dimanche 26 octobre 2008

De Barack Obama, du capitalisme américain et des bobos français

C'est ici...

29 commentaires:

  1. Votre (pardonnez-moi cet adjectif, c'est uniquement pour faire court) fin analyste oublie quand même deux petits détails, qui expliquent en grande partie que les Noirs américains ont indéniablement – ce qu'on ne peut en effet que déplorer – un vote identitaire : d'une part, ils sont statistiquement plus présents – et ce n'est rien de le dire – dans ce que ce bon M. Raffarin pourrait appeler « l'Amérique d'en bas » que dans celle d'en haut, et ont, en conséquence, bien plus à craindre globalement de la politique, implacable pour les pauvres, que mènent ordinairement les Républicains que de celle que leur proposent les Démocrates ; d'autre part, en plus de deux siècles de démocratie, ils n'ont commencé à accéder à des postes-clefs du pouvoir central que ces dix dernières années, avec la nomination de Colin Powell puis de Condoleeza Rice comme Secrétaires d'État dans des gouvernements républicains (j'oublie certes l'élection de Vanessa Williams comme Miss America dans les années 80, mais il est vrai qu'elle a été destituée de son titre quelques mois après avoir gagné sa couronne), aussi pouvoir espérer voir un président métis, de père noir, accéder à la fonction suprême ne peut-il être ressenti par eux que comme la fin d'une immense injustice et l'assurance que l'égalité en droit peut davantage encore se traduire dans les faits.

    (désolé, cher Monsieur Goux, d'enfoncer ainsi des portes ouvertes, mais notre ami occulte de façon tellement éhontée certaines données que je ne peux que me livrer à cette figure burlesque qui ravira petits et grands)

    Quoi qu'il en soit, je me demande encore comment vous pouvez accorder du crédit à quelqu'un qui orthographie mal le nom du Génie des Carpathes, puisque, comme chacun sait, le Danube de la Pensée s'appelait Nicolae non pas Ceaucescu, comme on le voit trop souvent écrit, mais bien plutôt Ceauşescu. Une chance pour vous, autrement dit, que la Securitate n'existe plus...

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  2. ... Et des pseudo-révoltés contre la bien-pensance qui se font fort de dénoncer "les intellos" dans leur ensemble. Amalgamons, amalgamons ! Du grand n'importe quoi. J'ai commenté là-bas (mais cela m'a fait l'effet d'une cause perdue).

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  3. Mélina : revenez, ils sont partis...

    Chieuvrou : Il y a évidemment du vrai dans ce que vous dites. Je ne suis pas d'accord pour Ceaucescu : écrivons à la française, que diable ! Vous n'allez pas passer vos vacances à London ou à Venezia, que je sache ?

    Marie-Georges : quand je relaie un billet de quelqu'un d'autre, cela ne signifie pas pour autant que je sois d'accord avec TOUT ce qui est dedans : je le signale "pour examen", si vous voulez. Et, tout de même, parce que j'y trouve beaucoup de vrai...

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  4. D'accord. Je trouve, quant à moi, beaucoup de vrai dans le commentaire de Chieuvrou.

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  5. Envoyé par MARC, ce commentaire que j'ai bêtement "modéré" par erreur :

    « Bon là je suis véner. Des fois quand je vois tous ces blogs gauchistes et tous ces grotesques qui ne savent pas aligner deux propositions dans un enchainement à peu près cohérent, j'ai envie de cogner. Et dire qu'on me prend pour l'un d'eux : ah arrière, retirez vos pates gluantes !
    Bon il suffit que j'aille lire des grossièretés comme celle de "nouvelle langue française" (sic) pour comprendre que la finesse n'est vraiment pas ce qui caractérise non plus les réactionaires. Allez, ces arguments fallacieux sont grotesques, mais je vous laisse trouver pourquoi tout seul... »

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  6. Non, non c'est pas grave M. Didier Goux, c'est vrai que j'ai souvent le trait un peu appuyé (et la relecture orthographique trop légère).
    En tout cas j'ai eu raison de ne pas en dire plus puisque "chieuvrou" a tout dit (ou presque) très bien.
    Quant à l'idéalisation d'Obama qui a déjà retourné sa veste (ambition électorale oblige), les gens seront bien sûr sans doute plus déçus quand il faudra juger sur pièces. Mais c'est une autre histoire et qui vivra verra !
    Bonne journée à tous.

