mardi 12 mai 2009

Pourquoi je ne suis pas féministe

Aux mâles fêteurs et aux femelles fouettardes
Avec tendresse...


Au fond, à quoi bon faire un billet pour une question dont la réponse tient en si peu de mots ? Pourquoi ne suis-je pas féministe ? Parce que je ne suis pas une femme – et cela devrait suffire. Mais aussi je sens bien qu'il faut expliciter un peu.

La première chose que je veux dire par là est que, si j'étais une femme, je serais très probablement féministe. Il me semble, par exemple, que cotoyer chaque jour un poilu bas du front gagnant cinq cents ou mille euros de plus que moi uniquement parce que la génétique a voulu qu'il trimballe avec lui une paire de couilles aurait tendance à me brosser la chatte à rebrousse-poil ; et que, ce fameux plafond de verre qui occupe si fort Olympe, j'aurais de furieuses envies de l'exploser à coups de boule. On pourrait multiplier les exemples, celui-là suffira je pense.

Seulement, je ne suis pas une femme (ou alors, considérablement ratée). Par conséquent (?), je n'ai jamais trouvé le moyen de passer de l'empathie contemplative à la solidarité active – même en faisant abstraction des frissons de répugnance que me procure ce mot de solidarité mis à toutes les sauces, y compris les plus indigestes. Je crois que cela a partie liée avec l'impudeur. Je garde présent le souvenir de ces jeunes gens chevelus (ou non, mais souvent tout de même) des années soixante-dix, qui défilaient dans les cortèges de filles en braillant : “ Notre ventre est à nous ! ” L'idée que je pourrais être assimilé en quelque façon à ces piteux clowns me bloque, je crois.

Il y a aussi que, bien souvent, notamment sur les blogs, j'entends la voix sonner faux lorsque tel ou tel homme entonne en commentaire un couplet féministe ; j'y sens la volonté de complaire à l'hôtesse du lieu, quitte à “en remettre”, à surjouer – tel un acteur du muet faisant irruption dans un film parlant. J'y perçois enfin, très souvent, l'hypocrite désir de prendre le contrôle de la discussion, la tête du cortège ; de s'emparer du drapeau pour être bien certain d'être sur la photo.

Autre chose encore : on n'annule pas si facilement, même en les noyant dans le militantisme, les rapports de séduction (et donc de force, ne vous en déplaise) qui existent entre les hommes et les femmes. Et l'on sent bien, dans le “féminisme” de certains hommes, peu assurés d'eux-mêmes sur ce terrain, le timide espoir de contourner un obstacle qu'ils jugent trop haut pour eux afin d'aborder les femmes “par la bande”, si j'ose dire ; de brouiller un peu les cartes de façon à abattre plus discrètement la leur, se disant certainement qu'une paire de neuf suffisamment effacés peut peut-être arriver à battre un brelan de rois qui plastronnent.

C'est un jeu pour lequel j'ai peu de goût ; je reste attaché aux règles anciennes même quand elles tournent à mon désavantage – et c'est arrivé très souvent. En un mot, si le besoin me prend de séduire, j'entends le faire en homme ; en prédateur. (Inutile de venir ricaner que le prédateur et la proie ne sont pas forcément ceux que l'on croit : je le sais. Mais la séduction est un théâtre, aussi : le costume et le masque comptent autant que l'acteur qui s'y dissimule.) Et, au bout du compte, je préfère me manger un râteau (j'en ai toute une collection, que je songe à mettre prochainement en vente sur e-bay) plutôt que de déguiser le loup en grand-mère militante.

Mais laissons cela. Pour revenir au féminisme, il ne me semble pas si souhaitable qu'on le dit que les hommes et les femmes soient en toute circonstance sur un pied d'égalité, sans cesse mêlés les uns aux autres, totalement indifférenciés. Par conséquent, je trouve très bien que les femmes aient des motifs d'indignation, de révolte, voire d'accablement, qui leur soient spécifiques ; et auxquels nous n'avons pas à nous mêler. Ou alors, en spectateurs complices mais discrets, contemplant le cortège bariolé et gynocratique depuis la terrasse du bar des Copains.

