lundi 22 décembre 2008

Petite pièce confinée et malodorante (en trois actes)

— Fais gaffe, elle va te niquer...
— Avec quoi ?
— Déconne pas, elle va te niquer !
— Non...
— Ah ? Et pourquoi ?
— Elle en a trop envie.
— Comprends pas...
— Mais si, voyons ! C'est trop important...
— Important ? Pour qui ?
— Pour personne, eh, con ! Mais pour elle, oui. C'est sa vie, si tu veux...
—Je veux bien, mais je ne comprends pas trop ce que tu racontes.
— Elle non plus.
— Ouais, enfin... n'empêche que t'as ses crocs dans les mollets !
— Non.
— Si !
— Non. Une image de crocs dans les mollets, peut-être, et encore. Cette fille, c'est... pff !... Une image...
— Elle est sage ?
— Malin...
— Ben alors ?
— Je veux dire... Enfin, c'est une... Comment dire ? Une représentation.
— Une... Mais une représentation de quoi ? De cirque ?
— si tu veux, oui. Une représentation d'elle-même. Pour essayer de voir si elle vit dans le monde des autres, si vivante, si 37°2 le matin, si... Elle joue.
— À quoi ?
— On ne sait pas trop. Sans doute à rien... À essayer de faire peur...
— À qui ?
— On ne sait pas trop non plus.
— Putain, t'es chiant ! T'es sûr qu'elle existe, au moins ?
— Non.
— Ben alors ?
— Alors quoi ?
— Alors, c'est tout ! Tu l'as baisée ou pas ?
— Je ne crois pas, non...
— Comment ça, tu ne crois pas ? Merde !
— C'est difficile... À déterminer, je veux dire...
— Déterminer, déterminer ! Oh, putain ! Je le crois pas !
— Moi non plus, pas tellement, en fait. Pourtant, il s'est passé un truc...
— T'es sûr ?
— Non.
— Avec ça, tu l'as baisée ?
— C'est pas le problème...
— Ben tiens ! Un peu quand même !
— Non.
— Putain, t'es chiant !
— Chiant pour qui ?
— Merde, t'es vraiment chiant...

[ Ils se taisent un moment. Chacun fait mine d'oublier l'autre, la présence de l'autre ; et aussi le motif de leur conversation. Ils contemplent leurs pieds, avec des yeux vaguement fixes, qui semblent douter de ce qui vient d'être dit. Puis, comme on n'est pas là seulement pour se taire, le dialogue reprend, mais un ton en dessous — le spectateur se demande s'ils n'y croient pas déjà un peu moins.]

— T'as beau dire : je comprends rien à ton histoire de représentation...
— Je sais, moi non plus... C'est une idée en l'air...
— Arrête ! C'est pas une idée en l'air !
— Qu'est-ce que t'en sais ?
— J'en sais... ce que j'en sais : c'est pas une idée en l'air !
— Non, c'est vrai...
— Bon, c'est quoi ?
— Tu fais chier ! Je ne sais pas, moi ! Une représentation, c'est... C'est une idée de femme, tiens !
— N'importe quoi !
— Pas du tout.
— Et c'est quoi, une idée de femme ?
— Attends, faut que j'aille pisser...
— Facile ! Tâche de nous trouver à boire, au moins...

[Il revient peu après, avec deux canettes de Goudale, une bière du Nord. Sa démarche est hésitante, mais l'assise est on ne peut plus franche — avec un soupir pneumatique.]

— C'est de la bière ?
— Non, de l'eau-qui-pique.
— Connard ! Donne...

[Il boit, un peu goulûment il faut bien l'avouer, réprime le premier rot, exprime le second avec une certaine satisfaction ; reboit.]