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  7. Bof, c'est du pamphlet assez bien ficelé, et un pur procès d'intention. Trop gros pour donner envie de répliquer.

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  8. Marie-Georges : en effet, vous avez pris la peine d'argumenter, chez Lapacherie ! Et plutôt bien, il me semble. Je trouvais aussi son dernier point (le vote virtuel des Français à 98 %) un tantinet sur-branlé.

    Marc (et Marie-Georges de nouveau) : oui, on peut toujours compter sur M. Chieuvrou, qui est un excellent garçon ! (La preuve : il n'a pas de blog...)

    Coucou : bien sûr que c'est un article polémique. Mais il en faut, non ?

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  9. Sur ce point, vous avez raison, les articles polémiques ne sont pas inutiles, mais à partir d'un certain niveau de virulence, ils découragent un peu l'envie d'argumenter…

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  10. C'est vrai Didier dire que les socialistes sont apparentés à 99% avec les chimpanzés, c'est comme vous le dites "un tantinet sur-branlé": ils ne partagent en réalité que 98% du patrimoine génétique de leur cousins africains.
    Pinaillons, pinaillons... ça peut tjs servir quand on manque d'argument sérieux.

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  11. Elément d'importance (bien que je me foute d'Obama en réalité et de son élection ; comme de celle de l'autre estropié ; n'étant pas américain et n'étant pas non plus né de la dernière pluie) : Obama a fait un grand discours par le biais duquel il a complètement "déracifié" son propos. On ne peut donc pas lui imputer le sentiment d'appartenance qui guide ses électeurs.

    En outre, nous savons bien que la grande majorité des êtres humains se rassemblent autour des concepts (fumeux, il me semble) de race (celle d'Obama d'ailleurs est pile poil entre deux, il est autant blanc que noir... il ne faut pas faire confiance aux sens dit Descartes ; il y a le visible et la réalité qui se cache derrière). Et personne ne s'en offusque.

    Obama est métis, faut-il le rappeler ?

    Ce texte tombe donc à plat. Il y a bien une volonté polémiste mais elle ne chope aucune cible, hélas. On est dans le recyclage d'un système de pensée ; l'on croirait qu'il s'applique à tout. Mais non.

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  12. Tiens Scheiro, vous nous jetez des cacahuètes au poivre?

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  13. On peut tout dire, sur tout, dénoncer « l’anti-racisme », les associations, les bobos, les gauchistes, la nouvelle langue, pourquoi pas, tant mieux, pas de tabou, ok.

    Mais après, ne pas prendre en compte, ou feindre d’ignorer, le moindre contexte social, ou racial, affirmer benoitement qu’il y a une stricte équivalence, un parallélisme parfait, entre candidat noir soutenu par des noirs, et candidat blanc soutenu par des blancs, c’est une contorsion que je trouve assez spectaculaire…

    C’est souvent le problème des démonstrations sur l’anti-racisme (et j’ai l’impression qu’un type comme Finkelkraut a l’honnêteté de ne pas y avoir recours), proposer des « vues de l’esprit », des équivalences abstraites comme ce renversement, « les noirs soutiennent Obama, ils sont donc racistes ».

    C’est le genre de renversement rhétorique tarte à la crème qui dégonfle automatiquement la baudruche… Bon, bref, l’excellent Cheuvriou a tout dit.

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  14. Dorham : il me semble qu'aux États-Unis, avoir du sang noir revient à être considéré comme noir.

    Quant à Obama, bien sûr qu'il a prononcé des discours "déracifiés", comme vous dites, il n'est pas idiot : il sait bien qu'il ne peut pas gagner autrement. De plus, prétendre comme vous le faites, qu'Obama n'est ni blanc ni noir, mais "entre les deux" est absurde : c'est peut être vrai au niveau de je ne sais quel "dosage sanguin", mais dans la réalité (politique, sociologique, historique, culturelle, etc.) et aussi dans les préjugés enracinés, il est noir, un point c'est tout.