33 commentaires:

  1. Oui, le br de scopains, ça mde va bien ...

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  2. Ah, je en tapais que d'un doigt ! Ciel ! Je disais donc que le bar ds copains me convenait plutôt bien ...

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  3. C'est un nouveau bistro ?

    Pour les lecteurs qui ne connaissent pas Didier : je confirme. Ce n'est pas une femme. Il n'est même pas baisable.

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  4. Ennairam : non, non, vous, votre place, c'est DANS le cortège !

    Nicolas : votre opinion à mon sujet me rassure grandement...

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  5. Quitte à être une femme, je suis très contente d'être une femme dans ce pays, ici, maintenant. Je voudrais qu'on ne mette pas en péril tout ce qui a été conquis de haute lutte par les féministes, ou ce qui s'est construit au fil du temps: égalité des droits, évolution des mœurs, etc.

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  6. On peut aussi penser sincèrement que faire aboutir ces combats de femmes nous aménera des gonzesses plus libres à leur tour de séduire au lieu d'aller défiler en godillots, non ?
    Enfin, je pense ainsi…
    :-))

    [Cela dit, je suis d'accord avec Nicolas !].

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  7. "déguiser le loup en grand-mère militante" une perle qui me parle.
    J'aime ce que vous dites, comme vous le dites, même que j'ai tout compris (je crois)

    (et merci pour l'itinéraire, si je me perds, ça confirmera que je ne suis qu'une bonne femme)

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  8. Pascal Labeuche12 mai 2009 à 14:54

    Admirable billet, Cher Didier !
    "Brosser la chatte à rebrousse-poil", voilà un aphorisme délicieux que je vais faire mien.
    Et bien sûr, (re)lisons "Le premier sexe" de Zemmour.

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  9. Suzanne : entièrement d'accord, évidemment. Même sans être une femme, on ne peut que souhaiter cela.

    Poireau : Parce que vous pensez que, jusqu'à maintenant, les femmes ne savaient pas séduire ?

    Mère Castor : ça ne confirmera rien du tout : j'ai moi-même un sens de l'orientation parfaitement déplorable !

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  10. Une bonne rasade du Domaine de la Rune me conforte dans ce que j'ai toujours pensé.
    Féminisme, macisme ne sont que des extrêmes auxquels on refourgue uniquement ce qu'on ose pas penser tout haut.

    Les filles, aujourd'hui, contrairement à celles d'hier, ont juste l'avantage du choix.
    Elles en profitent, ou pas.
    Point.

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  11. Didier Goux : évidemment qu'elles savent séduire. Je trouve simplement que c'est plus agréable quand le rôle dans lequel on les tient le leur permet plus si rien ne leur pèse sur les épaules !
    :-))

    [On trouvera bien entendu à toutes les époques des contre-exemples. Je parle d'une moyenne…].

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  12. « Les filles, aujourd'hui, contrairement à celles d'hier, ont juste l'avantage du choix. »

    Pas toutes, à ce qu'il semblerait...

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  13. J'ai trouvé de la compréhension dans ce que vous avez écrit. Compréhension face au "combat" des femmes pour être traitées équitablement.
    Je préfère souvent le mot équité à celui d'égalité.
    Reste que dans les mentalités il y a encore un bon bout de chemin à parcourir.

    Vous aurait-on demandé si vous étiez féministe ?
    Drôle de question si c'est le cas, ça semblait couler de source que vous ne l'êtes pas ! Ceci c'est juste une constation.

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  14. Mais non, rien ne coule de source, très Chère, jamais !

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  15. Le pire, c'est que je suis presque d'accord...

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  16. Un séducteur qui s'imposerait des règles aussi drastiques ?

    En tout cas, le billet est séduisant !

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  17. Dorham : il faut consulter, vous ne pouvez pas rester comme ça !

    Mtislav : Merci !

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  18. Ce texte me plaît énormément, monsieur Goux, j'essaierai de mettre un petit mot, ce soir, si pas d'impondérables, sinon ce sera demain ou après-demain

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  19. Joli billet, bien que, si les filles d'aujourd'hui ont «juste l'avantage du choix», ce soit aux féministes qu'elles le doivent!