— Alors, donc : une idée de femme, hein ? Tu me fais marrer, tiens ! Elle devait bien avoir des nichons, une chatte, un cul, ton idée ?
— Oui, c'était une idée assez prenante...
— Merde, t'es trop con !
— C'est le piège de l'idée...
— Bon, d'accord, OK. Elle était comment, ton idée-en-italiques ? T'en donnerais quoi, comme représentation ?
— Tu veux dire quoi ?
— Rien, putain ! J'essaie d'alimenter, là !
— D'alimenter qui ?
— Oh, merde ! Bon, tiens, par exemple : elle était blonde ?
— Tu l'as vue, non ?
— Je te parle pas de ses cheveux ! On s'en branle, de ses cheveux !
— Ah...
— Sois sympa, noie pas le poisson : t'en as été content ?
— De quoi ?
— Vache ! Repasse-moi une bière...

[ Ils se taisent un moment, échangent quelques regards un peu flottants, mais sans excès. Néanmoins, un observateur à jeun sentirait peut-être, entre eux, un début d'animosité — mais rien n'est certain en ce domaine. ]

— Au fond, ce que tu as envie de savoir...
— Rien ! Fous-moi la paix ! Tu veux que je te dise ?
Wof...
— Tu veux que je te dise ? T'as rêvé ! T'as rien fait avec cette fille ! Si ça se trouve, tu l'as même jamais rencontrée !
— Possible... Et ça change quoi ?
— Ça change quoi à quoi ?
— Là, c'est toi qui devient pénible...
— Pénible ?
— Pénible, yes Sir ! Pour ne pas dire pire...
— Pire que pénible ?
— Pire.
— Donc ?
— Je ne sais pas, tu m'emmerdes ! On est là, dans le froid, on cause d'une radasse à peine existante, même pas moyen de savoir si tu l'as sautée ou non, alors qu'on est censé être potes, et c'est tout juste si on finirait pas par s'engueuler.
— S'engueuler à propos de quoi ?
— Tu te fous de ma gueule ? La radasse, bon sang de bois !
— C'est pas une radasse, juste une représentation. Une idée que j'ai eue, à un moment...

(Rideau.)

16 commentaires:

  1. C'est vraiment réconfortant de savoir que Frère (Soeur ?) Trois-Points reste à l'affût, toujours prêt(e) à lire et à donner son avis objectif. Ça fait chaud au coeur, tiens.

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  2. Ça ne vit pas, Mélina, ça s'agite... Ça se contorsionne... Ça grimace...

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  3. Alors là, faut absolument m'expliquer la nuance.

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  4. Mélina, revenez à vous : on n'est pas dans la nuance, mais dans le caniveau.

    (Enfin, ça dépend de qui on parle, évidemment.)

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  5. Alors ça s'agite, ça se contorsionne, et ça grimace, ça me fait penser à l'asticot qui a vu le pic de l'hameçon.

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  6. Bel exercice de style, presque raté, mais en .. vain (sans mauvais jeu de mots, j't'assure M'sieur Didier, j'vais pas jouer là-dessus ..)

    En fait, c'est toi qui est une représentation.

    Tu te mets en scène.
    Dans des vapeurs.
    Tu es une pure représentation.
    Ca pourrait être génial, c'est juste pathétique .. Mais t'es pas le seul dans ce cas ;-) (Oui, un smiley, après tout, Dudier, on est sur le Net, non ? - Lol et tout le merdier ..)

    Or donc, tout réel que tu pourrais décrire ne serait qu'imposture ou vapeurs.
    Impostures.

    Tu te branles. Mais c'est joli, hein, parfois. Ca peut faire illusion. J'suis pas bégueule, mon con, je reconnais, que dans la représentation, le pathétique, et l'illusion, tu te démerdes. Ca va. Chapeau.
    Mais c'est juste une représentation de ton moi qu'est pas. Ou plus.
    T'es trop fini, trop entamé, tu sais même plus qui tu veux, sûrement pas toi, sinon, tu t'agonirais. Hein ?
    Avec délectation.
    C'aurait de la classe, putain !

    Ce serait bien, non, que tu te finisses, queue à la main et clavier dan ton cul, devant tout le monde.
    Quelle belle fin !
    Logiquement, c'est ainsi et là que tu dois aller.

