.

samedi 9 mai 2009

L'Homme au rouge sur la lande du Wessex

J'ai commencé ce matin Le Retour au pays natal, de Thomas Hardy. J'avais découvert le romancier anglais il y a déjà quelques années, avec un autre roman, postérieur à celui-là, Jude l'obscur : j'avais été fasciné et séduit. Séduit par le pouvoir d'évocation des paysages de ce Wessex, contrée du sud-ouest de l'Angleterre en partie réinventée par Hardy, mais correspondant à six des comtés de cette région, dont le Dorset ; fasciné par la noirceur, le pessimisme radical qui se dégage de cette histoire d'un enfant, puis d'un jeune homme, doué mais dès le départ irrémédiablement entravé dans ses aspirations par son origine sociale – thème que l'on retrouve également dans Tess d'Urberville.

Le Retour au pays natal se situe lui aussi dans le Wessex. Je n'ai encore lu que la première partie, soit une centaine de pages sur quatre cents, il m'est donc difficile d'en dire grand-chose. Mais, déjà, il me semble y respirer une atmosphère moins sombre, plus proche de Shakespeare, celui de La Nuit des rois [Il fallait lire ici Le Songe d'une nuit d'été ! Panne de cerveau étrange... (Rajout du 12 mai).] ou de La Comédie des erreurs – voire du Cosi fan tutte de Mozart – ; le premier rapprochement me semblant à la réflexion sans doute le plus pertinent. Et je m'étonne que René Girard n'ait jamais fait allusion à ce livre (à ma connaissance), tant la puissance mimétique du désir et celle du modèle-obstacle se montrent à l'oeuvre. Mais, encore une fois, je n'ai lu que le quart du roman ; j'y reviendrai probablement (oui, c'est une menace...). En attendant, je vous propose les deux premiers paragraphes du premier chapitre, comme mise-en-bouche.

[L'homme au rouge de mon titre est un étonnant personnage, dont le métier consiste à vendre aux éleveurs de moutons de la craie rouge pour marquer leurs bêtes, couleur dont il finit par être lui-même totalement imprégné, vêtements et peau. Sur lui aussi je reviendrai sans doute.]


« Un samedi après-midi, en novembre, l’heure du crépuscule approchait et la vaste étendue libre et sauvage, connue sous le nom de lande d’Egdon, allait s’assombrissant de minute en minute. Une mince couche de nuages, d’un blanc indécis, cachait le ciel, se déployait comme une tente qui aurait eu la lande entière pour sol.
« La ligne de rencontre de cieux ainsi voilés par cet écran pâle et d’une terre que couvrait la plus foncée des végétations était très nettement marquée à l’horizon. D’où un effet de contraste tel que la nuit semblait avoir commencé de régner sur la lande avant que son heure astronomique ne fût venue : l’obscurité s’installait sous un ciel où le jour continuait son existence propre. Levant la tête, un coupeur d’ajoncs eût été tenté de poursuivre son travail ; regardant à ses pieds, il eût décidé d’achever son fagot et de regagner son logis. Ainsi, les bords lointains et accolés de la terre et du ciel paraissaient diviser le temps aussi bien que la matière. Par son teint brun, le visage de la lande ajoutait, en effet, aux soirs une demi-heure ; il possédait également le pouvoir de retarder l’aube, d’attrister midi, d’exprimer à l’avance la menace de tempêtes à peine en formation et d’augmenter l’opacité d’un minuit sans lune jusqu’à provoquer le tremblement et l’épouvante. »

Thomas Hardy, Le Retour au pays natal, José Corti, p.9

Portrait d'un médiocre (coucou, c'est moi !)

Mon grand ami CSP me fait les honneurs de sa tambouille. Me voir reprocher ma vacuité et mon absence de style précisément par cet ersatz de facteur neuilléen a suffi à emplir ma matinée de joie. Riez donc un peu, vous aussi...

vendredi 8 mai 2009

Mémoires de nos pères (et amnésie programmée)

Je n'ai pas pour habitude de regarder la télévision l'après-midi, mais je ne regrette pas l'exception d'aujourd'hui. Le diptyque de Clint Eastwood, consacré à la bataille d'Iwo Jima est superbe – de maîtrise, d'intelligence et de poésie non frelatée. C'est le genre de films qui parvient encore à me faire regretter de n'aller plus au cinéma.