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  20. Si ça vous amuse, je viens de rendre hommage aux hommes en général et à vous en particulier...
    Catherine ne m'en voudra pas, j'espère....

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  21. votre point de vue est cohérent, et gynocrates beaucoup plus respectueux que les habituels viragos, hystériques et autres joyeusetés.

    la question que vous pourriez vous poser est celle de savoir dans quelle mesure vous vous comportez en macho dans votre vie quotidienne

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  22. Olympe : cette question, ce serait plutôt à Catherine d'y répondre, non ? Je me vois mal m'auto-décerner un diplôme de non-phallocratisme !

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  23. Un peu long... peut-être, peut-être... mais, pour une fois, je profite de la liberté dont on jouit sur ce blog... J'avais un petit moment...

    S'il est des individus à l'esprit tordu, s'il est des tristes femmes qui sans arrêt condamnent....
    qu'ils passent leur chemin...

    Avec tendresse, dit Monsieur Goux,
    L'écho répond ici : avec tendresse aussi...

    Monsieur GOUX se dévoile,
    se met nu, à poil,
    Il dit, il claironne,
    Voyons je suis un homme...
    cela je le sais

    S'il était une femme fragile
    au très long cou gracile,
    ses petits poings en colère,
    ferait éclater le plafond de verre...
    cela je le pense aussi

    Il sait afficher ses différences
    physiques en l'occurence,
    La nature l'a doté, ainsi soit-il
    de deux boules parfois furieuses, dit-il...
    cela, heureusement pour lui.

    Solidarité, ce mot par trop galvaudé,
    font tous ses poils se hérisser,
    Ce mot qui coure les chemins avec un air d'égaré,
    et qui se dit, sans cesse, "qu'a-t-on fait de moi, de mon identité.
    cela, hélas, n'est que troup courant.

    Quand un homme entonne un couplet féministe,
    Quitter à en remettre, à surjouer, tel en soliste,
    On sent l'hypocrisie : à l'odeur
    âcre, parfois fétide,
    le désir de paraître : une attitude stupide..
    cela j'en conviens, je me suis servie de vos mots pour l'affirmer.

    Il est des choses difficiles à gommer,
    Si l'on peut sur certains points se révolter.
    Il me semble impensable (à moi) de renier toute féminité,
    juste pour crier haut et fort : égalité, égalité...
    Cela est une opinion toute personnelle.

    Vous restez attacher aux règles anciennes, Monsieur Goux,
    Je ne saurais trop en discuter, pour la plupart suis d'accord avec vous.
    Il est des fois où vouloir contrer la destinée,
    fait de vous un être aigri, malheureux, jamais content, blasé..
    Cela j'ai pu le remarquer...

    Dans les jeux de l'amour il en va autrement,
    Cette course à l'égalité entrave le plus souvent...
    On ne sait plus donner, se donner, demander (?) s'ajuster,
    On attend, tout bêtement, comme un du, que des doigts courent sous un corsage...
    sans même penser que nos rêves d'égalité, favorisent certains blocages...
    Et là, on pense que l'herbe est plus verte dans le pré à côté...et, on s'y brise le coeur.

    J'ai aimé votre billet, Monsieur Goux, fait avec tendresse... à ma façon j'y réponds c'est aussi simple que cela...

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  24. C'est quoi, un macho, au juste ?

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  25. "Toi, tu rentres à la maison." Celui qui a pu te dire ça, c'est un macho. Il arrive que l'on se soit marié avec ce type d'individu.

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  26. Lorsqu'il se contente de se battre le poitrail en criant "aiaiaiaïeeeee !" comme Tarzan, c'est aussi un macho. Dans ce cas, ce sont ceux qui sont un tout petit peu moins macho comme moi qui rentrent à la maison.