    Bien évidemment, les lèches-cul (le tien, de préférence) ça leur plait tes éructations que tu rends.
    Tu le sais, mon Goux.
    Mais tu les méprises.
    Tu n'aimes pas ça, au fond, qu'on te le lèche, le cul.
    Toi tu veux du beau, du qui brille, de l'argument (j'ai pas le temps) tu veux du couillu, du merde que ça claque quoi, pas ces malfrins qui te lèchent couilles et pieds.

    T'as raison. C'est pitié de voir ceusses qui te lèchent les burnes, tu dois les maudire.
    Tu mérites mieux.

    Enfin, tu méritais mieux.

    Sinon, comme moi, tu serais pas rendu là, mon con.

    Tu serais ailleurs.

    Si tu (en) es là, avec cette parodie de toi, c'est que vraiment, t'es au fond.

    Bonne chance.

    A moi aussi, du reste.

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  7. Monsieur Wales : je n'ai pas tout compris (je reviendrai demain, bien entendu), mais vous me semblez assez en colère.

    Contre moi ? Quelqu'un d'autre ? Vous-même ? C'est curieux...

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  8. N'avez pas compris parce que t'es dans tes vapeurs, M'sieur Didier.
    Alors !
    T'es à quoi ?
    5 grammes ?
    Putain Didier, tu vas te ruiner ta santé ..

    Mais tu comprends très bien, en fait. Jt'e prends pas pour le con de l'année, va.

    Non sac à vin, ne reviens pas demain.
    Quoi que c'est chez toi, ces latrines de mots vains, ce sont les merdes de tiens, j'suis con .. Si, si, reviens ..

    Je ne reviendrais plus jamais en ce qui me concerne. Oh ça te rends triste, chéri ? Mais c'était cool, saus-tu, ouais, trop cool ...

    J'ai dit ce que(ue) j'avais à te dire. Et à tes lèches-burnes & ze city.

    Je ne reviendrai plus chez ton claque-merde car je te méprise, mon trésor.
    Tu dois êtes heureux qu'on le reconnaisse, tant tu l'es méprisant.
    Et pathétique.

    Tu n'as pas assez de talent, ni d'imagination. Sinon celui de rêves et d'illusions même pas déçus, de barbaques, de moignons de ta carcasse avinée.

    Je te laisse à ton onanisme, à ton éjac faciale, à ta jouissance de petit vieux et de laid.

    Adieu.

    Pour le reste, non , pas de colère, tout va bene, fanfaron, mais je tenais à te dire qu'on t'encule copieux et qu'on rie de toi.

    A gorges largement déployées.

    Retourne d'où tu viens : du vide, du néant, de ton étroitesse qui va t'étouffer copieux, pauvre de toi.

    Tu vas crever seul et dans l'indifférence.


    Tant mieux.

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  9. Vous en avez, des trolls comme ça, mes frères ? Enviable, non ? Pouvez toujours vous accrocher, tiens !

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  10. Pas étonnant que Bénédicte le soutienne, ils sont du même acabit!

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  11. De toute façon, ce petit morceau d'incommunicabilité dépasse sa cible mystérieuse, parce qu'il colle parfaitement à tant de blogueurs! Je l'ai goûté. Un peu d'amertume et un sourire intérieur.

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  12. "Vous en avez, des trolls comme ça, mes frères ?"

    Tu parles !

    C'est le Céline du pauvre, les points de suspension en moins. Je sais pas bien qui ça peut impressionner ! Les mecs impressionnables peut-être.

    (tous ces types qui saupoudrent leur écriture ; font une phrase et la ponctuent avec quelques mots sortis du même champ lexical évoquant gangrène et/ou pourriture, et quelques grossièretés. C'est très adolescent finalement...

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  13. C'est astucieux ce mélange de Beckett et de Dubillard. Je suis déçue que vous vous soyez contenté de faire au lieu de dire quelquechose.

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  14. Mais alors, pour revenir à la pièce, personne ne comprend personne !!!

    [Personne qui ? dit le personnage…].

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