Nous avions vu le versant japonais (Lettres d'Iwo Jima) il y a plusieurs mois, mais stupidement raté ces Mémoires de nos pères, regardées cet après-midi donc. La construction “enroulée” de ce film, jouant entre trois époques distinctes, m'a évidemment fait penser à celle de Bird, le film du même Eastwood consacré à Charlie Parker. La ressemblance s'arrête là. Eastwood filme la guerre sans aucune complaisance, sans fausse pudeur non plus. De même pour les sentiments et les émotions qu'il donne à voir : la distance entre la caméra et ce qu'elle capture est toujours la bonne.

J'ai été bien évidemment très sensible à la réflexion sur l'Histoire et la mémoire, sur leur imbrication, qui est le vrai sujet du film.Les hommes de la génération de Clint Eastwood peuvent encore invoquer la mémoire de leurs pères. Il n'est pas certain que nos enfants (je veux dire : les vôtres...) pourront faire de même. Il devient même très douteux que le mot Histoire puisse encore éveiller chez eux un quelconque intérêt. La question est en effet de savoir si, dans trente ou quarante ans, la conscience des siècles existera encore. Je crains que non – j'espère me tromper. Vous me raconterez...

Elles m'énervent, ces blogrolls, elles m'énervent...

Hier soir, à l'heure du zapéro (whisky-coca + Suites françaises par Glenn Gould), j'ai annoncé à Catherine que je méditais un Éloge de la pouffe depuis quelques jours, l'envie de l'écrire ayant été renforcé l'après-midi même par l'une d'elles, merveilleuse, que j'avais croisée dans les rues fantomatiques de Levallois-Plage. Après le repas, je suis venu à ce clavier afin d'y noter des bouts de phrases, des commencements d'idées – d'ouvrir quelques pistes. Puis, poussé dans les reins par un enthousiasme trompeur, possiblement engendré par les libations sus-mentionnées, j'ai finalement cliqué sur Publier le message. Bêtement.

Ce matin, alerté par le peu d'enthousiasme (c'est une litote...) de l'Irremplaçable, je me suis relu. C'était nul. Mais vraiment nul. C'est bien simple : on se serait cru sur un blog. J'ai immédiatement placé quelques charges de TNT dans les soutes et j'ai fait sauter le bâtiment. (Je profite de la tribune qui m'est offerte pour présenter mes plus plates excuses à ceux d'entre vous qui avaient laissé des commentaires sous ce malencontreux billet : ils ont explosé en même temps que le gros oeuvre...)

Le problème, ce sont les fameuses blogrolls où je suis en lien çà et là. Car, là, les traces de mon méfait demeuraient ! Elles me narguaient, même, ne reculons pas devant un peu de paranoïa. J'ai fini par me dire que le seul moyen pour effacer toute empreinte du crime commis était d'en perpétrer un autre, c'est-à-dire de pondre un nouveau billet afin de recouvrir l'ancien.

Eh bien, voilà qui est fait.

jeudi 7 mai 2009

Flash tranquille

Tout à l'heure, allant boire un café (version pour l'Irremplaçable) ou un quart de sauvignon (version tout public), en lisant Philippe Jullian (voir le billet précédent), à L'Ambiance d'à côté, je me retrouve à la table voisine d'une jeune femme, au cou Modigliani mais à la chair Rubens. Elle porte une jupe plissée rouge, sa coiffure est d'un temps révolu, la carnation de son visage aussi ; elle lit Totem et Tabou de Freud. Elle sort au bout de dix minutes, sans que nous ayons échangé un regard.

... et dans les siècles des siècles

« Il est absurde de reprocher aux Français de goût du premier XIXe siècle de n'avoir pas aimé le XVIIIe. Ils en étaient encombrés : des éventails, des tabatières, toujours les mêmes, traînaient chez toutes les cousines de province. Quand beaucoup eurent été perdus, brûlés dans des incendies, dispersés après des morts, quand enfin on en vit moins et qu'on pensa à épousseter la poussière qui les couvrait, le XVIIIe, allégé de cette multitude de petites choses, devint pour les amateurs la grande époque de notre art. Quand de nombreux vases de Gallé auront été cassés et que les buffets Henri II auront servi de cages à lapins, le modern style sera lui aussi une grande étape de notre art. »

Philippe Jullian, Journal 1940 - 1950, Grasset, p. 151.