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  27. Quant à l'article, je le trouve très bien écrit et agréable à la lecture.
    Même si je désapprouve ce qui y est dit car contraire à ce que je considère comme mes valeurs morales, en particulier la solidarité entre "être humain" simplement.
    Je pense qu'une relation homme/femme n'entraîne pas forcément séduction, et l'on peut défendre les droits des femmes en tant qu'homme sans arrières pensées.
    Si l'homme et la femme sont biologiquement différents, c'est évident, mais dans notre société la condition d'homme ou de femme dépends en majorité de notre socialisation. Je nous, homme et femme, pense pas si différents, et surement pas au point de laisser à l'autre sa lutte, et les moutons seront bien gardés. L'individualisme, petit à petit, détruit la condition humaine.
    Je me vois bien mieux aider à défendre les droits des femmes, quitte à passer pour un clown aux yeux de certaines personnes, qu'à regarder une manifestation féministe en me disant : "c'est bien, si j'étais une femme je ferai la même chose" et me dire qu'après je vais aller en séduire une, si le besoin me vient, en mâle prédateur... Je caricature bien sûr. Mais c'est la façon dont je le reçois.
    Mais j'apprécie tout de même un point de vue si bien défendu, c'est plaisant.
    Pour finir, par rapport à un commentaire que j'ai lu, je tenais à préciser que les termes "machisme" et "féminisme" ne sont pas les équivalent chez l'homme et la femme. L'un prône la supériorité, l'autre l'égalité.

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  28. Je conviendrais bien volontiers que les femmes nous sont supérieures, si cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales.

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  29. "j'y sens la volonté de complaire à l'hôtesse du lieu, quitte à “en remettre”, à surjouer": c'est le syndrome du converti qui veut toujours être plus royaliste que le roi, bien que ce ne soit pas la bonne comparaison, mais vous m'avez comprise (juste remplacer "hôtesse" par "hôte")

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  30. "Pourquoi je ne suis pas anti-esclavagiste? parce que je ne suis pas un nègre"
    "Pourquoi je ne suis pas contre le travail des enfants de 8 ans dans les mines? parce que je ne suis pas un enfant"
    « Pourquoi je ne suis pas contre la déportation des juifs? parce que je ne suis pas juif"

    Devant ce racornissement de l’esprit, on a même pas envie de vous faire remarquer que le féminisme ne s'oppose en rien à la séduction, ou que la force n'est pas l'apanage de la virilité...

    Bien que toute persécution ou abaissement ne procède pas de raisons identiques, on a juste envie de mettre en écho de votre petit pipi

    le pasteur Niemöller :
    "Quand ils sont venus chercher les communistes,
    Je n'ai rien dit,
    Je n'étais pas communiste.
    Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
    Je n'ai rien dit,
    Je n'étais pas syndicaliste.
    Quand ils sont venus chercher les juifs,
    Je n'ai pas protesté,
    Je n'étais pas juif.
    Quand ils sont venus chercher les catholiques,
    Je n'ai pas protesté,
    Je n'étais pas catholique.
    Puis ils sont venus me chercher,
    Et il ne restait personne pour protester »

    Ou Térence : « homo sum, humani nihil a me alienum puto »

    Ou même celui qui a dit « ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites… »

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  31. Bien parlé Anonyme. Je n'ai rien à rajouter à l'exception d'un détail: je parlerai de puissance plutot que de force...

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  32. Bon ben... au suivant! Examen des structures cognitives d'appréhension de la réalité : raté. Examen de pamphlétaire patenté : refusé. Examen des connaissances acquises sur les théories féministes : recalé.

    Allez les gars, vous allez y arriver. Plus que quarante-sept millions d'années-lumière avant le prochain éclair de lucidité.

    Bien à vous,

    Une féministe pas femme.

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  33. Les hommes des pays occidentaux développés, dans leur grande majorité, affirment leur soutien à la lutte pour l’égalité hommes-femmes et adoptent des rôles totalement opposés à ceux de leurs prédécesseurs.
    La vie de ces « hommes nouveaux » n’est pourtant pas toujours « un long fleuve tranquille », si l’on se réfère aux nombreux débats, colloques, congrès, qui s’interrogent sur l’identité masculine quand ce n’est pas sur la crise du masculin ou sur la faillite des pères.
    Extrait de « L’homme moderne et féministe » Jean GABARD jeangabard.com

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