    D'autre part, JGL n'a pas complètement tort dans son parallèle, son "deux poids, deux mesures". Beaucoup de gens, aux États-Unis, blancs comme noirs d'ailleurs, disent qu'ils vont voter pour un Obama parce qu'il est noir, que ce sera un signe de renouveau, de justice, etc., enfin bref rien d'autre que ce que dit M. Chieuvrou. Parmi nos "élites" européennes également, beaucoup ne se cachent pas de ce que leurs préférences vont à Obama pour la même (et quasiment seule) raison.

    Or, quelles clameurs n'entendrions-nous pas si les électeurs futurs de McCain disaient voter pour lui parce qu'il est blanc, qu'il représente donc la sécurité, la continuité, etc ? C'est du reste cette raison-là qui fait que, contre tous les sondages actuels, McCain peut encore très bien gagner.

    Balmeyer : que les noirs soutiennent massivement Obama ne fait pas d'eux des "racistes", bien entendu. (Encore que, dans le cas d'un Farrakhan et de ses affidés...) Mais cela signifie au moins que, pour eux, la race existe bel et bien, et qu'elle peut être un facteur agissant, un critère de détermination, etc. C'est-à-dire tout ce qu'on nie désormais farouchement de ce côté-ci de l'Atlantique, en tout cas à la télévision et dans les journaux, car pour ce qui est de la "France d'en bas" à laquelle M. Chieuvrou faisait allusion plus haut,je ne suis pas certain, mais alors pas du tout, que l'on soit disposé à balayer les races, l'idée même de race, d'un simple revers de main, comme nous y sommes si fortement et si pesamment invités.

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  15. La "communauté hispanique" qui appartient, au moins autant que les afro-américains, à l'Amérique d'en bas s'apprête à donner 55% de ses voix à Obama. Les portes ouvertes reviennent par les fenêtres.

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  16. Si je ne suis pas entièrement d'accord avec la Nouvelle Langue Française, je le suis avec Didier et voici la réponse faite à Balmayer qui dit à peu près la même chose sur la NLF qu'ici.

    Je ne sais pas exactement comment les français voient les candidatures de Obama et MacCaine, je sais, pour l'avoir lu, que 10% environ des citoyens US tiendrons réellement compte des origines ethniques des 2 candidats pour se prononcer. Tjs d'après ce qu'en disent les journaux US, les noirs pauvres auraient préférés H. Clinton à Obama. Ceci pour dire que je ne suis pas d'accord à 100% avec l'auteur de ce blog - désolé je n'ai pas encore pris la peine de lire son nom - mais que je devine très bien à quoi il fait allusion.

    Sortez du cercle des bloggers avec lesquels vous passez votre temps à barboter , Balmayer, et vous vous rendrez compte que le blog que je vous donne en exemple n'est pas le seul sur la Franco-Toile à faire la promo d'Obama simplement parce qu'il est noir, même si les gens se contorsionnent, ensuite, lorsqu'on les interroge, pour dire que non, ils l'aiment parce qu'il est avant tout un démocrate et balablablalaa ....
    http://www.blogg.org/blog-8330-billet-stars_fell_on_obama-820227.html

    Vous savez parfaitement, Balmayer, que le raciscme et l'anti-racisme sont des concepts exploités à mort par les politicards de tout bord et que ce sont certainement des moyens faciles de toucher aux affects des citoyens, agissements manipulatoires parmis les plus puants qui soient à l'oeuvre dans le paysage politique français.

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  17. Didier,

    il est métis. Point. Seule la visibilité nous pousse à le catégoriser davantage noir que blanc. Mais là n'est pas réellement la question.

    L'axiome : "Obama est noir donc je vais voter pour lui, il sera plus proche des gens" est évidemment une bêtise. De quelque coté que l'on se place. Et il me semble couru d'avance que la désillusion en cas d'élection sera grande.

    Je dis la même chose que Balmeyer mais d'une manière différente. Cet article applique un système de pensée qui peut être valable sous certains angles. Mais ici, il est hors de propos. Il fait en effet abstraction d'un contexte très particulier. Comme si l'on pouvait tout transposer ; la situation française aux Etats-Unis par exemple. Or, cela n'a strictement rien à voir. L'Histoire n'est absolument pas la même.

    Rappelons quand même que l'Amérique a institutionnalisé jusqu'à très récemment un réel apartheid. Que la situation "raciale" était explosive et qu'elle l'a été longtemps, causant insurrections, assassinats...