Page suivante, dans le même :

« Style Jules Renard : “ la malheureuse, en tombant morte, s'est foulé la cheville... ” »

mercredi 6 mai 2009

La cause salopée du peuple (CSP)

Le hasard antifasciste fait parfois bien les choses. Hier soir, après avoir craché mon venin contre la petite blogofiote de mirador, plus ou moins apaisé, je me suis rapatrié devant la télévision. Après un film de Michel Audiard, qui m'a partiellement réconcilié avec l'humanité, je me suis retrouvé face à l'un des titres les plus connus de Costa-Gavras : L'Aveu.

Et, là, miracle : ça grenouillait de petits CSP ! Des jolis tout plein, avec de beaux chapeaux à larges bords, des impers impecs, des faces de jeunes gens tendus vers le Bien absolu. Le nôtre (je veux dire : notre CSP à nous) était planqué là, parmi ces clones robotisés, il s'agissait juste de deviner lequel il était, le jeu devenait presque amusant.

En réalité, pas trop. Ou pas longtemps. Parce qu'il était tout le monde, ce brave CSP-ami-du-peuple. Dès que, dans le film, une bouche s'ouvrait, c'était lui qui coassait drôlement. On s'en lassait rapidement. Du coup, je n'ai même pas regardé le film jusqu'à la fin. Il faut dire que je l'avais déjà vu. Et que, les petits CSP, j'en ai déjà écrasé un certain nombre sous mes talons – ça m'amuse moins, désormais ; je les sens mollassons.

Tiens, à ceux qui n'ont pas l'odorat trop sensible, je conseille de retourner dans le cloaque du gars CSP, et de lire les commentaires à sa déjection d'hier. Ce gauchiste pur et dur, ce révolutionnaire chromé en arrive, comme n'importe quelle chaisière dont on a effleuré malencontreusement les miches, à menacer l'un de ses commentateurs de procès : les chiés guevara d'aujourd'hui, ne les cherchez pas au maquis : ils sont en train de pleurnicher au greffe.

mardi 5 mai 2009

CSP : Connard Sectaire Pitoyable (pour employer son langage)

CSP, c'est le nom d'un blog. En dehors du fait que cela ressemble au sigle d'une banque bourgeoiso-notariale française des années soixante, c'est un site à visiter. Ça ne vaut pas le voyage, mais disons que le Guide vert lui accorderait une étoile (rouge). Les initiales entendent signifier Comité de Salut Public.

De fait, lorsqu'on le parcourt d'un derrière distrait, la première pensée venant à l'esprit est qu'il s'agit de l'un de ces blogs parodiques destinés à déconsidérer la gauche tout entière par leur sottise, leur boursouflure égotique, leur absence totale d'argumentation, leur encéphalogramme plat, leur rhétorique ricanante et creuse. Bref, on se dit que l'on a affaire à une excroissance émanant de l'un des jeunes gens que j'ai choisis pour illustrer ce billet. Or, dès qu'on lit un tout petit plus soigneusement, on se rend compte que M. (ou Mme) CSP doit en effet très certainement émaner de ce ce sympatique groupuscule – ainsi que le notait justement Criticus dans son billet de ce matin.

Tout est d'ailleurs parti de là. J'ai lu ce billet, j'ai eu immédiatement de sérieuses objections à y faire, mais n'ai pas encore trouvé le moyen de les formuler justement. Je me suis donc pour l'instant abstenu, conservant pour moi mes réserves. CSP, lui, a déboulé là-dedans comme un tchékiste kalachnikové dans une réunion clandestine de zeks. Et, après avoir éructé comme un boeuf au cul d'une vache (j'ai bien dit : un boeuf...), est reparti en promettant qu'il allait assassiner Criticus chez lui. Pour l'assassinat sommaire, on lui faisait confiance : il a des modèles illustres.

Or, rien. Pétard mouillé ; ricanement de prépubère ; tortillage du fion de pucelle stalinoïde : néant. Pas d'objections sérieuses, pas de phrases articulées, pas de pensée bien entendu. En place, de pauvres astuces de comique télé, des bigardismes, des bedosseries, des Alépiscopades de débutant – du genre : « Là, je vous laisse trente secondes pour vous marrer... ». Fort, non ? D'argument, pas un seul. Et à quoi bon, du reste ? M. (ou Mme) CSP a toujours déjà raison, quel que soit le sujet. Si vous n'en êtes pas assez vite persuadé, le talon de sa botte vous fera rentrer la vérité et l'avenir radieux au creux de l'estomac. Vous vous prendre du lendemain-qui-chante en plein foie, vous ne regretterez pas le voyage – allez simple.

