mercredi 3 décembre 2008

Tu reviendras à Mauriac


M'est venue cette idée : est-ce qu'on ne pourrait pas donner à tout billet le même titre, qui serait « Tu reviendras à... » ? Je ne sais plus qui - écrivain majeur - a noté que les grands romans portent tous un titre générique, à savoir un nom pouvant correspondre à tout autre grand roman : À la recherche du temps perdu, L'Éducation sentimentale, Crime et Châtiment, Illusions perdues, etc. : tout grand livre peut s'appeler ainsi, ou devrait pouvoir, ces grands livres deviennent interchangeables, ou, en tout cas, combinables à l'infini. Avez-vous écrit un roman ? Ne peut-il porter l'un de ces noms ? Jetez-le ! Sans regret.

Poussons jusqu'à l'absurde. Tout écrit devrait pouvoir répondre de La Chanson de Roland - à vous de trouver qui est ce Roland. Ainsi de La Divine Comédie. Ou bien de La Comédie humaine.

Avec tout cela, je ne vous ai pas parlé de François Mauriac, auquel il convient de revenir, qu'il est nécessaire de lire ou de relire ; on verra donc cela demain. Pour aujourd'hui, le premier paragraphe de cet écrivain (écrivain, n'est-ce pas ? Écrivain.), n'ayant pas peur de se compromettre dans les ruisseaux de la presse, sachant bien qu'il est au-dessus de... au-dessus de...

Comme il est risible d'imaginer, serait-ce une seconde, le sourire de François Mauriac découvrant les... Vous avez dit ? Ah ! oui : les blogs...

Mauriac étant dans le titre, je vous livre le premier paragraphe de son journal, tout fraîchement déposé dans ma boîte aux lettres :

Enfant, je ne croyais pas que le premier jour de l'année fût pareil aux autres : le trottoir exhalait une odeur singulière ; de mystérieux rayons traversaient la brume. C'était, au coin des rues, les mendiants qui avaient du bonheur et de la chance à revendre. Les familles au complet supprimaient l'individu : leur jeu de massacre occupait la largeur du trottoir. L'ivresse des jouets neufs rendait les enfants insensibles à cette furie de baisers qui jetait sur eux la meute des cousins issus de germains. Aujourd'hui encore, j'ai beau me répéter qu'une convention des hommes a choisi ce jour entre les jours ; impossible de travailler, de lire. Il y a quelqu'un dans la pièce, une grande forme voilée : l'année inconnue.

15 commentaires:

  1. Magnifique entrée en matière. Ça donne envie... Depuis quelques semaines je songe avec une grande tendresse à quelques écrivains de ce type, assez considérablement méprisés par ceux pour qui la bonne littérature « contemporaine » commence avec Sollers et se termine avec Maurice Gargouille Dantec. Là-dessus, j'ai eu envie de lire Giono, Le hussard sur le toit. Assez frappé par le souffle de cette histoire, par le style puissant et musclé de Giono. Via le Net, vu que j'éprouve mille Émile difficultés à me procurer de la bonne littérature icitte, je lis des vieilleries : Rémy de Gourmont, Camille Lemonnier, Maurice Barrès et d'autres de cette époque-là. Eh bien, Seigneur, que ces gens savaient écrire et quel plaisir de s'y plonger ou replonger ! Que la littérature contemporaine parait fade avec ses récits maigrichons et pompeux, ses histoires de nombrils et autres fadaises déprimantes ! Ce bref passage que vous donnez de Mauriac élimine à lui seul les 300 derniers romans français parus (et je suis gentil, dixit Madame).

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  2. Zzzzzzzzzz... Y a du foot ce soir ou quoi ??? Debout, tas d'endormis !

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  3. Ah ! Mauriac ! Ca me rappelle mes vacances dans le Cantal (où je n'habite plus).

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  4. Tu reviendras à ta boite le dimanche; tu reviendras voter le 3 décembre; tu reviendras sur tes engagements politiques; tu reviendras dans un mois regarder le classement des blogs...

