vendredi 5 décembre 2008

Tu reviendras au Bled

Pour vous le dire tout franchement, je n'en puis plus. Pourquoi devrions-nous nous laisser benoîtement écorcher les oreilles par ces parlures piteuses qui se répandent autour de nous comme le feu sur une traînée de poudre ? Comment faire pour enrayer les scies langagières qui nous agressent et, surtout, pour éviter d'être nous-mêmes contaminés par elles ? Je préconise la fuite en avant, le grossissement du trait, la caricature absurde. Ainsi de sur. Cette mignonne préposition, qui durant des siècles n'a rien demandé à personne, accomplissant modestement sa tâche, se voit depuis quelques années propulsée sur un devant de scène où le moins que l'on puisse dire est qu'elle ne parvient à éblouir personne.

« On déjeune, demain ? - Ah, non, demain ch'peux pas, chuis sur Paris. »

Pourquoi se contenter de ce petit sur ? Bousculant toute timidité, j'ai décidé de promouvoir, à compter de cet instant, au-dessus, histoire de prendre un peu de hauteur :

« On déjeune, demain ? - Ah, non, demain ch'peux pas, chuis au-dessus de Paris. »

Et pendant que nous y sommes, que les ceusses qui croient avoir un souci au final prennent conscience qu'ils n'ont rien de plus qu'un problème. Finalement.

46 commentaires:

  1. Et reconnais cet usage abominable de "sur" !

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  2. Au sujet de sur comment il faut parler, ya un truc qui m'énerve: les gens qui disent skrétaire, au lieu de secrétaire.
    Ce n'est pas grand chose, peut-être, mais on y a eu droit des milliers de fois ces temps derniers, avec la scrétraire du parti socialiste.

    J'ai rien de comme ça sur votre blog, ce qui confirme qu'au niveau de la langue, ya pas de souci. Vous maîtrisez. Au final.

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  3. Quel plaisir de vous voir réhabiliter le Bled, vous qui ne juriez que par Grévisse !

    En plus on ne dit pas je suis sur Paris, on ne dit même plus je suis à Paname, on dit je vais en dessous de Paris, écluser une 16 à la Comète avec Nicolas

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  4. Dorham : allez, mon fils, et ne péchez plus...

    Suzanne : ça remonte à l'époque où Mitt'rand était premier s'crétaire.

    Olivier : les deux sont complémentaires, non ? Et le Bled renvoie à l'enfance, alors...

    Et puis, en effet, dire "je suis sur la Comète ce soir" prêterait à confusion

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  5. J'en reste "sur" le cul! J'espère (putain de merde) que ce sur-là est bon, cher Vaugelas.

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  6. Ménélas gueulant comme un veau :
    - bon, tu la ramènes, ta graisse ?
    Hélène, un rien essoufflée :
    - pas maintenant, je suis sur Paris.

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  7. Je soutiens votre noble combat. Si vous pouviez du même coup de pied éradiquer l'usage de "trop" à la place de "vraiment très", cela me ferait très plaisir.

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  8. Ya pas d'blème Didier, et puis on ne dit pas "je suis sur Marseille" mais "je suis au cul du loup" avec mon accent demi-méridional à la con dont je n'abuse pas of course. Arf Arf !

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  9. Henri : ne changez rien, c'est parfait !

    Nicolas : oui, mais c'est bien parce que j'ai initié l'affaire...

    Franssoit : plié de lol !

    Quant au "trop", je souscris. Heureusement, c'est un tic qui frappe majoritairement les jeunes pétasses. Donc, vous et moi sommes plus ou moins à l'abri. Trop cool, non ?

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  10. Puis-je me permettre un commentaire sans me trouver traînée sur le banc d'infamie?
    J'ai longtemps enseigné au Maroc et mes élèves locaux étaient incapables de voir la différence entre TROP et TRES.
    La mode étant ici pour les gamins puis collégiens d'imiter les fautes de leurs congénères, c'est ce qui, d'après moi a entraîné la vogue du TROP.

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  11. Cependant, au finalement, finalement, tout compte fait, somme toute (ça c'est foucaldien ;-)), en dernière instance (et ça serait plutôt marxien), ce sont les "malgré que, de plus en plus courant, qui m'écorchent les oreilles...

    Bref, vive le Bled, c'est vrai !

    PS : Mais les "tout à fait" que les gens se sentent obligés de dire parce qu'ils croivent (ha ha ha) que "ça fait plus classe" qu'un sobre "oui" ou encore les "ceci", je les trouve très moches aussi hein : pas de jaloux :-).

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  12. Et les "Grévisse" au lieu de "Grevisse"

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  13. Orage : c'est une piste intéressante, en effet.