    Il me semble en réalité qu'inconsciemment, noirs et blancs utilisent Obama pour balayer les vieilles histoires sous le tapis.

    Je maintiens, ce texte est systématique, simplement rhétorique, ne montre pas une grande qualité d'analyse (elle est peut-être manifeste ailleurs, je ne sais pas...).

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  18. C'est pareil pour les huitres, à 95% on les boit avec du blanc, mais elles n'y peuvent rien non?

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  19. Vous savez, on a tous (noirs comme blancs et autres, gauche ou droite) été un jour agacés par des caricatures de gauchistes qui pensent qu'il faut détester les blancs en tant que blanc pour faire de l'antiracisme (antiracisme ne signifiant pas racisme à l'envers) ou absoudre quelques siècles de colonialisme. Oui, c'est gonflant, énervant, d'accord. On peut en faire un billet si l'on veut, très bien.
    Mais à part ça, entre gens intelligents, on peut quand même COMMENCER PAR éviter de clamer de grandes vérités sur "les intellos", "les blancs", "les noirs", "les gens de gauche" non ? Or ce que j'ai lu là-bas regorge de phrases au sujet de ces meutes anonymes agissant de concert... Ca sent, du coup, un peu trop la théorie du complot à mon goût.

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  20. Balmeilleur, soyez honnête !

    Je ne sais pas comment on nomme en rhétorique le procédé qui consiste à attribuer à autrui une habileté rhétorique qu'on est soi-même en train d'utiliser à son encontre, mais le seul renversement rhétorique que l'on aperçoive ici vous revient. Il n'est dit nulle part « les noirs soutiennent Obama, ils sont donc racistes ». La question posée dans ce texte n'est pas de savoir si 95% des noirs sont racistes du fait d'un vote mono-orienté à 95%, mais ce qu'auraient dit "les phares de nos média" d'une situation inverse.

    "Imaginons la situation inverse : 95% des électeurs blancs se prononcent pour le candidat de leur race, alors que les électeurs noirs n’expriment aucune préférence raciale. Qu’auraient dit les phares des media ?"

    Il y a peu de phares ici, contentons nous des catadioptres qui en renvoient (réfléchissent)les lumières. Les électeurs noirs, qui vont effectivement(ce n'est pas une fiction ni un retournement rhétorique C'EST UNE REALTE) voter à 95%, sont-ils racistes ? Personne n'y songe un seul instant. Ce que disent Chevrou, Dorham est recevable de ce point de vue. La question posée est bien de savoir comment serait analysée la situation inverse (95% de blancs...) qui elle n'est que de pure fiction et n’à aucune réalité ? Il n'y a pas de symétrie possible entre une réalité qui va s'incarner dans 15 jours et une fiction proprement impensable qui ne vise qu'à interroger le silence qui accompagne ce fait brut et massif : 95% des noirs américains vont voter pour...

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  21. Marcel : qui va PEUT-ÊTRE s'incarner dans 15 jours : restons prudents...

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  22. Un autre sondage révèle que 30 % des américains blancs déclarant ouvertement "ne pas aimer les noirs" envisagent de voter pour Obama.

    Que faire d'un tel sondage ?

    et

    peut-on réellement sonder une opinion ?

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    je rappelle pour mémoire que les noirs ont également voté très massivement pour Kennedy ? Il n'était pas noir pourtant. S'il n'y avait eu tant de magouilles aux inscriptions dans les états clés (comme en Floride), il n'aurait même pas eu besoin des voix du bon Sam et du bon Jimmy pour se faire élire.

    Alors ? Les noirs sont majoritairement ceux qui réclament le plus de justice sociale et d'égalité. Ils soutiennent celui qui feint le mieux de vivre en accord avec ces valeurs. Kennedy et Obama sont de grands orateurs, de bons acteurs.

    Voilà à mon avis en résumé la seule analyse possible. Elle s'explique très bien si on regarde d'un peu plus près l'Histoire de ce pays.

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    Farrakan soutient Obama ? (vous l'avez entendu Didier ou j'ai mal compris)

    Mouais, de toute façon ! Les Black Muslims sont des opportunistes. Ils perdent de l'influence et essaient de rester au contact... Faut pas fâcher la base...

