Il en va autrement avec le blogueur urbain. S'octroierait-il, lui aussi, une mini-hibernation d'une décade ou deux qu'il verrait aussitôt les plaignants se masser devant sa porte et tambouriner à l'huis en exigeant comminatoirement leur dose hebdomadaire de propos sans suite. Il serait vain alors, pour le dormeur interrompu, de prétendre s'en tirer par un ou deux grognements peu amènes : le lecteur est une race insistante et sans gêne, même à notre époque où les races ont cessé d'exister. Ensommeillé ou pas, frissonnant sous la neige et les grêles, désolé par la vision des arbres aux ramures décharnées, notre ours glabre devra bien se résigner à reprendre son habituel numéro, collier au cou, se remettre à danser lourdement au son du tambourin et sous les rires stupides des villageois édentés.
Mais que veulent-ils qu'on leur dise, par tous les dieux de l'Olympe et du Walhalla confondus ? Que trouver à dégoiser pour éjouir la harde des serfs assemblés en demi-cercle et faire reluire de contentement leurs trognes sur-avinées par des mois d'apéros-claquemurage ?
Bien sûr, comme certaine, on pourrait créer soi-même l'événement, en claquant avec panache la porte du parti socialiste, puis rendre compte en phrases ciselées de cette épopée libératrice. Mais comment claquer une porte qu'on n'a jamais songé à ouvrir ? C'est le gros handicap de ceux qui onc n'ont été des incarcérés volontaires : clamer leur liberté retrouvée leur est interdit.
Il y aurait bien la solution d'imiter les gros frisés social-traîtres et de s'indigner avec eux de la non-réouverture des abreuvoirs à cervoise. Encore faudrait-il s'être aperçu qu'on les avait fermés. Or, s'il est des lieux que fréquentent peu les ours en période hibernale, c'est bien les bars à mousse.
Alors ?
Alors, c'est le désarroi. D'autant plus profond, d'ailleurs, que le blogueur urbain et somnolent s'était sincèrement imaginé que ses douze lecteurs lui seraient fort reconnaissants de cette pause qu'il leur offrait : à l'année longue il les assomme du compte rendu de ses lectures, des pavés de mille pages écrits par des mâles blancs, très souvent hétérosexuels et invariablement morts ; c'est, lui semblait-il, une gratitude frémissante et digne qui aurait dû saluer sa cure de silence. Au lieu de ça, ce ne sont que réclamations, récriminations, revendications voire objurgations. On n'en est pas encore aux menaces ni aux référés, mais on sent que ça pourrait venir, si se prolongeait le dédaigneux silence de l'ursidé.
Si encore ces braillards avaient eu l'idée bonne et courtoise d'assortir leur réveil d'un joufflu pot de miel ou d'un triple pastis généreusement glaçonné…
Mais je t'en fous.
Z'allez pas boire du pastis avec le temps qu'il fait !
RépondreSupprimerLe pastis est de tous les temps et de tous les âges, Môssieur !
SupprimerCela dit, je ne bois plus rien du tout, alors…
je suis content d'avoir attraper une coquillette pour le paradis perdu valhalla. (et non Walhalla, non d'un ours nordique ! ) bon week end au chaud.
RépondreSupprimerLittré écrit : Walhalla…
SupprimerVoilà wikipédia m'a menti.je m'excuse platement et retourne dans ma tanière sans Littré.
SupprimerNon, non, les deux orthographes sont possibles !
SupprimerJe suis moi-même assez désuet.
RépondreSupprimerEt il ne vous aura pas échappé que ce texte jouait sur un certain maniérisme subtilement teinté d'auto-ironie…
Moi, c'est quand vous êtes en plein désarroi et qu'enfin vous lâchez vos sempiternels bouquins pour nous parler de vous - et non d'eux - que je vous trouve le meilleur !
RépondreSupprimerAlors je ne cacherai pas ma joie !
En plein désarroi, moi ? Ben v'là aut' chose !