Si j'étais plus jeune, il me semble que je déclarerais une guerre totale à cette petite fiote de mirador. Mais, bon : j'ai atteint l'âge du rire, grâce au Ciel. On va plutôt lancer un CSPthon, afin de récolter des fonds pour lui offrir des mouchoirs en papier : c'est très disgracieux, cette mousse verdâtre qu'il a au coin des babines.

Pour plaire au peuple, soyons riches et malhonnêtes

Rien ne suscite plus de clameurs indignées, chez nous, que le spectacle de ces immenses fortunes frauduleusement amassées. Patrons surpayés et copieusement récompensés en cas d'échec patent, trousseurs de couplets multi-millionnaires et hurlant au loup pour trois téléchargements gratuits, hommes politiques touchant des commissions juteuses sur des marchés publics, banquiers croulant sous l'argent mais pleurnichant les aides de l'État, capitaines d'industrie se livrant au recel d'abus de biens sociaux, etc. À chaque nouvelle découverte de ce type, nous – les gagne-petit, les empêtrés de la fin de mois – crions notre colère et notre dégoût.

Colère et dégoût qui ne sont pourtant que des trompe-l'oeil ; produisant des clameurs de théâtre. En réalité, un milliardaire malhonnête, voire totalement mafieux, nous est une bénédiction, dans la mesure où sa malhonnêteté même est l'explication toute trouvée, et rassurante, à l'écart prodigieux entre sa fortune et notre gêne. Le riche escroc nous conforte dans notre certitude que l'argent, à compter d'une certaine somme, ne peut avoir été amassé que par grivèlerie, voire pis. En somme, il nous délivre a contrario un certificat de pureté, un blanc-seing de moralité sur lequel nous n'avons plus que la peine d'inscrire notre nom.

Le véritable scandale, l'homme à qui on ne pardonne jamais, et que l'on pendra si l'occasion se présente, c'est le milliardaire scrupuleusement honnête et à la moralité sans faille. Celui-là nous humilie doublement. Une première fois par sa fortune, qui écrase la nôtre – et même toutes les nôtres réunies ; une seconde par la capacité qu'il nous ôte de pouvoir nous draper dans une rigueur et une pureté dont il nous est impossible de le dépouiller : non seulement le pauvre demeure pauvre, mais il se retrouve nu.

lundi 4 mai 2009

Des journées de ciel bleu comme s'il en pleuvait

J'aime particulièrement les journées comme celle-ci. Pour qu'elles soient pleinement réussies, il y faut un certain nombre d'ingrédients, dans des proportions assez précises. Pour le décor de fond de scène, il est important qu'il fasse grand soleil, mais ce n'est pas absolument indispensable. Ensuite – car le sadisme est un agréable piment si l'on n'en abuse pas –, il convient que je reste à la maison, mais que les autres soient au travail ; sinon, le plaisir est moindre, ai-je remarqué.

Le plus important de ces facteurs de félicité est constitué par mon propre travail. Il est nécessaire que j'aie quelque chose à accomplir avant le soir, mais il faut que la besogne reste bénigne, presque souriante. Par exemple, aujourd'hui, cela consiste à relire et à annoter le SAS se passant au Liban, ce qui va m'occuper une couple d'heures cet après-midi, sans trop requérir de mes facultés intellectuelles et laissant du temps pour la lecture, la rêverie sans but, voire la somnolence stérile. Néanmoins, une journée dénuée de tout travail ne peut jamais être aussi parfaite : il y manque un axe autour duquel s'ordonner. À l'inverse, un jour de plein boulot (Brigade mondaine par exemple), d'écriture intensive, tourne vite à la grisaille, quel que soit le temps par ailleurs. Le fin du fin, le beurre sur le gâteau, la cerise dans les épinards, c'est lorsque l'Irremplaçable est obligée de sortir pour accomplir diverses courses-corvées, alors que je puis, moi, ne pas même franchir la grille du jardin. Et c'est précisément le cas aujourd'hui. Si, en plus, elle pense à rapporter de la bière pour ce soir, on croisera dans les parages du Nirvana.