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  23. Plutôt que d'ajouter un enième commentaire aux interventions qui précèdent sur l'engouement dont bénéficie Obama sous nos cieux de la part des bobos ou supposés tels (vision d'ailleurs un peu réductrice des soutiens en question puisque, ne serait-ce que dans notre cher gouvernement sarkozo-sarkoziste, il n'y a à ma connaissance que l'ultra-libéral Novelli qui se soit prononcé ouvertement en faveur de McCain), jaimerais (un peu tardivement, je sais) recentrer le débat sur le point essentiel de la discussion que nous avons eue il y a quelques jours : comment doit-on écrire, en français, le nom du Conducator qui présida plusieurs décennies durant – sous le regard très longtemps bienveillant du Quai d'Orsay et de la majeure partie de notre classe politique, de la place du Colonel-Fabien à la rue de Lille – aux destinées de notre « sœur latine d'Orient » ?

    Sachez tout d'abord, Monsieur Goux, que je ne peux qu'être d'accord avec vous sur le fait qu'il serait un peu stupide et vain de s'écarter de l'usage consistant à désigner les grandes villes d'Europe (ou connues de l'Occident depuis des siècles) sous leur nom francisé, usage datant d'une époque moins polyglotte que la nôtre (encore que...) où il paraissait naturel, ici comme ailleurs, de « digérer » les noms propres de lieux ou de personnes dans la langue locale. On ne dit effectivement, chez nous autres, ni London ni Venezia, pas plus qu'on ne parle, à titre d'exemples, de Cristoforo Colombo (voire de Cristóbal Colón) ou de Fernão de Magalhães. Je me souviens d'ailleurs, pour l'anecdote, que certain Que sais-je ? sur la Catalogne dans lequel la capitale catalane était systématiquement désignée sous le nom de Barcelona me tomba autrefois littéralement des mains tellement cette manière de parler me semblait relever d'un pur snobisme almodovaro-movidesque (Almodovar est castillan, me direz-vous, mais bon, je me comprends). De même, s'il n'y avait que moi (ce qu'à Dieu, à Bouddha ou au Grand Tout ne plaise), on ne parlerait pas du roi Juan Carlos Ier ou du prince William, mais bien plutôt, comme autrefois et au nom de la continuité historique, du roi Jean-Charles Ier d'Espagne ou du prince Guillaume d'Angleterre – comme on le fait encore, du reste, pour les papes, ajouterai-je benoîtement.

    Cela étant, il y a belle lurette, me semble-t-il, que, hormis dans les cas précités de souverains, pontifes ou non, on ne francise plus guère de nos jours les noms des « grands hommes » étrangers dont nous sommes les contemporains – en tout cas, pas lorsque leur langue s'écrit avec l'alphabet latin. Tout juste, sans doute, arrive-t-il à l'occasion que l'on francise leur prénom, de la même manière, à titre d'exemple, que les Italiens parlent de Giulio Verne et les Espagnols de Julio Verne (je me demande, cela dit, si, à quelque époque que ce soit, on a jamais parlé, en France, de Guillaume Shakespeare ou de Jean Pasdeloup de Gœthe).

    Certes, me direz-vous, triomphant, mais les Roumains ont beau utiliser l'alphabet latin, on n'en écrit pas moins, dans notre langue, Eugène Ionesco, Elvire Popesco ou Georges Enesco, et non Eugen Ionescu, Elvira Popescu ou George Enescu... Concernant ce cas bien précis, je me hasarderai à émettre l'hypothèse que la désinence -cu, qui se dit normalement « cou » ([ku], pour faire savant), ayant une fâcheuse tendance à être prononcée par un gosier français de la même manière que le mot qui désigne l'une des parties les plus charnues de notre être, les Roumains qui se sont installés en France dans l'entre-deux-guerres ont sans doute « francisé » leur nom de la sorte à la seule fin d'échapper aux plaisanteries graveleuses qu'auraient pu faire nos compatriotes sur leur patronyme. Il n'y a en tout cas, à ma connaissance, qu'en français que le -cu final de nombre de noms roumains est devenu -co.