    Ca pourrait marcher !

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  5. Belle idée que la vôtre, Didier, des titres de romans génériques. (Le Rouge et le Noir pour les romans écrits par des peintres).

    Quant à la citation de Mauriac ; pfouh, quelle beauté et quel souffle.
    Sûr que si j'avais de hautes ambitions littéraires (Ecrivain dîtes-vous ? non, Didier, écrivain suffira bien assez), je poserais de suite la plume et irai à la pêche au gros.
    Par bonheur, j'aspire à raconter des histoires et du mieux possible. Si j'y arrive, ce sera une manière d'accomplishment comme diraient les autochtones.

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  6. 1. Proust ; 2. Claudel ; 3. Mauriac ; 4. Bernanos.

    What else ?

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  7. Je suis un peu fatigué
    Reprenons :
    1. Proust ; 2. Claudel ; 3. Giono ; 4. Mauriac ; 5. Bernanos ;

    6. Gide (mais je ne sais jamais s'il est du XXe ou du XIXe ?

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  8. Il y avait déjà des sdf ! Comme quoi rien ne change, tout évolue dans le meilleur des mondes !
    :-))

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  9. Yanka : je me suis plongé dans Barrès et dans Gourmont (aussi Schwob) il y a un an ou deux : entièrement d'accord avec vous. Quant à Mauriac (ce Mauriac-ci, celui du Bloc-notes et des Nouveaux mémoires intérieurs), c'est un vrai délice !

    Nicolas : on s'est arrêté à Mauriac, l'année dernière, en descendant chez Renaud Camus : pas moyen de trouver un petit restaurant correct ; on a "fait sandwich"...

    Benji : oui, oui, je suis sûr que ça peut marcher !

    Yibus : Cela peut en effet donner l'envie de balancer le clavier par dessus bord. Mais ça peut aussi agir comme un stimulant.

    Patrick : il faudrait que je me remette à Claudel, pas lu depuis environ trente ans...

    Poireau : oui, mais on les appelait des clochards, en cette époque où on n'était pas effrayé par les mots.

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  10. Comme grand romancier, en sus de ceux que vous citez, ne pas oublier Huysmans, une pointure aussi.

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  11. Sinon il y a aussi Victor Hugo.

    (j'essaye d'arrêter mon running gag, mais j'ai du mal, il me faudrait peut-être un patch, je ne sais pas)

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  12. Henri : ah, désolé mais je ne puis vous suivre sur Huysmans...

    Balmeyer : mais non, il peut encore servir, celui-là, il est comme neuf !

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  13. ksss, si je n'étais pas là pour dire Léon Bloy !! ( journal on a dit..)

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  14. Didier,
    Ce pauvre Huysmans depuis que Bloy, son ancien ami, en a dit du mal, n'est plus aimé de personne. Tant pis,je continue à le lire, même si je dois être le dernier.Puisque j'y suis, (même si je suis grand amateur de Bloy) je crois qu'il vaut mieux parfois lire les auteurs que n'aime pas Bloy plutôt que ceux qu'il aime. L'esthétique que prone Bloy est pour le moins particulière.

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  15. Tu reviendras à Claudel, et après, ultime étape : à genoux devant les autels ! [mettre en caractères gras et soulignés, et en ital !]

    Si j'ai hésité à mettre Gide au XXe siècle a fortiori Huysmans, Bloy.
    Ce qui est complètement imbécile parce que :
    1. Gide est un écrivain du XXe siècle, sinon Claudel ne l'est pas, ni Proust ?
    2. le classement par siècle l'est tout autant (imbécile)
    3. et les listes hiérarchiques… (on n'est pas aux Cahiers du cinéma)… mon Dieu que c'est bête.

    Sinon j'en ai une autre. Etant donné que Gracq est mort, les plus grands écrivains français vivants ? (ça s'ra pas long).

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