Petit texte dédié à Monique et France-Hélène, si elles passent par ici...

Rajout de 14 : 03 : je me suis réjoui un peu vite. Finalement, j'ai dû aller pousser le caddie au Super U pour les quelques petites choses oubliées par Catherine ce matin, chez Carrefour (passionnant, hein ?). À savoir : de l'eau-qui-pique, une douzaine d'oeufs (bio), une bouteille de muscadet (pour la cuisine) et quelques plaquettes de chocolat (aux amandes et aux crêpes dentelles). À mon retour, j'ai expliqué à l'Irremplaçable que j'étais tombé sur une super-méga-promo et que, à tout acheteur de douze oeufs bio, le magasin offrait une bouteille de whisky Famous Grouse. Ele n'a pas eu l'air de me croire tout-à-fait.

dimanche 3 mai 2009

Artiste et de bâtiment (on parle “boutique”)

En principe, l'Irremplaçable et moi n'étions pas censés prendre l'apéritif ce soir. Pourtant, oui. Pour fêter mon retour sain et sauf de Mogadiscio, où j'ai passé huit mille signes cet après-midi – au péril de ma vie, ou presque, et pour tout juste mille euros : on pouvait bien en dépenser une vingtaine pour se détendre.

Donc, finalement apéritif – toutes les excuses sont bonnes. Nous en venons, après quelques détours, à parler de Renaud Camus. Et je dis à Catherine que, si je ne suis pas le plus brillant lecteur (très loin s'en faut, hélas) de cet écrivain – qui nous occupe l'un et l'autre beaucoup –, j'occupe néanmoins une position sinon unique du moins particulière : celle du type qui, avec l'artiste, peut “causer boutique”. Je ne sais pas si Jean-Paul Marcheschi (c'est un exemple) a déjà “causé peinture” avec l'artisan venu lui repeindre sa cuisine ; mais, moi, il m'est déjà arrivé d'avoir une conversation (brève, il va de soi) avec Renaud Camus, qui doit être à peu près l'équivalent de cela – et c'est ce que, éclusant, j'expliquais tout à l'heure à Catherine.

À quoi rime exactement une conversation “du bâtiment” ? À ceci, par exemple : il y a peu de temps, sur le forum de l'In-nocence, s'est développée une discussion dont l'objet était de savoir si Renaud Camus avait eu raison de se rendre à l'émission télévisuelle de Daniel Picouly, sachant que ladite émission est nulle (mais moins que d'autres) et qu'il y est impossible de parler vraiment. Certains des intervenants considéraient que, au nom d'une pureté que je trouve largement fantasmée, Renaud Camus aurait dû s'abstenir d'y paraître, au motif qu'il est, dans ce genre d'arène, impossible de s'exprimer réellement, de déployer toute la subtilité de sa pensée, etc.

J'ai mêlé mon grain de sel pour faire observer que le seul intérêt, pour un écrivain, de se produire dans ce genre de cirque, n'était certainement pas de s'exprimer, mais, plus modestement, ou plus réalistement, d'essayer de se rendre plus “visible” et, donc, de vendre plus de livres ; c'est-à-dire de gagner plus d'argent. Point de vue d'écrivain en bâtiment, auquel personne n'a daigné répondre, parce qu'il était par trop – je suppose – trivial.

Or, je sais bien, moi, que cet aspect trivial est inséparable du travail de Renaud Camus. Comme il l'était de celui de Balzac, et d'autres. Mon côté “en bâtiment” fait que je n'ai, en effet, que le côté trivial ; il n'empêche que, parfois, malgré les années-lumières qui nous séparent, lorsqu'ils nous arrive de nous croiser, Renaud Camus et moi sommes capables de parler de la même chose – en sachant que nous parlons de la même chose, bien qu'ayant conscience de tout ce qui nous sépare. Un écrivain, me semble-t-il, n'est jamais un “pur esprit”, sinon il ne serait pas écrivain. et il a toujours, forcément, un côté “bâtiment”.

Carburant : Une bière (Goudale, 50 cl) et deux whiskys-Coca.