SupprimerAh oui, tiens : c'est moi qui ai parlé de désarroi. J'avais déjà oublié…
SupprimerQue de talent perdu.
RépondreSupprimerEnfin ... it is none of my business.
Hélène
Il n'est pas perdu, mais contenu tout entier dans ce modeste billet. Le forcer serait le détruire…
SupprimerPourquoi le forcer ?
SupprimerJe suis d’accord avec vous il ne faut pas mettre la muse en cage.
Je voulais dire que votre talent mérite mieux qu’un blog et en même temps la dolce vita mérite peut être mieux que les contraintes de l’écriture.
Hélène
C'est bien aimable à vous de me le dire. Je suis malheureusement d'un avis un peu différent…
SupprimerFrédi M.
SupprimerLe succès du livre est tributaire de sa promo, le talent ne dépend de rien, on l’a ou pas.
Hélène
Le succès d'un écrit ne se mesure pas lors de son lancement, qui ne dépend effectivement que de la promo et de l'actualité éphémère du moment, mais 50 ans plus tard. On lira encore, dans un siècle, Proust et Sarkofrance.
SupprimerEt tant que nous sommes dans les trucs un peu désuets, j'aime beaucoup ce "onc" placé là fort plaisamment.
RépondreSupprimer"Onc" est très pratique… quand on a déjà utilisé "jamais" juste avant !
RépondreSupprimer"Il suffit d'une abeille au printemps pour réveiller un ours" Plouc l'ancien.
RépondreSupprimerOui, eh bien, les abeilles, depuis quelques jours, elles ne font pas les malignes ! Encore moins que les ours.
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RépondreSupprimerHouuuuu !!! Elie le falsificateur !
Je n’ai pas écrit que la promotion d’un livre permettait d’en mesurer le succès, mais que pour qu’il y ait succès il fallait passer par cette étape.
Ce qui ne veut pas dire que tous les livres promus étaient des succès.
Oui Sarkofrance traversera les âges, et les commentaires du prophète y seront glorifiés.
Rendons grâce à Juan, car on ne pourra plus dire Eli, Eli, lema sabaqthani 😉✌️
Quand lema pas content, lema faire toujours comme ça
Supprimer"C'est le gros handicap de ceux qui onc n'ont été des incarcérés volontaires : clamer leur liberté retrouvée leur est interdit." Quelle magnifique phrase et pensée : je l'ajoute à ma collection de citations ! bonne journée
RépondreSupprimerJ'apprécie vos écrits où vous évoquez " tout et rien"; car ceux sur vos nombreuses lectures me renvoient en pleine figure ,le fait que je ne lis plus, non comme vous de la littérature qui pour moi relève de l'exploit mais des ouvrages sur l'histoire petite ou grande, comme celle sur le commerce triangulaire où j'ai appris que les certains patrons étaient Lyonnais.
RépondreSupprimerLe libraire où j'ai acheté ce livre me demanda, comment je pouvais lire un truc aussi indigeste et ensuite il se mit à rire.
Dans cette librairie, j'ai rencontre un journaliste sportif dont le nom m'échappe, un grand fan de BD.
Nous sommes allés boire un café quelques jours,il décédait. L'émotion de rencontrer un mec qui avait travaillé le jour de la finale de coupe du monde 1996.
Je vais rechercher son nom.
Elle n'aurait pas plutôt eu lieu en 1998, votre coupe du monde ?
SupprimerOu alors, il y en a eu deux et j'en ai raté une…
Vous avez raison, de toute façon je ne sais même pas quand a eu lieu la dernière.
SupprimerLe journaliste en question Thierry Roland.
RépondreSupprimerIl fut viré du jour au lendemain de TF1 à la veille de la Coupe du Monde de 2006, qu'il pensait commenter, mais récupéré alors par M6, " remettant ainsi les pendules à l'heure ".
SupprimerPas de billet depuis le 12 février, et vous appelez ça un blog ???
RépondreSupprimerEt ça va continuer !
SupprimerVous croyez vraiment au coup de la grève générale,pour faire tomber Macron ?
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