lundi 13 octobre 2008

Quinze hommes en colère (dont deux femmes)

Jérôme est à ma gauche, Mohammed à ma droite - ce sont leurs vrais prénoms -, il est huit heures vingt-cinq du matin, à Évreux, rue Joséphine, au premier étage du syndicat de la Boulangerie. Car, aussi curieux que cela paraisse, les stages de récupération de points de permis, organisés par la Sécurité routière d'Évreux, se passent au premier étage du syndicat de la Boulangerie - avec B majuscule, je vous prie. C'est ce qui explique que, au mur du fond de la salle où nous nous apprêtons à passer deux jours, se trouve une carte de France grotesquement peinturlurée et parsemée de petits pains dorés, mais non odorants. Il est huit heures vingt-cinq, on s'installe.

Nous sommes quinze : treize hommes, deux femmes. On apprendra, plus tard dans la journée, que cette proportion est sinon normale du moins courante. Germaine est retraitée et veuve, elle adore conduire vite, elle emmerde les gendarmes ; Lallia est plus jeune (d'assez loin), plus délicieusement exotique, elle se montre prudente quand ses enfants sont dans la voiture et fait n'importe quoi quand elle y est seule (j'ai changé les prénoms, là) : c'est elle qui le dit. Germaine ne comprend visiblement pas ce qu'elle fait là, ne comprends d'ailleurs rien à rien, - la plus humble question lui est un casse-tête -, et fait beaucoup rire Lallia dès qu'elle ouvre la bouche. Les tables sont disposées en U, comme il se doit, Lallia est assise dans ma branche de U ; ce qui me permet, dans les moments de moindre attention au discours des deux G.O., de glisser un oeil vers les huit centimètres de sa chute de reins se dévoilant entre le jean et le tee-shirt : ça aide.

Voilà pour les deux femmes. Les hommes, compte tenu de mon déficit d'homosexualité, m'intéressent moins. Sauf peut-être celui qui s'exprime le mieux, semble l'un des plus intelligents parmi nous, coiffeur (ainsi qu'il nous le dit) et, comme il se doit, visiblement pédé : du genre langue et sourcil percés, doté d'un certain humour et d'un esprit de répartie qui, peut-être, si j'ai le courage, se vérifiera plus tard. Pédé mais peu cultivé, suppose-t-on, puisque me voir avec les Élégies pour quelques-uns de Renaud Camus à la main ne lui fera pas bouger une oreille, ni rien d'autre. C'est dommage : rencontrer un camusien en ces circonstances m'aurait bien fait plaisir.

Les hommes, disais-je, n'ont que peu d'intérêt, ne présentent que de maigres surprises : tout le mal vient de la police. Et, si la police n'y est pour rien, dans leur profond malheur, c'est que c'est de la faute de la gendarmerie : on ne sort guère de là. Là-dessus, deux ou trois tentent de broder, de dévier, de subvertir, s'il est possible ; mais nos deux cerbères aguerries, rompues à l'exercice, ont tôt fait de désamorcer, souriantes et bénignes. Il est neuf heures moins le quart, l'ascension commence...

13 commentaires:

  1. repartie monsieur Goux, repartie, et non répartie !
    (et je profite pour vous rappeler : Grevisse, et non Grévisse)

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  2. Heu, je lirais plus tard...

    Vous avez égaré Marcel chez moi, vous pouvez le siffler ?

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  3. Patrick, vous m'énervez, à mieux connaître le français que moi !!!

    Dorham : démerdez-vous avec Marcel (qui n'est pas méchant...) !

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  4. Ce serait donc la faute à la police si... Mais quelle originalité déploient nos chers délinquants routiers dans le transfert de responsabilité !
    J'en serais tout esbaudi si je n'étais si méprisant...

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  5. Et dire que je vais ( peut-être ) bientôt connaître ça !!!

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  6. Gabian : ce discours convenu m'a considérablement agacé, je dois dire. C'est pourquoi, dans le "tour de table", quand est arrivé mon tour de prise de parole, j'ai lourdement insisté sur le fait que je m'étais comporté comme un crétin irresponsable et que les CRS de l'A 13 (ou A 14 ?) avaient eu parfaitement raison de m'embastiller jusqu'au lendemain matin. J'ai recueilli un silence poli...

    D'une manière plus générale, j'ai pu constater, durant cette première journée, que chacun était vertueusement persuadé d'être un irréprochable conducteur, maîtrisant tout et tout le temps. et que, les dangers, c'était les autres (sauf un intervenant, je dois le dire). Pour beaucoup, parce qu'ils étaient jeunes, le pire danger sur la route semblait être les "vieux" (à partir de 50 ou 55 ans...). Pour d'autre c'était ceux qui roulent dans les petites voitures électriques. Pour d'autres encore, c'était...

    Bref, c'était les autres, toujours. Ceux qui roulent (bien, forcément...) à 160 sur l'autoroute trouvent que les "papys" (moi, donc...) qui se traînent à 110 sont des dangers publics. Encore ceux-ci sont-ils les plus "conscients". D'autres, décomplexés comme des bêtes, reconnaissent avec un large sourire (sans même comprendre ce qu'ils trahissent d'eux-mêmes) que la voiture est un moyen de "s'éclater" un peu quand ils se sentent "stressés".

    Ma "Germaine", quant à elle, vit dans un monde qui n'appartient qu'à elle : elle a soixante-dix ans (à peu près) et elle aime bien rouler vite : elle trouve scandaleux qu'on la "traque" à la sortie d son village. Car, évidemment, on la "traque", ELLE.

    Je suppose que, demain, bnous retrouvant au même endroit, nous serons, les quinze, non plus des inconnus, mais des amis ou, pour mieux dire, des alliés. Je ne compte pas jouer ce jeu-là. Et, même, si je me titille suffisamment, j'envisage très bien de leur expliquer que nous avons eu, tous, eux et moi, que ce que nous méritions, et peut-être même moins que ce que nous méritions.

    J'en attends beaucoup, je vous tient au courant...

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  7. Pluton : allez-y ! Mais allez-y comme l'on va au cinéma ou au théâtre : dans l'idée que vous allez DÉCOUVRIR quelque chose. Et, de fait, vous découvrirez quelque chose. et le temps vous paraîtra moins loin et plus léger...

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  8. Très amusant cette description de la rééducation... Encore !

    (Et merci à Patrick, j'ai aussi appris quelque chose ce soir !)

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  9. M'en fous qu'il soit pas méchant... Etre pas méchant, ça n'exonère pas d'être casse-couilles...

    (bon, d'accord !)

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  10. Le souvenir que je garde de ce stage est assez voisin. Quelques signatures plus loin, une sur le chèque et les autres sur la feuille d'émargement, vous retrouvez automatiquement vos 4 points.
    Un passage obligé, autant qu'inutile.
    J'ai fait deux fois le stage à deux ans d'intervalles et rien n'avait changé, le même instructeur qui explique que le matin il a fait la Roche sur Yon /Châteauroux en 4 heures, mais sans dépasser le 90, il nous a redonné les mêmes polycopiés avec rigoureusement les mêmme cas d'étude à commenter...
    alors j'ai essayé de me changé les idées en me disant que acheter des points à 60 €uros pièce c'est un moindre mal

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  11. C'est pas moi, c'est les autres, les autres, chante l'épatant Abd Al Malik.

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