Environnement musical : Robert Mitchum.

samedi 2 mai 2009

De l'adolescence et des papiers gras

« Curieux comme certaines fautes morales et civiques qui à certains paraissent insignifiantes, ou ne même pas constituer de fautes, à moi (...) paraissent presque criminelles, tandis que d'autres, qui sont en général fort mal vues, semblent insignifiantes. Séduire un garçon de treize ou quatorze ans pour des relations amoureuses (je dis bien séduire, je dis bien amoureuses, je dis bien treize ou quatorze ans) ne suscite chez moi qu'une très molle indignation, tandis que mon premier mouvement serait de pendre haut et court quiconque jette des papiers dans la rue, sur un chemin de campagne ou par la vitre de sa voiture, abandonne une bouteille vide d'eau minérale dans le grand bassin de Chaalis ou impose ses commentaires, ses opinions, son bruit, sa voix dans une salle d'exposition ou de concert, dans un musée ou dans un train. »

Renaud Camus, Le Royaume de Sobrarbe – journal 2005, Fayard, p. 295.

vendredi 1 mai 2009

De la fierté de parler français

Un peuple qui abdique sa langue est un peuple en état d'agonie : nous en sommes là. Nous avons renoncé notre langue ; nous la renonçons chaque jour davantage, sans même le voir, sans plus que cela l'entendre. Nous génuflexons devant une sorte de jargon international, qui ne signifie plus rien pour personne : c'est l'avenir radieux du futur, tel que l'appellent de leurs voeux nos mémés citoyennes et nos fiotes progressistes, que j'évoquais hier : elles gagnerons, soyons-en assurés.

Il n'empêche : à quel moment – et pourquoi ? – avons-nous décidé de renoncer à notre propre langue ? Certes, il paraît difficile de revenir au siècle triomphant de Louis XIV, lorsque ce roi appelait Bouquinquan le duc de Buckingham ; ou lorsque, à partir du bowling green anglais, on formait notre merveilleux boulingrin.

Néanmoins... Qui nous a obligé à adopter l'horrible Taïwan à la place du si doux et harmonieux Formose ? À remplacer le classique Ceylan par l'imprononçable Sri-Lanka ? Je ne parle même pas de ces journaux imbéciles (Le Monde notamment) qui ont eu à coeur – dès qu'on leur en a intimé l'ordre –d'appeler Pékin Beijing. Quel fonctionnaire imbécile, et de quel pays, a un jour décidé que Pékin devait disparaître de notre langue ? Et, du même élan, que le tortionnaire Mao Tsé-toung se nommerait désormais Mao Zedong ? Et pourquoi nous sommes-nous prosternés devant ces diktats ?

Dans son Royaume de Sobrarbe (journal 2005), Renaud Camus déplore que l'on ait supprimé les accents aigus sur les "e" de Leopardi, Oregon, Nevada, etc. Il a entièrement raison – excusez-moi de vous le dire : cette appropriation par la langue signifiait une intimité – et c'est elle que, peut-être, nous rejetons. Est-ce que, demain, nous irons passer notre week-end à London plutôt qu'à Londres ? Irons-nous faire un tour de gondole pré-coïtal à Venezia au lieu d'à Venise ? Il semblerait que oui, hélas. Or, si la ville demeure, il se trouve que, pour un palais et une oreille français, Venezia ne sera jamais exactement Venise : il y manquera Chateaubriand, Proust, Monet, Barrès, Morand – il y manquera la France.

Les Espagnols ont pour coutume (ils l'avaient dans ma jeunesse, je ne sais ce qu'il en est aujourd'hui) d'hispaniser les prénoms des étrangers qui les intéressaient. Dans les années quatre-vingt, on trouvait dans les librairies de Madrid, Barcelone, Salamanque, etc. des livres de Carlos Marx, Juan Pablo Sartre, Emilio Zola, et ainsi de suite. J'aime les Espagnols au moins pour cela. Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que j'avoue préférer Constantinople à Istanbul (orthographié Stamboule jusqu'au mitan du siècle terminé : voir les romans de Simenon). Pourquoi cédons-nous chaque jour un terrain que personne, finalement, ne nous dispute ? Pourquoi, tout récemment, dans nos journaux de merde, Tananarive a-t-il brusquement muté en ce grotesque Antananarivo ?

Seul motif de réjouissance – parce qu'il en faut bien un : le répugnant Leningrad est redevenu le magnifique Saint-Pétersbourg. Hélas, nous n'y sommes pour rien.

SIEG HALDE ! ou les petits chanteurs à la croix de fer

Tous en choeur : MarécHalde, nous voilààà !