    Albertine disparue : Tiens, c'est drôle, moi les "malgré que" ne me gênent pas du tout ! En revanche, les "ceci dit" oui. Et idem pour les "tout à fait". Bref, c'est à devenir fou, au final.

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  14. Patrick et les Valéry (Larbaud) au lieu de Valery, les Trénet au lieu de Trenet, les Clémenceau au lieu de Clemenceau...

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  15. sûr et sur ça marchent ensemble ?

    "Sur ce coup là, Didier, vous semblez bien au-dessus de vous..."

    (François et Ménélas : X de lol...)

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  16. Tout à fait Didier ! Pourtant, je m'excuse (elle n'est pas belle celle-là aussi ?), malgré que tout cela devienne (devient ? - le problème de coordination se pose du coup) tout à fait fou, j'ignorais parfaitement qu'il fallait écrire Clemenceau.

    Finalement, je dirais que ce blog est vraiment trop trop cool : on y apprend tout un tas de choses !

    (Ceci dit, au jour d'aujourd'hui, il n'est pourtant pas acquis que ce soit aussi cool que d'aller au coiffeur. Mais bon.)

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  17. J'ai bien peur d'être une jeune pétasse qui habite sur Rouen...mais au final, je trouve trop bien d'être jeune!
    Dites-moi Didier, on se dit "tu "désormais?

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  18. Balmeyer : je suis la plupart du temps au-dessus de moi. Hélas.

    Albertine disparue : sauf qu'on peut toujours aller au coiffeur comme la vache va au taureau (bien que, perso, ça m'tente moyen, on va dire).

    Mots d'elle : on est donc voisins ! Pour le reste, je ne suis guère porté sur le tutoiement (et puis, c'est un peu devenu ma marque de fabrique, sur les blogs...), mais je ne vois aucun inconvénient à ce qu'on en use avec moi, bien entendu.

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  19. Cher Didier Goux,
    vous oubliez le fameux "au final", hispanisme risible dont les crétins font un usage à la limite de l'overdose en milieu professionnel.
    bien à vous

    l'Albertine qui a un blog

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  20. Albertine : chaussez vos bésicles et relisez les deux dernières lignes du billet...

    Sinon, vous pouvez signer "Albertine" tout court, puisque l'autre est devenue, sur mon aimable suggestion, "Albertine disparue".

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  21. Moi personnellement, je vais au coiffeur.

    Et même des fois quand j'ai les cheveux très longs, je vais à le coiffeur.

    Et même des fois quand je suis vraiment, mais alors vraiment d'humeur, je vais à le coiffeur avec des chevals.

    Il y avait un groupe Facebook qui s'était créé, parait-il, pour se moquer de ces expressions.

    Au final, si je puis dire, à la longue, c'était un peu glauque, je vous assure, cet empilement de moqueries sur le mauvais parler des gens. Ca avait quelque chose de très bobos balladurien.

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  22. Balmeyer : dans mon esprit, c'était moins une moquerie qu'une sorte d'exorcisme. Car qui peut se vanter d'être tout à fait imperméable à ces scies ? Certainement pas moi, hélas...

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  23. Je sais Didier, je ne vous faisais pas la leçon ! J'expliquais mon expérience, au premier degré.

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  24. Sans compter les Valery au lieu de Valéry (Paul), et les Galliéni, hein ! les Galliéni, il reste quelques Mitterand (président) et/ou Mitterrand (zoliste)
    what else?

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  25. Bon, d'accord, j'ai longuement observé et réfléchi à la situation et j'ai trouvé, je crois, des distinctions très claires et très remarquables entre les deux "Albertine" :

    - L'Albertine qui a un blog n'a pas de compte Blogger et est "Albertine "tout court"" (a)

    - L'Albertine qui n'a pas de blog a un compte Blogger et se nomme désormais "Albertine disparue" sur l'"aimable suggestion" de M. Didier Goux, baptiseur es blogs(b)

    Ensuite :

    (a) est beaucoup plus polie et fait bien moins de fautes d'orthographe que (b)qui est passablement étourdie (et autre...).

    Puis :

    (a) qui fait bien moins de fautes d'orthographe et est bien plus polie fait (d'après ce que j'ai compris) des lettres et a très certainement une bien meilleure culture littéraire que (b) qui est en thèse de philo.

    Pour compliquer la chose :

    Il semble toutefois que (a) et (b) aient quelques accointances avec le Punk et la Sorbonne (je ne me prononce pas sur la nature de la corrélation - nécessaire ou fortuite - de la chose).

    Toutefois, ce qui permet, au final, de distinguer avec certitude :

    (a) est de toute évidence bien moins pénible (osons même le chiante) que (b).


    CQFD.

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  26. PS : Didier, "on va dire", c'est clair, c'est trop choupichoup comme expression.

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  27. On a encore le droit d'être "sur" sa femme quand même ?