    Voilà qui, en tout cas, nous ramène imperceptiblement au Génie des Carpathes, dont je reprochais au rédacteur du très droitier blogue auquel menait le lien que vous nous avez indiqué d'avoir mal orthographié son nom. Le fait est que cette graphie est tout simplement erronée, le nom du Danube de la Pensée étant, je le répète, Ceauşescu, et non Ceaucescu, comme on le voyait écrit deux fois sur trois dans la presse française au temps du règne de notre ami Nicolae. Entendons-nous bien, ce n'est pas tant la disparition de la cédille que je déplore, sous la plume de nos compatriotes, que la transformation, totalement arbitraire (excusez-moi, cher Monsieur Goux, mais je ne vois d'ailleurs nullement où est la « francisation » là-dedans), du S en C – avec, la plupart du temps, une grosse erreur de prononciation à la clef, soit TchaouTCHescou ([t∫au't∫esku]) au lieu de TchaouCHescou ([t∫au'∫esku]) . Quant à la cédille sous le S, qu'on ne rencontre évidemment pas dans notre langue, elle peut sans doute passer pour une forme de snobisme de la part de qui l'emploie pour orthographier correctement un mot roumain dans un texte français, mais elle ne l'est pas plus que le tilde sur le N pour écrire correctement certains noms espagnols. Or qui nous a, il y a à peine deux jours, parlé ici même d'un certain Bolaño sans le moins du monde lui ôter ce signe diacritique bien peu de chez nous ? Je vous le donne en mille...

    Ah ! Je crois bien que j'ai battu mon précédent record.

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  24. Chieuvrou : je vois que vous êtes toujours aussi prolixe ! (Ce n'est nullement un reproche.)

    Pour Ceaucescu, francisation il y a bel et bien, dans la mesure où le s-cédille est inconnu chez nous. En effet, vous me piégez avec Bolaño que, si j'étais vraiment logique, je devrais écrire Bolagno. À noter que les Espagnols (et non Españols...) hispagnolisent systématiquement les prénoms étrangers, (Carlos Marx, Marcelo Proust, etc.).

    En fait, tout est question d'usages, ce qui fait qu'on y perdrait sa santé à chercher dans tout cela la moindre cohérence. Je conserve une certaine nostalgie de l'époque où les noms propres aussi étaient sinon complètement francisés, du moins adaptés suffisamment pour se fondre sans dommage dans une phrase française. cela étant, qui supporterait sans ridicule de parler, comme le faisait Louis XIV, de Bouquinquant pour désigner le duc de Buckingham ?

    On peut néanmoins opposer une certaine résistance à la tendance inverse, et je me refuserai toujours à écrire Beijing pour désigner la ville de Pékin : pourquoi pas des idéogrammes, pendant qu'on y est ?

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  25. Pour je ne sais quelle raison vos logorrhées sur l'orthographe des noms étrangers me rappellent que la zone Londonienne nommée Elephant & Castle tire son nom d'un hôtel(?) appelé l'Infante de Castille (prenez une patate bien chaude fourrez vous la dans le gosier et ça donne oliphantentcassel)

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  26. Monsieur Goux, je suis pour l'essentiel d'accord avec vous, et peux même concevoir que le maintien de la cédille sous le S passe dans notre langue pour une afféterie. Cependant, la francisation du nom du dictateur roumain ne peut en aucun cas être Ceaucescu, mais tout au plus Ceausescu. Les dictionnaires ne disent d'ailleurs pas autre chose, ce qui est logique puisque, en français, la lettre C ne rendant pas plus le son « ch » que ne le fait la lettre S, il n'y a aucune raison objective de remplacer celle-ci par celle-là, d'autant que cette substitution totalement arbitraire, dont je crains qu'elle ne soit surtout le fait de journalistes négligents, produit le plus souvent une erreur de prononciation. En effet, les gens qui causent dans le poste savent, en général, que le C roumain se prononce, devant un E, comme en italien, soit « tch », et le prononcent logiquement de la même manière lorsqu'ils le lisent, par erreur, au milieu du nom de feu Nicolae Ceauşescu.

    En conclusion, je ne sais si c'est vraiment une bonne idée de votre part de faire preuve de tant d'indulgence pour mes tirades.

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  27. Nef, dans le même ordre d'idées, on peut rappeler qu'au Moyen Âge, à Paris, l'actuelle rue du Pélican, alors vouée en grande partie à la prostitution, s'appelait rue du Poil au con.

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  28. Je me suis trompé : Les noirs (13% de l'électorat) ont voté à 96% pour Obama.

    Marcel

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