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  28. Didier,

    en fait, je ne suis même pas sûr d'utiliser tant que ça "sur"...maintenant que j'y pense. J'ai une sacrée tendance à m'autoflageller, moi...

    Je crois bien que je suis un exemple d'auto-stacle...

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  29. @Balmeyer : Arg, je n'avais pas vu le "Moi personnellement, je vais au coiffeur.".
    C'est maaal, très maaal :-) !

    Sinon, pour ce qui suit, je crois que vous avez pourtant raison. Mais pourquoi "balladurien" ?

    Et, puis, tout de même : "au coiffeur", c'est mal.

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  30. Albertine : je suis le premier à utiliser l'orthographe quand ça m'arrange ! J'ai un collègue idiot, il fait deux fautes par mot, je le méprise en serrant mes petits poings pour ça. Mais il ne me viendrait jamais à l'idée de faire de l'orthographe un critère pour quelqu'un que j'estime.

    (surtout quand ce collègue me répond : "j'ai regarder ton documand je te direz, j'ai trouver une ou deux fotes")

    Balladurien ? Je me suis souvenu de lui, dans le métro, déclarant : "...il fait chaud."

    Sinon, au collège, un vénérable professeur de français a solennellement déclaré un jour : "malgré que" est abominable, et "blasé" est un mot laid. Par mimétisme, j'ai été frappé par cette prescription, et depuis je ne peux penser autrement.

    C'est comme manger du chien, en être dégouté n'a aucun sens, c'est culturel.

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  31. Albertine disparue : moi, deux Albertine, ça me va très bien !

    Dorham : ah ! mais c'est qu'il ne s'agit pas de supprimer ce pauvre "sur" ! il faut juste le remettre un peu à sa place ! (Et mes hommages (platoniques) à Madame...)

    Balmeyer : moi aussi on m'a appris que "malgré que" c'était le mal. Mais je n'arrive pas à m'en choquer pour autant. Quant au casse-tête du coiffeur, je l'ai résolu en offrant une tondeuse à l'Irremplaçable.

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  32. Tiens, ça me fait penser qu'il faudrait bien que je te tonde sur ta tête malgré que tes cheveux ne soient pas encore trop longs !

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  33. exact !!! et en plus, je me rappelle l'avoir lu hier !!
    pour ma défense, je dirais ce qui est vrai : deux jours et deux nuits que je me bats fièrement contre la grippe, les courbatures et l'aspirine dégueulasse

    à vous,
    l'Albertine tout court

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  34. Et que pensez-vous de "en Arles" ou "en Avignon" ?

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  35. Catherine : demain matin, la tonte, d'accord ?

    Albertine : sans vouloir vous commander, ce serait mieux que vous rappeliez à quoi vous faites allusion lorsque vous commentez d'un laconique et lapidaire "exact !"...

    Geneviève : ça m'éneeeeerve !!! Pourquoi pas, alors, en Arromanches ou en Amiens ?

    M'agace aussi la singularisation de certaines régions : LES Dombes ou LES Ardennes qui, du jour au lendemain, deviennent LA Dombes ou L'Ardenne.

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  36. "La formule "en Avignon", si elle permet d’éviter un hiatus quelque peu dissonant, est toutefois incorrecte lorsqu’elle s’applique à la ville contenue dans ses limites communales. Son emploi dans ce cas est souvent le fait de l’ignorance ou d’un certain pédantisme basé parfois sur des nostalgies d’Ancien Régime."

    source

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  37. (je ne m'étais jamais posé la question en fait. On m'aurait demandé mon avis, j'aurais tout simplement suggéré pour éviter le hiatus un H aspiré : à Havignon, ou bien à Harles)

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  38. Balmeyer : oui, je crois me souvenir que l'expression "en" Avignon remonte à l'époque où la papauté dissidente en avait fait son territoire, son "Vatican II" si je puis me permettre. On doit donc dire à Havignon, exactement comme on dit à Harras ou à Hannecy...

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  39. "Il était un prince en Avignon
    Sans royaume, sans château, ni donjon"...

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  40. Les ardennes, mais c'est mon bled ça !

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  41. Je ne connaissais pas l'origine de ces expressions. Merci.
    N.B. J'ai l'impression qu'elles sont plus utilisées par les Parisiens que par les Provençaux... Snobisme ?

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  42. Didier, avant de gueuler sur ces petits tics de l'ère internet, estimez-vous heureux d'échapper aux "si j'aurais" et "j'ai pas kça qu'a faire" ...

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  43. @Balmeyer : "Mais il ne me viendrait jamais à l'idée de faire de l'orthographe un critère pour quelqu'un que j'estime."
    => Vi, entièrement d'accord !

    @Didier Goux : *Sourire* (je n'ose plus mettre de smiley ici...)

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